L’auto-correction démocratique Karl Popper a déplacé la question politique : non plus « qui doit gouverner ? », qui appelle toujours une réponse autoritaire, mais comment se débarrasser de mauvais gouvernants sans effusion de sang.
La démocratie vaut parce qu’elle permet de les renvoyer pacifiquement. Elle est un système qui apprend : avec Popper et Dewey, on la conçoit comme une méthode expérimentale, qui essaie, se trompe, constate et corrige, là où le tyran, se croyant infaillible, s’enferme dans ses erreurs.
En 1936, George van den Bergh en tire une limite décisive : une majorité peut presque tout décider, parce que ses choix sont réversibles, sauf abolir la démocratie, qui priverait les majorités futures de leur droit de corriger.
Amartya Sen en a fourni la preuve : jamais une famine massive n’a frappé une démocratie dotée d’élections libres et d’une presse indépendante.
Le #PIC porte cette vertu à son comble : là où la représentation ne corrige que tous les 5 ans, il multiplie les correcteurs : révocabilité, référendum d’initiative citoyenne, y compris abrogatoire, tirage au sort, transparence, dispositions révisables.
Et il rend intangible la seule chose qui ne doit jamais disparaître : la capacité de se corriger.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Votre système est fait pour des saints, pas pour des hommes », « La démocratie représentative a fait ses preuves », « Vous êtes contre le progrès : pour vous, c’était mieux avant », « Votre Constitution, écrite en petit comité, à prendre ou à laisser », « Le peuple a porté Hitler et Pétain au pouvoir », « Vous nourrissez la défiance qui fait le lit des extrêmes ».
Pour aller plus loin
Popper n’a pas inventé l’idée ; il l’a rendue tranchante. La Déclaration des droits de 1793, en son article 28, l’avait posée en droit : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »
En 1835, Tocqueville observe que la démocratie américaine se trompe souvent, mais que « le grand privilège des Américains est de pouvoir faire des fautes réparables ».
En 1927, dans The Public and Its Problems, John Dewey en tire une méthode : « la formation des États doit être un processus expérimental » (notre traduction).
Il y ajoute une mise en garde que ses admirateurs oublient volontiers : le vieil adage selon lequel le remède aux maux de la démocratie est davantage de démocratie « n’est pas pertinent » s’il signifie qu’on remédiera aux maux en ajoutant « davantage de machinerie du même genre » (notre traduction).
Popper, en 1945, dans La Société ouverte et ses ennemis, ne fait que donner à cette tradition sa question : « comment organiser les institutions politiques de telle sorte que les gouvernants mauvais ou incompétents soient empêchés de faire trop de dégâts ? » (notre traduction).
La meilleure objection vient d’un fondateur de république. En 1788, dans le Fédéraliste n° 49, James Madison discute un projet de Jefferson : convoquer le peuple en convention chaque fois qu’il faudrait modifier la constitution ou en réparer les violations.
Tout appel au peuple suppose un défaut du gouvernement, écrit-il, et des appels fréquents priveraient celui-ci « de cette vénération que le temps confère à toute chose, et sans laquelle les gouvernements les plus sages et les plus libres n’auraient peut-être pas la stabilité requise » (notre traduction).
L’argument est sérieux : une règle révisée chaque année n’est plus une règle. Il se retourne pourtant contre qui l’invoque, car la vénération protège les erreurs aussi bien que les réussites.
Amartya Sen en a donné la mesure en 1999 : pendant la famine chinoise de 1958-1961, près de 30 millions de personnes meurent tandis que des politiques erronées restent « non corrigées pendant trois années entières » (notre traduction), faute d’opposition, de presse libre et d’élections.
La stabilité d’une erreur est ce qu’un régime peut produire de plus coûteux.
La réponse à Madison n’est donc pas la révision permanente, mais la révision périodique et encadrée ; c’est celle que retient le droit au tâtonnement de la Constitution d’urgence, qui soumet la question du réexamen des institutions au peuple « à intervalles réguliers fixés par la loi ».
La limite que George van den Bergh formulait en 1936 a un visage français, daté.
Le 10 juillet 1940, à Vichy, 569 parlementaires sur 649 présents votent une loi constitutionnelle qui donne « tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français ».
Le texte promettait que cette constitution « sera ratifiée par la Nation » ; elle ne le fut jamais.
Une assemblée régulièrement élue a supprimé, par un vote régulier, la possibilité même de se corriger, alors qu’une clause de 1884 interdisait de réviser la forme républicaine du gouvernement.
La leçon a été retenue : l’article 89 de la Constitution de 1958 reprend cette interdiction, et la Loi fondamentale allemande de 1949 rend intangibles, en son article 79, les principes de dignité et de démocratie. C’est la lignée de la clause d’éternité.
Encore faut-il voir ce que ces clauses coûtent. Un noyau intangible limite le peuple, et quelqu’un doit en assurer la garde : le plus souvent, un juge.
Jon Elster, dans Ulysse et les sirènes (1979), a montré qu’un tel engagement peut être rationnel, comme Ulysse se fait lier au mât parce qu’il se sait faillible ; encore faut-il que les liens soient peu nombreux, et que l’équipage ne soit pas seul à décider de ce qui est une sirène.
La seconde limite est plus sourde. Une démocratie ne corrige que ce qu’elle perçoit, et elle perçoit mal les erreurs dont les effets n’apparaissent qu’après plusieurs élections : une dette, un système de retraite, un climat.
