Abécédaire · Le contrat social

Le contrat social Le 21 octobre 2026, le préfet de police de Paris écrit aux commerçants situés sur le parcours des prochaines manifestations. Le maintien de l’ordre sera renforcé, explique-t-il, mais il « ne peut toutefois garantir à lui seul la protection de chaque établissement » ; il leur recommande donc, entre autres précautions, de faire appel à « des agents de sécurité privée » et, en cas d’intrusion, de ne pas s’interposer. La veille, le ministre du Commerce affirmait : « C’est à l’État d’apporter la sécurité des biens et des personnes. » Entre ces 2 phrases tient toute la question du contrat social.

Le contrat social, c’est l’idée que l’autorité politique ne vient ni de Dieu, ni de la naissance, ni de la force, mais d’un accord entre ceux qui lui obéissent. Chacun renonce à quelque chose, à se faire justice lui-même, à une part de ses revenus, en échange d’une protection et d’une part dans les décisions communes. La Déclaration de 1789 en a fixé les termes français : une force publique « instituée pour l’avantage de tous », un impôt que les citoyens peuvent consentir et dont ils peuvent « suivre l’emploi », une loi qui est « l’expression de la volonté générale ». Le Préambule de 1946 y a ajouté la solidarité.

Thomas Hobbes, le théoricien de l’État tout-puissant, avait déjà posé une limite : l’obligation des sujets envers le souverain dure aussi longtemps, et pas plus, que le pouvoir qui les protège. Un État qui renvoie ses commerçants à des vigiles privés ne cesse pas d’être souverain ; mais il avoue, par la plume d’un préfet, qu’il ne tient plus toute sa part. Le jour où ce courrier est révélé, l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler, chargée de recherche au CNRS, le commente en 5 mots : « Le contrat social est brisé. » Les chiffres disent la même chose, plus froidement. 7 % des cambriolages de logements enregistrés en 2022 étaient élucidés un an plus tard. En 2025, 79 % des Français tenaient l’impôt pour un acte citoyen, mais 22 % seulement faisaient confiance à l’État pour en faire bon usage.

Le 17 octobre 2026, une journée de mobilisation contre la vie chère a été débordée par la casse et le pillage dans plus de 20 villes : 2 397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés, de 1 500 à 3 000 commerces touchés, l’hôtel de ville de Limoges ravagé par le feu. Le contexte diffère de 2005 et de 2023, qui avaient suivi la mort de jeunes gens lors d’interventions policières ; mais le débat, lui, est devenu familier : les casseurs sont-ils des militants, ou des voyous sans conscience politique ? Le #PIC en propose une lecture, voisine de celles de plusieurs sociologues, et qu’il assume comme sa thèse. Celui qui brûle une mairie, une école ou une bibliothèque ne conteste pas une politique : il récuse le pacte lui-même. Ce n’est pas une absence de politique, c’est une rupture du contrat social. L’État en a relevé un indice, sans en tirer la même conclusion : en 2023, ses inspections générales décrivaient des condamnés « en manque d’ancrage citoyen », tout en jugeant l’opportunisme des pilleurs « bien plus prégnant » qu’un « rejet des institutions républicaines ».

Mais un contrat peut se rompre des 2 côtés. Par le bas, quand on pille ; par le haut, quand l’État protège mal, quand on paie sans savoir où va l’argent, quand on vote sans que rien ne change. La seconde rupture n’excuse pas la première : elle oblige à réparer les deux. On objecte que personne n’a jamais signé ce contrat : on y naît soumis, et l’on paie l’impôt même sans voter. L’objection est juste, et les contractualistes l’ont prise au sérieux : « un enfant ne naît sujet d’aucun pays », répondait John Locke en 1690 à ceux qui prétendaient le contraire. Leurs réponses ont varié, du consentement tacite à la simple idée de la raison ; celle du #PIC est de rendre le consentement réel.

C’est le projet du #PIC : non pas un « nouveau pacte » de plus, annoncé d’en haut, mais un pacte que le peuple écrit, ratifie et peut réviser. La Constitution d’urgence fait du référendum d’initiative citoyenne « le mode normal d’expression de la volonté générale », confie l’initiative à une Agora citoyenne tirée au sort, rend tout élu révocable et ouvre au peuple la révision de ses institutions, « afin qu’aucune génération ne soit prisonnière des choix de celles qui l’ont précédée ». Rousseau l’avait écrit en 1762 : il n’y a dans l’État aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, « non pas même le pacte social », si tous les citoyens en conviennent. La Constitution d’urgence n’en excepte qu’un noyau, que nulle majorité ne peut abolir : le pouvoir du peuple de décider et de se corriger. Le #PIC ne veut ni subir le pacte ni le brûler. Il veut le réécrire, ensemble.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Sans violence, vous n’obtiendrez rien : le pouvoir ne cède qu’à la force », « Votre volonté générale, c’est Rousseau, Robespierre et la Terreur », « Votre système est fait pour des saints, pas pour des hommes », « Vous voulez abolir la République et ses garde-fous ».

En 30 secondes

On vous dit : « Les casseurs ? Des voyous, sans la moindre conscience politique. » Répondez :

1.Notre thèse : ceux qui brûlent une mairie, une école ou une bibliothèque ne sont ni de simples voyous, ni des militants ; ils rompent avec le pacte qui nous lie. En 2023, les inspections de l’État décrivaient déjà des condamnés « en manque d’ancrage citoyen ».

2.La rupture vient aussi d’en haut. Le 21 octobre 2026, le préfet de police de Paris écrit que le maintien de l’ordre ne peut garantir « à lui seul » la protection de chaque commerce ; or même Hobbes, le penseur de l’État fort, liait l’obéissance à la protection. Nous n’en tirons aucun droit de désobéir : nous en tirons une exigence envers l’État.

3.Le remède n’est ni l’excuse ni le mépris : c’est un pacte que les citoyens écrivent, ratifient et peuvent réviser. C’est ce que propose la Constitution d’urgence.

Pour aller plus loin

Un pacte plus vieux que le mot

Rousseau a donné au contrat social son titre, en 1762. L’idée est bien plus ancienne. Au livre II de la République, Platon prête à Glaucon une thèse que Socrate passera tout le dialogue à réfuter : les hommes, ne pouvant ni commettre l’injustice impunément ni s’en garder, « jugent qu’il est utile de s’entendre les uns avec les autres pour ne plus commettre ni subir l’injustice. De là prirent naissance les lois et les conventions des hommes entre eux ». Donnez-leur l’anneau de Gygès, qui rend invisible, et ils voleront tous : ce serait « une grande preuve qu’on n’est pas juste par choix, mais par contrainte ». Le premier contrat social de l’histoire est donc un pis-aller de lâches, et le premier philosophe à l’exposer le fait pour le combattre.

Dans le Criton, Platon en propose un autre, plus noble et plus inquiétant. Socrate, condamné à mort, refuse de s’évader, et il fait parler les Lois d’Athènes : pendant 70 ans, il pouvait partir s’il les trouvait injustes ; il est resté ; « tu t’es engagé à vivre sous notre autorité, non en paroles, mais en fait ». C’est la première formulation du consentement tacite, celui que donne la simple résidence. Mais les Lois y mettent une condition que l’on oublie toujours : elles laissaient au citoyen « le choix de nous convaincre ou de nous obéir ». Persuader ou obéir : la plus vieille clause d’un pacte démocratique.

Épicure (341-270 avant notre ère) donne de la justice-contrat la formule la plus nette de l’Antiquité. Dans l’ancienne traduction française de ses Maximes capitales : « La justice n’est rien en soi ; la société des hommes en a fait naître l’utilité dans les pays où les peuples sont convenus de certaines conditions pour vivre sans offenser et sans être offensés. » Notez pourtant de qui naît ce pacte. Chez son disciple Lucrèce, ce ne sont pas des individus isolés qui contractent, ce sont des voisins : « Alors, dans les habitations voisines, on se mit à lier amitié ensemble, et ne se faire ni injure ni violence. » Chez Lucrèce, le pacte naît entre amis et voisins. Rien de moins atomiste qu’un jardin.

