Abécédaire · La société, la culture et l’esprit

La société, la culture et l’esprit

Les deux systèmes de pensée Deux et 2 ? La réponse surgit, sans effort. 17 fois 24 ? Rien ne vient : il faut s’arrêter, se concentrer, poser l’opération.

Sur ce contraste, le psychologue Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002, a bâti son grand livre de 2011, traduit sous le titre Système 1 / Système 2.

Le système 1 est rapide, automatique, intuitif : il reconnaît un visage, comprend une phrase, saute aux conclusions. Le système 2 est lent, laborieux, attentif : il calcule, vérifie, doute.

Kahneman, qui emprunte ces noms aux psychologues Keith Stanovich et Richard West, prévient qu’il s’agit de « personnages fictifs », non de 2 régions du cerveau, et résume leur partage des tâches : « Le Système 1 est crédule », c’est au second de douter, mais « il a souvent la flemme ».

Le savant a d’ailleurs donné l’exemple de l’humilité qu’il enseignait : quand des chercheurs ont montré que les expériences d’amorçage citées dans son livre ne se répliquaient pas, il a reconnu en 2017 leur avoir accordé trop de foi.

La métaphore tient ; les expériences spectaculaires, pas toutes. La leçon civique est limpide : ce n’est pas l’intelligence qui protège du mauvais jugement, ce sont les conditions dans lesquelles on juge.

Le temps, l’information contradictoire, l’obligation d’entendre l’argument adverse réveillent le système 2.

Un vote arraché sous le coup de l’émotion et un vote rendu après délibération ne sont pas le même acte : le démagogue parle au premier système, la démocratie s’adresse au second.

James Fishkin l’a montré avec ses sondages délibératifs, où des citoyens tirés au sort, informés contradictoirement, changent d’avis en connaissance de cause.

Le #PIC en fait une règle : dans sa Constitution, 777 Formulateurs tirés au sort auditionnent des experts contradictoires et rédigent, pour chaque référendum, une note exposant les arguments opposés ; dans son Protocole, la controverse organisée précède toute décision.

Et pour chacun, un réflexe : quand on vous presse, ralentissez. Le versant sombre de la notion est décrit dans le Lexique du Pouvoir, à l’entrée « Le système 1 détourné ».

💬 Commenter / noter cette entrée

Les biais cognitifs Nos erreurs de jugement ne sont pas des accidents de fatigue : elles sont systématiques, donc prévisibles. C’est la découverte qu’Amos Tversky et Daniel Kahneman publient en 1974 dans la revue Science.

Pour juger vite, l’esprit prend des raccourcis, les heuristiques, qui marchent souvent et trompent toujours dans le même sens ; ces pentes régulières s’appellent des biais.

Une roue de loterie truquée pour s’arrêter sur 10 ou sur 65 suffit à déplacer l’estimation du pourcentage de pays africains à l’ONU : 25 % chez les premiers, 45 chez les seconds.

C’est l’ancrage. Les experts n’y échappent pas. Des juges allemands chevronnés, après avoir lancé des dés pipés, infligent en moyenne 8 mois de prison à une voleuse quand les dés font neuf, cinq quand ils font trois.

Des médecins préfèrent la chirurgie quand on leur annonce « quatre-vingt-dix pour cent de survie », la radiothérapie quand on leur dit « dix pour cent de mortalité » : c’est le cadrage.

Et nous voyons les biais d’autrui bien mieux que les nôtres. L’argument élitiste, « le peuple est biaisé, confions tout aux sachants », se retourne donc : les sachants le sont aussi. Le remède est collectif.

Hugo Mercier et Dan Sperber ont montré que la raison sert d’abord à argumenter : seuls, nous plaidons pour notre camp, c’est le biais de confirmation ; ensemble, nous jugeons fort bien les arguments des autres.

À un casse-tête logique classique, une personne sur 10 trouve seule la bonne réponse ; des groupes qui en discutent atteignent 80 %. Encore faut-il que le groupe soit divers et la contradiction organisée, sinon il se conforte dans ses erreurs.

C’est l’architecture du #PIC : le tirage au sort apporte la diversité, et les Formulateurs veillent à ce que la formulation d’une question référendaire n’oriente pas la réponse, puis exposent les arguments opposés.

Nul ne se défait de ses biais ; une assemblée bien construite les compense. Leur versant sombre est décrit dans le Lexique du Pouvoir, à l’entrée « L’exploitation des biais ».

💬 Commenter / noter cette entrée

Les neurodroits On a toujours pu forcer quelqu’un à parler ; on n’a jamais pu lire ce qu’il taisait. Cette évidence commence à vaciller.

En 2023, une équipe de l’université du Texas a reconstitué, à partir d’images d’IRM fonctionnelle, le sens d’histoires que des volontaires écoutaient ou se racontaient en silence, à condition qu’ils se prêtent à des heures d’entraînement ; en janvier 2024, Neuralink a posé son premier implant sur un patient tétraplégique, qui pilote désormais un ordinateur par la pensée.

Les neurodroits sont la réponse juridique à ce basculement. En 2017, le bioéthicien Marcello Ienca et le juriste Roberto Andorno en proposent quatre : la liberté cognitive, la vie privée mentale, l’intégrité mentale et la continuité psychologique.

La même année, le neuroscientifique Rafael Yuste, l’un des inspirateurs du programme BRAIN lancé par Barack Obama, signe dans Nature, avec 24 chercheurs, un appel à protéger la vie privée, l’identité et la capacité d’agir face aux neurotechnologies ; sa NeuroRights Foundation en défend aujourd’hui cinq : vie privée mentale, identité personnelle, libre arbitre, égal accès à l’augmentation cognitive, protection contre les biais des algorithmes.

