Deux piliers méconnus soutiennent cette architecture de la dépossession

Le premier pilier de la dépossession démocratique : l’élection

[glossaire]L’état « agentique »
« On se dit “citoyens” : mais nous ne sommes “qu’électeurs”.

Cela signifie, en termes techniques, que nous devenons de simples « agents » malgré nous du système et de ses processus électoraux.

« L’état agentique » est le concpt iciconsacré : c’est une condition psychologique dans laquelle un individu ne se considère plus comme responsable de ses propres actes, mais comme l’instrument (l’agent) d’une volonté étrangère : celle d’une autorité, d’un processus ou d’un algorithme.

Ce concept, théorisé par Stanley Milgram, explique comment des individus par ailleurs éthiques et intelligents peuvent exécuter des ordres absurdes, injustes ou destructeurs sans ressentir de culpabilité immédiate.

Les 2 Conditions de l’État Agentique :

1. Le Transfert de Responsabilité :
L’individu estime que la responsabilité morale de l’acte incombe à celui qui donne l’ordre (le chef, la direction, la « compliance »). Sa seule responsabilité devient la qualité de l’exécution.

2. La Perte d’Autonomie Cognitive :
L’individu cesse d’évaluer la finalité de l’action (le « Pourquoi ») pour se concentrer exclusivement sur la modalité (le « Comment »). C’est le passage du mode « Sujet Souverain » au mode « Fonctionnaire du Vide ».

Pourquoi est-ce l’objectif du processus modélisé en ce sens qu’on appelle « élection » ?

L’état agentique est une anesthésie morale. Il permet au système de fonctionner comme une machine biologique où chaque cellule obéit au signal central sans poser de question technique ou éthique. On vous impose des candidats : vous les élisez sans questionner, vue d’en-haut, le système.

Le danger métabolique :
Bien que vous ne vous sentiez pas « coupable » ni même « abusé », votre cerveau profond (le système limbique) enregistre la dissonance entre vos valeurs et vos actes. C’est ce qui crée le bruit de fond toxique, l’insomnie et l’épuisement. Vous ne fatiguez pas de travailler, vous fatiguez de disparaître derrière l’agent.

Notre « démocratie » élective nous hypnotise en ce sens, et régulièrement, nous déplorons la mauvaise « représentation » par nos « élites », quelque chose en nous sent bien que ce système est dysfonctionnel, mais nous obéissons.

→ à lire dans le Lexique du Pouvoir

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. » — Extrait du discours de Sieyès, assemblée nationale constituante, 7 septembre 1789.

Le premier pilier de notre dépossession, c’est « l’élection-parmi-des-candidats-que-l’on-peut-aider-à-gagner » : des candidats choisis et poussés au pouvoir par l’oligarchie en place. Cette « élection » est une procédure voulue et imposée aux électeurs par les élus — et par ceux qui contrôlent les médias (précisément pour gagner les élections).

Or, élire, c’est renoncer à voter. Alors que voter, c’est décider. Se soumettre à la procédure qu’est l’élection, c’est accepter de ne jamais rien décider. Voter, c’est décider. Élire, par définition, c’est abdiquer. On se dit « citoyens » : mais nous ne sommes « qu’électeurs ».

Accepter d’élire, c’est donc acter le décès de notre souveraineté. Ceux qui croient encore en l’élection peuvent d’ailleurs, pour s’éveiller à cette réalité, constater l’évidence criante : quand ils s’intéressent aux parcours et aux actions de leurs élus, c’est généralement pour faire la chronique et le diagnostic de leurs promesses non tenues et même, de manière objective, de leurs trahisons. Et la chose ne va qu’en s’aggravant à tel point que le concept même de « représentation » par nos élus semble vicié, puisqu’ils respectent peu leurs propres électeurs, les surprennent par leurs alliances contre-nature, protègent outrancièrement leurs propres acquis, etc.

L’actuelle architecture institutionnelle élitiste nous a donc fait oublier une distinction fondamentale : élire (des représentants) n’est pas voter (nos lois).

