On vous dit :
« Vous jouez sur les mots. Depuis 1792, la République n’est pas un simple cadre : c’est ce qui protège la démocratie d’elle-même, la laïcité, l’égalité, des droits que nulle majorité ne peut défaire. Madison et Kant l’avaient compris : la démocratie pure, c’est le despotisme du nombre. En rabaissant la République au rang de “mot-valise” et en refusant l’arc républicain, vous ouvrez la porte à tous les extrêmes. Vous n’êtes pas républicains : vous voulez abolir la République. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Lisez le premier article de notre Constitution : « Sa forme de gouvernement est républicaine : la chose publique appartient au peuple tout entier, et nul n’y exerce l’autorité par droit de naissance » (Titre premier, article premier).
Nous ne voulons abolir ni la république ni ses libertés. Notre texte garde la devise, la laïcité, la Déclaration de 1789, et place la dignité de la personne hors d’atteinte de tout vote. Ce que nous refusons, c’est qu’un cadre devienne un tribunal.
Le mot seul ne dit pas qui décide : l’Iran est une république islamique. La république dit que la chose est commune ; la démocratie dit qui décide. Nous voulons les deux, et c’est pourquoi nous nommons le régime par son principe.
Sources : Ernest Renan · James Madison · Emmanuel Kant · Claude Nicolet — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Une idée claire en apparence
« Je me propose d’analyser avec vous une idée, claire en apparence, mais qui prête aux plus graves malentendus. » Ainsi Ernest Renan ouvrait-il, le 11 mars 1882, à la Sorbonne, sa conférence sur la nation.
La phrase convient mot pour mot à la République. Rien ne paraît plus clair, en France, que ce mot : on le grave aux frontons, on le prononce la main sur le cœur, on le brandit contre l’adversaire. Et peu de mots résistent aussi mal à l’examen.
L’objection mérite pourtant d’être prise au sérieux, car elle n’est pas sotte : elle soutient que la République protège la démocratie contre elle-même, et que la toucher, c’est ouvrir la porte au pire.
Répondons-lui dans l’ordre : ce qu’elle a de juste, ce qu’elle confond, ce que nous proposons à la place.
La thèse adverse : la république contre la démocratie
L’adversaire a pour lui de grands noms. En 1787, James Madison opposait, dans le Fédéraliste n° 10, la « démocratie pure », qu’il jugeait incapable de guérir le mal des factions et qui n’avait jamais offert, selon lui, que des « spectacles de turbulence et de discorde », à la république, gouvernement « où le système de la représentation a lieu », qui promettait le remède.
En 1795, Kant, dans son Projet de paix perpétuelle, mettait en garde contre la confusion, courante à ses yeux, de la constitution républicaine avec la démocratique : le républicanisme était pour lui le principe de la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, et la démocratie, « au sens propre du mot », nécessairement un despotisme.
La république des Modernes s’est ainsi pensée, dès l’origine, comme un rempart dressé devant le peuple assemblé.
La France a ajouté à cette tradition une ferveur qui lui est propre.
Sous la Troisième République, le mot cesse de désigner une simple forme de gouvernement pour devenir une idée, une école, presque une morale : c’est l’histoire que Claude Nicolet a retracée dans L’Idée républicaine en France (1982), en se demandant d’abord si, en français, le mot avait un sens.
Le 11 juillet 1792, l’Assemblée législative déclarait « la Patrie en danger » ; un siècle plus tard, c’est la République qu’on dit menacée, et chaque alarme porte son nom.
Quand l’affaire Dreyfus fait vaciller le régime, Pierre Waldeck-Rousseau forme en juin 1899 un « gouvernement de Défense républicaine » ; en 1956, Pierre Mendès France et Guy Mollet conduisent un « Front républicain » ; en 2002, la gauche se reporte sur Jacques Chirac, élu avec 82,21 % des suffrages exprimés, au nom du même front.
Jaurès avait donné à cette foi sa plus belle formule, à Albi, en 1903 : « Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ». Voilà ce que l’objection défend, et ce n’est pas rien.
