Comprendre · le diagnostic

Ce que vous ressentez n’est pas de la déprime. C’est de la lucidité.

Vous votez, et la politique menée reste la même. Votre avis compte le temps d’une campagne, puis il disparaît. Ce n’est pas une impression : c’est le fonctionnement normal d’un système conçu pour cela. Voici le diagnostic du #PIC en cinq minutes, puis les textes pour aller au fond.

Quatre pièces du dossier

Pièce n° 1
« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »
Constitution de 1958, article 3. Mais seul le président de la République, sur proposition du Gouvernement ou des deux assemblées, peut soumettre une loi au référendum (article 11). Le peuple ne peut pas l’imposer.
Pièce n° 2
« Tout mandat impératif est nul. »
Constitution de 1958, article 27. Une fois élu, votre représentant ne vous doit rien.
Pièce n° 3
54,7 % de non, le 29 mai 2005.
Le traité constitutionnel européen est rejeté par référendum. En 2008, le Parlement ratifie le traité de Lisbonne, qui en reprend l’essentiel, sans consulter à nouveau les électeurs.
Pièce n° 4
1,09 million de soutiens pour un référendum, en neuf mois.
Il en fallait 4,7 millions. Ce « référendum d’initiative partagée » sur la privatisation d’Aéroports de Paris (2019-2020), première application de la seule procédure qui associe les citoyens à l’initiative d’un référendum, n’a jamais eu lieu.

1. Le constat

Une impuissance organisée.

Nous vivons une époque étrange. La technique permet de consulter des millions de personnes en une soirée, et le citoyen n’a jamais été aussi loin de la décision. Il vit dans une prison sans barreaux visibles : les murs sont faits de règles, et ces règles ont été écrites pour que rien ne dépende de lui.

La Constitution de 1958 proclame que la souveraineté appartient au peuple. Dans les faits, elle appartient à ceux qu’il élit. Le mandat impératif est interdit, la révocation n’existe pas, le référendum reste à la discrétion du président de la République, et la seule initiative populaire prévue exige près de cinq millions de signatures après l’accord d’un cinquième des parlementaires.

Reste l’élection. Tous les cinq ans, le peuple remet les clés de la maison à un homme providentiel, qui le déçoit, puis à un autre, qui le déçoit à son tour. Nous appelons cela une aristocratie élective, ou une monarchie républicaine : le vote y sert moins à décider qu’à consentir.

Ce découragement que tant de Français éprouvent n’est donc pas une faiblesse de caractère. C’est la réaction saine d’un esprit qui a compris la règle du jeu.

2. La cause des causes

Les règles du jeu sont écrites par les joueurs.

Les responsables politiques ne sont pas plus mauvais que nous. Ils obéissent à des règles qui les récompensent de trahir leurs promesses et ne les punissent jamais de le faire. Changer les hommes sans changer les règles, c’est repeindre la cellule.

Or ces règles, qui les écrit ? Ceux-là mêmes qu’elles devraient limiter. Aucun pouvoir ne se retire de lui-même : c’est pourquoi la Constitution doit être écrite par ceux qui n’exercent pas le pouvoir, et ratifiée par le peuple.

D’où la bascule que propose le #PIC : cesser de se battre contre les conséquences, une loi injuste après l’autre, pour s’attaquer à la cause. Le citoyen ne doit plus seulement pouvoir voter pour quelqu’un. Il doit pouvoir voter les lois, et d’abord la loi qui écrit les lois.

Lire « La cause des causes » dans le Manifeste

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. »
Emmanuel-Joseph Sieyès, devant l’Assemblée nationale constituante, 7 septembre 1789. Le principe est posé dès l’origine : on élit pour ne plus décider.

3. Comment on nous fait consentir

Une minorité ne gouverne pas une majorité par la force. Elle la gouverne par les esprits.