Le Chili a ouvert la voie : depuis octobre 2021, sa Constitution exige que le développement scientifique respecte l’intégrité physique et psychique et protège « spécialement l’activité cérébrale, ainsi que l’information qui en provient ».

En août 2023, sa Cour suprême s’en est servie pour ordonner à la société Emotiv d’effacer les données cérébrales recueillies par un casque vendu à un ancien sénateur.

En 2024, le Colorado puis la Californie ont rangé les données neurales parmi les données sensibles ; en novembre 2025, l’UNESCO a adopté une recommandation, non contraignante, sur l’éthique des neurotechnologies.

Des juristes objectent que les droits existants suffisent et qu’à multiplier les droits on les dévalue : c’est une raison de les écrire avec précision, non de s’en passer. La Constitution du #PIC protège l’intégrité psychique au même rang que l’intégrité physique, rend imprescriptibles les atteintes commises à grande échelle et range les données de la personne parmi ses éléments, que nul ne peut vendre.

Il lui manquait la lecture même du cerveau : depuis le 25 septembre 2026, son titre V, article 7 protège la vie privée mentale, fait des données neurales un bien inaliénable de la personne et interdit d’imposer à quiconque un dispositif qui lit ou modifie l’activité cérébrale.

Le versant sombre de la notion, la neuro-ingérence, est décrit dans le Lexique du Pouvoir.

💬 Commenter / noter cette entrée

L’intégrité psychique Personne ne conteste que votre corps vous appartient : nul ne peut le frapper, l’opérer ou lui administrer une substance sans votre consentement.

L’intégrité psychique étend cette évidence à l’esprit : c’est le droit de former ses pensées, ses émotions et ses décisions sans qu’un tiers y intervienne à votre insu. L’idée n’est pas absente du droit, elle y est seulement discrète.

La Constitution chilienne de 1980 garantit déjà « le droit à la vie et à l’intégrité physique et psychique de la personne » ; la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, proclamée en 2000, reconnaît à chacun le droit à « son intégrité physique et mentale » ; en 2017, le bioéthicien Marcello Ienca et le juriste Roberto Andorno proposent d’en faire un droit de l’homme à part entière face aux neurotechnologies.

En France, le Code pénal réprime depuis 2001 l’abus de faiblesse d’une personne placée en état de sujétion psychologique, et la publicité à la télévision n’a plus le droit, depuis 1992, d’utiliser des techniques subliminales.

Mais ces protections sont éparses, et aucune ne pose le principe général. La difficulté est réelle : toute parole cherche à influencer, celle du professeur comme celle du militant ou du romancier.

La ligne de partage ne passe donc pas entre influencer et ne pas influencer, mais entre convaincre et manipuler.

L’argument s’adresse à votre jugement, se montre et vous laisse libre de le refuser ; la manipulation contourne ce jugement, agit sur vos automatismes et ne réussit qu’à condition de ne pas être vue. La Constitution du #PIC fait de l’intégrité psychique un droit fondamental, au même rang que l’intégrité physique : nul ne peut y porter atteinte par des techniques échappant à la conscience et au consentement.

Elle nomme les procédés subliminaux, l’hypnose collective, l’exploitation délibérée des biais cognitifs et l’ingénierie sociale d’une autorité publique contre sa propre population, et rend imprescriptibles les atteintes commises de manière systématique ou à grande échelle.

Pour que ce droit ne serve jamais à museler le débat, elle renvoie à la loi un triple critère : l’atteinte échappe à la conscience, se passe du consentement, vise à contraindre. Son versant sombre, l’effraction psychique, est décrit dans le Lexique du Pouvoir.

💬 Commenter / noter cette entrée

L’intégrité numérique Votre corps vous appartient, dit-on ; il serait plus juste de dire qu’il est vous. C’est pourquoi le droit français interdit depuis 1994 d’en vendre les éléments : on donne son sang, on ne le vend pas.

Or chacun de nous traîne désormais un troisième corps, fait de traces : achats, trajets, recherches, messages, visage filmé, rythme cardiaque mesuré par une montre. L’intégrité numérique est l’idée que ce corps-là mérite la même protection que les deux autres.

La notion est née en Suisse romande, dans le sillage du Parti pirate ; Alexis Roussel, qui l’a présidé, et le journaliste Grégoire Barbey lui ont consacré un livre en 2021, Notre si précieuse intégrité numérique.

Elle a vite quitté les essais pour les urnes : le 18 juin 2023, 94 % des votants genevois l’ont inscrite dans leur Constitution, qui garantit désormais « le droit d’être protégé contre le traitement abusif des données liées à sa vie numérique, le droit à la sécurité dans l’espace numérique, le droit à une vie hors ligne ainsi que le droit à l’oubli » ; le 24 novembre 2024, Neuchâtel a suivi, par 91,51 % des voix.

Le reflux existe aussi : le 30 novembre 2025, les Zurichois ont rejeté une initiative plus radicale, puis le contre-projet qu’on lui opposait. L’originalité de la notion tient dans un renversement.

Le règlement européen sur la protection des données traite vos données comme un objet que l’on peut exploiter moyennant votre consentement ; l’intégrité numérique les traite comme une part de vous-même, qu’on ne peut ni vendre ni acheter.