Ce que dit le mot, et ce qu’il tait
Revenons au mot. Res publica : la chose publique. Cicéron en a donné la définition que l’Occident a retenue : « res publica res populi », la chose publique est la chose du peuple, le peuple n’étant pas n’importe quel rassemblement d’hommes, mais une multitude associée par un droit reconnu de tous et par la communauté des intérêts.
La définition dit ce qu’est la chose ; elle ne dit pas qui la gouverne.
Rome fut une république de consuls et de sénateurs, et saint Augustin, reprenant Cicéron au livre XIX de La Cité de Dieu, en tira la conclusion la plus cruelle : si la définition est vraie, Rome n’a jamais été une république, puisqu’elle n’a jamais été la chose du peuple.
L’histoire a de l’ironie : le De re publica ne nous est parvenu, pour l’essentiel, que par un palimpseste retrouvé en 1819 par le cardinal Angelo Mai à la Bibliothèque vaticane, sous un texte d’Augustin.
La définition de la république a dormi des siècles sous l’œuvre de celui qui avait démontré qu’elle ne s’était jamais accomplie.
Les Modernes n’ont pas dit autre chose. Rousseau appelle République « tout État régi par des loix, sous quelque forme d’administration que ce puisse être », et précise en note que, si le gouvernement n’est que le ministre du souverain, « alors la monarchie elle-même est république ».
Les Constitutions fédérales suisses de 1848 et de 1874 exigeaient des cantons des « formes républicaines, — représentatives ou démocratiques » : la république y est un genre, dont la représentation et la démocratie sont les espèces.
Jaurès lui-même distinguait de la république du « patriciat marchand de Venise et de Gênes » « la République de la démocratie et du suffrage universel ».
Le XXᵉ siècle a achevé la démonstration : République islamique d’Iran, instituée par référendum en mars 1979, République démocratique allemande, République populaire de Chine.
Une république se définit par l’adjectif qui l’accompagne. Le substantif affirme seulement que le pouvoir n’est la propriété de personne : c’est beaucoup, et ce n’est pas assez.
Relisons alors Madison et Kant : ils ne réfutent pas notre thèse, ils la confirment. Leur république se définit contre la démocratie ; elle est le gouvernement des représentants.
Dire que la France est une république, c’est dire qu’elle n’est pas une monarchie ; ce n’est pas dire que son peuple décide. L’histoire française le montre sans fard.
La Deuxième République, qui avait proclamé en 1848 le suffrage universel masculin, en retrancha près d’un tiers des électeurs par la loi du 31 mai 1850, que Victor Hugo accusait de faire « gouverner féodalement trois millions d’exclus par six millions de privilégiés ».
La Troisième refusa jusqu’à sa chute le vote des femmes, qu’il fallut l’ordonnance du 21 avril 1944 pour instituer.
Pierre Rosanvallon a consacré au suffrage (Le Sacre du citoyen, 1992), puis à la souveraineté du peuple (La Démocratie inachevée, 2000), une histoire dont le second titre résume la leçon : en France, la république s’est installée bien avant que la démocratie ne s’accomplisse.
Le mot-valise : comment un cadre devient un tribunal
Faute de dire qui décide, le mot a fini par dire ce qu’il faut penser.
La Constitution de 1848 en offre une coupe géologique : « La République française est démocratique, une et indivisible » ; elle « a pour principe la Liberté, l’Egalité et la Fraternité » et « pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public ».
Qui, aujourd’hui, invoquerait la propriété ou l’ordre public comme « valeurs républicaines » pour exclure un adversaire ?
Chaque époque verse dans le mot ce qu’elle croit sacré, puis s’étonne que la suivante n’y retrouve plus les mêmes choses.
Mona Ozouf a raconté, dans Composition française (2009), une enfance bretonne partagée entre l’école, l’église et la maison, et la tension française entre l’universel et le particulier : les valeurs d’une nation sont une composition, disputée et vivante, non un catéchisme dont un mot détiendrait les clés.
Montesquieu l’avait dit plus simplement : la vertu dans une république « c’est l’amour de la république ; c’est un sentiment, & non une suite de connoissances ».
C’est ici que le cadre devient un tribunal. L’« arc républicain » n’a ni texte ni juge.
