Lexique du Pouvoir · Diviser sans infiltrer

Diviser sans infiltrer Le 8 mars 1971, une antenne du FBI est cambriolée à Media, en Pennsylvanie. Les documents emportés finissent dans la presse. Sur certains figure un mot que personne, hors du Bureau, ne connaît : COINTELPRO.

En 1976, une commission du Sénat américain, la commission Church, en dresse le bilan. De 1956 à 1971, le FBI a mené contre des mouvements politiques américains des programmes d’action clandestine, plus de 2 000 actions approuvées, et l’un de leurs buts revient sans cesse : faire se déchirer les militants. Selon le décompte de la commission, environ 28 % des actions visaient à « weaken groups by setting members against each other, or to separate groups which might otherwise be allies, and convert them into mutual enemies » (affaiblir les groupes en dressant leurs membres les uns contre les autres, ou séparer des groupes qui auraient pu être alliés, et en faire des ennemis les uns des autres ; trad. IA).

Les moyens ? Des lettres anonymes qui dénigrent un dirigeant ou un allié, des indicateurs chargés de soulever les sujets qui fâchent, et une technique que le rapport juge « particularly nasty » (particulièrement odieuse ; trad. IA) : le « snitch jacket », l’étiquette de mouchard, qui consiste à faire passer un militant pour un indicateur afin qu’on ne lui fasse plus confiance. Elle a servi, note la commission, dans tous les programmes.

Mais le rapport montre autre chose, qu’on lit moins : le FBI ne partait pas toujours de rien. Dès son premier programme, en 1956, il s’appuyait sur les querelles qui déchiraient déjà le Parti communiste américain après la dénonciation de Staline par Khrouchtchev ; et la lettre qui lance, en 1967, un autre de ses programmes demande d’exploiter les conflits « within and between groups » (à l’intérieur des groupes et entre eux ; trad. IA).

Le Bureau payait l’étincelle. Le bois sec, il le trouvait souvent sur place.

D’où l’hypothèse que Frédéric Bascuñana a tirée, en octobre 2026, de l’essoufflement des Gilets jaunes et de quelques autres mouvements : le pouvoir n’a peut-être plus besoin d’infiltrer. Il lui suffit de laisser parler le ressentiment.

Diviser sans infiltrer, ce serait obtenir le résultat d’une opération clandestine sans en payer le prix. L’infiltration coûte cher et laisse des traces : COINTELPRO a fini dans un rapport du Sénat. Le déchirement spontané d’un mouvement ne coûte rien, et n’en laisse aucune.

Le pouvoir, dans cette hypothèse, n’a qu’à regarder. L’amplification se fait sans qu’il la commande : la caméra se tourne vers le plus querelleur, le commentaire ironise sur l’incapacité de ceux d’en bas à s’entendre, et chaque querelle passe pour la preuve qu’ils ne sont pas mûrs pour décider. C’est le vieux récit de l’excès de démocratie, servi cette fois par les intéressés eux-mêmes ; le #PIC en a tiré une autre hypothèse, la néoténie civique.

Le carburant est connu. Freud a nommé « narcissisme des petites différences » l’hostilité qui oppose d’abord les voisins les plus proches. Nietzsche a décrit l’homme du ressentiment, qui a besoin d’un ennemi pour se croire bon. Et en 1976, la féministe américaine Jo Freeman a raconté comment son propre mouvement démolissait ses militantes, par une pratique qui ne sert pas à trancher un désaccord, mais « to disparage and destroy » (à dénigrer et à détruire ; trad. IA).

Réserve loyale. Cette entrée n’est pas une théorie du complot : elle en est le contraire. Elle ne dit pas qu’une main cachée tire les ficelles de chaque querelle ; elle dit qu’aucune main n’est nécessaire. L’infiltration a existé, et pas seulement au temps de COINTELPRO : au Royaume-Uni, une enquête publique ouverte en 2015 examine l’activité des policiers infiltrés en Angleterre et au pays de Galles depuis 1968.

Mais crier à l’infiltré au premier désaccord, c’est rejouer gratuitement le « snitch jacket » du FBI : le soupçon divise aussi sûrement que l’agent. Le Protocole du #PIC en a fait une règle : « nul ne peut être désigné comme infiltré, en public comme en privé, sans décision rendue au terme de la procédure contradictoire du Titre VII ».

