On vous dit :
« Vous êtes des dizaines de mouvements à vouloir la même chose : le RIC, le peuple souverain, la fin d’une caste qui décide pour tous. Et chacun reste dans son coin, avec ses statuts, son logo, son petit chef. Le pouvoir n’en demande pas davantage : diviser pour régner, c’est la plus vieille recette du monde, et vous la lui servez sur un plateau. Les Gilets jaunes se sont perdus dans leurs querelles ; vous recommencez. Si vous étiez sincères, vous oublieriez vos ego et vous rejoindriez les autres, tout de suite, sans conditions. Convergez ! Qu’attendez-vous ? »
Voici ce que vous pouvez répondre
Nous convergeons, mais nous ne fusionnons pas sur commande. Converger, c’est viser le même but ; fusionner, c’est demander à chacun de dissoudre ce qu’il a construit. Notre méthode est écrite et publique : chacun garde ses convictions, et nous coopérons sur des objets précis, le référendum d’initiative citoyenne d’abord, les parrainages ensuite. Notre Manifeste prévoit une coalition des mouvements qui partagent cette idée, pour mettre leurs parrainages en commun, et notre stratégie la situe entre la fin de janvier et le 12 mars 2027. Ce que nous ne dissoudrons pas, c’est une méthode : une candidature sans programme, un engagement notarié, un référendum dès l’entrée en fonctions. Et quand on vous presse de « rejoindre X » tout de suite, demandez qui le dirige et ce qu’il exige en échange : l’histoire est pleine de fusions qui étaient des captures.
Sources : Jean de La Fontaine · Alexis de Tocqueville · Charles Tilly · Élections européennes de 2019 — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Le faisceau et l’héritage
« Toute puissance est faible, à moins que d’être unie. » La Fontaine ouvre ainsi la dix-huitième fable de son quatrième livre, « Le Vieillard et ses Enfants » : un père mourant tend à ses fils un faisceau de dards que nul ne parvient à rompre, puis le délie et brise chaque trait sans effort.
Les fils promettent en pleurant de vivre comme frères. On se souvient moins de la fin. À peine le père enterré, l’héritage se révèle « fort mêlé d’affaires », et le poète conclut : « Le sang les avait joints ; l’intérêt les sépare ».
Tout est déjà là. L’exhortation à l’union est aussi vieille que la fable, et elle est juste ; la promesse faite au chevet d’un mourant n’a pourtant pas suffi à la tenir.
Quand on nous lance « Convergez ! », on nous attaque rarement : on formule un vœu, souvent sincère, parfois impatient, qui mérite mieux qu’une fin de non-recevoir.
Nous examinerons ce qu’il a de fort, pourquoi l’union ne se commande pas, comment l’injonction à l’unité peut devenir une arme, ce que l’histoire enseigne sur les convergences réelles, et enfin la manière dont le #PIC coopère sans se dissoudre.
L’objection a pour elle la plus ancienne maxime du pouvoir : diviser pour régner.
Tocqueville l’avait vu en 1840, lorsqu’il décrivait un despotisme qui « voit dans l’isolement des hommes le gage le plus certain de sa propre durée » ; notre Lexique du Pouvoir range l’atomisation parmi les manières de désarmer le citoyen. La sociologie des mouvements confirme l’intuition.
Pour Charles Tilly, un mouvement social se reconnaît notamment à ce qu’il donne publiquement à voir sa respectabilité, son nombre, son engagement et son unité, ce que les chercheurs résument par un acronyme anglais, WUNC (« worthiness, unity, numbers, and commitment »).
10 chapelles qui défilent séparément envoient au pouvoir le message inverse de celui qu’elles croient porter : nous ne sommes pas d’accord entre nous, attendez que cela passe.
L’histoire récente semble donner raison à l’impatient. En décembre 2018, un sondage Ipsos commandé par le parti présidentiel créditait une liste issue des Gilets jaunes de 12 % des intentions de vote aux élections européennes.
Au début de février 2019, la presse comptait déjà 4 listes concurrentes se réclamant du mouvement ; en mai, les deux qui allèrent jusqu’au scrutin recueillirent 0,54 % et 0,01 % des suffrages.
Et quiconque a fréquenté les mouvements citoyens connaît la part d’amour-propre qui s’y loge : les statuts déposés, le nom qu’on a choisi, les soirées sacrifiées, l’argent avancé, les déconvenues, les adhérents convaincus un par un.
Il serait malhonnête de prétendre que l’ego n’y est pour rien. Il y est pour beaucoup, chez les autres comme chez nous.
Mais il est facile, de loin, de prêcher l’abnégation ; il y a dans l’attente de la grande convergence un « y a qu’à, faut qu’on » qui ne correspond à rien de ce que l’on sait des hommes.
Pourquoi l’union ne se commande pas
Freud a donné à ce phénomène un nom dont il avouait lui-même qu’il n’expliquait pas grand-chose.
Dans Malaise dans la civilisation (1930), il observe que ce sont justement les communautés voisines et proches qui se combattent et se raillent : « so Spanier und Portugiesen, Nord- und Süddeutsche, Engländer und Schotten usw. Ich gab ihm den Namen »Narzißmus der kleinen Differenzen«, der nicht viel zur Erklärung beiträgt » (ainsi les Espagnols et les Portugais, les Allemands du Nord et ceux du Sud, les Anglais et les Écossais, etc. Je lui ai donné le nom de « narcissisme des petites différences », qui ne contribue guère à l’expliquer ; notre traduction).
Il y voyait une satisfaction commode de l’agressivité, qui resserre chaque groupe contre son plus proche voisin.
Voilà pourquoi la médisance entre des mouvements qui disent défendre le même intérêt supérieur surprend tant, et pourquoi elle ne devrait pas surprendre : plus on est proche, plus la différence se voit, et plus elle sert à se définir.
La lutte ajoute sa part : ceux qui ont été trompés deviennent méfiants, et la méfiance, avec les années, confine à la paranoïa.
