La guerre cognitive Ce n’est pas un complotiste qui a annoncé que le cerveau serait le champ de bataille du XXIe siècle : c’est un rapport parrainé par l’OTAN.
En 2020, François du Cluzel, lieutenant-colonel de l’armée française en retraite, responsable des projets innovants au pôle d’innovation du Commandement allié Transformation, à Norfolk, rédige Cognitive Warfare.
Il y reprend la formule que le neuroscientifique américain James Giordano avait lancée en 2018 à l’académie militaire de West Point, y décrit l’esprit humain comme « un nouveau domaine de la guerre », après la terre, la mer, l’air, l’espace et le cyber, et y fixe l’objectif sans fard : faire de chacun une arme.
Il ne s’agit plus de convaincre, mais de dégrader la capacité même de connaître. La France n’est pas en reste.
Le 20 octobre 2021, la ministre des Armées Florence Parly présente la doctrine militaire de lutte informatique d’influence, dite L2I : des opérations dans la couche informationnelle du cyberespace pour détecter, contrer, renseigner « ou faire de la déception », c’est-à-dire tromper — exclusivement hors du territoire national, précise le texte.
10 mois plus tôt, en décembre 2020, Facebook avait fermé un réseau de faux comptes lié, selon lui, à des personnes associées à l’armée française, qui se faisaient passer pour des habitants de Centrafrique et du Mali.
En novembre 2022, la Revue nationale stratégique élève l’influence au rang de sixième fonction stratégique.
Et Viginum, créé en juillet 2021 auprès du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, traque les ingérences numériques étrangères : en mai 2025, il attribue 77 opérations au dispositif russe Storm-1516.
Qu’on nous entende bien : la menace est réelle et les manipulations russes sont documentées. Mais retenons 2 choses. L’image du cerveau champ de bataille vient des états-majors, pas de leurs critiques.
Et tous les dispositifs de défense regardent vers l’extérieur : Viginum, par décret, ne surveille que l’étranger.
Qui protège le cerveau du citoyen contre ses propres gardiens ? La Constitution du #PIC range parmi les droits fondamentaux l’intégrité psychique, y compris contre « toute ingénierie sociale déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre », et rend imprescriptibles les atteintes commises à grande échelle.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Les réseaux sociaux et les médias manipuleront les votes », « Vous êtes des complotistes », « Les gens sont sur leurs écrans : ils n’ont plus l’attention pour décider ».
Pour aller plus loin
L’ambition est vieille de 2 500 ans ; seul le vocabulaire est neuf.
Le traité attribué à Sun Tzu la formule déjà, dans la traduction de Lionel Giles (1910) : « l’excellence suprême consiste à briser la résistance de l’ennemi sans combattre » (notre traduction). Le XXe siècle en a fait une bureaucratie.
La guerre psychologique des Alliés, puis l’« action psychologique » que l’armée française confie en Algérie à ses cinquièmes bureaux, dissous en 1960 : l’outil visait l’adversaire, il s’exerçait sur une population que la République disait sienne.
Voilà le précédent français, et il n’est pas glorieux. Ce que le rapport de 2020 ajoute, c’est le passage du message au cerveau.
François du Cluzel y cite un stratège chinois, He Fuchu, pour qui « l’espace des opérations s’étendra du domaine physique et du domaine de l’information au domaine de la conscience », le cerveau devenant « un nouvel espace de combat » (notre traduction).
Et il propose, plutôt qu’un domaine cognitif, un « domaine humain » : l’objectif, écrit-il, est de « faire de chacun une arme » (notre traduction).
La meilleure objection est double, et ses deux branches tirent en sens contraire.
La première dit que la « guerre cognitive » n’est qu’un mot à la mode pour une réalité connue, la propagande, rhabillée en neurosciences pour lever des crédits. La seconde, plus sérieuse, vient de l’école dite de Copenhague.
Dans Security: A New Framework for Analysis (1998), Barry Buzan, Ole Wæver et Jaap de Wilde montrent que la sécurité est « un type particulier de politique » (notre traduction) : nommer une question menace, c’est la faire sortir du débat ordinaire pour la confier à ceux qui gèrent l’exception.
Tranchons. La première branche se trompe sur les moyens, qui ont réellement changé d’échelle avec le ciblage algorithmique ; la seconde voit juste sur les effets.
Dès que l’esprit du citoyen devient un « domaine » d’opérations, sa protection revient naturellement à ceux qui y opèrent, et la frontière entre l’ingérence étrangère et le désaccord intérieur devient une affaire d’appréciation administrative.
2 faits datés montrent que le risque n’est pas théorique. Le 15 décembre 2020, Meta publie le démantèlement de 3 réseaux de faux comptes visant l’Afrique francophone.
Deux sont russes ; le troisième, selon l’entreprise, présente des « liens avec des personnes associées à l’armée française » (notre traduction), et ses faux comptes centrafricains et maliens commentaient les contenus antifrançais publiés par l’un des réseaux russes.
Scène d’époque : 2 armées de marionnettes se disputant, sous de faux visages africains, l’opinion d’un pays qui ne les avait pas conviées.
2 ans plus tard, la Revue nationale stratégique de novembre 2022 l’écrit en toutes lettres : « L’influence est érigée en fonction stratégique. »
Rien de tout cela n’est illégal ; tout cela établit que la France n’est pas seulement la cible de la guerre cognitive, mais l’un de ses praticiens déclarés.
Les dispositifs de défense, eux, ne regardent qu’au-dehors, et c’est leur définition même.
Le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, placé auprès du Premier ministre, caractérise l’ingérence numérique par 4 critères, dont le dernier est « l’implication, directe ou indirecte, d’un acteur étranger, étatique ou non ».