C’est la bonne nouvelle : si le pouvoir n’a pas besoin d’infiltrer, une part de l’antidote est entre nos mains. Jo Freeman l’avait compris dès 1970 : un groupe sans structure n’existe pas, il n’a que des règles cachées. Le #PIC écrit donc les siennes.

Son Protocole proscrit entre ses membres « la moquerie, le sarcasme, le procès d’intention et le ton cassant », et veut que la critique porte « sur le travail, jamais sur la personne ». Il consacre un article entier à la manière. Il noue ses alliances sur un objet précis, sans fusion, et pose qu’« un signal d’alerte n’est pas une accusation ».

Au citoyen, un réflexe, emprunté à Jo Freeman. Quand une querelle éclate dans un mouvement que vous soutenez, posez 3 questions. Reproche-t-on à quelqu’un ce qu’il fait, ou ce qu’il est ? Peut-on encore le défendre sans devenir suspect à son tour ? L’adversaire aurait-il payé, autrefois, pour obtenir le même spectacle ?

Si c’est la personne qu’on vise, ramenez le débat au travail, et ne laissez pas la cible seule. Le désaccord, lui, gardez-le : c’est la matière première d’un mouvement vivant. C’est aussi le sens qu’on peut donner au mantra du #PIC, qui s’y frotte s’y #PIC : un mouvement qui connaît le procédé ne se déchire plus sans le savoir.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Vous finirez comme les Gilets jaunes : les egos vous déchireront », « Êtes-vous bien sûrs de supporter la critique et la contradiction ? », « Convergez ! Pourquoi ne rejoignez-vous pas les autres mouvements ? », « Vous faites ce que vous dénoncez ».

Pour aller plus loin

Ce que le Sénat américain a trouvé

La commission sénatoriale présidée par Frank Church a enquêté en 1975 et 1976 sur les services de renseignement américains. Le troisième volume de son rapport final, publié en avril 1976, consacre une étude entière à COINTELPRO, les programmes de « contre-espionnage » que le FBI tournait contre ses propres citoyens.

Le verdict tient en une phrase : pendant 15 ans, le Bureau a conduit « a sophisticated vigilante operation aimed squarely at preventing the exercise of First Amendment rights of speech and association » (une opération sophistiquée de justice privée, visant directement à empêcher l’exercice des libertés d’expression et d’association garanties par le Premier amendement ; trad. IA).

Le premier programme vise le Parti communiste américain en 1956 ; suivent 4 autres : contre le Parti socialiste des travailleurs (de 1961 à 1969), les groupes suprémacistes blancs (1964), les groupes que le Bureau range sous l’étiquette « nationalistes noirs » (1967) et la « nouvelle gauche » (1968).

Les programmes encore actifs sont officiellement clos le 27 avril 1971, quelques semaines après le cambriolage de Media, sous la menace d’une révélation publique ; la commission relève pourtant au moins 3 actions du même type après cette date.

Le rapport range les techniques par familles. L’une d’elles s’intitule « Efforts to promote enmity and factionalism within groups or between groups » (efforts pour susciter l’inimitié et les factions à l’intérieur des groupes ou entre eux ; trad. IA). Selon un décompte approximatif de l’équipe de la commission, un peu plus du quart des actions approuvées en relèvent.

On y trouve des lettres anonymes, des tracts écrits par le Bureau et signés d’autres mains, des indicateurs chargés de soulever des sujets controversés, un groupuscule dissident fabriqué de toutes pièces pour vider une organisation de ses membres ; l’encouragement d’hostilités entre groupes rivaux, « up to and including gang warfare » (jusqu’à la guerre des gangs ; trad. IA), au point qu’au moins 4 agressions furent signalées comme des « résultats » de l’action du Bureau ; et le « snitch jacket », qui consiste à faire passer un militant pour un indicateur « so that he would no longer be trusted » (pour qu’on ne lui fasse plus confiance ; trad. IA), technique « used in all COINTELPROs » (employée dans tous les programmes ; trad. IA).