Aristote, lui, refuse qu’on réduise la cité à un contrat. L’homme est par nature un animal politique, et celui qui ne peut vivre en société, « c’est une brute ou un dieu ». Il cite le sophiste Lycophron, pour qui la loi n’est qu’un garant mutuel des droits (« une garantie des droits individuels », traduit Barthélemy-Saint-Hilaire en 1848), et il lui répond que la cité est autre chose qu’une assurance mutuelle : « l’association du bonheur et de la vertu pour les familles et pour les classes diverses d’habitants ». Thomas d’Aquin reprend la leçon au XIIIe siècle : il est naturel à l’homme d’être « un animal social et politique ». Mais la même tradition ne retire pas la loi au peuple : faire la loi, écrit Thomas, appartient « à la multitude tout entière » (ad totam multitudinem) ou à la personne publique qui en a la charge ; et la multitude qui s’est donné un roi peut le destituer s’il devient tyran, parce qu’il a mérité que le pacte (pactum) ne lui soit plus gardé, à condition d’agir par l’autorité publique (auctoritate publica), non par l’initiative privée de quelques-uns. La tradition des communautés naturelles n’interdit donc pas l’idée d’un pacte. Elle interdit de réduire la cité à un pacte, ce qui est bien différent, et ce que le #PIC lui accorde volontiers (voyez Le bien commun).

Hobbes, ou la protection contre l’obéissance

Le contrat social moderne naît de la peur, et dans une guerre civile. En 1651, Thomas Hobbes publie le Léviathan dans une Angleterre qui vient de décapiter son roi. Sans pouvoir commun, écrit-il, les hommes vivent dans « une guerre de chacun contre chacun », et leur vie est « solitaire, pauvre, répugnante, brutale et brève ». Pour en sortir, chacun convient avec chacun d’autoriser un homme ou une assemblée à gouverner en son nom, « à condition que tu lui abandonnes ton droit » de la même manière. Ainsi naît le Léviathan, ce « dieu mortel » auquel nous devons notre paix. Le Manifeste du #PIC rappelle ce que coûte un tel marché : un État sans contre-pouvoir, conçu pour contenir une population jugée « naturellement enragée » (voyez le préambule du Manifeste et l’entrée du Lexique Le gouvernement par la peur).

Mais Hobbes a écrit une phrase que l’on cite trop peu, au chapitre XXI : « L’obligation des sujets envers le souverain est censée durer aussi longtemps, et pas plus, que le pouvoir par lequel il est capable de les protéger. » Il en donne la raison en une phrase : « La fin de l’obéissance est la protection. » Et il ajoute que le droit de se protéger soi-même, quand personne d’autre ne peut le faire, ne peut être abandonné par aucune convention. Le penseur de l’absolutisme est aussi, malgré lui, le penseur de sa rupture. Il n’a écrit, conclut-il, que pour exposer « la relation mutuelle entre la protection et l’obéissance », qui exige à ses yeux « une observation inviolable » : il voulait lier le sujet ; il a aussi lié le souverain.

Au XXe siècle, le juriste allemand Carl Schmitt en a tiré une formule : « Le protego ergo obligo est le cogito ergo sum de l’État » (« je protège, donc j’oblige »). Schmitt fut un adversaire déclaré de la démocratie parlementaire, et il se rallia au régime nazi en 1933 ; on le cite ici comme on cite un adversaire lucide, en le prenant au mot. La formule a une réciproque, que Hobbes avait posée avant lui : qui ne protège plus n’oblige plus. Le #PIC n’en tire ni droit de désobéir, ni droit de se faire justice : il en tire une exigence adressée à l’État, et une voie pour la faire valoir, le vote. Sur les usages de Schmitt et les réponses du #PIC, voyez L’état d’exception et La Charte de Cincinnatus.

Revenons au courrier du préfet. Le droit français ne permet pas aux agents privés de surveiller la rue : ils n’exercent « qu’à l’intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde » (article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure), sauf autorisation exceptionnelle, que le préfet délivre. On conseille donc au commerçant d’acheter la protection de sa boutique, pas celle du trottoir, qui reste à l’État. Le président de la République a relevé, le 18 octobre, que « certains ont défendu eux-mêmes leurs magasins et leurs vitrines face aux délinquants », en leur promettant qu’ils ne seraient « pas laissés seuls ». Le préfet, lui, leur demande de ne pas s’interposer, et il a raison : le jour où chacun défend sa vitrine, le Léviathan de Hobbes a commencé de mourir. Le #PIC ne veut pas de ce jour-là ; il veut l’empêcher. En 2018, un rapport remis au Premier ministre comptait près de 250 000 policiers et gendarmes pour plus de 165 000 agents privés de sécurité, soit 2 privés pour 3 publics ; en 2024, la sécurité privée comptait 181 000 agents, selon son autorité de régulation. Ce partage de la force, que ce rapport décrivait comme un « continuum de sécurité » à faire évoluer vers une « sécurité globale », devient en temps de crise un aveu.

Locke et Rousseau : le peuple qui reprend sa mise

En 1690, John Locke fonde le pouvoir sur le consentement : les hommes étant « tous naturellement libres, égaux et indépendants », nul ne peut être soumis au pouvoir politique d’autrui « sans son propre consentement ». Il se pose l’objection que l’on fait encore au #PIC : « Tous les hommes, disent-ils, sont nés sous un gouvernement. » Et il répond : « un enfant ne naît sujet d’aucun pays, ni d’aucun gouvernement ». Locke admet ensuite un consentement tacite, si large qu’il suffit de posséder un bien ou de voyager sur les grands chemins pour l’avoir donné : c’est son point faible. Mais il pose la règle qui compte : quand les législateurs s’efforcent de ravir au peuple ce qui lui appartient, ou de le soumettre à un pouvoir arbitraire, ils trahissent la confiance qui leur a été remise ; le pouvoir revient alors au peuple, qui a le droit « de reprendre sa liberté originaire » par l’établissement d’« une nouvelle autorité législative ».

Rousseau commence par démasquer le faux contrat. Dans son Discours sur l’origine de l’inégalité (1755), le premier pacte de l’histoire est une ruse des riches, qui persuadent les pauvres de défendre leurs biens au nom de la paix : « Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté. » Puis il cherche le vrai, en 1762 : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. » Protéger, d’abord ; laisser libre, ensuite. Et ceci, qui vaut pour tous les associés : « Les engagements qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que parce qu’ils sont mutuels. »

La suite est le socle du #PIC. La souveraineté ne se représente pas (voyez La volonté générale) ; les assemblées du peuple s’ouvrent par 2 questions, savoir s’il plaît au souverain de conserver la forme du gouvernement, et s’il plaît au peuple d’en laisser l’administration à ceux qui en sont chargés ; car aucune loi fondamentale n’est irrévocable, « non pas même le pacte social », pourvu que tous les citoyens s’accordent à le rompre (voyez L’évasion du logiciel). La Constitution d’urgence en tire une règle plus prudente : tout y est révisable, sauf le pouvoir même de réviser (Titre XVIII, article 3). Rousseau répond même d’avance à ceux qui disent qu’on naît soumis. Dans un État libre, écrit-il, habiter le territoire vaut consentement ; mais ailleurs, « la famille, les biens, le défaut d’asile, la nécessité, la violence, peuvent retenir un habitant dans le pays malgré lui, et alors son séjour seul ne suppose plus son consentement au contrat ». Reste la phrase qui a fait trembler les libéraux, « on le forcera d’être libre » : l’Autodéfense y répond dans « Votre volonté générale, c’est Rousseau, Robespierre et la Terreur ».

Avant eux, dès 1670, Spinoza avait donné la définition la plus nette de la démocratie contractuelle : un régime où « personne ne transfère à un autre son droit naturel, de telle sorte qu’il ne puisse plus délibérer à l’avenir », mais seulement à la majorité dont il fait partie. Il en tirait 2 phrases qui pourraient servir d’épigraphe au #PIC : « La fin de l’État, c’est donc véritablement la liberté », et une société où la paix repose sur l’inertie de sujets conduits comme un troupeau, « ce n’est plus une société, c’est une solitude ».

