Abécédaire · L’évasion du logiciel

L’évasion du logiciel Le système n’est pas en crise : il est la crise. L’évasion du logiciel part de ce constat. Si le parlementarisme oligarchique est un système d’exploitation arrivé en phase terminale, il ne suffit plus de protester à l’intérieur de la prison : il faut en sortir.

L’évasion n’est pas un repli, c’est un saut hors du logiciel, le passage de la résistance passive à l’offensive méta-politique.

Elle a une condition : l’union — non pas une fusion idéologique, mais l’alliance temporaire d’individus souverains aux trajectoires divergentes, qui s’accordent sur un seul point, briser le verrou constitutionnel pour rendre la décision au peuple.

Une fois ce verrou levé, chacun retrouve ses convictions, et le débat reprend ses droits, cette fois dans une démocratie véritable.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Chez vous, on croise des infréquentables ».

Pour aller plus loin

La métaphore informatique n’est pas une coquetterie. Elle a un auteur et une date.

En janvier 2000, le juriste américain Lawrence Lessig publie dans le Harvard Magazine un article intitulé « Code Is Law » : dans le cyberespace, l’architecture technique règle les conduites plus sûrement que les lois, et « this code, or architecture, sets the terms on which life in cyberspace is experienced » (ce code, ou cette architecture, fixe les conditions dans lesquelles on vit dans le cyberespace ; notre traduction).

Lessig en tirait une question qu’il posait aux ingénieurs et que le #PIC pose aux citoyens : « So should we have a role in choosing this code, if this code will choose our values? » (devrions-nous avoir notre mot à dire dans le choix de ce code, s’il doit choisir nos valeurs ? ; notre traduction).

Retournée, la formule éclaire la notion : si le code fait la loi, la Constitution est le code de la vie politique, et le Manifeste parle à bon droit d’en reprendre le « code source ». L’idée est plus ancienne que l’informatique.

Rousseau l’énonçait en 1762 : « il n’y a dans l’État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social ».

Le mot d’évasion prête pourtant à contresens, et l’économiste Albert Hirschman fournit l’outil pour le dissiper.

Dans Exit, Voice, and Loyalty (1970), il distingue 2 réponses au déclin d’une organisation : la défection, qui consiste à partir, et la prise de parole, qui consiste à protester de l’intérieur.

La défection politique a des formes connues, l’abstention, le boycott des urnes, la sécession silencieuse de ceux qui ne croient plus à rien ; et Hirschman a montré que la défection sape souvent la prise de parole, sans pouvoir pour autant enrayer le déclin.

L’évasion du #PIC n’est ni l’une ni l’autre. Elle ne quitte pas le jeu, elle en retourne une règle : elle entre dans l’élection pour en sortir le peuple, et se sert de la porte principale pour quitter le bâtiment.

La meilleure objection vise la métaphore elle-même. Des institutions ne sont pas un logiciel qu’on désinstalle ; elles vivent de mœurs, d’habitudes, de loyautés, et un texte neuf posé sur des mœurs anciennes ne tient pas.

Le Chili l’a appris à ses dépens. Le 25 octobre 2020, près de 4 votants sur 5 approuvent la rédaction d’une nouvelle constitution ; une convention élue la rédige ; le 4 septembre 2022, le projet est rejeté par près de 62 % des voix.

Le nouveau code avait été écrit, les usagers ne l’ont pas installé. Il faut accorder l’essentiel à l’objection : aucun texte ne dispense un peuple de se l’approprier. Mais elle se retourne contre ceux qui l’opposent au #PIC.

La Constitution d’urgence ne prétend pas s’imposer ; elle se soumet au référendum, et son rejet rend le pouvoir. Un échec à la chilienne serait une défaite du texte, non de la procédure.

La France offre le précédent le plus troublant, parce que c’est celui du régime qu’il s’agit de quitter.

La Ve République est elle-même née d’une évasion : adoptée par référendum en 1958, elle fut transformée en 1962 par un second référendum, que le général de Gaulle engagea sur le fondement de l’article 11 en contournant le Parlement, pour instituer l’élection du président au suffrage universel.

Saisi par le président du Sénat, le Conseil constitutionnel se déclara incompétent, le 6 novembre 1962, au motif que les lois adoptées par le peuple « constituent l’expression directe de la souveraineté nationale ».

Le logiciel actuel a donc été installé par la voie que le #PIC entend emprunter pour en sortir, ce qui rend difficile de tenir cette voie pour impraticable. Il reste une différence, qui n’est pas mince : de Gaulle se servit du référendum pour renforcer un homme ; l’involution s’en sert pour lui retirer le pouvoir.

La leçon, pour la Constitution d’urgence, est qu’une évasion réussie ne doit plus jamais être nécessaire.

D’où la règle posée au Titre XVIII, article 1 : l’initiative de la révision appartient aussi au peuple, toute révision est soumise au référendum obligatoire, et « aucune révision ne peut être adoptée par la seule voie des pouvoirs constitués ».

Le pouvoir constituant cesse d’être une porte dérobée qu’on force une fois par demi-siècle ; il devient une fonction ordinaire du système. Un logiciel qui prévoit sa propre réécriture par ses usagers n’a plus de prison à offrir. C’est, du moins, l’hypothèse.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre III, chapitre 18 : « Je suppose ici ce que je crois avoir démontré, savoir qu’il n’y a dans l’Etat aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social ». consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 62-20 DC du 6 novembre 1962, loi relative à l’élection du président de la République au suffrage universel direct, adoptée par le référendum du 28 octobre 1962 : « les lois que la Constitution a entendu viser dans son article 61 sont uniquement les lois votées par le Parlement et non point celles qui, adoptées par le Peuple à la suite d’un référendum, constituent l’expression directe de la souveraineté nationale ». consulter la source

Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty. Responses to Decline in Firms, Organizations, and States, Harvard University Press, 1970 ; présentation de l’éditeur : « As exit often undercuts voice while being unable to counteract decline, loyalty is seen in the function of retarding exit and of permitting voice to play its proper role. » (comme la défection sape souvent la prise de parole sans pouvoir enrayer le déclin, la loyauté apparaît dans sa fonction de retarder la défection et de permettre à la prise de parole de jouer son rôle ; notre traduction). consulter la source

Lawrence Lessig, « Code Is Law. On Liberty in Cyberspace », Harvard Magazine, 1er janvier 2000 : « This code, or architecture, sets the terms on which life in cyberspace is experienced. » ; « So should we have a role in choosing this code, if this code will choose our values? » (ce code, ou cette architecture, fixe les conditions dans lesquelles on vit dans le cyberespace ; devrions-nous avoir notre mot à dire dans le choix de ce code, s’il doit choisir nos valeurs ? ; notre traduction). consulter la source

Biblioteca del Congreso Nacional de Chile, « Plebiscito de Salida 2022 », résultats à 99,97 % des bureaux dépouillés : « la opción « Rechazo » se impuso con el 61,86% de los votos (7.882.238 votos), mientras la alternativa « Apruebo » alcanzó el 38,14% de las preferencias » (l’option « Rejet » l’a emporté avec 61,86 % des voix, soit 7 882 238 voix, tandis que l’option « J’approuve » recueillait 38,14 % des suffrages ; notre traduction). consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 1 : « Toute révision de la Constitution est soumise au référendum obligatoire et n’est définitive qu’après avoir été approuvée par le peuple. Aucune révision ne peut être adoptée par la seule voie des pouvoirs constitués. ». consulter la source

Version 1 du 24 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.

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