Le premier modèle a produit des bandeaux de cookies ; le second veut tarir le marché. La Constitution du #PIC l’a fait sien le 29 septembre 2026 : son titre V, article 3-1, garantit l’intégrité numérique « au même rang que son intégrité physique et son intégrité psychique », interdit toute cession des données, même gratuite, et y range la vie hors ligne, le refus du jugement par la machine, le droit de ne pas être mesuré ni surveillé à son insu, la sécurité et l’oubli.

Le versant sombre, le capitalisme de surveillance, est décrit dans le Lexique du Pouvoir.

💬 Commenter / noter cette entrée

L’agôn Vers 700 avant notre ère, Hésiode ouvre Les Travaux et les Jours par une correction : il n’existe pas une Éris, une Discorde, mais deux. L’une nourrit la guerre ; l’autre réveille le paresseux, car « le potier en veut au potier, le charpentier au charpentier ».

De cette seconde Éris, les Grecs ont fait l’agôn : la lutte réglée du stade, du concours tragique, du tribunal et de l’assemblée, où l’on veut vaincre sans vouloir détruire. Leur langue la distinguait de la stasis, la guerre civile qui déchire la cité.

En 1872, le jeune Nietzsche lit dans l’ostracisme la clef du système : la cité écartait celui qui dominait trop, non par envie, mais pour que la compétition des forces reprenne ; l’esprit grec, écrit-il, abhorre la domination d’un seul et réclame, comme rempart contre le génie, « un second génie ».

Le contraire de l’agôn n’est donc pas la paix : c’est le monopole. La démocratie agonistique fait de l’autre un adversaire ; l’agôn en rappelle la condition : des règles communes, et personne d’assez fort pour les réécrire seul.

Le #PIC en tire un pari à double étage. Dans le mouvement, son Protocole fait du dissensus une méthode : la controverse précède la décision, le vote la tranche.

Dans l’État, la Constitution confie l’exécutif au Conseil des Sept, sans hiérarchie entre ses membres, et met l’interdiction de concentrer le pouvoir en une seule main dans son noyau intangible. 7 joueurs, jamais un champion.

💬 Commenter / noter cette entrée

La concorde citoyenne En 121 avant notre ère, le consul Opimius écrase les partisans de Caius Gracchus ; Plutarque parle de 3 000 corps jetés dans le Tibre. Puis il bâtit un temple à la Concorde.

Une nuit, une main anonyme grave dessous : « une œuvre de folle discorde fait un temple de la Concorde ».

Tout le faux usage du mot est là : la concorde des vainqueurs est une paix de cimetière. Le latin concordia, les cœurs ensemble, ne demande pourtant pas l’unanimité des esprits.

En 403 avant notre ère, Athènes restaure la démocratie après les Trente et fait jurer aux citoyens de ne pas rappeler les malheurs ; Nicole Loraux a montré ce que cette réconciliation devait à l’oubli commandé, et ce qu’elle refoulait.

Entre le massacre qui se dit concorde et l’amnistie qui se dit mémoire, le #PIC avance une hypothèse : la vérité d’abord, la réconciliation ensuite.

Sa Constitution clôt le titre consacré à la justice d’exception par un article sur la Concorde citoyenne : cette justice ne cherche pas la vengeance, et, la vérité établie, les responsabilités reconnues, la Nation privilégie la réconciliation, la réparation et la mémoire partagée.

Son Protocole tient le consensus pour un affaissement et le dissensus pour une méthode. La concorde n’est pas l’absence de conflit ; elle est ce qui permet au conflit de rester entre adversaires. Une cité où l’on ne se dispute plus n’est pas réconciliée : elle est muette.

💬 Commenter / noter cette entrée

Les corps intermédiaires Le 14 juin 1791, Isaac Le Chapelier fait voter la loi qui porte son nom et en donne la philosophie : « Il n’y a plus de corporations dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu, et l’intérêt général. »

Entre le citoyen et la nation, rien. On promettait l’émancipation ; ce fut la répression.

La loi interdit aux gens d’un même métier de se coaliser, le Code pénal de 1810 le réprime, et il faudra attendre 1864 pour que la grève cesse d’être un crime, 1884 pour que le syndicat soit légal, 1901 pour que l’association soit libre.

Tocqueville, lui, observe en Amérique un peuple qui s’associe pour tout et en tire la leçon inverse : plus l’État se met à la place des associations, plus les individus désapprennent de s’unir, et plus ils ont besoin de lui.

Seul face à l’État, l’individu n’est pas libre : il est nu. Syndicats, mutuelles, associations, solidarités locales sont la force du faible, et c’est pourquoi l’atomisation est la première ingénierie du pouvoir. Mais ces corps ont leur pente : la caste, le privilège.

La Constitution du #PIC tient les deux bouts. Elle rétablit les corps intermédiaires, dotés de leurs propres statuts, mais nul ne peut être contraint d’y adhérer ni empêché d’en constituer ; et sa Chambre des corps intermédiaires, qui reconvertit le CESE, éclaire sans décider.

Le peuple reste souverain ; il cesse seulement d’être seul.

💬 Commenter / noter cette entrée

Les deux pluralismes En 1969, la Cour suprême des États-Unis valide à l’unanimité la fairness doctrine, qui oblige les radiodiffuseurs à faire entendre les vues opposées : it is the right of the viewers and listeners, not the right of the broadcasters, which is paramount (c’est le droit des téléspectateurs et des auditeurs, non celui des diffuseurs, qui prime).

Le 4 août 1987, le régulateur l’abolit au nom de la liberté des diffuseurs. Le pluralisme externe compte les titres : qu’importe qu’une chaîne martèle une ligne, puisque d’autres existent ailleurs.

Le pluralisme interne regarde dans chaque média : la contradiction y a-t-elle droit de cité ?