En février 2024, le Premier ministre Gabriel Attal déclarait, selon Public Sénat, que « l’arc républicain, c’est l’Hémicycle » ; le même mois, le président de la République assurait n’avoir « jamais considéré que le RN ou Reconquête s’inscrivaient dans l’arc républicain » ; en septembre 2024, le Premier ministre Michel Barnier y rangeait le Rassemblement national et La France insoumise, en tant qu’« élus de la République ».
Le politologue Pascal Perrineau y voyait « une tactique assez grossière ».
Le cordon sanitaire, lui, est né en Belgique, entre 1989 et 1992, d’un accord entre partis flamands pour ne pas gouverner avec l’extrême droite : c’était un choix d’alliances, que chacun est libre de faire.
Il devient tout autre chose quand on le drape du mot « républicain » : le refus d’une coalition se change en excommunication, et l’on se dispense de répondre à des millions de citoyens en les déclarant hors de la chose commune.
Simone Weil avait décrit ce mécanisme en 1937, dans « Ne recommençons pas la guerre de Troie » : « Pour nos contemporains, ce sont des mots ornés de majuscules qui jouent le rôle d’Hélène. »
Un mot défini convenablement, ajoutait-elle, « perd sa majuscule, il ne peut plus servir de drapeau ».
Tout est là. La République à majuscule est un drapeau ; la république à minuscule est une chose, que l’on peut décrire et partager. Un drapeau appelle un camp d’en face.
Carl Schmitt, le juriste qui se rallia au national-socialisme en 1933 et que nous ne citons que pour nommer ce que nous refusons, faisait de « la discrimination de l’ami et de l’ennemi » le critère du politique.
L’arc républicain accomplit ce geste en habit du dimanche : il ne désigne pas un adversaire à convaincre, mais un ennemi à tenir dehors.
Chantal Mouffe a bâti sa démocratie agonistique contre cette pente : l’agonisme, écrit-elle, est une relation où les parties en conflit, tout en admettant qu’aucune solution rationnelle ne tranchera leur désaccord, reconnaissent la légitimité de leurs opposants ; ce sont des adversaires, non des ennemis.
La France républicaine, la Démocratie française
Notre réponse tient en une inversion. Il eût mieux valu dire que la France est républicaine que parler d’une République qui serait française.
Dans le premier cas, la république est une qualité de la nation, comme la laïcité ou l’indivisibilité ; dans le second, la nation devient l’adjectif d’un régime qui prétend lui dicter ses valeurs.
Les textes avaient pourtant la bonne grammaire : « La France s’est constituée en République » (1848), « La France est une République » (1958). C’est l’usage qui a fait du substantif un souverain.
La Constitution d’urgence remet chaque chose à sa place : la forme républicaine du gouvernement demeure acquise, et le régime prend le nom de son principe, la démocratie, qui dit qui décide.
Les valeurs, elles, appartiennent à la nation qui délibère, non au cadre dans lequel elle délibère. Renan le disait de la nation même : son existence est « un plébiscite de tous les jours ».
Une valeur qui a besoin d’un mot pour s’imposer n’est pas encore partagée ; une valeur que le peuple a délibérée n’a plus besoin d’arc pour se défendre.
Reste la crainte la plus sérieuse : sans l’arc, qui protégera la démocratie de ses ennemis ? Des règles, et non un mot.
La Constitution d’urgence soustrait à toute révision, « ni par les pouvoirs constitués, ni par le référendum lui-même », la souveraineté du peuple, le référendum, le caractère collégial de l’exécutif, le droit du peuple de se corriger et « les libertés d’opinion, d’expression et d’association sans lesquelles il ne pourrait se corriger », l’égalité des citoyens et « la dignité de la personne humaine » (Titre XVIII, article 3).
Elle dispose que « nul ne peut être inquiété pour l’expression d’une opinion, sauf appel direct à la violence ou à la commission d’un crime » (Titre V, article 4). Elle conserve la Déclaration de 1789 et le Préambule de 1946.
L’Iran de 1979 rappelle qu’un peuple peut ratifier sa propre servitude quand on lui soumet une question binaire au lendemain d’une révolution : c’est pourquoi les questions posées au peuple sont formulées par des citoyens tirés au sort, et pourquoi les libertés reposent sur un noyau que nul vote ne peut atteindre.