Le rapport cite un résultat qu’un bureau local du FBI portait à son actif. Un indicateur avait été chargé d’insinuer que 2 responsables de Students for a Democratic Society (SDS), organisation étudiante visée par le programme « nouvelle gauche », détournaient des fonds ; on avait vu ensuite « fist fights and acts of name calling at several of the recent SDS meetings » (des bagarres et des injures lors de plusieurs des dernières réunions du SDS ; trad. IA).

Et la commission résume l’intention : « The Bureau’s factionalism efforts were intended to separate individuals or groups which might otherwise be allies » (les efforts du Bureau pour susciter des factions visaient à séparer des personnes ou des groupes qui auraient pu être alliés ; trad. IA).

L’étincelle et le bois sec

Le rapport montre aussi l’économie du procédé. Le FBI fabriquait des lettres, des rumeurs, des organisations fictives ; mais il cherchait souvent la fissure pour l’élargir, et la commission parle de ses efforts « to capitalize on active hostility between target groups » (pour tirer parti d’une hostilité déjà active entre les groupes visés ; trad. IA).

Son tout premier programme utilise des indicateurs « to capitalize on the conflicts within the Party over Nikita Khrushchev’s denunciation of Stalin » (pour tirer parti des conflits qui divisaient le Parti après la dénonciation de Staline par Nikita Khrouchtchev ; trad. IA).

La lettre du 25 août 1967 qui lance le programme contre les groupes dits « nationalistes noirs » demande aux bureaux locaux « to exploit conflicts within and between groups » (d’exploiter les conflits à l’intérieur des groupes et entre eux ; trad. IA) et « to use news media contacts to disrupt, ridicule, or discredit groups » (d’utiliser les contacts dans la presse pour désorganiser, ridiculiser ou discréditer ces groupes ; trad. IA).

Et les indicateurs servent, écrit la commission, « to widen rifts » (à élargir les fractures ; trad. IA).

Autrement dit : même une opération de cette ampleur, plus de 2 000 actions approuvées, misait sur une matière première que le Bureau ne fabriquait pas toujours. Il payait des agents, des lettres, des rumeurs. Les egos, les rancunes et les rivalités, il les trouvait souvent sur place.

C’est cette matière première que l’hypothèse de cette entrée prend au sérieux.

Ce qui a changé : le spectacle a remplacé l’opération

Notre hypothèse est la suivante. Ce que le FBI devait organiser en secret, avec des contacts dans la presse et des lettres anonymes, peut aujourd’hui se produire à ciel ouvert, et sans ordre de personne.

Une querelle interne fait une meilleure histoire qu’un accord ; un militant qui en accuse un autre fait une meilleure séquence qu’un militant qui explique ; et chaque déchirement conforte le récit que le pouvoir tient depuis longtemps sur le peuple : il n’est pas mûr. C’est l’argument de l’excès de démocratie ; c’est aussi ce que le #PIC décrit, à titre d’hypothèse, sous le nom de néoténie civique : le maintien du citoyen dans l’enfance politique.

Il n’y faut aucun complot. Il y faut seulement une logique médiatique qui, comme le poids de la propriété que décrit l’entrée La médiacratie, s’exerce « par structure, sans qu’un ordre soit donné », et l’intérêt bien compris de ceux qui n’ont rien à craindre d’un mouvement occupé à se battre contre lui-même. Le pouvoir n’aurait pas besoin de diviser : il lui suffirait de ne pas réconcilier, et de laisser montrer.

Le carburant : les petites différences et le ressentiment

En 1930, dans Malaise dans la civilisation, Freud revient sur une énigme : « Ich habe mich einmal mit dem Phänomen beschäftigt, daß gerade benachbarte und einander auch sonst nahestehende Gemeinschaften sich gegenseitig befehden und verspotten » (je me suis occupé un jour de ce phénomène : ce sont précisément des communautés voisines, et proches à bien d’autres égards, qui se combattent et se raillent mutuellement ; trad. IA).

Il rappelle le nom qu’il lui avait donné, le « narcissisme des petites différences », en avouant avec élégance que ce nom n’explique pas grand-chose. Il y voit une satisfaction « bequeme und relativ harmlose » (commode et relativement inoffensive ; trad. IA) de l’agressivité, qui facilite la cohésion de chaque groupe.