La correction suppose une presse libre, et un horizon plus long que le mandat.
Le #PIC tire de cette histoire une construction précise, qu’il soumet à la critique comme une hypothèse.
Il multiplie les boucles de correction : référendum abrogatoire et révocatoire déclenché par l’Agora tirée au sort, sans seuil de signatures, révision périodique, cercles tirés au sort qui se renouvellent, retour obligatoire devant le peuple de toute loi temporaire qu’on proroge pour la troisième fois (Titre I, article 7).
Et il place dans son noyau intangible, parmi 8 matières seulement, « le droit permanent du peuple de réviser la Constitution, et les libertés d’opinion, d’expression et d’association sans lesquelles il ne pourrait se corriger » (Titre XVIII, article 3).
C’est la réponse exacte au 10 juillet 1940. On nous objectera que ce noyau enferme le peuple, et notre Autodéfense discute l’objection.
Reste l’avertissement de Dewey, que nous nous adressons d’abord à nous-mêmes : multiplier les correcteurs ne sert à rien si chacun n’est qu’une machine de plus. Une boucle de correction se juge à ce qu’elle corrige.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
James Madison, Le Fédéraliste n° 49, New York Packet, 5 février 1788, The Avalon Project, Yale Law School : « as every appeal to the people would carry an implication of some defect in the government, frequent appeals would, in a great measure, deprive the government of that veneration which time bestows on every thing, and without which perhaps the wisest and freest governments would not possess the requisite stability » (comme tout appel au peuple impliquerait quelque défaut du gouvernement, des appels fréquents priveraient dans une large mesure le gouvernement de cette vénération que le temps confère à toute chose, et sans laquelle les gouvernements les plus sages et les plus libres n’auraient peut-être pas la stabilité requise ; notre traduction). consulter la source
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 24 juin 1793, article 28, Conseil constitutionnel : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. ». consulter la source
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1835 ; édition Pagnerre, 1848, tome 2, deuxième partie, chapitre 6 : « je répète ici ce que j’ai déjà exprimé ailleurs : le grand privilège des Américains est de pouvoir faire des fautes réparables. ». consulter la source
John Dewey, The Public and Its Problems, Henry Holt and Company, 1927, chapitres I et V : « The formation of states must be an experimental process. » ; « The old saying that the cure for the ills of democracy is more democracy is not apt if it means that the evils may be remedied by introducing more machinery of the same kind as that which already exists » (la formation des États doit être un processus expérimental ; le vieil adage selon lequel le remède aux maux de la démocratie est davantage de démocratie n’est pas pertinent s’il signifie qu’on peut remédier aux maux en introduisant davantage de machinerie du même genre que celle qui existe déjà ; notre traduction). consulter la source
Assemblée nationale, « Des décrets-lois du gouvernement Daladier au vote par la Chambre des députés et le Sénat des pleins pouvoirs au maréchal Pétain », page d’histoire, sur la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 : « Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu’elle aura créées » ; « Le texte est approuvé par 569 parlementaires qui abdiquent leur mandat électif sur les 649 présents. Seuls 80 parlementaires – 57 députés et 23 sénateurs – s’opposent à ce qu’ils considèrent comme un acte de décès de la République. ». consulter la source
Karl Popper, The Open Society and Its Enemies, vol. 1, Routledge, 1945, chapitre 7 ; cité par l’Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Karl Popper: Political Philosophy » : « How can we so organize political institutions that bad or incompetent rulers can be prevented from doing too much damage? » (comment organiser les institutions politiques de telle sorte que les gouvernants mauvais ou incompétents soient empêchés de faire trop de dégâts ? ; notre traduction). consulter la source
Amartya Sen, « Democracy as a Universal Value », Journal of Democracy, vol. 10, n° 3, juillet 1999 : « Nearly 30 million people died in the famine of 1958-61, while faulty governmental policies remained uncorrected for three full years. The policies went uncriticized because there were no opposition parties in parliament, no free press, and no multiparty elections. » (près de trente millions de personnes sont mortes pendant la famine de 1958-1961, tandis que des politiques gouvernementales erronées restaient non corrigées pendant trois années entières. Ces politiques n’étaient pas critiquées parce qu’il n’y avait ni partis d’opposition au parlement, ni presse libre, ni élections pluralistes ; notre traduction). consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3 : « Si le peuple peut tout réviser, il est une seule chose qu’il ne peut pas décider : abolir son propre pouvoir de décider. ». consulter la source
Version 2 — 27 septembre 2026 : la citation du noyau intangible suit désormais la liste unique de la Constitution d’urgence (Titre XVIII, article 3), qui comprend l’abolition de la peine de mort. Voir les versions précédentes
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : L’ingénierie sociale · La guerre cognitive · L’architecture de capture systémique · Les cabinets de conseil · La vidéosurveillance algorithmique · La dissonance cognitive · Les opérations psychologiques
Ce que nous instituons : Constitution, titre XVIII, art. 2 : le droit au tâtonnement et à la révision périodique · Constitution, titre III, art. 5 : l’abrogation du mandat non impératif et la révocabilité · Constitution, titre XVIII, art. 3 : le noyau intangible : ce que le peuple lui-même ne peut abolir
La riposte, dans l’Autodéfense : « La démocratie représentative a fait ses preuves » · « Votre système est fait pour des saints, pas pour des hommes » · « Le peuple a porté Hitler et Pétain au pouvoir »
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