Personne n’a signé : la meilleure objection

L’objection la plus forte contre le contrat social est aussi la plus simple : où est la signature ? David Hume l’a formulée en 1748 avec une ironie cruelle. Presque tous les gouvernements sont nés de l’usurpation ou de la conquête ; et dire qu’un pauvre paysan, qui ne parle aucune autre langue et vit au jour le jour, consent librement à son gouvernement parce qu’il ne s’exile pas, c’est dire qu’un homme qu’on a porté endormi sur un navire consent à l’autorité du capitaine, puisqu’il ne saute pas à la mer. Hume ajoutait pourtant que le consentement du peuple, là où il existe, est « le meilleur et le plus sacré » des fondements. Le #PIC ne demande pas autre chose : qu’il existe.

D’autres ont transformé l’objection. Edmund Burke, en 1790, accorde que la société est bien un contrat, mais « entre ceux qui vivent, entre ceux qui sont à naître et entre ceux qui sont morts » : les vivants n’ont pas le droit de tout refonder. Émile Durkheim, en 1893, montre que « tout n’est pas contractuel dans le contrat » : tout accord repose sur des règles, des institutions et des solidarités que les contractants n’ont pas créées. Pierre-Joseph Proudhon, en 1851, accuse Rousseau de n’avoir « rien compris au contrat social » et exige un contrat véritable, « individuellement consenti, signé, manu propriâ, par tous ceux qui y participent ». Et des critiques plus récentes, celles de Carole Pateman (1988) et de Charles Mills (1997), rappellent que le contrat a longtemps eu ses exclus, les femmes et les non-Blancs, pour qui d’autres ont signé.

En France, une critique de tradition chrétienne revient régulièrement, et elle mérite d’être prise au sérieux. L’essayiste Antoine Bachelin Sena l’a résumée dans une tribune publiée par France-Soir en mars 2025. Chez Aristote, écrit-il, « l’homme s’épanouit dans la cité » ; chez les modernes, il devient « un atome social ». Or « naître en démocratie, c’est être soumis sans choix à ce contrat social », et « devoir payer des impôts, par exemple, même sans jamais aller voter ». D’où sa conclusion : « une démocratie chrétienne peut exister, mais en dehors du contrat social », sur les sociétés naturelles que sont la famille et les corps intermédiaires.

Le #PIC lui donne raison sur le diagnostic et tort sur le remède. Raison : l’individu seul face à l’État est la matière idéale du despotisme ; c’est pourquoi la Constitution d’urgence rétablit les corps intermédiaires « qui s’établissent entre le citoyen et l’État » (Titre XIV, article premier) et inverse le sens du pouvoir : « il s’élève de la base vers le sommet » (Titre VII, article premier ; voyez aussi Les corps intermédiaires et, dans le Lexique, L’atomisation et l’individualisme). Tort : sans contrat, le pouvoir tient son titre de la nature ou du bien commun, c’est-à-dire de ceux qui prétendent les interpréter ; le contrat, lui, donne le dernier mot au peuple réel, seul juge de ce que sert le pouvoir. Simone Weil, dont le #PIC se réclame, a tenu les 2 bouts. Elle écrit que « la notion d’obligation prime celle de droit », et que « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine » ; mais elle précise que l’obéissance, besoin vital de l’âme, « suppose le consentement », fût-il « accordé une fois pour toutes ». Un être humain, écrit-elle, a une racine « par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité » ; naturelle, c’est-à-dire « amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage ». Weil ne pense donc pas en contractualiste ; mais elle exige une participation « réelle, active », et c’est cette exigence que la démocratie directe veut rendre possible.

Le contrat comme épreuve : Kant, Rawls, Arendt

Emmanuel Kant a trouvé la parade à l’objection de la signature, en 1793, dans un texte dont la partie politique s’intitule « Contre Hobbes ». Le contrat originaire, dit-il, n’a pas besoin d’avoir eu lieu, et ne le peut même pas : c’est « une simple Idée de la raison », qui oblige tout législateur à faire ses lois comme si elles avaient pu émaner de la volonté unie de tout un peuple. C’est, écrit-il, « la pierre de touche de la légitimité de toute loi publique ». Kant refusait pourtant au peuple tout droit de résister. Le #PIC en fait un usage que Kant aurait refusé, mais qui le prend au mot : au lieu de supposer qu’un peuple entier aurait pu vouloir une loi, le lui demander, par référendum. Le philosophe américain John Rawls, en 1971, a prolongé l’idée : des principes justes sont ceux qu’on choisirait « derrière un voile d’ignorance », sans savoir quelle place on occupera dans la société. Le tirage au sort, que le #PIC défend, en retient une part : nul ne choisit qui décidera, et nul ne peut acheter sa place.

Hannah Arendt a fait la distinction la plus utile, en 1963, dans De la révolution. Le XVIIe siècle, rappelle-t-elle, distinguait 2 contrats sociaux, mais ses théoriciens en ont vite négligé la différence, au point d’en faire les 2 faces d’un seul. Le premier est vertical : chacun, isolé, consent à être gouverné, et abdique sa puissance au profit du gouvernant ; c’est celui de Hobbes. Le second est horizontal : des égaux se lient les uns aux autres par une promesse mutuelle, et cette promesse crée une puissance nouvelle ; c’est celui des colons du Mayflower en 1620, un corps politique « tenu ensemble par la seule force de la promesse mutuelle ». Le #PIC ne propose pas de renégocier la soumission. Il propose une promesse entre citoyens. Arendt écrivait encore, en 1970, que nous vivons tous d’un consentement tacite « qu’il serait pourtant difficile de dire volontaire ». La seule façon de le rendre volontaire est de donner aux citoyens le droit effectif de dire non.

Le pacte français, clause par clause

Le contrat social de la France n’est pas une fiction de philosophe : il est écrit, et il a valeur constitutionnelle. La Déclaration de 1789 en fixe chaque clause. Le but : « la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme », parmi lesquels « la sûreté ». La loi : « l’expression de la volonté générale ». La force publique : « instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée ». L’impôt : une « contribution commune », que les citoyens ont le droit, directement ou par leurs représentants, « de la consentir librement, d’en suivre l’emploi ». Et la sanction : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. » Le Préambule de 1946 y ajoute la clause sociale : tout être humain incapable de travailler « a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence ». Elle prolongeait le programme du Conseil national de la Résistance, qui voulait en 1944 « un plan complet de sécurité sociale » (voyez Le programme du CNR). La Constitution de 1958 résume le tout dans la formule de Lincoln : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Mettez maintenant chaque clause en regard de ce qu’elle produit.

Ce que le citoyen donne Ce que le pacte lui promet Ce que disent les chiffres
Renoncer à se faire justice soi-même. La sûreté, par une force publique « instituée pour l’avantage de tous » (1789, art. 2 et 12). 7 % des cambriolages enregistrés en 2022 élucidés au bout d’un an ; près de 3,4 millions de procédures en attente dans les services d’enquête fin 2024.
Payer l’impôt. Le droit de le consentir et d’en « suivre l’emploi » (1789, art. 14). 79 % des Français voient dans l’impôt « un acte citoyen » ; 22 % font confiance à l’État pour bien utiliser les fonds publics (33 % en 2023).
Obéir à la loi. Une loi « expression de la volonté générale », à laquelle chacun peut concourir (1789, art. 6). 87 % jugent que les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent ; 79 % veulent plus de référendums (janvier 2026).
Contribuer aux charges communes, réparties entre tous « en raison de leurs facultés » (1789, art. 13). La « sécurité matérielle » garantie « à tous », et des « moyens convenables d’existence » pour qui ne peut travailler (1946, al. 11). Le 17 octobre 2026, plus de 500 000 personnes manifestent contre la vie chère, selon le ministère de l’Intérieur : un signal, non une mesure.