Transposée aux mouvements citoyens, où elle n’a rien d’inoffensif, la leçon est cruelle : les organisations qui se ressemblent le plus sont souvent celles qui se combattent le mieux.

Nietzsche, en 1887, a décrit l’autre ressort, et il a emprunté au français le mot pour le dire. Dans La Généalogie de la morale, le ressentiment est celui « de ces êtres, à qui la vraie réaction, celle de l’action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire ».

L’homme du ressentiment, ajoute-t-il, « a conçu “l’ennemi méchant”, le “malin” en tant que concept fondamental », puis se définit comme son contraire : le bon, c’est lui. Chez Nietzsche, ce méchant, c’est le puissant ; et la leçon vaut d’abord pour tout mouvement qui se définit contre les puissants.

Jo Freeman décrira en 1976 le déplacement qui nous occupe : « While the men are distant, and the “system” too big and vague, one’s “sisters” are close at hand » (les hommes sont loin, le « système » trop vaste et trop flou ; les « sœurs », elles, sont à portée de main ; trad. IA).

Celui qui ne peut rien contre le pouvoir trouve plus près de lui un ennemi à sa mesure : le voisin qui agit.

Le dénigrement, et la tyrannie de l’absence de structure

En avril 1976, la même année que le rapport Church, Jo Freeman publie dans le magazine Ms. un article qui fera date, « Trashing: The Dark Side of Sisterhood » (« Le dénigrement : la face sombre de la sororité »). Elle y raconte comment des militantes l’ont détruite, elle et d’autres, au nom du mouvement.

Le dénigrement, écrit-elle, se déguise parfois en conflit honnête, « But it is not done to expose disagreements or resolve differences. It is done to disparage and destroy. » (mais il ne sert ni à exposer des désaccords ni à résoudre des différends ; il sert à dénigrer et à détruire ; trad. IA).

Son constat final est celui d’un mouvement épuisé, « bogged down in basic survival, survival from each other » (enlisé dans la simple survie : se protéger les unes des autres ; trad. IA ; tiret de l’original remplacé par une virgule).

Quelques années plus tôt, dans un texte devenu classique, « The Tyranny of Structurelessness » (« La tyrannie de l’absence de structure », conférence de mai 1970, publiée en 1972), elle avait décrit le terrain où prospèrent ces déchirements : « there is no such thing as a structureless group » (un groupe sans structure, cela n’existe pas ; trad. IA).

Là où les règles ne sont pas écrites, elles existent quand même, connues de quelques-uns ; « structurelessness becomes a way of masking power » (l’absence de structure devient une manière de masquer le pouvoir ; trad. IA) ; et celles qui ignorent ces règles, ajoute-t-elle, « suffer from paranoid delusions that something is happening of which they are not quite aware » (souffrent de l’illusion paranoïaque qu’il se passe quelque chose dont elles n’ont pas tout à fait conscience ; trad. IA).

Un mouvement qui refuse de se donner des règles ne supprime pas les rapports de force : il les cache, et nourrit le soupçon.

Les Gilets jaunes, sans fantasme

Frédéric Bascuñana tient que la raison profonde de l’essoufflement des Gilets jaunes est là, dans cette guerre intérieure plus que dans l’action de l’adversaire. C’est un témoignage et une hypothèse, non un fait démontré. Il est tentant d’y chercher la main de l’État.

L’hypothèse de cette entrée est plus inconfortable : elle n’était peut-être pas nécessaire. Elle ne porte d’ailleurs que sur la division ; elle ne dit rien du maintien de l’ordre, qui relève d’autres entrées, comme Le gouvernement par la peur.

L’objection : un complotisme à l’envers ?

Première objection : prêter au pouvoir une stratégie du laisser-faire, n’est-ce pas un complotisme plus subtil ? Non, car l’hypothèse ne suppose aucune intention cachée, seulement un intérêt et une économie. L’infiltration a existé, et pas seulement au temps de COINTELPRO : au Royaume-Uni, une enquête publique ouverte en 2015 examine l’activité des policiers infiltrés en Angleterre et au pays de Galles depuis 1968.