La sociologie des organisations a pris le relais de la psychanalyse sans la contredire.
Dès 1966, Mayer Zald et Roberta Ash montrent qu’une organisation militante évolue selon le flux de l’opinion et selon ses succès ou ses échecs, mais aussi selon « its relations with other movement organizations » (ses relations avec les autres organisations du mouvement ; notre traduction), et que son destin dépend des « schismogenetic tendencies » (tendances à la scission ; notre traduction) qui travaillent ses dirigeants.
En 1977, John McCarthy et Mayer Zald appellent « industrie des mouvements sociaux » l’ensemble des organisations qui poursuivent les mêmes grandes fins : elles puisent dans le même vivier de militants, de dons et d’attention, et se font donc concurrence, comme les entreprises d’un même secteur.
Albert Hirschman avait montré en 1970 que « loyalty holds exit at bay and activates voice » (la loyauté tient la défection à distance et active la prise de parole ; notre traduction).
La fidélité d’un militant à son organisation est souvent ce qui le fait rester. Exiger la fusion, c’est lui demander de dépenser d’un coup ce capital de loyauté, au risque de le voir partir.
Les fusions d’entreprises en donnent la version chiffrée.
En 2011, Clayton Christensen et ses coauteurs rappelaient dans la Harvard Business Review que les études successives situent le taux d’échec des fusions-acquisitions « somewhere between 70% and 90% » (quelque part entre 70 % et 90 % ; notre traduction).
On devine ce que recouvrent ces chiffres : des postes en double, des cultures qui se heurtent, des gens qui se découvrent inutiles du jour au lendemain. Michael Hannan et John Freeman ont fait de cette résistance une théorie.
Dans « The Population Ecology of Organizations » (1977), ils partent d’une question simple, pourquoi y a-t-il tant de sortes d’organisations, et répondent que la force des pressions inertielles sur leur structure invite à raisonner en termes de « competition and selection in populations of organizations » (concurrence et sélection dans des populations d’organisations ; notre traduction) plutôt qu’en termes d’adaptation volontaire.
Les organisations changent peu ; c’est la population qui change, par des naissances, des disparitions et quelques rapprochements.
Debra Minkoff, qui a appliqué ce modèle aux mouvements féministes et aux mouvements pour les droits civiques américains entre 1955 et 1985, en tire une conclusion qui devrait réconforter l’impatient : « organizational density promotes the diffusion of protest » (la densité des organisations favorise la diffusion de la contestation ; notre traduction).
La multitude des mouvements est une faiblesse ; elle est aussi le terreau où la contestation se propage.
Le cheval de Troie de l’unité
Il y a plus grave que l’ego : l’unité est aussi une technique de capture.
Zald et McCarthy l’écrivaient sans détour en 1979, en ouvrant une étude sur la concurrence et la coopération entre organisations militantes : « Lenin knew how to freeze the Mensheviks out in the cold, and his able disciple, Willi Muenzenberger, knew how to create a popular front » (Lénine savait laisser les mencheviks dans le froid, et son habile disciple Willi Münzenberg savait créer un front populaire ; notre traduction).
Notre Abécédaire le dit à sa manière : le pouvoir a une méthode éprouvée pour neutraliser ceux qui veulent s’unir contre lui, leur proposer la fusion. L’Espagne de 1937 en a donné la démonstration la plus cruelle.
George Orwell, engagé dans les milices du POUM, raconte dans Hommage à la Catalogne (1938) comment la presse communiste se mit à soutenir que ce parti divisait les forces républicaines « not by bad judgement but by deliberate design » (non par erreur de jugement, mais à dessein ; notre traduction), avant de le déclarer « no more than a gang of disguised Fascists » (rien de plus qu’une bande de fascistes déguisés ; notre traduction).
Le POUM est interdit ; en juin 1937, son dirigeant, Andreu Nin, est arrêté puis assassiné par la police politique soviétique. Le reproche de diviser avait préparé l’élimination.
Les polices politiques ont joué des deux leviers, l’union et la division.
En 1974, le sociologue Gary T. Marx consacrait un article pionnier à l’informateur et à l’agent provocateur, ce militant dont l’allégeance ne va pas au mouvement et dont le rôle est « to create internal dissension, gain information, and/or provoke a group to illegal activities » (de semer la discorde interne, de recueillir des informations ou de pousser un groupe à des actes illégaux ; notre traduction).
En 1976, la commission du Sénat américain présidée par Frank Church établissait qu’environ 28 % des actions du programme COINTELPRO du FBI visaient à affaiblir des groupes en dressant leurs membres les uns contre les autres, ou « to separate groups which might otherwise be allies, and convert them into mutual enemies » (à séparer des groupes qui auraient pu être alliés et à en faire des ennemis ; notre traduction) ; le Bureau créait même de fausses dissidences, dirigées par lui, pour détourner les membres de l’organisation visée.
En Allemagne de l’Est, la directive 1/76 du ministère de la Sécurité d’État rangeait parmi les formes éprouvées de « Zersetzung » (décomposition) l’« Erzeugen von Misstrauen und gegenseitigen Verdächtigungen innerhalb von Gruppen » (le fait de susciter la méfiance et les soupçons mutuels au sein des groupes ; notre traduction).
Au Royaume-Uni, l’enquête publique sur la police infiltrée a conclu en juin 2023, à propos d’une unité londonienne qui avait infiltré plus de 1 000 groupes, que la fin ne justifiait pas les moyens : « I have come to the firm conclusion that, for a unit of a police force, it did not » (je suis parvenu à la ferme conclusion que, pour une unité de police, elle ne les justifiait pas ; notre traduction).
Le fondateur du #PIC en a fait l’expérience. Pendant le mouvement des Gilets jaunes, il a été pressé, avec insistance, de fondre ses efforts dans ceux d’interlocuteurs dont il a acquis ensuite la conviction qu’ils avaient pour mission d’affaiblir le mouvement de l’intérieur.