On peut même aller plus loin dans le constat. Tout semble indiquer que nous fassions bien plus que subir cet état de fait, puisqu’au lieu de l’interroger, au lieu de déployer notre esprit critique à l’échelle de ce système, nous aimions l’élection. Nous allons jusqu’à nous engager politiquement dans la lutte partisane, au point de militer, chacun dans un camp, un parti qui fonctionne comme une armée pour gagner la guerre électorale, compétition souvent hystérisée qui se réduit, si on y songe, à choisir nos maîtres, présidents, parlementaires : or, à chaque fois, il s’agit d’un suicide politique puisque nous acceptons de n’être, au terme de ces élections, plus rien politiquement. En dehors de notre précieuse énergie militante, nous sommes manifestement considérés comme incompétents puisqu’il nous est demandé de nous taire jusqu’aux élections suivantes. Nous sommes même muselés jusqu’au sein de chaque Conseil municipal, où il nous est impossible de vraiment prendre la parole… Nous n’avons même plus la lucidité élémentaire de voir à quel point nous sommes traités comme des incapables, de constater nos droits fondamentaux bafoués.

Accepter d’élire, c’est une forme moderne de servitude volontaire.

On critique souvent le régime « hyper-présidentiel », considéré comme une cause essentielle des dysfonctionnements de notre jeu politique. On a vu plus haut que cette hypertrophie de la puissance de l’exécutif, de plus en plus centralisateur, n’est ici qu’une modalité parmi d’autres de l’usurpation de la souveraineté par les politiciens : le régime de la « représentation » institué par les élus eux-mêmes est par essence anti-démocratique. Plus un régime a de pouvoir, plus il aspire à encore plus de pouvoir selon la logique de la pléonexie — quand il ne rencontre pas de limite dans la confiscation et la concentration.

Le blanc-seing légalement donné à nos « représentants » organise l’impuissance populaire tout en consolidant toujours plus avant l’omnipotence des élus et de leurs sponsors et lobbies.

Par conséquent, si l’on établit et consolide la votation citoyenne, le droit imprescriptible du peuple à disposer de lui-même sera rétabli et respecté — et les excès de notre actuel régime hyper-présidentiel seront alors naturellement corrigés. Alors que l’inverse n’est pas vrai : changer de président ou même le régime présidentiel serait un leurre, puisque cela n’offrirait en soi aucune garantie de remédier à notre impuissance populaire.

Le premier pilier pointe donc la cause des causes : à savoir que, non seulement nous abdiquons notre souveraineté, mais nous le faisons volontairement, en adhérant aveuglément à la procédure qu’est l’élection. Nous aimons, nous vénérons l’élection : elle ressemble en tous points à une religion dogmatique, impossible à remettre en question, comme si elle allait de soi.

Le deuxième pilier de cette dépossession démocratique : la fabrique du consentement

La question qui se pose alors est la suivante : ce niveau de servitude réside-t-il dans notre nature, ou s’agit-il, à l’échelle de notre civilisation, d’un état passager, induit par une manipulation collective, une forme d’hypnose qui nous conforte dans notre passivité ?

C’est le postulat du PIC : le deuxième pilier de notre dépossession réside en effet dans ce qu’il convient d’appeler la fabrique du consentement, que nous nommons aussi « domestication ».

« Il est important que le peuple ait le sentiment de son impuissance » : cette phrase, qu’on prête volontiers à François Guizot (1787-1874, figure centrale des voleurs de pouvoir au 19e siècle) sans qu’on la trouve dans ses écrits, synthétise pourtant parfaitement l’essence d’une philosophie politique conservatrice, mais surtout le rejet absolu, reproduit par nos actuelles classes privilégiées (autoproclamées « élites » au sein de « Grandes Écoles »), rejet fanatique de toute forme de souveraineté des citoyens. Nos « élites » continuent globalement d’associer la démocratie populaire au chaos révolutionnaire. Elles n’ont pas du tout évolué depuis François Guizot qui défendait ainsi la « souveraineté de la raison », incarnée selon lui non par la masse, mais par une élite « capable ».

Les instituteurs du 19e siècle, « les Hussards Noirs de la République », recevaient tous des instructions explicites et fermes de leurs inspecteurs : inculquer aux enfants des travailleurs le goût de la discipline, de la ponctualité, de l’obéissance, de la soumission, le respect des autorités et de l’ordre social…

Dans cette perspective, la stabilité de « l’ordre social » exigeait que le peuple soit maintenu à l’écart des décisions politiques. Le sentiment d’impuissance populaire n’était pas un effet secondaire regrettable, mais une condition nécessaire à la gouvernance par l’élite : la docilité du bétail électoral.

La pensée de Guizot est une forme assumée de ce que Noam Chomsky nommera plus tard « la fabrication du consentement ». Pour qu’une oligarchie puisse gouverner durablement sans coercition permanente, elle doit obtenir la passivité de la population.