Nul besoin de complot : il suffit de techniques, étudiées depuis un siècle et enseignées dans les écoles de communication. Le Lexique du Pouvoir les décode une par une. En voici trois.

Le cadrage

La fabrique du consentement

En 1922, Walter Lippmann décrit la « fabrique du consentement » comme un art de gouvernement. Des experts et des conseillers en communication choisissent les questions dont on parle, et la manière d’en parler, jusqu’à rendre l’inacceptable inévitable.

La fabrique du consentement →
La division

Le peuple contre lui-même

Salariés contre chômeurs, villes contre campagnes, jeunes contre vieux : tant que les citoyens s’affrontent sur ce qui les sépare, ils ne voient pas ce qu’ils ont en commun, à savoir d’être tous tenus à l’écart de la décision. Freud parlait du « narcissisme des petites différences ».

L’atomisation →
La résignation

L’impuissance apprise

« Il n’y a pas d’alternative », répétait Margaret Thatcher. À force d’entendre que tout est trop complexe pour lui, le citoyen cesse d’essayer. Le psychologue Martin Seligman a décrit ce mécanisme dès 1967 : on apprend l’impuissance comme on apprend le reste.

L’impuissance apprise →

Et aussi, dans le Lexique : la fenêtre d’Overton, la guerre cognitive, la loi d’airain de l’oligarchie, le nudge, l’astroturfing.

4. Ce que le #PIC en conclut

Pas un meilleur programme. Un autre système d’exploitation.

Nous ne proposons pas de mieux gérer la prison. Nous proposons de changer les règles qui la font tenir, en trois déplacements.

  1. Changer de question

    La politique ordinaire demande : « quelle loi voter ? ». Le #PIC demande : « qui doit écrire la loi ? ». C’est le passage du législatif au constituant, et c’est le cœur de notre démarche. Le pouvoir constituant.

  2. Faire confiance à un peuple adulte

    Des citoyens bien informés, qui délibèrent à partir de faits vérifiés et d’options comparées, décident mieux qu’une élite isolée. Ce n’est pas un acte de foi : c’est une hypothèse sérieuse, étudiée depuis Condorcet et mise à l’épreuve par les assemblées citoyennes contemporaines. La démocratie épistémique.

  3. Entrer dans le système pour le rendre

    Le #PIC utilise l’élection présidentielle, clé de voûte du système, pour soumettre aussitôt au référendum une Constitution d’urgence. Si le peuple l’adopte, la fonction présidentielle disparaît ; s’il la rejette, le président élu démissionne. C’est l’involution : un judo institutionnel plutôt qu’un assaut contre un mur. Notre stratégie.

Aller au fond

Cinq portes, de la plus courte à la plus longue.

Six minutes

Le #PIC en images

Le diagnostic, la proposition et les cercles, en douze images.

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Dix minutes

Le préambule du Manifeste

Le constat, sans détour : nous vivons dans l’illusion de la démocratie.

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Une demi-heure

Les deux piliers de la dépossession

L’élection et la fabrique du consentement, et pourquoi les stratégies d’opposition traditionnelles échouent.

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À la carte

Le Lexique du Pouvoir

Onze chapitres, du langage piégé à la guerre informationnelle, en passant par la peur, les chiffres, le filet numérique et la psychologie de l’obéissance : tout ce qui façonne l’opinion sans le dire.

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Une soirée

Les régimes et les mots de la démocratie

Démocratie directe, représentative, délibérative, agonistique : le premier chapitre de l’Abécédaire, pour savoir de quoi l’on parle.

Ouvrir l’Abécédaire →

Pour les curieux de la pensée politique : l’Observatoire de la pensée démocratique recense deux mille cinq cents ans d’idées sur le gouvernement du peuple, et ce que nous en faisons.

Nous ne sommes pas là pour rénover la prison. Nous sommes là pour vous en donner les clés.

Comprendre ne suffit pas. L’étape suivante : les outils pour décoder, débattre et agir, puis la place que vous voulez prendre.