Apprendre à décider ensemble

L’Université populaire de l’intelligence collective

Un peuple qui veut voter ses lois doit s’en donner les moyens. Nous ouvrons l’école qui manque à la démocratie : sans examen, sans maître à penser, et avec des outils.

  1. 1792CondorcetChaque dimanche, une conférence publique pour les citoyens de tous les âges.
  2. 1844GrundtvigÀ Rødding, au Danemark, la première école populaire sans examen.
  3. 1899Les universités populairesFaubourg Saint-Antoine : ouvriers et intellectuels dreyfusards étudient ensemble.
  4. 1932HighlanderDans le Tennessee, l’école où se formeront des militants des droits civiques.
  5. 1968Paulo FreireLa Pédagogie des opprimés : le dialogue plutôt que le dépôt de savoir.
  6. 1987Le Maître ignorantJacques Rancière relit Jacotot : toutes les intelligences sont égales.
  7. 2002CaenUne université populaire gratuite, sans inscription ni diplôme.
  8. 2026Le #PICL’intelligence collective, apprise comme une discipline.

Pourquoi une université

Le théorème du jury a une condition.

En 1785, Condorcet démontre une chose étonnante : si chaque votant a un peu plus d’une chance sur deux d’avoir raison, et vote en conscience, la majorité a d’autant plus de chances d’avoir raison qu’elle est nombreuse. C’est le fondement mathématique de la confiance dans le peuple.

Mais le même théorème dit l’inverse avec la même rigueur : si chacun a moins d’une chance sur deux d’avoir raison, la majorité se trompe presque à coup sûr. Tout se joue donc sur la condition. Un peuple mal informé, manipulé, privé du temps de réfléchir, donne raison aux élites qui le jugent incapable.

Condorcet en tirait la conséquence, sept ans plus tard, dans son rapport sur l’instruction publique : l’instruction doit « établir entre les citoyens une égalité de fait, et rendre réelle l’égalité politique reconnue par la loi », et ne pas abandonner les citoyens « au moment où ils sortent des écoles ».

L’Université populaire de l’intelligence collective existe pour cela : relever, pour chacun, la probabilité d’avoir raison. Non pas en lui disant quoi penser, mais en lui donnant les moyens de penser par lui-même, et avec les autres.

Ce que dit la science

La foule n’est pas magiquement intelligente.

Réunir des gens de bonne volonté ne produit pas de l’intelligence, mais souvent du bavardage. L’intelligence collective est une technique, avec ses conditions et ses pièges. Voici ce que la recherche en sait, et ce que nous enseignerons.

Ce qui marche

Le processus compte plus que le QI

En 2010, une équipe du MIT et de Carnegie Mellon a mis en évidence un facteur d’intelligence des groupes, lié à l’égalité des tours de parole et à l’attention portée aux autres. Une méta-analyse de 2021 le confirme : la qualité de la collaboration prédit la performance mieux que le talent individuel. Le débat scientifique reste ouvert, et nous l’enseignerons ouvert.

Ce qui marche

La diversité des points de vue

Un groupe varié voit ce qu’un groupe homogène ne voit pas, parce que ses membres n’ont pas les mêmes angles morts. C’est l’argument d’Hélène Landemore en faveur du grand nombre, et la raison pour laquelle une assemblée d’énarques n’est pas un cerveau collectif.

Ce qui marche

L’indépendance avant l’échange

La « sagesse des foules » n’opère que si chacun se fait d’abord son avis seul. Des chercheurs ont montré en 2011 qu’une influence sociale même faible réduit la diversité des estimations sans les rendre plus justes. D’où une règle simple : réfléchir seul, puis débattre.

Ce qui échoue

La pensée de groupe

Irving Janis l’a décrite en 1972 : quand la recherche de l’unanimité l’emporte sur l’examen des faits, les groupes brillants prennent des décisions désastreuses. Les remèdes existent : l’avocat du diable, l’équipe contradictoire, l’animateur qui parle en dernier.

Ce qui échoue

Les cascades et la polarisation

Chacun imite ceux qui ont parlé avant lui ; un groupe homogène se radicalise en débattant. Cass Sunstein et Reid Hastie en ont tiré un manuel (Wiser, 2015). Un mouvement qui ne se méfie pas de lui-même devient une secte.