C’est un témoignage, et nous le donnons pour tel : il ne vaut pas jugement sur les Gilets jaunes, et nul ne sait publiquement quelle part leur essoufflement doit à l’infiltration.
Mais il n’a rien d’invraisemblable, puisqu’il ressemble aux précédents documentés. La leçon est double.
Gary Marx observait que la découverte d’un agent, « and even perpetuation of the myth of the agent » (et même la simple persistance du mythe de l’agent ; notre traduction), peut engendrer une paranoïa paralysante et désintégrer un mouvement, surtout s’il est peu structuré ; et le FBI pratiquait le « snitch jacket », qui consistait à faire passer faussement un militant pour un indicateur.
Accuser quelqu’un d’être infiltré est donc l’une des armes de l’infiltration.
Jo Freeman l’avait vu dans La Tyrannie de l’absence de structure (1972) : l’informel devient « a way of masking power » (une manière de masquer le pouvoir ; notre traduction). Au soupçon, nous préférons la règle écrite.
Entre membres de la Forge, l’identité de chacun est connue et vérifiable (Protocole, Titre IV, art. 5) ; l’opposition à une entrée est recevable pour « duplicité documentée, profil de saboteur » (Protocole, Titre IV, art. 4) ; nul ne s’exprime au nom du mouvement sans mandat (Protocole, Titre VIII, art. 5) ; constituer des clans internes est un manquement en soi (Protocole, Titre VII, art. 1) ; et aucune sanction n’est prononcée sans procédure contradictoire (Protocole, Titre VII, art. 4).
Même la Résistance
Nous ne nous comparons pas aux résistants : nous regardons comment ils ont fait. En zone sud, 3 mouvements, Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur, se disputaient les recrues et les armes parachutées par Londres.
Jean Moulin, délégué du général de Gaulle, passe l’année 1942 à les rapprocher.
Le 26 janvier 1943, une note annonce leur fusion dans les Mouvements unis de la Résistance ; mais ces décisions restent pour une part des déclarations d’intention, arrachées à des chefs qui continuent de s’affronter. Combat, le plus nombreux, conteste la parité.
Chaque mouvement garde son journal clandestin. Henri Frenay, fondateur de Combat, tient à son indépendance et se méfie de l’autorité que Moulin veut assurer au général de Gaulle.
Le 27 mai 1943 pourtant, au 48 rue du Four, à Paris, Moulin réunit autour d’une même table les mouvements, 2 syndicats et 6 partis : c’est le Conseil national de la Résistance. Ils ne s’aimaient pas ; ils voulaient la même chose.
L’unité s’est faite aussi par la force de celui qui l’imposait. Le 3 juin 1943, à Alger, le Comité français de la Libération nationale naît de la fusion de l’organisation du général de Gaulle et du commandement du général Giraud, sous une coprésidence.
En novembre, Giraud n’est plus coprésident ; en avril 1944, de Gaulle lui annonce la suppression de ses fonctions de commandant en chef. La fusion a eu un vainqueur, et le vaincu l’a vécue comme une éviction. La base, elle, a connu l’amertume.
Au Vercors, dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, le chef civil du maquis, Eugène Chavant, télégraphie que « ceux qui sont à Londres et à Alger n’ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches » ; l’historien Gilles Vergnon conclura à l’abandon plutôt qu’à la trahison.
Aux Glières, en mars 1944, Londres avait fait l’inverse : la BBC, par la voix de Maurice Schumann, exalta ces maquisards jusqu’à la légende, et leur premier chef, Tom Morel, tué le 10 mars, fut fait compagnon de la Libération à titre posthume le 20 novembre 1944.
Le débat des historiens, que Claude Barbier a rouvert en 2014, porte sur l’usage symbolique d’un combat militairement intenable ; Jean-Louis Crémieux-Brilhac en avait résumé l’enjeu : « une défaite des armes peut être une victoire d’opinion ».
Dans tous ces cas, l’unité s’est payée de frustrations que la mémoire officielle a longtemps adoucies.
La gauche française a décliné le même théorème en 3 temps.
Le 12 février 1934, 6 jours après l’émeute du 6 février, les cortèges socialiste et communiste défilent ensemble sous la pression de leurs militants : l’élan précède les appareils, et il faudra l’aval de l’Internationale communiste pour que Maurice Thorez change de ligne en juin et signe, le 27 juillet, un pacte d’unité d’action ; le Front populaire gagne en 1936.
38 ans plus tard, l’union prend la forme d’un contrat.
Au lendemain de l’adoption du Programme commun, fin juin 1972, François Mitterrand explique à l’Internationale socialiste : « Notre objectif fondamental, c’est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PCF lui-même, afin de faire la démonstration que sur les cinq millions d’électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste. »
L’union se rompt en septembre 1977, et le Parti socialiste en sort le grand bénéficiaire, aux dépens de son partenaire. Une convergence peut être une absorption qui ne dit pas son nom.
En 2016 enfin, Nuit debout naît place de la République à l’appel d’un collectif qui s’appelle « Convergence des luttes » ; en septembre, l’économiste Frédéric Lordon, l’une de ses voix, admet que le « feu n’a pas (ou pas encore) pris ».
La convergence proclamée n’a pas eu lieu ; celle de 1934 ne s’était pas annoncée.
Sélection des organisations, fécondité du conflit
Il faut donc assumer ce que l’image a de rude : la convergence procède d’une sélection. Encore faut-il s’entendre sur le mot.
Herbert Spencer, qui forgea en 1864 la formule de la « survival of the fittest » (la survie du plus apte), l’étendit aux individus et aux sociétés, et le darwinisme social en fit une morale du tri des personnes : nous la rejetons sans réserve.
Ce qui se sélectionne ici, ce sont des organisations, des méthodes, des formes d’action, et la sélection dont nous parlons récompense la capacité d’associer.