Pierre Rosanvallon a montré comment le culte plébiscitaire de la souveraineté du peuple, sous le bonapartisme, pouvait se retourner contre elle ; nous lui opposons un peuple qui délibère.
Aucun mouvement n’est exclu de cette délibération, ce qui ne vaut adhésion à aucun : chacun y est tenu de répondre, et nous les premiers.
Cioran, écrivant à un ami resté de l’autre côté du rideau de fer, dans la lettre qui ouvre Histoire et utopie (1960), concédait que toutes les sociétés sont mauvaises, mais qu’il y a des degrés, et que choisir la sienne, c’est savoir distinguer entre des nuances ; il observait aussi que la liberté exige le vide pour se manifester, et qu’elle y succombe.
La république est ce vide nécessaire : un cadre qui n’appartient à personne, et qui vaut précisément parce qu’il ne prescrit rien. Le remplir de valeurs obligatoires, c’est l’étouffer ; le laisser vide sans dire qui décide, c’est l’abandonner aux habiles.
Une république qui a besoin d’un arc pour savoir qui elle est a déjà oublié ce qu’elle est : la chose de tous. La république dit que la chose est commune ; la démocratie dit qui décide. Nous ne choisissons pas entre elles : nous les voulons dans le bon ordre.
Les relances probables
« Kant lui-même tenait la démocratie pour un despotisme. »
Kant visait la démocratie « au sens propre du mot », où le même corps fait la loi et l’exécute. Il réclamait la séparation des pouvoirs, et nous la gardons : le peuple légifère par référendum, un Conseil de 7 gouverne, des juges indépendants jugent. C’est exactement ce que Kant appelait républicain.
« L’Iran aussi est né d’un référendum. »
Oui, les 30 et 31 mars 1979, en pleine révolution, sur une question binaire, sans délibération préalable. C’est pourquoi nous ne confions pas les libertés à un nom : un noyau intangible les met hors d’atteinte du référendum lui-même, et chaque question soumise au peuple est d’abord formulée par des citoyens tirés au sort.
« Refuser l’arc républicain, c’est tendre la main au Rassemblement national. »
Ne pas exclure de la délibération n’est pas adhérer. Nous n’avons ni programme ni alliance à passer. Tout le monde est invité à débattre ; personne n’est dispensé de répondre, nous compris. Ce sont les règles qui jugent les comportements, pas un mot qui trie les personnes.
« “France républicaine” ou “République française”, c’est la même chose : vous jouez sur les mots. »
Faites l’essai : demandez « quelle valeur républicaine violons-nous, écrite où ? ». Si la réponse renvoie à un texte, nous le signons. Si elle renvoie au mot seul, c’est que le mot sert de drapeau. Simone Weil le disait en 1937 : défini, un mot « perd sa majuscule ».
« Les valeurs républicaines existent : la laïcité, l’égalité, la fraternité. »
Elles existent parce qu’elles sont écrites, et nous les gardons toutes : la devise, la laïcité, l’égalité devant la loi, la Déclaration de 1789, le Préambule de 1946. Ce sont les valeurs de la nation inscrites dans le droit, opposables à tous devant un juge. Un arc, lui, ne s’oppose qu’aux autres.
« Vous citez Carl Schmitt, un juriste nazi. »
Pour nommer la logique que nous refusons : faire de l’adversaire un ennemi. Chantal Mouffe l’a lu pour le retourner, et c’est son agonisme que nous revendiquons : l’adversaire est légitime, on le combat par l’argument et par le vote.
Les pièges à éviter
- Ne dites jamais « nous sommes contre la République » ni « la République n’est qu’un mot ». Dites : « la république va de soi ; nous refusons qu’elle serve à exclure ». Le Manifeste le dit : « nous ne récusons pas la notion de République ».
- Ne laissez jamais croire que le #PIC toucherait aux libertés publiques : citez le noyau intangible (Titre XVIII, art. 3), la liberté d’expression (Titre V, art. 4), la Déclaration de 1789 et le Préambule de 1946, que la Constitution d’urgence conserve.