Le premier est l’alibi de la concentration, car 100 titres entre 5 mains ne font pas 100 voix ; il protège un citoyen idéal qui lirait 10 journaux, quand le citoyen réel en consulte deux.

La France hésite : le Conseil d’État a exigé, le 13 février 2024, que l’Arcom apprécie une chaîne à la diversité des opinions de tous ses intervenants, non au seul chronométrage des politiques. La Constitution d’urgence choisit : le pluralisme est garanti « non par la multiplicité des sources, mais par la présence de la contradiction au sein de chacune ».

Tout média aidé par l’État ou titulaire d’une fréquence doit ménager, à parité de visibilité, une contradiction argumentée, sous le contrôle de citoyens tirés au sort.

Le #PIC veut les deux pluralismes ; il interdit seulement que le premier serve d’excuse pour se passer du second.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le fédéralisme et la confédération La Suisse et les États-Unis ont ceci de commun que leurs noms mentent en sens contraire. La « Confédération suisse » est un État fédéral depuis 1848 ; les États-Unis sont nés en 1781 d’Articles de Confédération abandonnés 6 ans plus tard.

La doctrine classique, fixée par Georg Jellinek en 1900, tranche d’une question : qui garde le dernier mot ? Dans l’État fédéral, le tout ; dans la confédération, les États, qui ne prêtent au centre que des compétences reprenables.

Mais le mot « fédération » a eu d’autres maîtres : pour Proudhon, en 1863, c’est un contrat où les contractants « se réservent individuellement, en formant le pacte, plus de droits, de liberté, d’autorité, de propriété, qu’ils n’en abandonnent ».

L’Union européenne vit sur cette crête : le 30 juin 2009, la Cour constitutionnelle allemande l’a définie comme une association d’États (Staatenverbund) dont les membres restent les « maîtres des traités ».

Les étiquettes ne disent donc rien ; seul compte le sens de la flèche.

La Constitution d’urgence la fixe 2 fois. Tout traité qui transfère ou partage une compétence avec une organisation supranationale passe obligatoirement par le référendum ; et la souveraineté du peuple, « qui lui appartient et procède de lui seul », figure dans le noyau intangible, que le peuple lui-même ne peut abolir.

Sans programme, le #PIC ne tranche pas entre plus ou moins d’Europe à la place du peuple : il interdit qu’on en décide sans lui, ou qu’on lui retire le droit de reprendre ce qu’il a prêté.

C’est dans cette logique qu’il propose la sortie des traités européens : reprendre ce qui a été prêté. Mais c’est le peuple qui en décidera, par une question distincte (Titre XVIII, articles 4 et 7).

💬 Commenter / noter cette entrée

Le duel jacobins-girondins Le 31 octobre 1793, 21 députés girondins montent à l’échafaud, perdus par une injure : « fédéralistes ». La légende a figé le duel, Paris contre les provinces ; il faut d’abord la corriger.

Les Girondins, qu’on appelait alors brissotins, sortaient du club des Jacobins et n’ont jamais proposé de démembrer la France : le fédéralisme fut surtout l’étiquette que la Montagne colla sur ses rivaux pour les abattre.

Quant à la centralisation, Tocqueville a montré en 1856 qu’elle était « une institution de l’ancien régime », que la Révolution n’a fait qu’achever. Le vrai paradoxe est ailleurs.

Le plan girondin de Condorcet, en février 1793, ouvrait aux citoyens une « censure du peuple » sur les lois ; la Constitution montagnarde du 24 juin 1793 soumettait toute loi proposée à la réclamation des assemblées primaires.

Les deux camps avaient écrit le veto populaire ; la Montagne l’enterra le 10 octobre, en déclarant le gouvernement « révolutionnaire jusqu’à la paix ».

On nous somme encore de choisir entre le préfet et le baron régional, comme si la question était où siège le pouvoir. Elle est : qui le détient ?

Le #PIC garde de l’un l’égalité des droits, de l’autre la proximité, et retourne la flèche : par la subsidiarité ascendante, sa Constitution fait naître la compétence au plus près du citoyen et ne la laisse monter que par décision expresse de l’échelon inférieur. Ni Paris ni Bordeaux : le peuple, à chaque étage.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le jugement, faculté politique Le 4 décembre 1975, Hannah Arendt meurt à New York. Dans sa machine à écrire, une page ne porte qu’un titre, Judging (« Juger »), et 2 épigraphes.

Restent ses cours de 1970 sur Kant, et une thèse posée dès 1971 : le jugement est « la plus politique des aptitudes mentales de l’homme ».

Juger, c’est trancher un cas particulier sans règle toute faite ; Kant en avait donné la méthode dans la Critique de la faculté de juger (1790) : la mentalité élargie, « penser en se mettant à la place de tout autre ».

Penser est un dialogue de soi avec soi ; juger exige les autres, fût-ce en imagination. Garder son siège, visiter les autres, revenir trancher.

C’est le vis-à-vis lumineux de l’état agentique, où chacun remet son jugement à l’autorité qui ordonne ; Arendt en avait vu le spécimen à Jérusalem, en 1961 : un bureaucrate de la déportation qui ne parlait qu’en clichés.

Or juger s’apprend, en présence d’autrui : la cour d’assises, où des citoyens tirés au sort tranchent le pire, en fait la preuve, et le législateur, qui depuis 2023 confie une partie des crimes à des cours sans jurés, l’a compris à rebours.

Pour le #PIC, la démocratie n’est pas un régime d’opinion : c’est l’institution du jugement partagé. Le tirage au sort et les Formulateurs n’ont pas d’autre objet : rouvrir le gymnase où un peuple réapprend à juger.