L’historien des sciences Patrick Tort a résumé la pensée de Darwin sur la civilisation dans une formule paradoxale : « la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s’oppose à la sélection naturelle ».
Dans l’écologie des mouvements, l’initiative qui dure sait accueillir les autres sans les humilier, par osmose plutôt que par annexion, en reconnaissant ce qu’ils ont accompli ; celle qui absorbe de force hérite de ressentiments qui la minent. Cette osmose est rare, et elle échoue souvent ; c’est pourtant la seule fusion qui tienne.
La philosophie politique connaît depuis longtemps cette fécondité du conflit. Hésiode distinguait 2 Éris : l’une nourrit la guerre, l’autre réveille le paresseux, puisque « le potier en veut au potier, le charpentier au charpentier ».
Héraclite faisait de polemos le père et le roi de toutes choses, mais il parlait de l’ordre du monde, et l’on se gardera d’en tirer une apologie de la guerre. Machiavel, qui n’avait rien de machiavélique (on l’oublie toujours), est plus précis.
Au quatrième chapitre du premier livre des Discours sur la première décade de Tite-Live, il soutient « che la disunione della Plebe e del Senato romano fece libera e potente quella republica » (que la désunion de la plèbe et du Sénat romain rendit cette république libre et puissante ; notre traduction), et que « tutte le leggi che si fanno in favore della libertà, nascano dalla disunione loro » (toutes les lois qui se font en faveur de la liberté naissent de leur désunion ; notre traduction).
Chantal Mouffe en a tiré une démocratie agonistique, où l’autre est un adversaire légitime et non un ennemi à abattre. Réglée, la rivalité entre mouvements devient l’épreuve du feu qui forge ceux qui tiendront.
Coopérer sans fusionner, attendre la foudre
Le #PIC a tiré de tout cela une méthode, qu’il présente comme une hypothèse. Il ne demande à personne de se dissoudre en lui, et ne se dissout en personne.
Il pratique ce que notre Abécédaire appelle la convergence des verticalités : chacun reste planté dans ses convictions, et toutes convergent vers un point unique, qui n’est pas une doctrine mais une procédure, la reprise du pouvoir constituant par les citoyens.
« Nous ne nous rassemblons pas malgré nos divergences, mais à cause d’elles » (Protocole, Titre I, art. 3).
Avec les autres mouvements, nous coopérons sur des objets précis : le référendum d’initiative citoyenne, les RIC spontanés dans les communes, les parrainages le moment venu.
Le Manifeste l’annonce : les mouvements qui partagent le même ADN, « vouloir voter les lois plutôt qu’élire des maîtres », convergeront « dans une coalition stratégique, mutualisant leurs ressources (notamment les parrainages) », et notre stratégie en fixe la période, de la fin de janvier au 12 mars 2027.
Aucun mouvement n’est exclu de la délibération, ce qui ne vaut adhésion à aucun.
Nous ne tenons pas davantage à nos statuts pour eux-mêmes : notre Protocole prévoit sa propre extinction, car « nous ne construisons pas une organisation durable : nous construisons une organisation suffisante » (Protocole, Titre IX, art. 4).
Reste l’impatience, qui est légitime. Les grandes résistances connaissent souvent un moment où la convergence, et même la fusion, s’imposent comme une évidence : ce que Sidney Tarrow appelle un cycle de contestation, « a phase of heightened conflict across the social system » (une phase de conflit accru dans l’ensemble du système social ; notre traduction).
Le 12 février 1934 en fut un. Ce moment ne se décrète pas, et il n’a rien d’une fête : il s’accomplit souvent sans enthousiasme, dans la frustration de ceux qui s’effacent et le ressentiment de ceux qui se croyaient appelés.
Nous ne savons pas quelle entité en sortira, ni si ce sera la nôtre. Elle aura un point commun avec la foudre : on ne connaîtra son emplacement et sa nature, sa réalité et son intensité, que le jour où elle aura frappé.
On ne commande pas à la foudre. On sait seulement qu’elle ne tombe pas au hasard : elle cherche ce qui se tient debout, et ce qui conduit. D’ici là, notre travail est de tenir droit.
Les relances probables
« Au fond, vos raisons, c’est l’ego. »
Il y a de l’ego partout, chez nous aussi : c’est pourquoi nous comptons sur des règles plutôt que sur la vertu. Mais un mouvement dont le règlement prévoit sa propre extinction ne s’accroche pas à ses statuts (Protocole, Titre IX, art. 4). Ce que nous refusons de dissoudre, c’est une méthode : la méta-candidature, l’engagement notarié des Sept, l’absence de programme.
« Le mouvement X défend aussi le RIC : rejoignez-le. »
Travaillons ensemble sur le RIC, volontiers et dès demain : votations citoyennes, rencontres de maires, relais mutuels. Coopérer n’oblige pas à fusionner ; en 1943, même les mouvements réunis dans les MUR gardaient chacun leur journal. Si X veut la même chose que nous, la coalition des parrainages prévue par notre Manifeste lui est ouverte.
« Les Gilets jaunes sont morts de leurs divisions. »
Ils en ont souffert : en décembre 2018, un sondage donnait 12 % à une liste issue du mouvement ; en mai 2019, les deux listes présentes ont fait 0,54 % et 0,01 %. La leçon que nous en tirons est la structure : des textes, des règles, une méthode. Un mouvement sans structure est aussi le plus facile à infiltrer, les sociologues l’ont montré depuis 1974.
« Vous voyez des infiltrés partout. »
Justement non. Nous n’accusons personne : faire passer faussement un militant pour un indicateur était une technique du FBI. Nous posons des questions de fait et laissons nos procédures juger les comportements, jamais les personnes sur la foi d’une rumeur. La méfiance générale est le premier cadeau fait à l’infiltration.