- Ne présentez pas le refus de l’arc républicain comme un rapprochement avec qui que ce soit : aucun mouvement n’est exclu de la délibération, ce qui n’est pas une adhésion, et le #PIC ne passe aucune alliance.
- N’ouvrez pas sur l’Iran, la Chine ou l’ex-RDA : l’adversaire répondra qu’il parle de la France. Commencez par Cicéron, Rousseau ou la Suisse ; gardez les dictatures pour la relance.
- Ne faites pas de Madison ou de Kant des démocrates : ils étaient républicains contre la démocratie. C’est précisément ce qui prouve que les deux mots ne disent pas la même chose.
- Ne dites pas que la « vertu républicaine » n’a jamais eu de contenu : Montesquieu lui en donne un, l’amour de la république, et, dans une démocratie, l’amour de l’égalité.
- N’attribuez à Cioran aucune phrase entre guillemets sur la république ou la démocratie : nous n’en avons vérifié aucune dans l’original français ; parlez de lui en discours indirect.
- Ne dites pas que la Suisse a « refusé le mot République » : Genève et le Jura le portent dans leur nom officiel. Dites que la Constitution fédérale exige des cantons une « constitution démocratique ».
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- La laïcité
- La République
- La démocratie agonistique
- La nation selon Renan
- Le tirage au sort
- La séparation des pouvoirs
- La captation des mots
- La fenêtre d’Overton
Dans nos textes :
- Préambule fondateur — Du passage de la République à la Démocratie
- Constitution d’urgence, titre I, art. 1 : la nature du régime
- Constitution d’urgence, titre I, art. 2
- Constitution d’urgence, titre V, art. 4 : la liberté d’expression refondée
- Constitution d’urgence, titre XVIII, art. 3 : le noyau intangible : ce que le peuple lui-même ne peut abolir
- III. La Constitution d’urgence : dans quel état d’esprit nous avons bâti le socle démocratique
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Ernest Renan, Qu’est-ce qu’une nation ?, conférence faite en Sorbonne le 11 mars 1882, Calmann Lévy, 1882 (Wikisource) : « Je me propose d’analyser avec vous une idée, claire en apparence, mais qui prête aux plus graves malentendus. » ; « L’existence d’une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours, comme l’existence de l’individu est une affirmation perpétuelle de vie. ». consulter la source
James Madison, The Federalist n° 10, 23 novembre 1787 (Avalon Project, Yale Law School) — notre traduction : « A republic, by which I mean a government in which the scheme of representation takes place, opens a different prospect, and promises the cure for which we are seeking. » ; « such democracies have ever been spectacles of turbulence and contention » — Notre traduction : « Une république, j’entends par là un gouvernement où le système de la représentation a lieu, ouvre une autre perspective et promet le remède que nous cherchons. » ; « de telles démocraties n’ont jamais été que des spectacles de turbulence et de discorde ». ». consulter la source
Emmanuel Kant, Zum ewigen Frieden (Projet de paix perpétuelle), 1795, Akademie-Ausgabe, t. VIII, p. 351-352 — notre traduction : « Damit man die republikanische Verfassung nicht (wie gemeiniglich geschieht) mit der demokratischen verwechsele […] » ; « Der Republikanism ist das Staatsprincip der Absonderung der ausführenden Gewalt (der Regierung) von der gesetzgebenden » ; « Unter den drei Staatsformen ist die der Demokratie im eigentlichen Verstande des Worts nothwendig ein Despotism » — Notre traduction : « Afin qu’on ne confonde pas (comme il arrive couramment) la constitution républicaine avec la démocratique […] » ; « Le républicanisme est le principe politique de la séparation du pouvoir exécutif (le gouvernement) et du pouvoir législatif » ; « Des trois formes de l’État, celle de la démocratie, au sens propre du mot, est nécessairement un despotisme ». ». consulter la source
Claude Nicolet, L’Idée républicaine en France (1789-1924). Essai d’histoire critique, Gallimard, 1982 ; présentation par Clément Bur, « Construire la République avec Claude Nicolet », La Vie des idées, 3 décembre 2024. consulter la source
Gouvernement Pierre Waldeck-Rousseau, 22 juin 1899 – 3 juin 1902 (Wikipédia) : « Le gouvernement Pierre Waldeck-Rousseau dit « gouvernement de Défense républicaine » est le gouvernement le plus long de la Troisième République ». consulter la source