Sources : Déclaration de 1789 et Préambule de 1946 (Conseil constitutionnel) ; SSMSI, 2024 ; Sénat, 2025 ; Conseil des prélèvements obligatoires, 2025 ; CEVIPOF, baromètre de la confiance politique, vague 17, 2026 ; ministère de l’Intérieur, cité par Maire-info, 19 octobre 2026.

L’usure est générale, et elle est mesurée. En janvier 2026, le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF relève 17 % de confiance dans le gouvernement, 15 % dans les partis, et 76 % de Français qui jugent que la démocratie fonctionne mal ; le politiste Bruno Cautrès écrit que « jamais, depuis 2009, la perte de confiance dans la politique n’a été si prononcée ». Mais le même baromètre dit l’essentiel : 82 % restent attachés à un système démocratique, 79 % veulent recourir plus souvent au référendum, et la confiance reste forte là où le pacte est tenu de près, dans le maire (60 %) ou la police (73 %), contre 45 % pour la justice. Ce baromètre, mesuré en janvier 2026, borne aussi notre argument : la confiance dans la force publique tient ; ce qui se rompt, c’est la confiance dans la justice et dans la représentation. Les Français ne rejettent pas le contrat. Ils rejettent la façon dont il est exécuté.

Le consentement à l’impôt suit la même ligne de fracture. Selon le Conseil des prélèvements obligatoires, 79 % des Français voient toujours dans l’impôt « un acte citoyen » ; mais la part de ceux qui font confiance à l’État pour bien utiliser les fonds publics est passée de 33 % en 2023 à 22 % en 2025. Le sociologue Alexis Spire l’avait expliqué en 2018 : l’acceptation de l’impôt se fragilise moins par égoïsme que par « la conviction de ne pas recevoir une juste part des richesses nationales ». C’est l’autre face de la promesse de 1789 : une contribution répartie « en raison de leurs facultés », et dont chacun puisse « suivre l’emploi ».

La rupture vient aussi du sommet. L’historien américain Christopher Lasch décrivait, dans un livre posthume paru en 1995, des élites qui, au lieu de soutenir les services publics, investissent dans leurs propres enclaves, et se sont affranchies « de l’obligation de contribuer au Trésor national » ; l’analyste de l’Ifop Jérôme Fourquet a transposé le diagnostic à la France, où une partie des catégories les plus favorisées s’est autonomisée : elles « se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale, au point que certains de leurs membres ont fait sécession ». Le Lexique du Pouvoir décrit l’autre versant, celui des citoyens qui se retirent sans bruit : La sécession silencieuse. Un pacte peut mourir de 3 manières : par le pillage, par le retrait silencieux des citoyens, par la désertion des puissants. La France connaît les 3.

Octobre 2026 : la rupture, par le bas et par le haut

Il faut être précis, parce que l’amalgame empêche de comprendre. Le 17 octobre 2026 n’est pas une émeute de banlieue après la mort d’un jeune lors d’une intervention policière, comme en 2005 ou en 2023. C’est une journée de mobilisation contre la vie chère, appelée par une coordination de Gilets jaunes, des syndicats et un mouvement lycéen et étudiant, qui a réuni plus de 500 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur. La colère sociale qui s’y exprimait est une demande adressée au pacte : celle de « la sécurité matérielle » que le Préambule de 1946 garantit « à tous ». Dans plus de 20 villes, la casse et le pillage ont débordé les cortèges, souvent dès leur départ, parfois plusieurs heures avant. Le président de la République a désigné des « factieux » d’ultragauche et de « nombreux délinquants », et le Premier ministre comme plusieurs ministres ont visé l’ultragauche ; la procureure de Paris les a tempérés, disant ne pouvoir « absolument pas confirmer » ce profil à Paris, où la « grande majorité » des gardés à vue se taisait et ne donnait « pas de revendications politiques », tout en rappelant que tous les auteurs n’avaient pas été interpellés. Le ministre de l’Intérieur a admis « une perte de contrôle » dans certaines villes, le garde des Sceaux : « Nous avons failli incontestablement ce week-end. »

La scène n’est pas nouvelle. En 2005, plus de 10 300 véhicules brûlés du 27 octobre au 20 novembre, et l’état d’urgence déclaré pour des violences urbaines, une première ; en 2023, après la mort de Nahel Merzouk, 2 508 bâtiments incendiés ou dégradés, parmi lesquels 273 bâtiments des forces de l’ordre, 105 mairies et 243 écoles, pour un coût voisin de 1 milliard d’euros. Les cibles disent quelque chose. On ne s’en prend pas au hasard à une mairie, à une école, à une bibliothèque : ce sont les biens communs du pacte.

Que disent les chercheurs ? Sur les émeutes de banlieue, et d’abord celles de 2005, un colloque savant de 2025 range leurs travaux en 3 lectures : des éruptions de colère « nihilistes » (François Dubet, Sebastian Roché), des actes « protopolitiques » (Gérard Mauger), ou une expression politique « non conventionnelle » (Robert Castel, Michel Kokoreff, Didier Lapeyronnie). Le sociologue Denis Merklen, qui a étudié 70 incendies de bibliothèques, parle de « politicité » ; Dubet lui objecte qu’« une définition trop large du politique risque de le dissoudre dans toutes les pratiques sociales ». Pour 2023, les inspections générales de la justice et de l’administration ont analysé 395 dossiers de majeurs condamnés : l’opportunisme domine les motifs déclarés, les motivations « idéologiques ou politiques » n’apparaissent que dans 0,3 % des cas, mais, notent-elles, elles « ne rendent probablement pas compte de la réalité de la situation ». D’après l’association chargée des enquêtes sociales dans les Hauts-de-Seine, certains prévenus disaient leur colère contre l’État et ses institutions, « dont ils contestaient la légitimité et l’autorité », et les inspections parlent d’auteurs « en manque d’ancrage citoyen » ; mais leur conclusion est nette : l’opportunisme des pilleurs leur paraît « bien plus prégnant » qu’un « rejet des institutions républicaines ».

Ce débat, le #PIC l’a eu en public, et il y a trouvé sa formule. Le 20 octobre 2026, sur la chaîne YouTube GRM, son fondateur décrivait une société « en voie de nihilisation », de « complète dépolitisation » ; son hôte lui objectait aussitôt que ces casseurs sont « politisés, mais dans une autre cité que la nôtre ». Le fondateur du #PIC précisait ce qu’il entendait : « quand on passe à combattre, on arrête de débattre ». Le désaccord était plus mince que les mots, et c’était le mot qui n’allait pas : ce que nous voulions dire n’est pas une absence de politique, mais une sortie du pacte. C’est à cela que sert un contradicteur.

La thèse du #PIC tient entre ces lectures, et nous la présentons comme telle. Ceux qui ont brûlé l’hôtel de ville de Limoges ne sont pas dépolitisés : on ne s’en prend pas à la maison commune sans rien dire de la cité. Ils ne sont pas davantage, pour l’essentiel, des militants : ils ne réclament rien, ne proposent rien, et la grande majorité des gardés à vue se tait. Notre hypothèse est qu’ils sont en rupture avec le contrat social ; beaucoup de pilleurs, comme en 2023, relèvent sans doute d’abord de l’opportunisme. Manifester, faire grève, voter, signer une pétition, c’est contester une politique à l’intérieur du pacte ; piller les commerces d’une ville et brûler sa mairie, c’est en sortir. Cette rupture est un acte politique, au sens le plus grave du mot : elle dit que le lien ne vaut plus rien. Le #PIC le dit sans détour, parce qu’il est non violent par principe (voyez « Sans violence, vous n’obtiendrez rien : le pouvoir ne cède qu’à la force ») : la violence n’est pas une renégociation du pacte. C’est sa sortie, et ceux qui la paient sont presque toujours les plus faibles de ceux qui y restent.