Ce que dit cette entrée, c’est que l’infiltration n’est plus la condition de la division.

Deuxième objection, la plus sérieuse : parler de ressentiment, n’est-ce pas un moyen commode de disqualifier toute critique ? Le risque est réel. Jo Freeman y répondait d’avance en distinguant le dénigrement du désaccord : « It is not disagreement; it is not conflict; it is not opposition » (ce n’est pas le désaccord, ce n’est pas le conflit, ce n’est pas l’opposition ; trad. IA), qui sont, écrit-elle, nécessaires à la santé de toute organisation.

Et elle concluait : « Isn’t it time we stopped looking for enemies within and began to attack the real enemy without? » (n’est-il pas temps de cesser de chercher des ennemis à l’intérieur, pour attaquer enfin le véritable ennemi, au-dehors ? trad. IA).

Le soupçon généralisé était d’ailleurs une arme du FBI : dans un cas rapporté par la commission, des interrogatoires visaient « to make possible affiliates of the RU believe that the organization is infiltrated by informants on a high level » (à faire croire aux sympathisants d’une organisation révolutionnaire qu’elle était infiltrée à haut niveau ; trad. IA).

D’où la règle que le #PIC s’impose : l’article 7 du Titre V de son Protocole ne porte que sur la forme, et il « ne permet d’écarter aucune objection en raison de son contenu : la contradiction est la matière première de l’atelier ». Le dénigrement se reconnaît à la manière, au procès d’intention, à l’attaque contre la personne ; jamais au désaccord lui-même.

Quant au ressentiment, nul n’a qualité pour le diagnostiquer chez autrui : on juge des actes, pas des âmes. C’est aussi la réponse à ceux qui disent « Vous faites ce que vous dénoncez ».

Ce que le #PIC y oppose

La leçon de Jo Freeman vaut programme : un groupe ne choisit pas d’avoir ou non une structure, seulement de l’écrire ou de la cacher. Et si, comme le suppose cette entrée, le pouvoir n’a pas besoin d’infiltrer, une part de l’antidote est entre nos mains : elle commence par des règles écrites.

L’article 7 du Titre V du Protocole proscrit entre les membres « la moquerie, le sarcasme, le procès d’intention et le ton cassant, qui ne réfutent rien et découragent tout le monde » ; il veut que la critique porte « sur le travail, jamais sur la personne », et tient qu’« une hostilité systématique envers le travail commun est un signal d’alerte », qui ne relève de l’entrisme que « si des faits l’établissent ».

L’article 7-1, consacré à la manière, ajoute ce qu’aucune règle ne peut imposer : la critique « gagne à venir entourée de prévenance ».

L’article 8 du Titre IV, sur les alliances et la protection contre l’entrisme, prend le problème par les deux bouts.

Contre l’entrisme, une alliance « porte sur un objet précis, public et limité dans le temps » et « ne vaut ni fusion, ni absorption, ni subordination » ; des signaux d’alerte sont énumérés, l’urgence imposée, l’exigence de secret, la demande de fichiers, et « un signal d’alerte n’est pas une accusation : il suspend la décision, il ne condamne personne ».

Contre la paranoïa, le même article pose que « le soupçon est l’arme la moins coûteuse de l’adversaire […] : il n’a même pas besoin d’infiltrer, il lui suffit de faire croire qu’il l’a fait ».

Coopérer sans fusionner, laisser chaque organisation faire ses preuves : c’est ce que le #PIC appelle le darwinisme des idées, « des expériences nombreuses, départagées par le réel », et la réponse qu’il fait à ceux qui lui crient « Convergez ! ». Rien de tout cela ne garantit qu’un mouvement échappera au procédé ; la riposte « Vous finirez comme les Gilets jaunes : les egos vous déchireront » le concède sans détour.