Déclaration de l’Assemblée législative du 11 juillet 1792, « la Patrie en danger » (Wikipédia) : « La Patrie en danger fait référence à une déclaration de l’Assemblée législative française datant du 11 juillet 1792 ». consulter la source
Front républicain (1956) (Wikipédia). consulter la source
Élection présidentielle française de 2002, résultats du second tour (Wikipédia, d’après le Conseil constitutionnel) : « Jacques Chirac : 25 537 956 voix, 82,21 % des suffrages exprimés ; « grâce au soutien massif de la gauche, qui applique le concept du « front républicain » face au candidat du Front national ». ». consulter la source
Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, distribution des prix du lycée d’Albi, juillet 1903 (Wikisource) : « Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République, c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action ; qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre ; qu’ils sauront se combattre sans se déchirer […] » ; « Ce n’était pas le patriciat marchand de Venise et de Gênes. Non, c’était la République d’un grand peuple où il n’y avait que des citoyens et où tous les citoyens étaient égaux. C’était la République de la démocratie et du suffrage universel. ». consulter la source
Cicéron, De re publica, livre I, § 39 (The Latin Library) — notre traduction : « Est igitur, inquit Africanus, res publica res populi, populus autem non omnis hominum coetus quoquo modo congregatus, sed coetus multitudinis iuris consensu et utilitatis communione sociatus. » — Notre traduction : « La chose publique, dit l’Africain, est donc la chose du peuple ; et le peuple n’est pas tout rassemblement d’hommes réunis de n’importe quelle manière, mais le rassemblement d’une multitude associée par l’accord sur le droit et la communauté des intérêts. ». consulter la source
Augustin, De civitate Dei (La Cité de Dieu), livre XIX, chapitre 21 (The Latin Library) — notre traduction : « Breuiter enim rem publicam definit esse rem populi. Quae definitio si uera est, numquam fuit Romana res publica, quia numquam fuit res populi » — Notre traduction : « Il définit brièvement la chose publique comme la chose du peuple. Si cette définition est vraie, il n’y eut jamais de république romaine, parce qu’elle ne fut jamais la chose du peuple. ». consulter la source
De re publica, histoire du texte : palimpseste Vat. lat. 5757, découvert en 1819 par le cardinal Angelo Mai sous un texte d’Augustin, publié en 1822 (Wikipedia, en anglais) : « The largest part of the surviving text was uncovered as a palimpsest in 1819 in a Vatican Library manuscript (Vat Lat 5757) of a work by Augustine and published in 1822. ». consulter la source
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre II, chapitre 6, « De la loi », et sa note (édition de 1762, Wikisource) : « J’appelle donc République tout État régi par des loix, sous quelque forme d’administration que ce puisse être : car alors seulement l’intérêt public gouverne, & la chose publique est quelque chose. Tout Gouvernement légitime est républicain » ; note : « Je n’entends pas seulement par ce mot une Aristocratie ou une Démocratie, mais en général tout gouvernement guidé par la volonté générale, qui est la loi. Pour être légitime il ne faut pas que le Gouvernement se confonde avec le Souverain, mais qu’il en soit le ministre : alors la monarchie elle-même est république. ». consulter la source
Constitution fédérale de la Confédération suisse du 29 mai 1874, article 6 (Wikisource ; même formule à l’article 6 de la Constitution du 12 septembre 1848) : « Les Cantons sont tenus de demander à la Confédération la garantie de leurs Constitutions. Cette garantie est accordée, pourvu : […] b. Qu’elles assurent l’exercice des droits politiques d’après des formes républicaines, — représentatives ou démocratiques ; ». consulter la source
Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18 avril 1999, préambule et article 51 (version initiale, Wikisource ; texte en vigueur sur Fedlex) : « Au nom de Dieu Tout-Puissant ! Le peuple et les cantons suisses, conscients de leur responsabilité envers la Création, […] arrêtent la Constitution que voici » ; art. 51, al. 1 : « Chaque canton se dote d’une constitution démocratique. Celle-ci doit avoir été acceptée par le peuple et doit pouvoir être révisée si la majorité du corps électoral le demande. ». consulter la source