La même campagne, menée par un acteur national, sort donc du champ. On comprend la prudence : une agence de l’exécutif qui surveillerait le débat intérieur serait pire que le mal.
Mais la conséquence demeure, et c’est la limite de la notion telle que l’État l’emploie : la guerre cognitive n’a d’ennemi qu’à l’extérieur, et l’intérieur n’a pas de gardien.
C’est là que la Constitution d’urgence du #PIC déplace la question. Elle ne confie pas la protection des esprits à un service de renseignement ; elle en fait un droit fondamental, opposable par tout citoyen, et nomme l’autorité publique parmi les auteurs possibles de l’atteinte.
Elle rend imprescriptibles les atteintes commises « de manière systématique ou à grande échelle » (Constitution d’urgence, Titre V, article 2), parce que l’on apprend souvent ces opérations des décennies plus tard.
Elle interdit surtout à toute autorité publique de diffuser, pour influencer l’opinion, un contenu synthétique qui peut être pris pour authentique, et de simuler une adhésion par « des comptes, personnages et foules fictifs », le public s’entendant « de toute personne, où qu’elle se trouve » (Titre XII, article 3).
Un réseau comme celui que Meta a décrit en 2020, qui visait des publics civils, tomberait sous le coup de cette interdiction ; seules y échappent les opérations militaires menées hors du territoire contre les forces d’un adversaire, à condition de ne viser ni les citoyens français ni l’opinion nationale, sous le contrôle d’une autorité indépendante qui en rend compte aux Soixante-dix-sept.
Elle rend enfin le pluralisme opposable (Titre V, article 5) : la meilleure défense cognitive d’un peuple n’est pas un filtre posé par l’État sur ce qu’il lit, c’est la contradiction garantie.
Tout cela reste une hypothèse, et elle a son point faible : le texte vise le faux visage, non l’influence menée à visage découvert ou confiée à des relais bien réels, et il faudra un juge capable de dire quand une campagne publique cesse d’informer pour opérer.
Mais l’alternative est connue. Elle consiste à laisser ceux qui mènent la guerre cognitive décider seuls de ce qui en relève.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Sun Tzu, The Art of War, trad. Lionel Giles, Luzac & Co, 1910, chapitre III (« Attack by Stratagem »), § 2 : « Hence to fight and conquer in all your battles is not supreme excellence; supreme excellence consists in breaking the enemy’s resistance without fighting. » (Aussi combattre et vaincre dans toutes ses batailles n’est-il pas l’excellence suprême ; l’excellence suprême consiste à briser la résistance de l’ennemi sans combattre ; notre traduction). consulter la source
Barry Buzan, Ole Wæver et Jaap de Wilde, Security: A New Framework for Analysis, Lynne Rienner, 1998 ; présentation de l’éditeur : « The authors argue that security is a particular type of politics applicable to a wide range of issues. » (Les auteurs soutiennent que la sécurité est un type particulier de politique, applicable à un large éventail de questions ; notre traduction). consulter la source
Meta, « Removing Coordinated Inauthentic Behavior from France and Russia », 15 décembre 2020 : « Although the people behind it attempted to conceal their identities and coordination, our investigation found links to individuals associated with French military. » (Bien que ses auteurs aient tenté de dissimuler leur identité et leur coordination, notre enquête a mis au jour des liens avec des personnes associées à l’armée française ; notre traduction). consulter la source
François du Cluzel, Cognitive Warfare, NATO Innovation Hub (Commandement allié Transformation), travaux de juin à novembre 2020, publié en janvier 2021 : « the human mind is now being considered as a new domain of war » ; « cognitive warfare’s objective is to make everyone a weapon » (l’esprit humain est désormais considéré comme un nouveau domaine de la guerre ; l’objectif de la guerre cognitive est de faire de chacun une arme ; notre traduction). consulter la source
Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, Revue nationale stratégique 2022, novembre 2022, point 11 : « L’influence est érigée en fonction stratégique. Volet aujourd’hui essentiel à l’expression de puissance, cette nouvelle fonction constitue un élément clé de notre capacité à promouvoir les intérêts de la France et à contrer les actions de nos compétiteurs sur tout le spectre de l’hybridité. ». consulter la source
Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, « Protéger le débat public contre les ingérences numériques étrangères », 23 novembre 2022 : « l’intention de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ; la propagation de contenus manifestement inexacts ou trompeurs ; la diffusion inauthentique (artificielle ou automatisée, massive et délibérée) destinée à amplifier la visibilité ou la viralité de ces contenus sur les plateformes numériques ; l’implication, directe ou indirecte, d’un acteur étranger, étatique ou non ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre V, article 2 : « Les atteintes à l’intégrité psychique commises de manière systématique ou à grande échelle sont imprescriptibles. ». consulter la source
Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.
La parade : Constitution, titre VIII, art. 3 : la transparence algorithmique · Constitution, titre VIII, art. 4 : la protection des profils numériques · Constitution, titre V, art. 1 : l’intégrité psychique
Le versant lumineux, dans l’Abécédaire : La désaliénation et l’éveil critique · L’auto-correction démocratique · L’intégrité psychique
La riposte, dans l’Autodéfense : « Les réseaux sociaux et les médias manipuleront les votes » · « Vous êtes des complotistes » · « Les gens sont sur leurs écrans : ils n’ont plus l’attention pour décider »
L’antidote, ce que le #PIC y oppose : L’Université populaire de l’intelligence collective · l’Observatoire de la pensée démocratique
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
Vous commentez et notez cette entrée ci-dessous. Vos objections et vos exemples nourriront les versions suivantes.
Nommer le procédé, c’est déjà s’en déprendre.

0 commentaire