« Votre foudre, c’est une manière élégante de ne rien faire. »
Notre calendrier est écrit : essaimer aujourd’hui, relier cet automne et cet hiver en rencontrant les maires, converger de la fin de janvier au 12 mars 2027 pour réunir les parrainages. La foudre ne se commande pas, mais elle tombe sur ce qui se tient debout : nous préparons le terrain.
« Parler de sélection entre mouvements, c’est du darwinisme social. »
Le darwinisme social trie des personnes ; nous parlons d’organisations, de méthodes et de formes d’action, comme la sociologie des organisations depuis Hannan et Freeman en 1977. Et l’organisation qui l’emporte durablement est celle qui sait accueillir : ici, la sélection récompense la coopération.
Les pièges à éviter
- N’accusez jamais un interlocuteur, un mouvement ou un responsable nommé d’être un infiltré : vous vous exposez à la diffamation, et vous reproduisez le « snitch jacket », par lequel le FBI faisait passer des militants pour des indicateurs. Si un fait précis vous inquiète, signalez-le par le mécanisme confidentiel du Protocole (Protocole, Titre VII, art. 2).
- Premier signal d’alerte : l’urgence. « Il faut décider ce soir », « c’est maintenant ou jamais » : une coalition sérieuse se prépare en semaines, par écrit, et se décide par ceux qui ont mandat. Nul ne s’exprime au nom du #PIC sans mandat (Protocole, Titre VIII, art. 5) ; un adhérent n’engage que lui-même.
- Second signal d’alerte : l’opacité et le prix d’entrée. Avant toute convergence, demandez qui porte la proposition et à quel titre ; qui dirige X, qui le finance, qui y décide ; ce qu’il faudrait abandonner, notre nom, notre méthode, nos fichiers, nos parrainages ; et s’il faudrait rompre avec d’autres. Si personne ne sait répondre, ce n’est pas une convergence : c’est une annexion.
- Ne transmettez jamais de fichier de contacts, de liste d’adhérents ou de coordonnées de maires à une organisation tierce, fût-ce au nom de l’unité : nos règles protègent les données des membres (Protocole, Titre VIII, art. 3).
- Ne dites pas « nous ne convergerons avec personne » : le Manifeste prévoit une coalition stratégique à l’approche des échéances, et notre stratégie la situe entre la fin de janvier et le 12 mars 2027. Dites : « nous coopérons sur des objets précis ; nous ne fusionnons pas sur commande ».
- Présentez l’expérience du fondateur pendant les Gilets jaunes comme un témoignage, jamais comme un fait établi sur l’ensemble du mouvement. Ne citez aucune figure des Gilets jaunes et ne méprisez pas le mouvement : beaucoup de nos interlocuteurs en ont été.
- Ne dites pas que de Gaulle a refusé de reconnaître les maquisards des Glières : Londres les a exaltés, et leur premier chef a été fait compagnon de la Libération. Ne comparez jamais le #PIC à la Résistance : nous en étudions la méthode, nous n’en courons pas les risques.
- N’employez pas le mot « darwinisme » sans précision : parlez de sélection des organisations, d’écologie des organisations, d’épreuve. Et ne médisez d’aucun mouvement : la rivalité se règle par l’argument au grand jour, jamais par la rumeur.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le verrou des parrainages
- La République
- La démocratie agonistique
- Le pouvoir constituant
- L’involution et la méta-candidature
- La convergence des verticalités
- L’agôn
- Le processus involutionnaire
- Les RIC spontanés
- L’atomisation et l’individualisme
- L’ingénierie sociale
- L’astroturfing
Dans nos textes :
- Protocole, titre IV, art. 8 : les alliances et la protection contre l’entrisme
- II. Notre stratégie pour rendre le pouvoir aux citoyens : subvertir les rouages anti-démocratiques de l’élection
- Protocole, titre I, art. 3 : la primauté de la forme sur le fond
- Protocole, titre I, art. 5 : le dissensus comme méthode
- Protocole, titre IV, art. 4 : le droit d’opposition et ses motifs légitimes
- Protocole, titre IV, art. 5 : la transparence d’identité
- Protocole, titre VII, art. 1 : le code de conduite
- Protocole, titre VII, art. 2 : le Collège des Soixante-dix-sept et le signalement
- Protocole, titre VII, art. 4 : la procédure contradictoire
- Protocole, titre VIII, art. 3 : la protection des données des membres
- Protocole, titre VIII, art. 5 : la parole publique et la réactivité
- Protocole, titre IX, art. 4 : la caducité
Dans l’Autodéfense :
- « Le #PIC s’allie avec n’importe qui »
- « Chez vous, on croise des infréquentables »
- « Droite, gauche, souverainistes, écologistes : votre attelage explosera »
- « Encore un parti, encore un sauveur »
- « Vous exigez la démocratie pour la France, pas pour votre mouvement »
- « Vous êtes des Gilets jaunes recyclés »
- « Le RIC, d’autres partis le proposent déjà : pourquoi vous ? »
- « Vous vous drapez dans la Résistance : c’est de la récupération »
- « Vous allez diviser le vote et faire élire le pire »
- « Des applications référendaires existent déjà : vous arrivez après la bataille »
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Jean de La Fontaine, « Le Vieillard et ses Enfants », Fables, livre IV, fable 18 (1668), éd. Bernardin-Béchet, 1874 (Wikisource) : « Toute puissance est faible, à moins que d’être unie » ; « Leur amitié fut courte autant qu’elle était rare / Le sang les avait joints ; l’intérêt les sépare » ; « Tous perdirent leur bien, et voulurent trop tard / Profiter de ces dards unis et pris à part. ». consulter la source
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, t. II, 1840, cité par le Lexique du Pouvoir du #PIC, « L’atomisation et l’individualisme » : « le despotisme « voit dans l’isolement des hommes le gage le plus certain de sa propre durée ». consulter la source
Charles Tilly, Social Movements, 1768-2004, Paradigm Publishers, 2004, p. 3-4 (d’après Wikipedia, en anglais, « Charles Tilly ») : « a public display of certain qualities, specifically worthiness, unity, numbers, and commitment (WUNC) » (l’affichage public de certaines qualités : respectabilité, unité, nombre et engagement ; notre traduction) ». consulter la source