Le programme

Cinq enseignements pour devenir un citoyen constituant.

Chaque enseignement s’appuie sur ce qui existe déjà sur ce site, et s’enrichira à mesure que l’Université prendra forme.

1

Devenir constituant

Lire une constitution, comprendre les pièges de celle de 1958, rédiger un article, savoir ce que sont le référendum d’initiative citoyenne, le tirage au sort, la révocabilité.

Déjà en ligne : la Constitution d’urgence, commentable article par article, et les outils de la souveraineté.

3

Délibérer sans se déchirer

Ne pas être d’accord sans se détester : la disputatio, la démocratie agonistique, la sollicitation d’avis, les tours de parole, l’art de poser une question loyale.

Déjà en ligne : la sollicitation d’avis et la questiologie, dans l’Abécédaire.

4

L’intelligence collective, science et limites

Condorcet, la sagesse des foules, la diversité cognitive, la pensée de groupe : ce qui est démontré, ce qui est discuté, ce qui est faux.

Déjà en ligne : l’intelligence collective, dans l’Abécédaire.

5

Hygiène et souveraineté numériques

Comprendre les algorithmes de recommandation et la censure, protéger ses données et celles des autres, voter en ligne sans être fiché.

Déjà en ligne : le Titre VIII de la Constitution d’urgence, sur la souveraineté numérique, et les neurodroits, la frontière suivante.

La pédagogie

Dix principes, empruntés aux meilleurs.

  1. Instruire sans catéchiser. Condorcet refusait qu’on présente une constitution comme « des tables descendues du ciel ». Nous enseignerons aussi les objections au référendum.
  2. Enseigner à tous les âges, à heure fixe. La conférence du dimanche de Condorcet, la séance du soir de Caen : la régularité fait l’habitude.
  3. Partir des problèmes des gens. À Highlander, le programme venait des participants ; les experts venaient ensuite, quand on en avait besoin.
  4. Dialoguer plutôt que déverser. Freire appelait « éducation bancaire » celle qui remplit des têtes comme des comptes. Nous préférons la question.
  5. Présupposer l’égalité des intelligences. Sans mépriser l’expertise : on la convoque, on ne lui obéit pas.
  6. Se faire un avis seul avant d’échanger. C’est la condition de la sagesse des foules.
  7. Soigner le processus. Des tours de parole équitables, de l’attention aux autres, un animateur qui s’efface.
  8. Chercher la diversité, et dire ses limites. Un groupe varié voit mieux ; il ne voit pas tout.
  9. Institutionnaliser la contradiction. Des intervenants de camps opposés, l’avocat du diable, la vérification des faits en direct.
  10. Produire quelque chose d’utile aux autres. En Oregon, des citoyens tirés au sort rédigent pour tous les électeurs une note sur chaque initiative soumise au vote ; en la lisant, les électeurs répondent mieux aux questions de fond. Chaque session de l’Université devra laisser une trace semblable.

Les formats

Ce qui existe, et ce qui viendra.

Ce qui existe déjà : les DIRECTS du #PIC, en accès libre sur notre chaîne YouTube ; l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir ; la Constitution d’urgence, qui s’apprend en la commentant.

Ce que nous préparons : des conférences publiques régulières, suivies d’un débat ; des cercles d’étude de sept à quinze personnes, sur le modèle suédois, animés par un participant plutôt que par un expert ; une école d’été ; et, surtout, la formation de formateurs, pour que l’Université essaime au lieu de grossir.

Trois écueils que nous connaissons

L’endoctrinement
Une école militante qui ne forme que des militants est un catéchisme. Nos intervenants ne seront pas tous d’accord avec nous, et c’est voulu.
L’entre-soi
Les universités populaires de 1900 ont décliné quand les intellectuels y ont pris toute la parole. La nôtre devra aller chercher ceux qui ne viennent jamais.
La gratuité intenable
Les belles écoles bénévoles meurent souvent faute de salle ou de relève. L’accès restera libre pour le grand public ; certaines formations approfondies devront trouver leur financement.

Pédagogues, chercheurs, animateurs : venez bâtir l’Université.

Nous cherchons des gens qui savent enseigner, animer un débat, construire un programme, ou simplement transmettre ce qu’ils ont compris. L’Université commencera petite ; elle commencera avec vous.