💬 Commenter / noter cette entrée

La laïcité Le mot vient du grec laos, le peuple : le laïc est l’homme du peuple, par opposition au clerc. Avant d’être une doctrine d’État, la laïcité est l’émancipation d’un peuple qui se gouverne sans intermédiaire sacré.

La loi du 9 décembre 1905 marche sur 2 jambes ; on n’en regarde souvent qu’une. Son article 2 sépare : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

Mais son article premier vient d’abord : la République assure la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes, sous les seules restrictions qu’exige l’ordre public.

La neutralité oblige l’État pour que les citoyens soient libres ; ce n’est ni une hostilité aux religions ni une religion de rechange.

Le principe est simple, le mot moins : Jean Baubérot a compté 7 laïcités françaises qui se disputent le même vocable, et la République laïque salarie toujours des ministres du culte en Alsace-Moselle, régime que le Conseil constitutionnel a validé le 21 février 2013.

La Constitution d’urgence garde le principe au fronton : son article premier fait de la France une Démocratie laïque.

Le #PIC n’y ajoute aucune doctrine ; il en tire une conséquence : là où la frontière entre la neutralité de l’État et la liberté des citoyens fait débat, ce n’est pas aux clercs, d’hier ou d’aujourd’hui, de la tracer, mais au peuple souverain, par référendum.

La laïcité, c’est la chose du laos ; elle doit lui revenir.

💬 Commenter / noter cette entrée

La maïeutique et la dialectique Dans le Théétète, Socrate, fils d’une sage-femme, se dit accoucheur : le dieu le contraint à faire enfanter les autres et lui interdit d’enfanter lui-même. L’image est douce ; le métier l’est moins.

L’accoucheur examine ce qui vient de naître et décide si c’est un fruit véritable ou une simple image, une imposture ; et Socrate prévient ceux à qui il retire une sottise de ne pas s’en irriter comme une mère privée de son premier-né.

La maïeutique n’est pas une pédagogie de la caresse : c’est l’art de faire naître une idée, puis de vérifier qu’elle respire.

La dialectique, du grec dialegesthai, discuter, en est l’instrument : question, réponse, objection, reprise, jusqu’à ce que la thèse tienne ou s’effondre.

Rien de commun avec la joute, dont Schopenhauer a tiré par dérision un manuel pour avoir raison sans avoir raison, appliqué chaque soir sur nos plateaux. Le débat veut un vainqueur ; la dialectique veut un résultat, et changer d’avis y est un travail, pas une défaite.

Le #PIC en fait une règle : son Protocole place la controverse organisée avant tout vote, sa Constitution charge les Formulateurs de la loyauté des questions et des arguments opposés.

Reste l’objection qu’il se doit : un mouvement qui porte une conviction peut-il accoucher sans orienter ? Sa seule réponse honnête : exposer ses raisonnements pour qu’on les réfute. La propagande dit « crois-moi » ; la maïeutique dit « vérifie », et accepte d’être démentie.

💬 Commenter / noter cette entrée

La nation selon Renan Le 11 mars 1882, à la Sorbonne, 11 ans après l’annexion de l’Alsace et de la Moselle, Ernest Renan demande : qu’est-ce qu’une nation ? Ni la race : toutes sont mêlées ; ni la langue : la Suisse en parle plusieurs.

« Une nation est une âme, un principe spirituel », faite de 2 choses : la possession en commun d’un riche legs de souvenirs, et le consentement actuel, le désir de vivre ensemble. D’où la formule : l’existence d’une nation est « un plébiscite de tous les jours ».

« Pardonnez-moi cette métaphore », ajoute-t-il : le mot sent encore le bonapartisme, et Renan en retourne le sens, non plus un peuple qui acclame un homme, mais un peuple qui se choisit.

Vient ensuite une phrase qu’on cite moins : « L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation. » Et encore : « tout citoyen français doit avoir oublié la Saint-Barthélemy ».

Ni race ni contrat, la nation de Renan est une mémoire choisie, tenue par une volonté, et qui se sait mortelle : « les nations ne sont pas quelque chose d’éternel ».

Le #PIC en tire une hypothèse : si la nation est un plébiscite quotidien, la souveraineté populaire en est la forme logique, et la métaphore appelle le référendum réel. Sa Constitution soumet au peuple lui-même le droit de la nationalité : aux vivants de dire qui entre dans le « nous ».

Une nation qui ne vote plus sur elle-même ne se veut plus : elle se souvient.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le paradoxe de la tolérance La phrase la plus citée de Karl Popper sur la tolérance est une note de bas de page, citée amputée.

Dans La Société ouverte et ses ennemis (1945), la quatrième note du chapitre sept pose le paradoxe : une tolérance illimitée conduit à la disparition de la tolérance ; il faut donc revendiquer, in the name of tolerance, the right not to tolerate the intolerant (au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l’intolérant).

On s’arrête là, pour bannir. Popper continue pourtant : as long as we can counter them by rational argument and keep them in check by public opinion, suppression would certainly be most unwise (tant que nous pouvons leur opposer des arguments rationnels et les contenir par l’opinion publique, la répression serait assurément très malavisée).

Son seuil n’est pas une idée mais un comportement : répondre aux arguments par les poings ou le pistolet. La frontière passe entre les moyens, pas entre les opinions.

Reste à savoir qui décide que la ligne est franchie : si c’est le pouvoir en place, la tolérance devient le plus commode des bâillons.

