« Votre volonté générale, c’est Rousseau, Robespierre et la Terreur »

On vous dit :

« Votre Constitution fait du référendum “le mode normal d’expression de la volonté générale”. C’est le vocabulaire de Rousseau, puis de Robespierre. Jacob Talmon l’a montré en 1952 : de la volonté générale est née la démocratie totalitaire, celle qui prétend savoir mieux que les citoyens ce qu’ils veulent vraiment. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Le danger qu’a décrit Talmon est réel, et il a un visage : l’interprète. Un chef, un parti, un comité qui prétend dire la volonté générale à la place du peuple. Notre texte l’écarte : chez nous, la volonté générale n’est pas un secret que devinerait un prophète, c’est le résultat compté d’un vote, après délibération.

Et le mot n’est pas de nous : il est dans la Déclaration de 1789, qui fait partie de notre droit. Son article 6 : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. » Personnellement : c’est ce que nous voulons rendre possible.

Le totalitarisme confisque la parole du peuple ; nous la lui rendons.

Sources : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 · Jacob L. Talmon · Jean-Jacques Rousseau · #PIC, Abécédaire — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

Jacob Talmon, dans Les Origines de la démocratie totalitaire (1952), fait remonter à Rousseau et aux Jacobins une forme de démocratie qui « postule un ordre des choses préétabli, harmonieux et parfait », vers lequel les hommes seraient irrésistiblement conduits (notre traduction).

Son avertissement vise un mécanisme précis : dès qu’on admet que la volonté générale peut différer de ce que veulent les citoyens réels, une avant-garde peut s’en proclamer l’interprète et forcer les récalcitrants.

Rousseau lui-même a fourni la formule redoutable : celui qui refuse d’obéir à la volonté générale, « on le forcera d’être libre ». Notre Abécédaire la cite pour la combattre.

Ce que nous gardons de Rousseau est l’inverse de ce que Talmon condamne.

Rousseau écrit que « la Souveraineté ne peut être représentée » et que le peuple anglais, qui se croit libre, ne l’est que durant l’élection de ses députés. Il écrit aussi que la volonté générale est toujours droite, « mais il ne s’ensuit pas que les délibérations du peuple aient toujours la même rectitude » : le peuple peut se tromper.

D’où, chez nous, la délibération préalable, l’information contradictoire et le droit permanent de se corriger.

Rousseau redoutait enfin les « brigues » et les « associations partielles » qui substituent leur volonté à celle de tous : c’est un argument de poids contre les partis qui monopolisent aujourd’hui la représentation.

Notre texte ferme la porte à l’interprète. Le référendum d’initiative citoyenne est « le mode normal d’expression de la volonté générale » (Constitution d’urgence, Titre I, article 6) : elle se compte dans les urnes, elle ne se devine pas.

Le prestige d’une personnalité « ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir » (Constitution d’urgence, Titre I, article 5).

Le noyau intangible interdit qu’un vote concentre l’exécutif entre les mains d’une seule personne et protège la dignité de la personne humaine, même contre le référendum (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3).

Aucun comité, aucun chef ne peut dire au peuple ce qu’il « veut vraiment ».

Talmon opposait à la démocratie totalitaire une démocratie libérale qui tient la politique pour « une affaire d’essais et d’erreurs » (notre traduction).

C’est exactement le principe que pose notre Constitution d’urgence : le peuple a le droit permanent de corriger sa Constitution « à la lumière de l’expérience » (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 2).

Quant à la Terreur, elle n’est pas sortie du vote du peuple, mais d’un pouvoir qui parlait en son nom sans le consulter : la Constitution de 1793, ratifiée par référendum, ne fut jamais appliquée.

Les relances probables

« Rousseau a écrit qu’“on le forcera d’être libre”. »

Oui, et c’est la phrase que nous refusons. Notre Abécédaire la cite pour la combattre : chez nous, personne n’est forcé d’être libre. Chacun vote, et une Cour protège les minorités contre toute « majorité de circonstance » (Constitution d’urgence, Titre XIX, article 5).