Élections européennes de 2019 : listes issues des Gilets jaunes (Wikipédia, « Mouvement des Gilets jaunes », d’après Ipsos, décembre 2018, Le Parisien, 1er février 2019, et le ministère de l’Intérieur) : « Selon un sondage Ipsos, commandé par le parti de la majorité présidentielle et réalisé début décembre 2018, une liste liée au mouvement des Gilets jaunes arriverait en quatrième position des élections européennes de 2019, avec 12 % des voix » ; « 0,54 % pour l’Alliance jaune […] et 0,01 % pour la liste Évolution citoyenne » ; Le Parisien, 1er février 2019 : « Européennes : Thierry Paul Valette lance une quatrième liste de Gilets jaunes ». ». consulter la source
Sigmund Freud, Das Unbehagen in der Kultur (Malaise dans la civilisation), 1930, chapitre V (Projekt Gutenberg-DE) ; trad. anglaise de Joan Riviere, Civilization and its Discontents (Project Gutenberg) — notre traduction : « Ich habe mich einmal mit dem Phänomen beschäftigt, daß gerade benachbarte und einander auch sonst nahestehende Gemeinschaften sich gegenseitig befehden und verspotten, so Spanier und Portugiesen, Nord- und Süddeutsche, Engländer und Schotten usw. Ich gab ihm den Namen »Narzißmus der kleinen Differenzen«, der nicht viel zur Erklärung beiträgt. Man erkennt nun darin eine bequeme und relativ harmlose Befriedigung der Aggressionsneigung, durch die den Mitgliedern der Gemeinschaft das Zusammenhalten erleichtert wird. » — Notre traduction : « Je me suis occupé un jour du phénomène qui veut que ce soient justement des communautés voisines, et proches à d’autres égards, qui se combattent et se raillent, ainsi les Espagnols et les Portugais, les Allemands du Nord et ceux du Sud, les Anglais et les Écossais, etc. Je lui ai donné le nom de “narcissisme des petites différences”, qui ne contribue guère à l’expliquer. On y reconnaît maintenant une satisfaction commode et relativement inoffensive du penchant à l’agression, qui facilite la cohésion des membres de la communauté. ». consulter la source
Mayer N. Zald et Roberta Ash, « Social Movement Organizations: Growth, Decay and Change », Social Forces, vol. 44, n° 3, mars 1966, p. 327-341 (résumé) — notre traduction : « The movement organization responds to the ebb and flow of sentiment in the larger society, to its relations with other movement organizations and to success or failure. Leadership and schismogenetic tendencies affect the nature and vicissitudes of its goals, and the recruitment and commitment of members. Neither greater conservatism nor organizational maintenance are iron laws. » (L’organisation militante réagit au flux et au reflux de l’opinion, à ses relations avec les autres organisations du mouvement, à ses succès et à ses échecs. Les dirigeants et les tendances à la scission pèsent sur la nature et les vicissitudes de ses buts, comme sur le recrutement et l’engagement des membres. Ni le conservatisme croissant ni la préservation de l’organisation ne sont des lois d’airain.) ». consulter la source
John D. McCarthy et Mayer N. Zald, « Resource Mobilization and Social Movements: A Partial Theory », American Journal of Sociology, vol. 82, n° 6, mai 1977, p. 1212-1241 (résumé) — notre traduction : « It emphasizes the variety and sources of resources; the relationship of social movements to the media, authorities, and other parties; and the interaction among movement organizations. Propositions are developed to explain social movement activity at several levels of inclusiveness-the social movement sector, the social movement industry, and social movement organization. » (L’essai insiste sur la variété et l’origine des ressources, sur les relations des mouvements avec les médias, les autorités et les autres acteurs, et sur l’interaction entre organisations militantes. Il avance des propositions à plusieurs niveaux : le secteur, l’industrie et l’organisation des mouvements sociaux.) ». consulter la source
Mayer N. Zald et John D. McCarthy, « Social Movement Industries: Competition and Cooperation Among Movement Organizations », 1979, université du Michigan (notice du Consortium for Social Movements and Education Research and Practice, Penn State) — notre traduction : « Although the literature on social movements is vast, there has been surprisingly little systematic analysis of the interaction of social movement organizations […]. Lenin knew how to freeze the Mensheviks out in the cold, and his able disciple, Willi Muenzenberger, knew how to create a popular front. » (Bien que la littérature sur les mouvements sociaux soit immense, l’interaction entre organisations militantes a été étonnamment peu analysée […]. Lénine savait laisser les mencheviks dans le froid, et son habile disciple, Willi Münzenberg, savait créer un front populaire.) ». consulter la source
Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty, Harvard University Press, 1970 ; trad. fr. Défection et prise de parole, Fayard, 1995 (phrase citée d’après une présentation en ligne, George Fox University) — notre traduction. consulter la source
Mancur Olson, The Logic of Collective Action, Harvard University Press, 1965 (phrase citée par EconPort, Georgia State University) — notre traduction : « Unless the number of individuals in a group is quite small, or unless there is coercion or some other special device to make individuals act in their common interest, rational, self-interested individuals will not act to achieve their common group interests » (à moins que le groupe ne soit très petit, ou qu’une contrainte ou un dispositif particulier n’amène ses membres à agir dans leur intérêt commun, des individus rationnels et intéressés n’agiront pas pour atteindre leurs intérêts communs). ». consulter la source
Clayton M. Christensen, Richard Alton, Curtis Rising et Andrew Waldeck, « The Big Idea: The New M&A Playbook », Harvard Business Review, mars 2011 — notre traduction : « Companies spend more than $2 trillion on acquisitions every year. Yet study after study puts the failure rate of mergers and acquisitions somewhere between 70% and 90%. » (Les entreprises dépensent plus de deux mille milliards de dollars en acquisitions chaque année. Pourtant, étude après étude, le taux d’échec des fusions-acquisitions se situe quelque part entre 70 % et 90 %.) ». consulter la source
Michael T. Hannan et John Freeman, « The Population Ecology of Organizations », American Journal of Sociology, vol. 82, n° 5, mars 1977, p. 929-964 (résumé) ; question fondatrice citée par Martin Ruef, « The Emergence of Organizational Forms », American Journal of Sociology, vol. 106, n° 3, 2000 — notre traduction : « The strength of inertial pressures on organizational structure suggests the application of models that depend on competition and selection in populations of organizations. » (La force des pressions inertielles sur la structure des organisations invite à appliquer des modèles fondés sur la concurrence et la sélection dans des populations d’organisations.) ; Ruef : « “Why are there so many (or so few) kinds of organizations?” (Hannan and Freeman 1977, 1989, p. 7) » (Pourquoi y a-t-il tant, ou si peu, de sortes d’organisations ?) ». consulter la source
Debra C. Minkoff, « The Sequencing of Social Movements », American Sociological Review, vol. 62, n° 5, octobre 1997, p. 779 et suiv. (résumé) ; « Population Ecology and Social Movements », Wiley-Blackwell Encyclopedia of Social and Political Movements, 2013 (résumé) — notre traduction : « Multivariate analyses of the effects of civil rights protest and organizational growth on feminist protest and organizational foundings between 1955 and 1985 demonstrate that organizational density promotes the diffusion of protest. » (Les analyses multivariées des effets de la contestation pour les droits civiques et de la croissance des organisations sur la contestation féministe et sur les créations d’organisations, entre 1955 et 1985, montrent que la densité organisationnelle favorise la diffusion de la contestation.) ; 2013 : « as the population expands, however, competitive pressures drive down the founding rate and increase the failure rate of existing groups » (à mesure que la population s’étend, la pression concurrentielle fait baisser le taux de création et augmenter le taux d’échec des groupes existants). ». consulter la source
George Orwell, Homage to Catalonia, Secker & Warburg, 1938, chap. V et X (Project Gutenberg Australia) ; trad. fr. Hommage à la Catalogne — notre traduction : « they began to assert that the P.O.U.M. was splitting the Government forces not by bad judgement but by deliberate design. The P.O.U.M. was declared to be no more than a gang of disguised Fascists, in the pay of Franco and Hitler » (on se mit à affirmer que le POUM divisait les forces gouvernementales, non par erreur de jugement, mais à dessein. Le POUM fut déclaré n’être rien de plus qu’une bande de fascistes déguisés, à la solde de Franco et de Hitler) ; « Various people were infected with spy mania and were creeping round whispering that everyone else was a spy » (bien des gens avaient attrapé la manie de l’espionnage et rôdaient en chuchotant que tous les autres étaient des espions). ». consulter la source
Andreu Nin, dirigeant du POUM, assassiné le 20 juin 1937 (Wikipédia, « Andreu Nin ») : « mort assassiné par la police politique communiste le 20 juin 1937 à Alcalá de Henares ». consulter la source
Gary T. Marx, « Thoughts on a Neglected Category of Social Movement Participant: The Agent Provocateur and the Informant », American Journal of Sociology, vol. 80, n° 2, septembre 1974, p. 402-442 (p. 402-403 et 428-429) — notre traduction : « the activist whose allegiance lies not with the movement, but whose role instead is to create internal dissension, gain information, and/or provoke a group to illegal activities » (p. 402-403 : le militant dont l’allégeance ne va pas au mouvement et dont le rôle est de semer la discorde interne, de recueillir des informations ou de pousser un groupe à des actes illégaux) ; « Discovery of an agent (and even perpetuation of the myth of the agent) may lead to feelings of demoralization, helplessness, cynicism, and immobilizing paranoia, and can serve to disintegrate a movement—particularly if it is loosely structured » (p. 428-429 : la découverte d’un agent, et même la simple persistance du mythe de l’agent, peut engendrer démoralisation, impuissance, cynisme et paranoïa paralysante, et désintégrer un mouvement, surtout s’il est peu structuré) ; p. 403 : les militants ont tendance « to accuse innocent members of informing in intramovement struggles » (à accuser des membres innocents d’être des indicateurs dans les luttes internes). ». consulter la source
Sénat des États-Unis, commission Church, Final Report, Book III, « COINTELPRO: The FBI’s Covert Action Programs Against American Citizens », 23 avril 1976, section IV.B — notre traduction : « Approximately 28% of the Bureau’s COINTELPRO efforts were designed to weaken groups by setting members against each other, or to separate groups which might otherwise be allies, and convert them into mutual enemies. » ; « forming a « notional » — a Bureau run splinter group — to draw away membership from the target organization » ; « the « snitch jacket » technique — falsely labeling a group member as a police informant » (Environ 28 % des actions de COINTELPRO visaient à affaiblir des groupes en dressant leurs membres les uns contre les autres, ou à séparer des groupes qui auraient pu être alliés pour en faire des ennemis ; créer une dissidence fictive dirigée par le Bureau pour détourner les membres de l’organisation visée ; faire passer faussement un membre pour un indicateur de police.) ». consulter la source