Mais il ajoute aussitôt l’autre moitié, que l’ordre établi aime moins entendre. Quand le préfet de police écrit que le maintien de l’ordre « ne peut toutefois garantir à lui seul la protection de chaque établissement », quand plus de 9 cambriolages sur 10 restent sans auteur identifié un an après, quand 78 % des Français jugent l’impôt trop élevé et que la confiance dans son emploi s’effondre, la rupture vient aussi d’en haut. C’est le sens du verdict de Florence Bergeaud-Blackler, cité plus haut. L’anthropologue conteste elle aussi qu’on refuse aux émeutiers toute intention politique ; elle en propose une lecture culturelle et religieuse, que nous ne reprenons pas. Sur la rupture par le haut, en revanche, son constat rejoint le nôtre. On ne restaure pas un contrat en sommant une seule des parties de le respecter. Il faut rétablir les 2 clauses à la fois : la protection, qui est le premier dû de l’État, et la participation, qui est le premier droit du citoyen.

Une objection sérieuse demeure, et Rousseau la ferait lui-même : il n’y a pas de contrat entre le peuple et ceux qui le gouvernent, car « l’institution du gouvernement n’est point un contrat » ; « il n’y a qu’un contrat dans l’État, c’est celui de l’association ». Parler d’une rupture par le haut, c’est prendre l’État au mot du contrat qu’il invoque pour se faire obéir, celui de Hobbes : protection contre obéissance. Le #PIC ne veut pas le renégocier ; il veut lui substituer l’autre, celui des citoyens entre eux, où ceux qui gouvernent ne sont plus des parties, mais des mandataires révocables.

Ce que propose le #PIC : un pacte écrit, ratifié, révisable

Depuis son Manifeste, le #PIC dit vouloir « refondre progressivement notre contrat social » par une série de votations citoyennes, et « renouer avec un contrat social équilibré » en rendant les mandats impératifs et révocables (voyez Le projet : la Grande Transition démocratique et Notre philosophie). La Constitution d’urgence en est la traduction juridique. Son Préambule ouvre « l’Année Zéro d’un régime dont le peuple est la source unique, le juge permanent et le dépositaire dernier ». Le référendum d’initiative citoyenne y devient « le mode normal d’expression de la volonté générale » (Titre I, article 6), l’initiative appartient à l’Agora citoyenne, échantillon du peuple tiré au sort, et tout élu est révocable (Titre III, article 5).

Surtout, le pacte n’est plus gravé une fois pour toutes. Sa révision peut être proposée à tout moment par l’Agora citoyenne, et n’est jamais définitive sans le vote du peuple (Titre XVIII, article premier) ; seul un noyau intangible, le pouvoir du peuple de décider et de se corriger, échappe à toute révision (Titre XVIII, article 3). La question de son réexamen est posée au peuple de plein droit tous les 7 ans, « afin qu’aucune génération ne soit prisonnière des choix de celles qui l’ont précédée » (Titre XVIII, article 2). C’est la réponse à Burke, qui liait les vivants aux morts, et à tous ceux qui disent qu’on naît soumis. Une génération n’y lie les suivantes que sur un point : le pouvoir de se corriger, qu’aucune ne peut abolir. Les notes de l’article le résument : « la stabilité ne naît plus de l’immobilité, mais d’un consentement renouvelé ». Et pour que la volonté générale ne se confonde pas avec celle d’une majorité de circonstance, une Cour où siègent des juristes élus et des citoyens tirés au sort veille aux droits fondamentaux et aux minorités, et fait barrage à toute atteinte au noyau intangible, fût-elle votée par référendum (Titre XIX, article 5 ; voyez La tyrannie de la majorité).

Mesurez la différence avec les « nouveaux pactes » annoncés ces dernières années. En 2019, le président de la République écrivait aux Français que leurs propositions permettraient « de bâtir un nouveau contrat pour la Nation » ; en 2022, il installait un Conseil national de la refondation ; en 2023, la Première ministre proposait aux partenaires sociaux « un nouveau pacte de la vie au travail ». Chaque fois, le pacte était annoncé par ceux qui gouvernent : les citoyens étaient consultés, mais la lettre de 2019 le précisait, ce n’était « ni une élection, ni un référendum » ; ou bien ils étaient représentés par les corps constitués. Même la Convention citoyenne pour le climat, dont 150 citoyens tirés au sort ont formulé 149 propositions en 2020, n’a vu aucune d’elles soumise au peuple par référendum. Dans aucune de ces initiatives, les citoyens n’ont à la fois rédigé les clauses et décidé de leur adoption. C’est le contrat vertical d’Arendt, poliment rajeuni. Le #PIC propose l’autre : la promesse que des citoyens se font les uns aux autres, et qu’ils restent libres de réviser ensemble.

Ce que nous ne promettons pas

La franchise oblige à 4 réserves. Un référendum ne met pas un policier devant chaque boutique : la clause de protection exige des moyens, et la France comptait en 2022 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, quand la médiane européenne était de 17,6. Écrire un pacte ne suffit pas à le faire vivre : Durkheim avait raison, tout contrat repose sur des solidarités qu’aucun texte ne crée, et c’est pourquoi la Constitution d’urgence s’appuie sur les communes et les corps intermédiaires. Le peuple peut se tromper, et c’est pourquoi le pacte protège ce que nulle majorité ne peut abolir ({a(L[’xviii3’], ’Titre XVIII, article 3’)}). Enfin, notre lecture des émeutes est une thèse : aucune étude ne décrit encore les auteurs des violences d’octobre 2026, et les données de 2023, où l’opportunisme et l’entraînement du groupe dominent, invitent à la prudence. Une partie des émeutiers ne rompt peut-être pas un lien : la société ne lui a jamais donné l’occasion de le nouer. Simone Weil, qui observait ce mal d’abord chez les ouvriers et les paysans de son temps, appelait cela le déracinement, « de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines ».

Rousseau ouvrait le premier chapitre de son livre sur une phrase que chaque génération relit avec ses propres chaînes : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. » Le #PIC n’en tire ni l’envie de tout brûler ni celle de tout subir. Il en tire un programme : un pacte que l’on peut lire, que l’on aura voté, et que l’on pourra changer. C’est la différence entre un contrat qu’on vous fait signer et une promesse qu’on se fait.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Préfet de police de Paris, courrier aux commerçants du 21 octobre 2026, révélé par franceinfo, « INFO FRANCEINFO. Le préfet de police de Paris conseille aux commerçants de “renforcer leur sécurité” et “d’adapter leurs horaires” avant les prochaines manifestations », 22 octobre 2026 : « Ces prochains jours […] un dispositif de maintien de l’ordre renforcé sera déployé. Il ne peut toutefois garantir à lui seul la protection de chaque établissement ». consulter la source

Serge Papin, ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat, entretien au Figaro, 20 octobre 2026 : « C’est à l’État d’apporter la sécurité des biens et des personnes. ». consulter la source

Mickaël Mingeau, « Agents devant les vitrines : le préfet conseille, le préfet signe », 83-629.fr, 22 octobre 2026, citant l’article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure : « Un agent de surveillance et de gardiennage n’exerce « qu’à l’intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde » (article L. 613-1 du code de la sécurité intérieure). ». consulter la source

Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue, chargée de recherche au CNRS, message publié sur X (@FBBlackler) le 22 octobre 2026 à 12 h 21, citant un message de BFMTV : « La préfecture de police de Paris invite les commerçants à recourir à des agents privés avant les prochaines manifestations » : « Le contrat social est brisé. ». consulter la source

Florence Bergeaud-Blackler, propos recueillis par Boulevard Voltaire, « 17 octobre : une date très symbolique pour les Algériens », 19 octobre 2026 : « Elles voient dans les émeutiers des casseurs attirés par le butin et ne leur prêtent aucune intention politique. Ce n’est pas parce que ces dimensions culturelles, religieuses et symboliques nous échappent qu’elles n’existent pas. ». consulter la source

Emmanuel Macron, « Adresse aux Français », 18 octobre 2026 : « Hier, samedi 17 octobre, des factieux, issus de groupuscules d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants, se sont livrés à une violence débridée dans nos villes. » ; « Certains ont défendu eux-mêmes leurs magasins et leurs vitrines face aux délinquants. ». consulter la source