Le #PIC répond comme la démocratie militante qu’il assume : intraitable sur les règles, absolument tolérant sur les opinions. Sa Constitution soustrait un noyau intangible aux majorités et refonde la liberté d’expression ; le reste se débat.

D’où son refus du cordon sanitaire : on ne défend pas la société ouverte en fermant la porte à ceux qui argumentent.

💬 Commenter / noter cette entrée

La parrhèsia Dans Les Phéniciennes d’Euripide, Jocaste demande à son fils exilé ce qui pèse le plus au banni. Polynice répond : ne plus avoir la parrhèsia. La mère conclut : c’est le sort de l’esclave, de ne pas dire ce qu’il pense.

Le mot grec, « tout dire », ne désigne pas le droit de bavarder mais le courage de dire vrai à qui peut vous le faire payer.

Diogène en donne la version solaire, quand il prie Alexandre de s’ôter de son soleil ; Socrate la version tragique, condamné en 399 avant notre ère par des juges qu’il avait refusé de flatter.

Michel Foucault, qui en fait l’objet de ses derniers enseignements jusqu’à sa mort en juin 1984, en dégage 5 traits : franchise, vérité, danger, critique, devoir.

Sans risque, pas de parrhèsia ; seulement de la communication. Il relève surtout, en lisant Isocrate, le constat qui devrait empêcher tout démocrate de dormir : là où chacun peut parler, le flatteur du peuple l’emporte sur celui qui lui déplaît.

La démocratie directe n’est donc pas l’amie naturelle du franc-parler ; elle doit l’instituer contre sa propre pente.

D’où l’interdiction des procédures-bâillons, la contrainte dialectique imposée aux médias et, dans le mouvement, le canal du doute, où le découragement est une information, non une faute.

Ce n’est pas un hasard si le fondateur du #PIC signe sur X « @parrhesiaste_fr » : le pseudonyme n’est pas un titre de gloire, c’est un engagement, une clause que chacun est fondé à lui opposer, preuve en main.

Le #PIC se veut un espace parrhésiastique par excellence : chacun y a le droit, et le devoir, de dire vrai aux Sept comme au fondateur, sans flatterie ni crainte. Un mouvement qui exige du pouvoir le courage d’entendre doit commencer par se l’imposer.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le patrimoine civilisationnel « Notre héritage n’est précédé d’aucun testament. » René Char l’écrit dans le maquis ; Hannah Arendt en fait le seuil de La Crise de la culture : nul notaire ne nous désigne héritiers, il faut le devenir.

Le patrimoine civilisationnel ne se possède pas : il se reçoit et se transmet, et nous en sommes dépositaires, jamais propriétaires.

2 usages le trahissent : la forteresse, qui en fait un bloc pur à défendre par le sang, quand tout héritage est un tissage ; le mépris, qui n’y voit que crimes, quand un peuple sans mémoire n’est pas libéré mais déraciné.

Marc Bloch, dans L’Étrange Défaite, écrite en 1940, a renvoyé les deux dos à dos : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

Simone Weil tenait l’enracinement pour un besoin de l’âme : participer à une collectivité qui garde vivants « certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir ».

La Constitution du #PIC en fait une règle : elle reconnaît l’héritage civilisationnel de la France comme un bien commun dont la reconnaissance vaut transmission, non exclusion, et que tout citoyen reçoit, quelle que soit son origine ; elle en fait le cadre de la délibération, jamais un motif d’exclure.

On n’hérite pas par le sang ; on hérite par l’étude et par l’amour.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le programme du CNR Le 27 mai 1943, rue du Four, à Paris, Jean Moulin réunit 16 organisations qui avaient toutes les raisons de ne jamais s’asseoir ensemble : 8 mouvements de résistance, 6 partis, du Parti communiste à la Fédération républicaine, 2 syndicats rivaux.

Des communistes que le pacte germano-soviétique rendait infréquentables, des conservateurs, des démocrates-chrétiens. Moins d’un mois plus tard, Moulin est arrêté ; le Conseil lui survit, parce que sa légitimité logeait dans la table et non dans un homme.

Le texte naît par navettes clandestines, un premier projet du communiste Pierre Villon, des contre-projets, jusqu’à l’adoption par le bureau du Conseil, le 15 mars 1944, d’un programme présenté comme unanime et diffusé sous un titre insolent, Les Jours heureux.

Il réclame « une véritable démocratie économique et sociale » et « un plan complet de sécurité sociale » ; les ordonnances d’octobre 1945 le tiendront.

Personne n’avait abjuré : dès la Libération, les signataires se combattront de plus belle. C’est ce qui intéresse le #PIC : le dissensus n’interdit pas d’écrire ensemble, pourvu qu’on fixe le cadre avant la querelle.

Mais le peuple n’était pas à la table, et le programme ne lui fut jamais soumis ; ses conquêtes, logées dans des lois, pouvaient être défaites par d’autres lois.

D’où le choix du #PIC : ne pas écrire de programme, mais les règles qui permettent au peuple d’en adopter, et d’abroger lui-même ce qu’on détricote en son absence.

💬 Commenter / noter cette entrée

La sécurité psychologique Au milieu des années quatre-vingt-dix, une jeune chercheuse de Harvard, Amy Edmondson, suit 8 services hospitaliers pour mesurer ce que la qualité d’une équipe fait aux erreurs de médication.

Le résultat la contrarie : les meilleures équipes en déclarent davantage. Elles ne se trompent pas plus ; elles osent le dire. Les autres se taisent, et l’erreur cachée ne sert plus de leçon.