L’objectif de cette ingénierie sociale est l’intériorisation de l’incompétence. Si le peuple se sentait puissant et légitime, il exigerait la démocratie directe. Le système doit donc convaincre le citoyen qu’il est incapable de se gouverner lui-même et que la délégation du pouvoir à des professionnels (l’élection) est la seule option raisonnable. L’impuissance apprise mène à l’apathie, qui est une forme de consentement passif. Aujourd’hui, on constate l’évolution de l’apathie sous diverses formes de nihilisme, de désengagement politique, dont l’abstentionnisme n’est qu’un avatar (et un immense service rendu au système).

Si l’on schématise de façon provocatrice, le monde se divise ainsi entre : ceux qui continuent d’adhérer à l’élection — qui dans notre système actuel n’est pas l’exercice de la souveraineté, mais la procédure rituelle de son abdication (on y trouve la plupart des électeurs et des militants politiciens) ; et ceux qui ressentent plus ou moins confusément l’imposture au point de se résigner, paradoxalement, dans le rejet de tout intérêt pour la vie de la Cité, ce qui constitue la masse des abstentionnistes, aussi appelée « premier parti de France » (croyant arborer une posture sécessionniste, mais sans effet sur le Pouvoir). Cette seconde catégorie est la plus à même d’adhérer à la démarche du PIC.

Le génie de la gouvernance perverse du système consiste à s’assurer que chacun se complaise dans son état, qu’il s’agisse des militants chroniqueurs d’un côté, ou des nihilistes de l’autre, blasés, irrécupérables : dans les deux cas, ils protègent plus ou moins consciemment les intérêts à long terme de nos « maîtres ».

Pour cela, le système s’assure que nous restions les produits d’une ingénierie sociale sophistiquée, une véritable domestication des esprits, conçue pour fabriquer notre consentement à notre propre dépossession. Cette domestication repose sur deux principaux leviers qui verrouillent notre prison mentale (que nous appelons aussi « prison cognitive ») :

a) La fabrique de l’obéissance : dressage dès l’école

[glossaire]La « néoténie civique »
« Il est important que le peuple ait le sentiment de son impuissance »

Pour éclairer ces notions de « domestication » et « d’intériorisation de l’incompétence », le concept le plus pertinent est celui de la « néoténie civique ».

La néoténie (qui en biologie fait référence à une espèce animale qui ne naît pas achevée ni capable de survivre seule, ce processus étant particulirèment long chez l’humain) se définit ici, métaphoriquement, comme le maintien de caractères juvéniles chez l’adulte. Appliquée à la politique, elle devient l’arme fatale de la « fabrique du consentement ».

Nous décrivons ici le processus de maintien délibéré du peuple dans un état d’enfance politique. La « néoténie civique » est la stratégie par laquelle l’oligarchie (les « adultes capables ») s’assure que le citoyen reste un « mineur protégé ». En inculquant la discipline, la docilité et le sentiment d’incompétence dès l’école, le système bloque le passage à l’âge adulte politique : la Souveraineté. Le consentement n’est pas « fabriqué » par la force, mais par la création d’une dépendance psychologique envers les « experts » et les « élus », perçus comme des tuteurs nécessaires face à un monde trop complexe pour le « bétail électoral ».

Pourquoi ce concept est-il utile ici ?

La phrase prêtée à Guizot — apocryphe, mais fidèle à sa doctrine de la « souveraineté de la raison » — incarne le rejet fanatique de la souveraineté populaire. La néoténie civique explique le moteur de ce rejet : pour que l’élite puisse jouir de sa pléonexie (soif de pouvoir), elle doit s’assurer que le peuple ne « grandisse » jamais. L’ingénierie sociale décrite (les Hussards Noirs, l’intériorisation de l’incompétence) est en réalité une opération de castration de l’agentivité. On remplace le glucose mental de la décision par le sédatif de la soumission. L’élection devient alors la fête de fin d’année de l’école primaire, où l’on choisit quel délégué aura le droit de parler au directeur en notre nom.

→ à lire dans le Lexique du Pouvoir

Dès l’école, le système éducatif « républicain » est structuré pour induire la conformité. Il valorise la régurgitation des savoirs officiels et l’obéissance à l’autorité, la connaissance et les diplômes compartimentés en silos, au détriment de l’esprit critique radical, subversif et portant sur l’analyse des structures et des systèmes (la pensée systémiste est confisquée, or c’est ce nécessaire niveau de réflexion qui préside à la vision du PIC). Les diplômes ne sanctionnent pas tant l’intelligence que la compatibilité opérationnelle de l’individu avec les attentes du régime en place. Ce dernier nous « gère », nous « pilote » comme une biomasse humaine, selon les préceptes de la cybernétique. C’est pourquoi on nous apprend très tôt que « Démocratie = Élection », inscrivant ce mensonge fondamental au cœur de notre logiciel mental. On nous forme à trouver notre place dans la hiérarchie, pas à remettre en question la légitimité de la hiérarchie elle-même.

b) Le joug de la Médiacratie : formation permanente à la soumission électorale

[glossaire]La « paracosmie systémique »
Pour éclairer cette notion « gouvernance perverse » et la mise en scène du débat public, le concept-clé est ici celui de la « paracosmie systémique ».

La « paracosmie » est l’univers de simulation créé par une structure (entreprise, institution, administration, et cette idée s’applique aussi à notre régime parlementaire) pour remplacer la réalité technique et humaine par une fiction administrative. C’est un « décor de carton-pâte » sémantique et procédural dans lequel le système force ses membres à opérer.

Si l’élection est le rituel et la néoténie le stade de développement, la « paracosmie » est le décor de théâtre dans lequel le système vous enferme pour s’assurer que vous ne regardiez jamais les coulisses (le Pouvoir réel).

Il s’agit de la construction d’une réalité alternative où les enjeux réels sont remplacés par des simulacres.

La « Médiacratie » ne vous informe pas sur le monde, elle gère votre perception au sein d’une paracosmie : un univers clos où l’élection est élevée au rang de religion dogmatique et où le conflit politique est réduit à un « spectacle de catch ». Dans cet espace, l’esprit critique est asphyxié par un déluge de polémiques stériles, empêchant toute pensée systémique. Vous ne vivez pas dans une démocratie, mais dans la simulation d’une démocratie, conçue pour piloter la « biomasse humaine » sans que celle-ci ne cherche à briser le dôme de sa prison cognitive.

Pourquoi ce concept est-il le « révélateur » ici ?
Il s’agit bien d’une « domestication » par le dressage et le spectacle. La « paracosmie systémique » explique pourquoi la rupture est si difficile : sortir de la prison cognitive demande de reconnaître que le monde que nous voyons à la télévision est un décor de carton-pâte.

En nommant la « Médiacratie » comme le clergé de cette paracosmie, nous identifions les gardiens du temple. Le passage du « bétail obéissant » au « peuple constituant » exige d’abord de cesser de nourrir la paracosmie avec son propre glucose mental (son attention) pour le réinvestir dans une pensée souveraine et radicale.

→ à lire dans le Lexique du Pouvoir

Le bras le plus puissant de notre domestication est la « Médiacratie ». Nous devons nommer la réalité : le système médiatique dominant n’est pas un contre-pouvoir ; il est le clergé de l’oligarchie. Possédé par une poignée d’intérêts financiers et industriels, ce système emploie une caste de privilégiés triés sur le volet, non pas pour informer, mais pour perpétuer le récit officiel. Sa fonction principale est de maintenir l’illusion du caractère vertueux de l’élection et de circonscrire le débat public dans des limites acceptables pour le pouvoir.

La Médiacratie n’organise pas le pluralisme ; elle en simule le spectacle. Elle met en scène des désaccords superficiels entre partis interchangeables, tout en marginalisant, diabolisant ou rendant inaudible toute critique systémique. C’est l’illusion de la démocratie en action.

En saturant l’espace mental de polémiques stériles et en transformant la « politique » en spectacle de catch où tout est bidonné, la Médiacratie anesthésie notre esprit critique collectif. Elle transforme le citoyen en consommateur d’opinions préfabriquées, convaincu que son seul rôle est de choisir périodiquement le maître qui le gouvernera.

Rompre le charme de cette double domestication — éducative et médiatique — est le premier acte de résistance véritable. Le projet du PIC n’est pas seulement institutionnel ; il est aussi cognitif. Il vise à réarmer intellectuellement les citoyens pour qu’ils cessent d’aimer leurs chaînes et qu’ils retrouvent le désir brûlant de leur souveraineté. Cela commence par renouer avec la pratique et l’enseignement, la valorisation de l’esprit critique, la découverte et l’approfondissement d’une pensée souveraine, non plus en électeur mais en citoyen, non plus en enfant politique mais en adulte politique, non plus en bétail obéissant mais en peuple constituant.

Version 2 du Manifeste — septembre 2026. Les versions antérieures de ce passage seront accessibles ici dès la première modification.

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