BFMTV avec AFP, « Violences du 17 octobre : le ministère de l’Intérieur recense 2.397 interpellations, 997 policiers et gendarmes blessés dont 7 graves », 18 octobre 2026 : « Près de 2.400 personnes ont été interpellées samedi 17 octobre lors de la journée de mobilisation contre la vie chère émaillée de violences, et près d’un millier de policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept gravement, selon un bilan consolidé du ministère de l’Intérieur. ». consulter la source

Franck Lemarc, « 17 octobre : premier bilan d’une journée de chaos dans plus d’une vingtaine de villes », Maire-info, 19 octobre 2026 ; et Thibaut Déléaz, Le Figaro, 19 octobre 2026 (Serge Papin) : « des centaines de magasins – au moins 1 500 selon le ministère de l’Intérieur – ont été détruits et pillés » ; « “Au moins 3000 commerces” ont été ciblés, selon le ministre Serge Papin ». consulter la source

ICI avec AFP, « Violences du 17 octobre : Laurent Nuñez admet un manque d’anticipation, Sébastien Lecornu réunit une cellule de crise », 19 octobre 2026 : « « Oui, il y a eu une perte de contrôle » de la police dans certaines villes » ; « « Nous avons failli incontestablement ce week-end », a reconnu de son côté le ministre de la Justice Gérald Darmanin ». consulter la source

20 Minutes, « Violences du 17 octobre : la procureure de Paris tempère le gouvernement sur le profil “ultragauche” des casseurs », 19 octobre 2026 (Laure Beccuau sur TF1) : « gardent le silence et ne donnent pas de revendications politiques ». consulter la source

Wikipédia, « Manifestations du 17 octobre 2026 », version du 22 octobre 2026 (article sur un événement récent, à lire avec prudence) : « le bâtiment, inauguré en 1883, est décrit par le préfet comme “en grande partie perdu” ». consulter la source

Sénat, commission des lois, rapport d’information n° 521 (2023-2024), « Émeutes de juin 2023 : comprendre, évaluer, réagir », rapporteur François-Noël Buffet, 9 avril 2024 : « Parmi les 2 508 bâtiments incendiés ou dégradés, figurent 273 bâtiments des forces de l’ordre, 105 mairies et 243 écoles. ». consulter la source

Sénat, séance du 28 mars 2006, réponse du gouvernement sur le bilan des violences de 2005 ; projet de loi n° 2673 prorogeant l’état d’urgence, Assemblée nationale, 14 novembre 2005 : « Au plus fort des événements, du 27 octobre au 20 novembre, plus de 10 300 véhicules ont été incendiés, dont 4 200 en Île-de-France. ». consulter la source

Inspection générale de la justice et Inspection générale de l’administration, « Mission d’analyse des profils et motivations des délinquants interpellés à l’occasion de l’épisode de violences urbaines (27 juin – 7 juillet 2023) », août 2023 : « les motivations idéologiques ou politiques, exprimées dans 0,3 % des cas, sont rares mais ne rendent probablement pas compte de la réalité de la situation » ; « la colère vis-à-vis de l’Etat et d’un certain nombre de ses institutions – la justice, la police – dont ils contestaient la légitimité et l’autorité » ; « DES DÉLINQUANTS AU PROFIL INHABITUEL ENTRETENANT UN RAPPORT DÉCOMPLEXÉ À LA VIOLENCE ET EN MANQUE D’ANCRAGE CITOYEN » ; « L’opportunisme des pilleurs de magasin et des vendeurs d’artifices plus ou moins improvisés apparaît être un élément bien plus prégnant que l’expression d’une motivation structurée, d’une colère ou d’un rejet des institutions républicaines. ». consulter la source

Appel à communications « Quand les quartiers protestent », colloque international, projet ANR DemoCIS, Paris, 6-7 novembre 2025 : « s’agit-il de simples éruptions de colère, spontanées et nihilistes (Dubet, 1992 ; Roché, 2006), d’actes protopolitiques (Mauger, 2006), ou d’expressions politiques non conventionnelles (Castel, 2006 ; Kokoreff, 2006 ; Lapeyronnie, 2006) ? ». consulter la source

François Dubet, « Que dit le feu ? », La Vie des idées, 3 avril 2014, sur Denis Merklen, Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ?, Presses de l’Enssib, 2013 : « Le feu participe alors d’une forme élémentaire de vie politique, ce que Denis Merklen nomme la « politicité ». » ; « Une définition trop large du politique risque de le dissoudre dans toutes les pratiques sociales. ». consulter la source

GRM, « Présidentielle 2027 : et si on changeait tout ? Frédéric Bascuñana », YouTube, émission diffusée en direct le 20 octobre 2026, de 1 h 06 min 44 s à 1 h 10 min 17 s (transcription automatique de YouTube) : « une société qui globalement est en voie de nihilisation quoi, de complète dépolitisation » ; « je crois qu’ils sont politisés mais dans une autre cité que la nôtre » ; « quand on passe à combattre on arrête de débattre ». consulter la source

Conseil national des activités privées de sécurité, Rapport annuel 2024, mars 2025 : « les 181 000 agents et 12 500 entreprises privées de sécurité jouent un rôle croissant dans la sécurité globale du territoire. ». consulter la source

Alice Thourot et Jean-Michel Fauvergue, « D’un continuum de sécurité vers une sécurité globale », rapport de mission remis au Premier ministre, septembre 2018 : « près de 250 000 personnels composant les forces de sécurité de l’État agissent pour sécuriser les Français et le territoire national » ; « près de 21 500 policiers municipaux et plus de 165 000 agents privés de sécurité ont rejoint ce secteur ». consulter la source

Platon, La République, livre II, 359a et 360c, trad. Émile Chambry (Wikisource) : « jugent qu’il est utile de s’entendre les uns avec les autres pour ne plus commettre ni subir l’injustice. De là prirent naissance les lois et les conventions des hommes entre eux » ; « une grande preuve qu’on n’est pas juste par choix, mais par contrainte ». consulter la source

Platon, Criton, 52a et 52d, trad. Émile Chambry (Wikisource) : « nous lui laissions le choix de nous convaincre ou de nous obéir » ; « tu t’es engagé à vivre sous notre autorité, non en paroles, mais en fait ». consulter la source

Épicure, Maximes capitales, XXXIII, dans Diogène Laërce, livre X, trad. française de 1758 (remacle.org) ; Lucrèce, De la nature, livre V, v. 1019-1020, trad. Nisard, 1868 (Wikisource) : « La justice n’est rien en soi ; la société des hommes en a fait naître l’utilité dans les pays où les peuples sont convenus de certaines conditions pour vivre sans offenser et sans être offensés. » ; « Alors, dans les habitations voisines, on se mit à lier amitié ensemble, et ne se faire ni injure ni violence ». consulter la source

Aristote, Politique, livre I, chapitre 2 (1253a), et livre III, chapitre 9 (1280b), trad. Jules Barthélemy-Saint-Hilaire, 1848 (remacle.org) : « C’est une brute ou un dieu. » ; « Elle n’est qu’une garantie des droits individuels, sans aucune puissance sur la moralité et la justice personnelles des citoyens. » ; « La cité, c’est l’association du bonheur et de la vertu pour les familles et pour les classes diverses d’habitants, en vue d’une existence complète qui se suffise à elle-même. ». consulter la source

Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia-IIae, q. 90, a. 3 ; De regno, livre I, chapitres 1 et 7 (Corpus Thomisticum) : « Et ideo condere legem vel pertinet ad totam multitudinem, vel pertinet ad personam publicam quae totius multitudinis curam habet. » ; « Naturale autem est homini ut sit animal sociale et politicum » (« C’est pourquoi faire la loi appartient soit à la multitude tout entière, soit à la personne publique qui a la charge de toute la multitude. » ; « Il est naturel à l’homme d’être un animal social et politique. » ; trad. IA). consulter la source