Mais un mouvement qui sait d’avance de quoi les autres sont morts cesse d’offrir gratuitement ce que d’autres, autrefois, devaient payer.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

United States Senate, Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities (commission Church), Final Report, Senate Report n° 94-755, livre III, « COINTELPRO: The FBI’s Covert Action Programs Against American Citizens », 23 avril 1976, p. 3 : « The examples selected for discussion necessarily represent a small percentage of the more than 2,000 approved COINTELPRO actions. […] COINTELPRO began in 1956 […]; it ended in 1971 with the threat of public exposure. In the intervening 15 years, the Bureau conducted a sophisticated vigilante operation aimed squarely at preventing the exercise of First Amendment rights of speech and association » (Les exemples retenus ne représentent qu’une petite part des plus de 2 000 actions COINTELPRO approuvées. […] COINTELPRO a commencé en 1956 et pris fin en 1971 sous la menace d’une révélation publique. Pendant ces 15 années, le Bureau a conduit une opération sophistiquée de justice privée, visant directement à empêcher l’exercice des libertés d’expression et d’association garanties par le Premier amendement ; trad. IA). Une note de la même page relate le cambriolage de l’antenne de Media, le 8 mars 1971. consulter la source

Commission Church, livre III, 1976, p. 4 : les 5 programmes, « the “Communist Party, USA” program (1956-71); the “Socialist Workers Party” program (1961-69); the “White Hate Group” program (1964-71); the “Black Nationalist-Hate Group” program (1967-71); and the “New Left” program (1968-71) » ; la commission ajoute que les intitulés du Bureau « should not be accepted uncritically » (ne doivent pas être acceptés sans examen ; trad. IA). consulter la source

Commission Church, livre III, 1976, p. 34 : « Slightly more than a quarter of all approved actions were intended to promote factionalization within groups and between groups » (un peu plus du quart des actions approuvées visaient à susciter des factions à l’intérieur des groupes et entre eux ; trad. IA) ; en note : les pourcentages proviennent d’un décompte, par l’équipe de la commission, des résumés du comité Petersen du ministère de la Justice, et sont approximatifs. consulter la source

Commission Church, livre III, 1976, p. 40 : « Approximately 28% of the Bureau’s COINTELPRO efforts were designed to weaken groups by setting members against each other, or to separate groups which might otherwise be allies, and convert them into mutual enemies. » (Environ 28 % des actions COINTELPRO du Bureau visaient à affaiblir les groupes en dressant leurs membres les uns contre les autres, ou à séparer des groupes qui auraient pu être alliés, et à en faire des ennemis les uns des autres ; trad. IA) ; même page : « The Bureau’s attempts to capitalize on active hostility between target groups carried with them the risk of serious physical injury to the targets » (les tentatives du Bureau pour tirer parti d’une hostilité active entre les groupes visés faisaient courir aux cibles le risque de graves blessures ; trad. IA). consulter la source

Commission Church, livre III, 1976, p. 46 : « The “snitch jacket” technique, neutralizing a target by labeling him a “snitch” or informant, so that he would no longer be trusted, was used in all COINTELPROs. » (La technique du « snitch jacket », qui neutralise une cible en la faisant passer pour un mouchard ou un indicateur afin qu’on ne lui fasse plus confiance, a été employée dans tous les programmes COINTELPRO ; trad. IA ; tirets de l’original remplacés par des virgules) ; « The “snitch jacket” is a particularly nasty technique even when used in peaceful groups » (le « snitch jacket » est une technique particulièrement odieuse, même employée contre des groupes pacifiques ; trad. IA). consulter la source

Commission Church, livre III, 1976, p. 13, 17, 21, 42, 44, 45 et 49 : actions du même type après la clôture officielle, « on at least three occasions » (p. 13) ; indicateurs employés « to capitalize on the conflicts within the Party over Nikita Khrushchev’s denunciation of Stalin » (p. 17) ; la lettre lançant le programme contre les groupes dits « nationalistes noirs » demande « to exploit conflicts within and between groups » et « to use news media contacts to disrupt, ridicule, or discredit groups » (p. 21) ; « At least four assaults […] were reported as “results” of Bureau actions » (p. 42) ; interrogatoires destinés « to make possible affiliates of the RU believe that the organization is infiltrated by informants on a high level » (p. 44) ; « Informants were also used to widen rifts in other organizations » (p. 45) ; « The Bureau’s factionalism efforts were intended to separate individuals or groups which might otherwise be allies » (p. 49). Traductions dans l’article complet. consulter la source