« La Terreur est sortie d’une assemblée qui parlait au nom du peuple. »

Justement : d’une assemblée qui parlait au nom du peuple sans le faire voter. La Constitution de 1793, ratifiée par référendum, ne fut jamais appliquée ; le gouvernement révolutionnaire gouverna sans elle. Le remède à ceux qui parlent au nom du peuple, c’est que le peuple parle.

« La majorité peut quand même opprimer la minorité. »

C’est une autre objection, et elle a sa page : « La démocratie directe, c’est la tyrannie de la majorité ».

Les pièges à éviter

  • Ne défendez pas Robespierre, et ne l’agitez pas non plus comme un épouvantail : distinguez le principe (la loi vient du peuple) de sa confiscation (ceux qui prétendent l’incarner).
  • Évitez l’emphase « la Volonté Générale », avec majuscules : dites « ce que le peuple a décidé par son vote ».
  • Talmon est discuté par les historiens : présentez-le comme une mise en garde que nous prenons au sérieux, pas comme un verdict que nous contestons avec mépris.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, article 6 (site du Conseil constitutionnel) : « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. ». consulter la source

Jacob L. Talmon, The Origins of Totalitarian Democracy, Secker & Warburg, 1952, introduction (texte reproduit par panarchy.org) : « It postulates a preordained, harmonious and perfect scheme of things, to which men are irresistibly driven, and at which they are bound to arrive. » ; « The liberal approach assumes politics to be a matter of trial and error, and regards political systems as pragmatic contrivances of human ingenuity and spontaneity. » (notre traduction : « Elle postule un ordre des choses préétabli, harmonieux et parfait, vers lequel les hommes sont irrésistiblement conduits et auquel ils doivent nécessairement parvenir. » ; « L’approche libérale tient la politique pour une affaire d’essais et d’erreurs, et considère les systèmes politiques comme des inventions pragmatiques de l’ingéniosité et de la spontanéité humaines. ») ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre III, chapitre 15 (Wikisource, édition de 1762 ; graphie originale, modernisée dans le texte de la riposte) : « La Souveraineté ne peut être réprésentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, & la volonté ne se réprésente point » ; « Le peuple Anglois pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre II, chapitre 3 (Wikisource, édition de 1762 ; graphie originale) : « Il s’ensuit de ce qui précede que la volonté générale est toujours droite & tend toujours à l’utilité publique : mais il ne s’ensuit pas que les déliberations du peuple aient toujours la même rectitude » ; « Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépends de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, & particuliere par rapport à l’Etat ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre I, chapitre 7 (Wikisource, édition de 1762) : « quiconque refusera d’obéir à la volonté générale, y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre ». consulter la source

#PIC, Abécédaire, « La volonté générale » : « Le #PIC lève la difficulté par une distinction décisive : la volonté générale n’est pas un secret qu’un prophète révélerait, c’est le fruit de la délibération, et elle n’existe pas avant elle. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 5 — De la primauté du vote sur l’élection : « Le prestige attaché à une personnalité ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir. ». consulter la source

Assemblée nationale, « 1793 : la Constitution de la Convention, un texte jamais appliqué » : « Ratification par « 1 801 918 « oui » contre 11 610 « non », avec 4 300 000 abstentions » ; texte « jamais appliqué en raison des événements graves qui l’ajournèrent indéfiniment ». ». consulter la source

Constitution d’urgence, Titre I, article 6 — Du référendum d’initiative citoyenne en toutes matières : « Le référendum d’initiative citoyenne constitue le mode normal d’expression de la volonté générale. ». consulter la source

Constitution d’urgence, Titre XIX, article 5 — De la garantie des droits fondamentaux et de la limite au pouvoir de la majorité : « Le collège de juristes veille à la protection des droits fondamentaux et à celle des minorités contre toute atteinte que porterait une majorité de circonstance. ». consulter la source

Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 2 — Du droit au tâtonnement et à la révision périodique : « Le peuple dispose du droit permanent de la corriger, de l’amender et de la perfectionner à la lumière de l’expérience. ». consulter la source

Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — présentation des traductions harmonisée dans les références ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le populisme

Le mot juste, dans l’Abécédaire : La volonté générale · La tyrannie de la majorité · Les deux dictatures

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