Thomas Hobbes, Leviathan, Londres, Andrew Crooke, 1651, chapitres XIII et XVII (Project Gutenberg) : « And the life of man, solitary, poore, nasty, brutish, and short. » ; « I Authorise and give up my Right of Governing my selfe, to this Man, or to this Assembly of men, on this condition, that thou give up thy Right to him, and Authorise all his Actions in like manner. » ; « that Mortall God, to which wee owe under the Immortall God, our peace and defence » (« Et la vie de l’homme est solitaire, pauvre, répugnante, brutale et brève. » ; « J’autorise cet homme ou cette assemblée, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la même manière. » ; « ce dieu mortel auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre défense. » ; trad. IA). consulter la source

Thomas Hobbes, Leviathan, 1651, chapitre XXI, « Of the Liberty of Subjects » (Project Gutenberg) : The Obligation of Subjects to the Soveraign is understood to last as long, and no longer, than the power lasteth, by which he is able to protect them. For the right men have by Nature to protect themselves, when none else can protect them, can by no Covenant be relinquished. […] The end of Obedience is Protection (« L’obligation des sujets envers le souverain est censée durer aussi longtemps, et pas plus, que le pouvoir par lequel il est capable de les protéger. Car le droit que les hommes ont par nature de se protéger eux-mêmes, quand personne d’autre ne peut les protéger, ne peut être abandonné par aucune convention. […] La fin de l’obéissance est la protection. » ; trad. IA). consulter la source

Thomas Hobbes, Leviathan, 1651, « A Review, and Conclusion » (Project Gutenberg) : the mutuall Relation between Protection and Obedience; of which the condition of Humane Nature, and the Laws Divine, (both Naturall and Positive) require an inviolable observation. (« la relation mutuelle entre la protection et l’obéissance, dont la condition de la nature humaine et les lois divines (tant naturelles que positives) exigent une observation inviolable. » ; trad. IA). consulter la source

Carl Schmitt, Der Begriff des Politischen, Munich et Leipzig, Duncker & Humblot, 1932, p. 40, note (exemplaire numérisé, archive.org) : Das protego ergo obligo ist das cogito ergo sum des Staates (« Le protego ergo obligo est le cogito ergo sum de l’État » ; trad. IA). consulter la source

Lars Vinx, « Carl Schmitt », Stanford Encyclopedia of Philosophy, 2010, révision de 2025 : Though Schmitt had not been a supporter of National Socialism before Hitler came to power, he sided with the Nazis after 1933. (« Bien que Schmitt n’eût pas soutenu le national-socialisme avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, il se rangea du côté des nazis après 1933. » ; trad. IA). consulter la source

John Locke, Du gouvernement civil (1690), trad. David Mazel, Paris, 1795, §§ 95, 114, 118 et 222 (Wikisource, graphie de l’édition de 1795) : « étant tous naturellement libres, égaux et indépendans, nul ne peut être tiré de cet état, et être soumis au pouvoir politique d’autrui, sans son propre consentement » ; « Tous les hommes, disent-ils, sont nés sous un gouvernement » ; « qu’un enfant ne naît sujet d’aucun pays, ni d’aucun gouvernement » ; « il est dévolu au peuple qui a droit de reprendre sa liberté originaire, et par l’établissement d’une nouvelle autorité législative ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755, seconde partie (Wikisource) : « Tous coururent au-devant de leurs fers croyant assurer leur liberté ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contract social, Amsterdam, Marc-Michel Rey, 1762, livre I, chapitres 1, 6 et 7, livre II, chapitre 4 (Wikisource, graphie de l’édition originale) : « L’homme est né libre, & par-tout il est dans les fers. » ; « Trouver une forme d’association qui défende & protege de toute la force commune la personne & les biens de chaque associé, & par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même & reste aussi libre qu’auparavant ? » ; « Les engagemens qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que parce qu’ils sont mutuels » ; « quiconque refusera d’obéir à la volonté générale, y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contract social, 1762, livre III, chapitres 16 et 18, et livre IV, chapitre 2, note (Wikisource, graphie de l’édition originale) : « il n’y a dans l’Etat aucune loi fondamentale qui ne se puisse révoquer, non pas même le pacte social ; car si tous les Citoyens s’assembloient pour rompre ce pacte d’un commun accord, on ne peut douter qu’il ne fût très-légitimement rompu » ; « la famille, les biens, le défaut d’azile, la nécessité, la violence, peuvent retenir un habitant dans le pays malgré lui, & alors son séjour seul ne suppose plus son consentement au contract ou à la violation du contract. » ; « Que l’institution du Gouvernement n’est point un contract. » ; « Il n’y a qu’un contract dans l’Etat, c’est celui de l’association ; & celui-là seul en exclut tout autre. ». consulter la source

Baruch Spinoza, Traité théologico-politique, chapitres XVI et XX, et Traité politique, chapitre V, § 4, trad. Émile Saisset, 1861 (Wikisource) : « Car dans cet État personne ne transfère à un autre son droit naturel, de telle sorte qu’il ne puisse plus délibérer à l’avenir » ; « La fin de l’État, c’est donc véritablement la liberté. » ; « ce n’est plus une société, c’est une solitude. ». consulter la source

David Hume, « Of the Original Contract », 1748, §§ 20 et 24 (éd. davidhume.org) : Can we seriously say, that a poor peasant or artizan has a free choice to leave his country, when he knows no foreign language or manners, and lives from day to day, by the small wages which he acquires? […] It is surely the best and most sacred of any. (« Peut-on dire sérieusement qu’un pauvre paysan ou un artisan a le libre choix de quitter son pays, quand il ne connaît ni langue ni mœurs étrangères et vit au jour le jour du maigre salaire qu’il gagne ? […] C’est assurément le meilleur et le plus sacré de tous [les fondements du gouvernement]. » ; trad. IA). consulter la source

Edmund Burke, Reflections on the Revolution in France, 1790 (Project Gutenberg) : « Society is, indeed, a contract. » ; « it becomes a partnership not only between those who are living, but between those who are living, those who are dead, and those who are to be born. » (« La société est bien un contrat. » ; « elle devient une association non seulement entre les vivants, mais entre ceux qui vivent, ceux qui sont morts et ceux qui sont à naître. » ; trad. IA). consulter la source

Edmund Burke, Réflexions sur la Révolution de France, trad. revue par J.-A. Auvray, Paris, Égron, 1823, p. 176-177 (archive.org) : « elle est un contrat entre ceux qui vivent, entre ceux qui sont à naître et entre ceux qui sont morts ». consulter la source

Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, Alcan, 1893, livre I, chapitre VII, p. 230 (archive.org) : « Car tout n’est pas contractuel dans le contrat. ». consulter la source

Pierre-Joseph Proudhon, Idée générale de la Révolution au XIXe siècle, Paris, Garnier frères, 1851, sixième étude, p. 124 et 126 (archive.org) : « Rousseau, dont l’autorité nous régit depuis près d’un siècle, n’a rien compris au contrat social. » ; « individuellement consenti, signé, manu propriâ, par tous ceux qui y participent ». consulter la source

Carole Pateman, The Sexual Contract, Stanford University Press, 1988, p. 2 ; Charles W. Mills, The Racial Contract, Cornell University Press, 1997 : The social contract is a story of freedom; the sexual contract is a story of subjection. (« Le contrat social est une histoire de liberté ; le contrat sexuel est une histoire d’assujettissement. » ; trad. IA).