Undercover Policing Inquiry (Royaume-Uni), « About the Inquiry » : « The Undercover Policing Inquiry was set up in 2015 to get to the truth about undercover policing across England and Wales since 1968 » (L’enquête sur l’infiltration policière a été créée en 2015 pour établir la vérité sur l’activité des policiers infiltrés en Angleterre et au pays de Galles depuis 1968 ; trad. IA). consulter la source

Jo Freeman (sous le nom de Joreen), « Trashing: The Dark Side of Sisterhood », Ms., avril 1976, p. 49-51 et 92-98 : « It is not disagreement; it is not conflict; it is not opposition. » ; « It is done to disparage and destroy. » ; « While the men are distant, and the “system” too big and vague, one’s “sisters” are close at hand. » ; « Trashing involves heavy use of the verb “to be” and only a light use of the verb “to do.” » (Le dénigrement use beaucoup du verbe être et peu du verbe faire ; trad. IA) ; « Trashing only works well when its victims are alone » (Le dénigrement ne fonctionne bien que si ses victimes sont seules ; trad. IA). Traductions des autres passages dans l’article complet. consulter la source

Jo Freeman, « The Tyranny of Structurelessness », conférence de mai 1970, publiée dans The Second Wave (1972), le Berkeley Journal of Sociology (1972-1973) et Ms. (juillet 1973) (version en ligne, synthèse des 3 publications selon l’autrice) : « Contrary to what we would like to believe, there is no such thing as a structureless group. » (Contrairement à ce que nous aimerions croire, un groupe sans structure, cela n’existe pas ; trad. IA) ; « Thus structurelessness becomes a way of masking power » (Ainsi l’absence de structure devient une manière de masquer le pouvoir ; trad. IA). consulter la source

Sigmund Freud, Das Unbehagen in der Kultur, 1930, chapitre V (en français : Malaise dans la civilisation) : « Ich gab ihm den Namen „Narzißmus der kleinen Differenzen“, der nicht viel zur Erklärung beiträgt. » (Je lui ai donné le nom de « narcissisme des petites différences », qui n’aide guère à l’expliquer ; trad. IA). consulter la source

Friedrich Nietzsche, La Généalogie de la morale, 1887, première dissertation, § 10, traduction d’Henri Albert, Mercure de France, 1900 : « le ressentiment de ces êtres, à qui la vraie réaction, celle de l’action, est interdite et qui ne trouvent de compensation que dans une vengeance imaginaire ». consulter la source

#PIC, Protocole, Titre V, article 7 (De la sécurité des échanges) : « Sont proscrits dans les échanges internes la moquerie, le sarcasme, le procès d’intention et le ton cassant, qui ne réfutent rien et découragent tout le monde. » ; « La présente règle ne porte que sur la forme. » consulter la source

#PIC, Protocole, Titre IV, article 8 (Des alliances et de la protection contre l’entrisme) : « Un signal d’alerte n’est pas une accusation : il suspend la décision, il ne condamne personne. » ; « Le soupçon est l’arme la moins coûteuse de l’adversaire, et un classique de toutes les guerres subversives : il n’a même pas besoin d’infiltrer, il lui suffit de faire croire qu’il l’a fait. » consulter la source

Version 1 du 15 octobre 2026 : première publication. Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification.

Le versant lumineux, dans l’Abécédaire : La sécurité psychologique · Les deux pluralismes · L’holacratie · La transcendance collective

La riposte, dans l’Autodéfense : « Vous finirez comme les Gilets jaunes : les egos vous déchireront » · « Êtes-vous bien sûrs de supporter la critique et la contradiction ? » · « Convergez ! Pourquoi ne rejoignez-vous pas les autres mouvements ? » · « Vous faites ce que vous dénoncez »

La parade : Protocole, titre V, article 7 · Protocole, titre V, article 7-1 · Protocole, titre IV, article 8

Du même tonneau, dans le Lexique : L’usure · La récupération · L’atomisation · La néoténie civique · L’excès de démocratie · L’impuissance apprise · La tolérance répressive

L’antidote, ce que le #PIC y oppose : la manière, que le Protocole tient pour le supplément d’âme du mouvement, et son mantra : qui s’y frotte s’y #PIC

Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.

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