Sites officiels des cantons de Genève et du Jura : « République et canton de Genève » (ge.ch) ; « République et Canton du Jura » (jura.ch) ». consulter la source
Référendum du 30 et 31 mars 1979 sur l’instauration de la République islamique d’Iran (Wikipedia, en anglais) : « A referendum on establishing an Islamic republic was held in Iran on 30 and 31 March 1979. […] The proposal was approved by an overwhelming majority, although the result was marred by boycotts and disputes over electoral interference. » — Notre traduction : « Un référendum sur l’instauration d’une république islamique s’est tenu en Iran les 30 et 31 mars 1979. […] La proposition fut approuvée à une écrasante majorité, bien que le résultat ait été entaché de boycotts et de contestations sur des ingérences électorales. ». consulter la source
Loi du 31 mai 1850 (Wikipédia) ; discours de Victor Hugo à l’Assemblée législative, mai 1850, cité par l’article : « près d’un tiers des électeurs fut exclu par ce texte des listes électorales » ; Victor Hugo : « Cette loi fait gouverner féodalement trois millions d’exclus par six millions de privilégiés. ». consulter la source
Ordonnance du 21 avril 1944 portant organisation des pouvoirs publics en France après la Libération (droit de vote des femmes) (Wikipédia, « Droit de vote des femmes en France »). consulter la source
Pierre Rosanvallon, Le Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Gallimard, 1992 ; La Démocratie inachevée. Histoire de la souveraineté du peuple en France, Gallimard, 2000 (compte rendu de Bertrand Renouvin sur le second). consulter la source
Constitution du 4 novembre 1848, préambule, I, II et IV (site du Conseil constitutionnel) : « I. – La France s’est constituée en République. […] II. – La République française est démocratique, une et indivisible. […] IV. – Elle a pour principe la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public. ». consulter la source
Constitution du 4 octobre 1958, article premier (texte en vigueur, Conseil constitutionnel) : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. ». consulter la source
Mona Ozouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Gallimard, 2009 (quatrième de couverture, librairie Mollat) : « La France a toujours vécu d’une tension entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l’universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l’avoir ressentie au cours d’une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates. » (texte de l’éditeur) ». consulter la source
Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, livre V, chapitres II et III (édition de 1777, Wikisource) : « La vertu dans une république est une chose très-simple ; c’est l’amour de la république ; c’est un sentiment, & non une suite de connoissances : le dernier homme de l’état peut avoir ce sentiment comme le premier. » ; « L’amour de la république dans une démocratie est celui de la démocratie ; l’amour de la démocratie est celui de l’égalité. ». consulter la source
Public Sénat, « Derrière un “arc républicain” à géométrie variable, l’exécutif désarçonné par la montée du RN », 19 février 2024 : « Gabriel Attal (6 février 2024) : « l’arc républicain, c’est l’Hémicycle » ; Emmanuel Macron : « Je n’ai jamais considéré que le RN ou Reconquête s’inscrivaient dans l’arc républicain » ; Pascal Perrineau : « une tactique assez grossière ». ». consulter la source
« Arc républicain » (Wikipédia) : Troisième Force (1947-1951), coalition prônée en 2012, usages de 2022 à 2024, position de Michel Barnier (septembre 2024) : « Pour Michel Barnier, le RN et LFI font partie de l’arc républicain en tant qu’« élus de la République ». ». consulter la source
« Cordon sanitaire (politique) » (Wikipédia), section Belgique : « En Belgique, le cordon sanitaire est instauré en deux étapes en 1989 et 1992 entre les partis politiques flamands, à l’initiative du dirigeant écologiste flamand Jos Geysels et vise à exclure les partis politiques d’extrême droite de toute majorité politique. ». consulter la source
Simone Weil, « Ne recommençons pas la guerre de Troie », Nouveaux Cahiers, avril 1937 (transcription en ligne ; à recouper sur une édition imprimée, Écrits historiques et politiques, Gallimard) : « Pour nos contemporains, ce sont des mots ornés de majuscules qui jouent le rôle d’Hélène. » ; « Mais un mot ainsi défini perd sa majuscule, il ne peut plus servir de drapeau ni tenir sa place dans les cliquetis des mots d’ordre ennemis ». ». consulter la source