De cette surprise naît une notion, la sécurité psychologique, qu’Edmondson définit en 1999 comme la croyance, partagée par les membres d’une équipe, que l’on peut y prendre sans danger des risques interpersonnels : poser une question naïve, avouer une faute, avancer une idée encore mal dégrossie, contredire.

Chacun fait sans cesse ce calcul muet. Quand la réponse est le ridicule, le soupçon ou la rebuffade, on se tait, et l’équipe perd ce qu’elle avait de plus précieux sans savoir qu’elle l’a perdu.

Google a retrouvé la notion en 2015, au terme de 2 ans d’enquête sur ses propres équipes : de loin le premier des facteurs de leur réussite. Le contresens courant la confond avec la gentillesse.

Edmondson le récuse : ce dont il s’agit, dit-elle, c’est de franchise. Une équipe exigeante et sûre apprend ; sûre sans exigence, elle s’assoupit dans le confort ; exigeante sans sécurité, elle vit dans l’anxiété et dissimule ses fautes.

Pour un mouvement de bénévoles, l’enjeu redouble : aucun salaire ne retient celui qu’on a humilié, il s’en va sans bruit, et ce sont souvent les plus scrupuleux qui partent les premiers.

Le #PIC en tire une distinction qui ordonne le reste. La cité est une agora, où l’on s’affronte en adversaires, parfois rudement, et c’est très bien ainsi : c’est la démocratie agonistique.

L’équipe est un atelier, où l’on se contredit sans se blesser. Le Protocole en fait une règle, la sécurité des échanges : elle proscrit la moquerie et le procès d’intention, et n’écarte jamais une objection pour son contenu.

💬 Commenter / noter cette entrée

L’esprit d’équipe L’esprit d’équipe est ce qui reste quand on a tout réglementé, et ce qui manque quand on n’a fait que cela. Aucun statut ne le crée, aucun règlement ne le commande : il naît, ou ne naît pas, de la manière dont des femmes et des hommes se parlent et se contredisent, puis se relèvent les uns les autres.

Dans un mouvement de bénévoles, il porte un nom plus ancien et plus exigeant : l’amitié. Personne n’y est retenu par un salaire ni tenu par une hiérarchie. On n’y reste que parce qu’on s’y estime, et l’on n’y donne que ce qu’on a de plus rare, du temps et de la bonne volonté.

Les mouvements citoyens meurent jeunes, presque tous. L’adversaire les achève moins souvent qu’on ne le croit : il lui suffit, la plupart du temps, d’attendre que l’usure et le soupçon fassent leur œuvre.

Le #PIC en tire une conviction. La proximité, que l’entreprise réduit à un sourire de façade, est notre première source d’énergie et de résilience. Aucun décret ne la produit : on l’inspire, et on la reconnaît d’instinct. Bon sens et bonne volonté, toujours.

Ce qui nous dépasse n’est pas au-dessus de nous : il est entre nous. Les philosophes parlent de « transcendance dans l’immanence » ; nous disons, plus simplement, l’amitié. Notre Protocole la désigne sans prétendre la régir, parce qu’on ne légifère pas sur l’amitié : on l’inspire. Les vieilles amitiés s’improvisent. Encore faut-il les avoir faites.

💬 Commenter / noter cette entrée

Le stratège et l’homme d’action Londres, automne 1941. Un général en exil reçoit un préfet révoqué par Vichy, venu par l’Espagne et le Portugal lui décrire l’état de la Résistance. Il le renvoie en France avec une mission : rallier et unir des mouvements qui se méfient les uns des autres.

Le 2 janvier 1942, Jean Moulin est parachuté sur les Alpilles. Le 27 mai 1943, à Paris, il préside la première réunion du Conseil national de la Résistance, d’où sortira le programme dont le #PIC se réclame.

L’un avait conçu, l’autre a exécuté, et aucun des deux n’aurait suffi. Encore Moulin n’exécutait-il pas des ordres : il traduisait une intention en alliances, sur un terrain que Londres ne voyait pas.

Si décadence il y a, elle n’est pas un manque d’idées. Les diagnostics abondent, souvent justes, et il faut écouter les Cassandre. Elle tient à une rupture : ceux qui conçoivent ne s’engagent plus, ceux qui s’engagent agissent sans boussole.

Ce sont 2 postures, non 2 espèces d’hommes, et chacun de nous passe de l’une à l’autre : le diagnostiqueur qui commente sans jamais risquer l’exécution, l’activiste qui se dépense sans savoir où il va. Chacun a besoin de l’autre, et le méprise volontiers.

Personne ne réunit durablement les deux, et celui qui prétend le faire porte un nom : l’homme providentiel. Le #PIC préfère instituer l’alliance. Chaque mandataire est secondé par son Égide ; la Forge est le cœur d’exécution du mouvement ; et le plan est public, pour que chacun, sur le terrain, en connaisse l’intention.

Une idée sans bras reste un diagnostic ; des bras sans idée font une agitation. Leur coalition ne se décrète pas : elle s’organise.

💬 Commenter / noter cette entrée

La pensée systémique et les points de levier Un jour du milieu des années 1990, au cours d’une réunion sur le nouveau régime du commerce mondial, l’analyste américaine Donella Meadows se lève, marche jusqu’au tableau et écrit une liste : les endroits où intervenir dans un système, du moins efficace au plus efficace.

En bas, les paramètres : taxes, subventions, normes, la matière de toutes les campagnes électorales. Nous leur consacrons, estime-t-elle, 99 % de notre attention, pour très peu d’effet. En haut, les règles du jeu, les buts du système, et le paradigme dont il procède.

Changer les mains qui tournent les robinets, écrit-elle, change peu de chose si les robinets restent branchés sur la même plomberie. Toute l’alternance tient dans cette image : un programme règle les robinets, une Constitution redessine la plomberie.