Antoine Bachelin Sena, « Un mot coquille, un mot magique : DÉMOCRATIE, Un mot capable de déclencher des guerres. », France-Soir, rubrique Opinions, 12 mars 2025 : « Naître en démocratie, c’est être soumis sans choix à ce contrat social – et devoir payer des impôts, par exemple, même sans jamais aller voter. » ; « Une démocratie chrétienne peut exister, mais en dehors du contrat social. ». consulter la source

Simone Weil, L’Enracinement, rédigé en 1943, Paris, Gallimard, 1949 (Wikisource) : « La notion d’obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative. » ; « Elle suppose le consentement, non pas à l’égard de chacun des ordres reçus, mais un consentement accordé une fois pour toutes » ; « L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. » ; « Un être humain a une racine par sa participation réelle, active et naturelle à l’existence d’une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d’avenir. Participation naturelle, c’est-à-dire amenée automatiquement par le lieu, la naissance, la profession, l’entourage. » ; « Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. ». consulter la source

Emmanuel Kant, Über den Gemeinspruch: Das mag in der Theorie richtig sein, taugt aber nicht für die Praxis, 1793, partie II, « Gegen Hobbes », Akademie-Ausgabe, t. VIII, p. 297 : « Sondern es ist eine bloße Idee der Vernunft, die aber ihre unbezweifelte (praktische) Realität hat: nämlich jeden Gesetzgeber zu verbinden, daß er seine Gesetze so gebe, als sie aus dem vereinigten Willen eines ganzen Volks haben entspringen können » ; « Denn das ist der Probirstein der Rechtmäßigkeit eines jeden öffentlichen Gesetzes. » (« C’est au contraire une simple Idée de la raison, mais qui a sa réalité (pratique) indubitable : obliger tout législateur à donner ses lois comme si elles avaient pu émaner de la volonté unie de tout un peuple. » ; « Car c’est là la pierre de touche de la légitimité de toute loi publique. » ; trad. IA). consulter la source

John Rawls, A Theory of Justice, Cambridge (Mass.), Belknap Press, 1971, § 3, p. 12 : The principles of justice are chosen behind a veil of ignorance. (« Les principes de la justice sont choisis derrière un voile d’ignorance. » ; trad. IA). consulter la source

Hannah Arendt, On Revolution (1963), Londres, Penguin, 1990, chapitre 4, p. 167 et 170 ; « Civil Disobedience » (1970), dans Crises of the Republic, 1972, p. 87-88, cité par Thomas Schestag, Stasis, 2018 : « held together solely by the strength of mutual promise » ; « The mutual contract by which people bind themselves together in order to form a community is based on reciprocity and presupposes equality; its actual content is a promise » ; « We all live and survive by a kind of tacit consent, which, however, it would be difficult to call voluntary » (« tenu ensemble par la seule force de la promesse mutuelle » ; « Le contrat mutuel par lequel des personnes se lient les unes aux autres pour former une communauté repose sur la réciprocité et présuppose l’égalité ; son contenu véritable est une promesse » ; « Nous vivons et survivons tous par une sorte de consentement tacite, qu’il serait pourtant difficile de dire volontaire » ; trad. IA). consulter la source

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, articles 2, 6, 12, 14 et 16 (Conseil constitutionnel) : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. » ; « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. » ; « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. ». consulter la source

Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, alinéa 11 (Conseil constitutionnel) : « Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence. ». consulter la source

Conseil national de la Résistance, programme du 15 mars 1944, « Les Jours heureux » (Wikisource) : « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». consulter la source

Constitution du 4 octobre 1958, article 2 (Conseil constitutionnel) : « Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. ». consulter la source

Sciences Po CEVIPOF et OpinionWay, Baromètre de la confiance politique, vague 17, février 2026 (3 166 inscrits, terrain du 12 au 28 janvier 2026) ; Bruno Cautrès, « La démocratie française en souffrance », note du CEVIPOF n° 2, mars 2026 : « jamais, depuis 2009, la perte de confiance dans la politique n’a été si prononcée ». consulter la source

Conseil des prélèvements obligatoires, « Baromètre des prélèvements fiscaux et sociaux en France, troisième édition 2025 », note n° 13, novembre 2025 : « alors que 33 % des sondés affirmaient avoir confiance en l’État pour bien utiliser les fonds publics en 2023, cette part passe à 22 % en 2025, soit un recul de 11 points en deux ans. ». consulter la source

Alexis Spire, Résistances à l’impôt, attachement à l’État, Paris, Seuil, 2018, p. 14, cité par Benjamin Lemoine, « Sous les impôts, la lutte des classes », La Vie des idées, 18 décembre 2019 : « la fragilisation de l’acceptation de l’impôt ne s’explique pas seulement par un déficit de solidarité, mais aussi et surtout par la conviction de ne pas recevoir une juste part des richesses nationales ». consulter la source

Service statistique ministériel de la sécurité intérieure, « Élucidation des crimes et délits enregistrés en 2022 par les services de sécurité », Interstats Résultats n° 37, avril 2024 : « les taux d’élucidation associés ne dépassent pas 7 % au bout d’un an. ». consulter la source

Sénat, rapport d’information n° 816 (2024-2025) sur la filière investigation, juillet 2025 ; et note du rapporteur spécial sur la mission « Justice », projet de loi de finances pour 2026, novembre 2025 : « on dénombrait un peu moins de 3,4 millions de procédures en stock à la fin de l’année 2024 » ; « Si le nombre de juges professionnels est passé de 10,7 à 11,3 pour 100 000 habitants entre 2012 et 2022, il reste éloigné de la médiane européenne qui était, aux mêmes dates, de 17,7 et 17,6. ». consulter la source

Christopher Lasch, The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy, New York, Norton, 1995 (posthume), chapitre 2 : « Instead of supporting public services, the new elites put their money into the improvement of their own self-enclosed enclaves. » ; « but they have managed to relieve themselves, to a remarkable extent, of the obligation to contribute to the national treasury. » (« Au lieu de soutenir les services publics, les nouvelles élites placent leur argent dans l’amélioration de leurs propres enclaves fermées » ; « mais elles sont parvenues à s’affranchir, dans une mesure remarquable, de l’obligation de contribuer au Trésor national. » ; trad. IA).

Jérôme Fourquet, « 1985-2017 : quand les classes favorisées ont fait sécession », Fondation Jean-Jaurès, 20 février 2018 : « qui se sentent de moins en moins liées par un destin commun au reste de la collectivité nationale, au point que certains de leurs membres ont fait sécession. ». consulter la source

Emmanuel Macron, « Lettre aux Français », 13 janvier 2019 : « Vos propositions permettront donc de bâtir un nouveau contrat pour la Nation, de structurer l’action du Gouvernement et du Parlement » ; « Ce n’est ni une élection, ni un référendum. ». consulter la source

Élysée, « Conseil national de la refondation », 8 septembre 2022 : « ce premier CNR avait pour ambition de travailler à l’instauration d’une nouvelle méthode : faire avancer le pays dans un esprit de dialogue et de responsabilités partagées. ». consulter la source

Public Sénat, « Pacte de la vie au travail, réforme du RSA : les chantiers d’Elisabeth Borne », 26 avril 2023 : « L’objectif est de bâtir un accord avec les partenaires sociaux sur « un nouveau pacte de la vie au travail » d’ici le 14 juillet ». consulter la source

Wikipédia, « Convention citoyenne pour le climat », consulté le 22 octobre 2026 : « A l’issue de ses travaux, la Convention formule 149 propositions dans un rapport publié en juin 2020 ». consulter la source

#PIC, Manifeste, partie I, « Notre philosophie », et partie IV, « Le projet : la Grande Transition démocratique » : « pour renouer avec un contrat social équilibré, il accepte que les mandats soient impératifs et révocables » ; « une série de votations citoyennes visant à refondre progressivement notre contrat social ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Préambule fondateur ; Titre I, article 6 : « Elle ouvre l’Année Zéro d’un régime dont le peuple est la source unique, le juge permanent et le dépositaire dernier. » ; « Le référendum d’initiative citoyenne constitue le mode normal d’expression de la volonté générale. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 2, et ses notes : « Afin qu’aucune génération ne soit prisonnière des choix de celles qui l’ont précédée » ; « la stabilité ne naît plus de l’immobilité, mais d’un consentement renouvelé. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3 : « Ne peuvent faire l’objet d’aucune révision, ni par les pouvoirs constitués, ni par le référendum lui-même, ni être suspendus par l’état de crise : 1° la souveraineté du peuple, qui lui appartient et procède de lui seul ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XIV, article premier ; Titre VII, article premier : « La Démocratie française reconnaît, protège et encourage les corps intermédiaires (communautés professionnelles, corporations de métier, solidarités locales et associations) qui s’établissent entre le citoyen et l’État. » ; « Le pouvoir ne se délègue pas du sommet vers la base : il s’élève de la base vers le sommet, dans la stricte mesure du nécessaire. ». consulter la source

Version 1 du 22 octobre 2026 : première publication.

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