Carl Schmitt, La Notion de politique (Der Begriff des Politischen), 1932, trad. française citée par Wikipédia, « Carl Schmitt » : « La distinction spécifique du politique, à laquelle peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques, c’est la discrimination de l’ami et de l’ennemi. ». consulter la source
Chantal Mouffe, On the Political, Routledge, 2005, p. 20 (L’Illusion du consensus, Albin Michel, 2016), cité dans Antke Engel, compte rendu, Redescriptions, 2019 — notre traduction : « agonism is a we/they relation where the conflicting parties, although acknowledging that there is no rational solution to their conflict, nevertheless recognize the legitimacy of their opponents. They are ‘adversaries’ not enemies. » — Notre traduction : « l’agonisme est une relation nous/eux où les parties en conflit, tout en reconnaissant qu’il n’existe pas de solution rationnelle à leur conflit, reconnaissent néanmoins la légitimité de leurs opposants. Ce sont des “adversaires”, non des ennemis. ». consulter la source
Emil Cioran, Histoire et utopie, Gallimard, 1960, « Sur deux types de société. Lettre à un ami lointain » ; citation disponible seulement dans la traduction anglaise de Richard Howard (History and Utopia, 1987), reprise par Wikipedia — l’original français n’a pas été vérifié : discours indirect uniquement. consulter la source
Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3, « Du noyau intangible : ce que le peuple lui-même ne peut abolir » : « Si le peuple peut tout réviser, il est une chose qu’il ne peut pas décider : abolir son propre pouvoir de décider et de se corriger, ni la dignité qui fonde ce pouvoir. Ne peuvent faire l’objet d’aucune révision, ni par les pouvoirs constitués, ni par le référendum lui-même, ni être suspendus par l’état de crise :
1° la souveraineté du peuple, qui lui appartient et procède de lui seul ;
2° le suffrage universel, égal et secret, et le référendum d’initiative citoyenne, dont la décision s’impose à tous les pouvoirs ;
3° les cercles de la souveraineté et le tirage au sort qui désigne les Formulateurs et l’Agora citoyenne ;
4° la révocabilité des délégués par le peuple ;
5° le caractère collégial du pouvoir exécutif et l’interdiction de sa concentration entre les mains d’une seule personne ;
6° le droit permanent du peuple de réviser la Constitution, et les libertés d’opinion, d’expression et d’association sans lesquelles il ne pourrait se corriger ;
7° l’égalité des citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion ;
8° la dignité de la personne humaine : nul ne peut être condamné à mort, ni soumis à la torture, à l’esclavage ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, et le génocide comme les crimes contre l’humanité sont à jamais prohibés. Toute autre disposition de la présente Constitution demeure révisable par le peuple. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre V, article 4, « De la liberté d’expression refondée » : « Nul ne peut être inquiété pour l’expression d’une opinion, sauf appel direct à la violence ou à la commission d’un crime. La Démocratie française récuse la notion d’un « arc » hors duquel certaines opinions seraient proscrites. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre I, article premier, « De la nature du régime » : « Sa forme de gouvernement est républicaine : la chose publique appartient au peuple tout entier, et nul n’y exerce l’autorité par droit de naissance. ». consulter la source
#PIC, Manifeste, III, « La Constitution d’urgence : dans quel état d’esprit nous avons bâti le socle démocratique » : « Que l’on ne s’y méprenne pas : nous ne récusons pas la notion de République. ». consulter la source
Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Citation du Titre premier, article premier, ajoutée. Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — harmonisation avec les textes validés le 27 septembre : noyau intangible élargi aux libertés d’opinion, d’expression et d’association et à l’égalité des citoyens ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La captation des mots · La fenêtre d’Overton
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La République · La démocratie agonistique · La nation selon Renan
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