Le sommet de la liste porte un nom que Thomas Kuhn a rendu célèbre : le paradigme. En 1962, l’historien des sciences montrait qu’un cadre de pensée ne cède pas à la première objection ; il tombe quand s’accumulent des anomalies qu’il ne sait plus expliquer, et qu’un autre cadre est prêt à prendre le relais.

Notre époque en offre une de taille. Jamais l’individu ne s’est cru si libre ; jamais les citoyens n’ont eu tant de mal à se coaliser. Chacun vit dans sa monade, connecté à tout et relié à personne. L’hypothèse du #PIC : cette atomisation profite à ce qui est déjà organisé, sans que personne ait besoin de la vouloir.

Le #PIC n’a pas de programme. Il agit sur les leviers du haut, les règles avec la Constitution d’urgence, le paradigme avec l’intelligence collective, et il sème en bas des cercles locaux qui rendent le système actuel un peu moins indispensable chaque jour.

C’est plus long. Mais un système ne craint pas les programmes : il les héberge.

💬 Commenter / noter cette entrée

Cassandre Argos, devant le palais des Atrides. Une captive troyenne annonce aux vieillards de la cité que leur roi va être assassiné derrière cette porte. Les vieillards ne doutent pas de son don : ils lui demandent de « mieux parler ».

C’est Cassandre, dans l’Agamemnon d’Eschyle, joué à Athènes en 458 avant notre ère. Apollon lui avait donné l’art de prédire ; elle a trompé le dieu, qui l’a punie sans reprendre son présent. Elle dira vrai, et personne ne la croira.

Le mythe ne dit pas que la vérité est rare. Il dit qu’elle devient inaudible quand celui qui la porte a été disqualifié d’avance.

Nos Cassandre ont aujourd’hui un nom juridique : les lanceurs d’alerte. En juin 2010, la pneumologue Irène Frachon publie un livre contre le Mediator ; quelques jours plus tard, à la demande du laboratoire, un tribunal en fait retirer le sous-titre, « Combien de morts ? ». En 2023, la cour d’appel de Paris jugera que les propriétés anorexigènes du médicament avaient été « sciemment dissimulées ».

Apollon a changé de méthode : il ne maudit plus, il étiquette. Quand le mot « complotiste » remplace l’examen des pièces, il fait d’un lanceur d’alerte une Cassandre, et d’une erreur réparable une surdité collective.

Il faut écouter les Cassandre : aucun bon plan ne s’exécute contre l’information qu’elles apportent. Mais cela ne suffit pas, car l’alerte n’est pas un plan. Chez Eschyle, quand le cri du roi retentit enfin, les vieillards, convaincus trop tard, délibèrent, et décident d’attendre.

Le #PIC soutient la fonction d’alerte, non quiconque s’en proclame titulaire. Sa Constitution d’urgence rend le secret des affaires inopposable à celui qui révèle de bonne foi un risque grave ; son Protocole interdit de sanctionner un signalement fait de bonne foi, même infondé.

Cassandre n’a pas besoin d’être crue sur parole. Elle a besoin qu’on vérifie, puis qu’on agisse.

💬 Commenter / noter cette entrée

La guerre de position En 1929, dans une prison fasciste, le député communiste Antonio Gramsci, condamné à plus de 20 ans, commence ses cahiers. Une question l’obsède : pourquoi la révolution a-t-elle triomphé à Petrograd et échoué à Turin ?

En Orient, c’est-à-dire en Russie, répond-il, l’État était tout ; en Occident, il n’est qu’une tranchée avancée, derrière laquelle se dresse une chaîne de forteresses et de casemates : l’école, l’Église, les syndicats, le sens commun. L’assaut frontal, la guerre de mouvement, s’y brise.

Il faut donc une guerre de position, longue conquête des institutions et des esprits, pour obtenir l’hégémonie : le consentement avant le pouvoir. Ses combattants sont les intellectuels. Le traditionnel se croit indépendant des groupes sociaux : aujourd’hui, il livre ses concepts et estime avoir fait sa part. L’organique naît d’un groupe et reste jusqu’à l’exécution.

On objecte que c’est très long. C’est exact : c’est la définition même d’une guerre de position.

Sa ligne de front, en France, porte un nom que le #PIC assume comme une hypothèse polémique : le clergé médiatique. Non des journalistes, mais un petit nombre de positions qui consacrent, disqualifient, se reproduisent et fixent les bornes du présentable : ce que nous appelons, en le définissant, la bien-pensance. Pierre Bourdieu en a décrit les mécanismes, le Lexique du Pouvoir la propriété, sous le nom de médiacratie.

Le #PIC ne veut pas remplacer ce clergé par un autre. Il propose un nouveau système d’exploitation, dont la Constitution d’urgence est le code source et dont le référendum d’initiative citoyenne devient « le mode normal d’expression de la volonté générale ».

Le débat entre les idées n’y perd rien : la démocratie agonistique veut des adversaires, et l’arène reste ouverte. Ce qui cesse, c’est le monopole de ceux qui décident, avant le peuple, quelles idées ont le droit d’y entrer.

Gramsci voulait prendre les casemates. Le #PIC propose d’en ouvrir les portes.

💬 Commenter / noter cette entrée

Vous commentez et notez ce chapitre ci-dessous. Vos objections et vos exemples nourriront les versions suivantes.

Cliquez ici pour nous faire connaître votre niveau d'approbation
[Total: 0 Évaluation moyenne: 0]

Commentaires sur ce chapitre

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *