La paracosmie systémique En psychologie, un paracosme est un monde imaginaire détaillé qu’un enfant invente et habite ; le mot naît d’une enquête du chercheur britannique Robert Silvey en 1976, et les royaumes de Gondal et d’Angria, que les enfants Brontë ont peuplés jusqu’à l’âge adulte, en sont les exemples illustres.
Le #PIC détourne le terme, et il le fait exprès : un peuple maintenu en enfance politique a besoin d’un monde d’enfant. Voici l’hypothèse.
Nos institutions et leurs médias entretiennent une simulation de démocratie, un décor conçu pour piloter la « biomasse humaine » sans qu’elle cherche à briser le dôme.
Le « bétail obéissant » y élit ses bergers comme on célèbre un culte, et le conflit politique s’y joue comme un match de catch. Qu’on ne s’y trompe pas : ce vocabulaire d’étable n’est pas le nôtre.
C’est celui que nous prêtons aux ingénieurs sociaux, et l’accusation est assumée, car ils l’ont écrit eux-mêmes.
Dès la naissance des sciences sociales, Bonald subordonne l’individu au corps social et Saint-Simon parle de « physiologie sociale » : le peuple devient un organisme à régler.
En 1895, Gustave Le Bon tranche : « la foule est un troupeau servile qui ne saurait jamais se passer de maître ». En 1925, Walter Lippmann veut remettre le public à sa place, pour vivre à l’abri du piétinement d’un « troupeau désorienté ».
Nous ne faisons que leur rendre leurs mots. Reste que l’hypothèse n’est pas une preuve : c’est une aspérité offerte à la pensée, dans le sillage de Guy Debord et de sa Société du spectacle (1967).
Faites l’essai : dans le dernier journal télévisé, combien de minutes portaient sur une décision que vous auriez pu changer ?
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Vous êtes des complotistes », « Les Français sont des veaux ».
Pour aller plus loin
Le mot est récent, l’image est la plus vieille de la philosophie politique.
Le terme de paracosme a été forgé par un participant de l’enquête que Robert Silvey mena en 1976, puis installé dans la psychologie par les travaux de Stephen MacKeith et David Cohen, dont le livre The Development of Imagination paraît en 1991.
Mais le premier monde clos habité depuis l’enfance est au livre VII de la République.
Les prisonniers de la caverne, écrit Platon, « sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou pris dans des chaînes », et ils tiennent pour le réel les ombres qu’on fait défiler devant eux.
L’hypothèse de la paracosmie systémique n’ajoute à l’allégorie que 2 choses : les montreurs d’ombres sont des institutions, et le spectacle se donne en couleur.
C’est ce qu’écrit Guy Debord en 1967, dès l’ouverture de La Société du spectacle : la réalité s’y déploie comme « un pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation » (notre traduction, d’après la version anglaise), et le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais « un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images » (notre traduction).
L’objection la plus forte a été formulée par Jacques Rancière en 2008, dans Le Spectateur émancipé, et elle vise précisément cette lignée.
La présentation de l’éditeur la résume : une même présupposition, « Celui qui voit ne sait pas voir », traverse notre histoire « de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle », et elle est commune « au philosophe qui veut que chacun se tienne à sa place et aux révolutionnaires qui veulent arracher les dominés aux illusions qui les y maintiennent ».
L’objection frappe le #PIC au cœur : un mouvement qui parie sur l’intelligence du grand nombre ne peut pas, sans se contredire, le décrire comme un troupeau aveugle dont lui seul verrait l’enclos. Il faut donc trancher, et le tranchant est simple.
L’hypothèse ne porte pas sur les esprits, elle porte sur les institutions.
Le politiste Colin Crouch l’a formulée sans aucune psychologie : une société post-démocratique est celle qui « continue d’avoir et d’utiliser toutes les institutions de la démocratie », mais dans laquelle elles deviennent de plus en plus « une coquille formelle » (notre traduction).
Le décor n’est pas dans la tête des citoyens ; il est dans l’écart, mesurable, entre ce qu’ils votent et ce qui se fait.
Lippmann lui-même, qu’on cite pour son « troupeau désorienté », attribuait cette désorientation à la manie de prêter à la société « une unité et un dessein organiques » (notre traduction) : le paracosme, chez lui, c’était déjà la fiction du corps social.
La France en a donné l’illustration la plus nette. Le 29 mai 2005, le traité établissant une Constitution pour l’Europe est rejeté par référendum, à 54,67 % des suffrages exprimés.
En octobre 2007, Valéry Giscard d’Estaing, qui avait présidé la Convention rédactrice, écrit dans Le Monde que dans le traité de Lisbonne « les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. »
Le 4 février 2008, le Congrès révise la Constitution, et la ratification est autorisée par la voie parlementaire. Le peuple avait été consulté ; le décor avait fonctionné ; la décision s’était prise ailleurs. C’est le cas d’école du référendum confisqué.
La Grèce a joué la même pièce en accéléré : le 5 juillet 2015, 61,31 % des votants rejettent le plan des créanciers ; 8 jours plus tard, le gouvernement qui avait convoqué le scrutin accepte un accord plus dur.
Les limites sont celles de toute hypothèse totale. Si tout est décor, rien ne peut la réfuter, et une thèse irréfutable n’est plus une connaissance mais une croyance.
Le #PIC doit donc dire à quoi l’on reconnaîtrait qu’il a tort : si les votes des citoyens étaient suivis d’effet, si les décisions majeures leur revenaient, si les journaux télévisés parlaient surtout de ce qu’ils peuvent changer, l’hypothèse tomberait.
Le vocabulaire d’étable pose un second problème : même mis dans la bouche des ingénieurs sociaux, il risque de coller à ceux qui le citent. La néoténie civique dit la même chose avec moins de mépris : un peuple qu’on maintient mineur n’est pas un peuple incapable.
La réponse du #PIC à Rancière tient dans une différence de méthode.
Le Manifeste décrit une médiacratie qui « gère votre perception au sein d’une paracosmie », mais la Constitution d’urgence ne prétend pas montrer aux aveugles ce qu’ils ne voient pas : elle leur remet le levier.
Son Titre I, article 7, soumet obligatoirement au vote du peuple, dans une disposition encore discutée, toute ratification d’un traité emportant transfert de compétence à une organisation supranationale, ainsi que sa dénonciation : la séquence de 2005 à 2008 y deviendrait juridiquement impossible.
On ne sort pas de la caverne parce qu’un philosophe vous y a décrit les ombres ; on en sort quand la décision cesse de se prendre derrière le mur.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Platon, La République, livre VII, 514a, trad. Émile Chambry, Les Belles Lettres, 1933 (Wikisource) : « Figure-toi des hommes dans une demeure souterraine en forme de caverne, dont l’entrée, ouverte à la lumière, s’étend sur toute la longueur de la façade ; ils sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou pris dans des chaînes ». consulter la source
Gustave Le Bon, Psychologie des foules, Félix Alcan, 1895, livre II, chapitre III, « Les meneurs des foules et leurs moyens de persuasion » (Wikisource) : « La foule est un troupeau servile qui ne saurait jamais se passer de maître. ». consulter la source
Walter Lippmann, The Phantom Public, Harcourt, Brace and Company, 1925, p. 155-156 (Project Gutenberg) : « The public must be put in its place, so that it may exercise its own powers, but no less and perhaps even more, so that each of us may live free of the trampling and the roar of a bewildered herd. » (Le public doit être remis à sa place, afin qu’il puisse exercer ses propres pouvoirs, mais tout autant, et peut-être davantage, afin que chacun de nous puisse vivre à l’abri du piétinement et des mugissements d’un troupeau désorienté ; notre traduction). consulter la source
Guy Debord, La Société du spectacle, Buchet-Chastel, 1967, thèses 1 à 4 ; traduction anglaise Black & Red, 1977 (Marxists Internet Archive) : « Reality considered partially unfolds, in its own general unity, as a pseudo-world apart, an object of mere contemplation. » ; « The spectacle is not a collection of images, but a social relation among people, mediated by images. » (La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation ; Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ; notre traduction). consulter la source
Colin Crouch, Post-Democracy, Polity, 2004 ; entretien « Five minutes with Colin Crouch », blog LSE British Politics and Policy, 5 février 2013 : « A post-democratic society therefore is one that continues to have and to use all the institutions of democracy, but in which they increasingly become a formal shell. The energy and innovative drive pass away from the democratic arena and into small circles of a politico-economic elite. » (Une société post-démocratique est donc une société qui continue d’avoir et d’utiliser toutes les institutions de la démocratie, mais dans laquelle elles deviennent de plus en plus une coquille formelle. L’énergie et l’élan novateur quittent l’arène démocratique pour de petits cercles d’une élite politico-économique ; notre traduction). consulter la source
Conseil constitutionnel, décision n° 2005-38 REF du 1er juin 2005, proclamation des résultats du référendum du 29 mai 2005 : « Suffrages exprimés : 28 257 778 OUI : 12 808 270 NON : 15 449 508 ». consulter la source
Jacques Rancière, Le Spectateur émancipé, La Fabrique, 2008 (présentation de l’éditeur) : « « Celui qui voit ne sait pas voir » : telle est la présupposition qui traverse notre histoire, de la caverne platonicienne à la dénonciation de la société du spectacle. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 7 : « Sont soumis obligatoirement au vote du peuple, sans qu’aucune initiative ne soit requise : […] 2° toute ratification ou modification d’un traité emportant transfert, délégation ou partage de compétence à une organisation supranationale ou internationale, ainsi que toute dénonciation d’un tel traité ». consulter la source
Version 1 du 24 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.
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