Undercover Policing Inquiry, Tranche 1 Interim Report, 29 juin 2023 (Special Demonstration Squad, 1968-1982), cité par Garden Court Chambers, conseils de parties civiles — notre traduction : « The question is whether or not the end justified the means set out above. I have come to the firm conclusion that, for a unit of a police force, it did not; and that had the use of these means been publicly known at the time, the SDS would have been brought to a rapid end. » (La question est de savoir si la fin justifiait les moyens exposés ci-dessus. Je suis parvenu à la ferme conclusion que, pour une unité de police, elle ne les justifiait pas, et que, si l’emploi de ces moyens avait été connu du public à l’époque, il aurait été rapidement mis fin à la SDS.) ; résumé des avocats : « only three, of the more than 1,000 groups infiltrated, by the SDS posed any credible threat ». ». consulter la source
Ministère de la Sécurité d’État (RDA), Richtlinie Nr. 1/76 zur Entwicklung und Bearbeitung Operativer Vorgänge, janvier 1976, citée d’après R. Engelmann et F. Joestel, « Grundsatzdokumente des MfS », MfS-Handbuch, 2004, p. 287 (Wikipédia, en allemand, « Zersetzung (Ministerium für Staatssicherheit) ») — notre traduction : « Erzeugen von Misstrauen und gegenseitigen Verdächtigungen innerhalb von Gruppen […] ; örtliches und zeitliches Unterbinden beziehungsweise Einschränken der gegenseitigen Beziehungen der Mitglieder einer Gruppe » (susciter la méfiance et les soupçons mutuels au sein des groupes […] ; empêcher ou restreindre, dans l’espace et dans le temps, les relations entre les membres d’un groupe). ». consulter la source
Jo Freeman (Joreen), « The Tyranny of Structurelessness », conférence de 1970, publiée en 1972 (The Second Wave ; Berkeley Journal of Sociology, vol. 17, 1972-1973) — notre traduction : « Thus structurelessness becomes a way of masking power » (l’absence de structure devient ainsi une manière de masquer le pouvoir) ; « Elites are not conspiracies. Very seldom does a small group of people get together and deliberately try to take over a larger group for its own ends. » (Les élites ne sont pas des complots. Il est très rare qu’un petit groupe se réunisse pour prendre délibérément le contrôle d’un groupe plus large à ses propres fins.) ». consulter la source
Mouvements unis de la Résistance, fusion du 26 janvier 1943 (Wikipédia, « Mouvements unis de la Résistance », d’après Henri Frenay, La nuit finira, et Henri Michel) : « créée le 26 janvier 1943 par la fusion des trois grands mouvements non communistes de zone sud (« Combat », « Franc-Tireur » et « Libération-Sud ») » ; « chaque mouvement conserve le pouvoir de publier son propre journal clandestin » ; « Les « décisions » du 26 janvier 1943 s’avèrent être des déclarations d’intention, poussées par Jean Moulin et concédées par les chefs de mouvement, en particulier Frenay et d’Astier. ». consulter la source
#PIC, Abécédaire, « La convergence des verticalités » (version 1 du 25 septembre 2026) : « Le pouvoir a une méthode éprouvée pour neutraliser ceux qui veulent s’unir contre lui : leur proposer la fusion. » ; « le 27 mai 1943, au 48 rue du Four, à Paris, Jean Moulin réunit autour d’une même table les mouvements de résistance, deux syndicats et six partis […]. Ils ne s’aimaient pas ; ils voulaient la même chose. ». consulter la source
Henri Giraud et le Comité français de la Libération nationale, 1943-1944 (Wikipédia, « Henri Giraud (militaire) », d’après Robert Paxton, André Kaspi et Henri Amouroux) : « Le 3 juin 1943, le Comité français de Libération nationale (CFLN) […] est officiellement créé via la fusion du Comité national français du général de Gaulle et du Commandement en chef français civil et militaire du général Giraud » ; « de juin à novembre 1943 les deux généraux sont coprésidents » ; « Le 8 avril 1944, de Gaulle reçoit Giraud et l’informe que le CFLN va le nommer inspecteur général des Armées, car les fonctions de commandant en chef vont être supprimées. ». consulter la source
Télégramme d’Eugène Chavant, nuit du 21 au 22 juillet 1944, cité par Pierre Dalloz, Vérités sur le drame du Vercors, 2014, p. 291 ; analyse de Gilles Vergnon, Le Vercors, histoire et mémoire d’un maquis, 2002 (Wikipédia, « Maquis du Vercors ») : « Et nous serons d’accord avec eux (la population) pour dire que ceux qui sont à Londres et à Alger n’ont rien compris à la situation dans laquelle nous nous trouvons et sont considérés comme des criminels et des lâches. Nous disons bien : criminels et lâches » ; Vergnon : « il n’y a pas eu trahison, mais abandon » (synthèse de l’article). ». consulter la source
Maquis des Glières, janvier-mars 1944 (Wikipédia, « Maquis des Glières », d’après Jean-Louis Crémieux-Brilhac, 1975, et Claude Barbier, Le Maquis de Glières. Mythe et réalité, Perrin, 2014) ; Ordre de la Libération, fiche de Théodose Morel : « Maurice Schumann, BBC, 6 avril 1944 : « Héros des Glières, quelle est votre plus belle victoire ? […] Pour tout dire, d’avoir déjà ramené Bir Hakeim en France. » ; Crémieux-Brilhac : « une défaite des armes peut être une victoire d’opinion » ; Ordre de la Libération : Théodose Morel, « Compagnon de la Libération à titre posthume par décret du 20 novembre 1944 ». ». consulter la source
Front populaire : manifestation du 12 février 1934 et pacte d’unité d’action du 27 juillet 1934 (Wikipédia, « Front populaire (France) », d’après Antoine Prost et Serge Berstein) : « Dès le 12 février 1934, un mouvement en faveur d’une unité d’action se dessine lors des manifestations de rue en France. Les cortèges communistes et socialistes défilent ensemble sous la pression des militants de chaque parti. » ; « Il est certain que c’est avec l’accord de l’Internationale, dirigée depuis Moscou, que Thorez opère ce changement de stratégie ». ». consulter la source
François Mitterrand devant l’Internationale socialiste, Vienne, fin juin 1972 (Institut François Mitterrand, « 1965-1981 : une longue marche vers le pouvoir ») : « Notre objectif fondamental, c’est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PCF lui-même, afin de faire la démonstration que sur les cinq millions d’électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste. ». consulter la source
Programme commun de gouvernement (1972) et sa rupture (septembre 1977) (Wikipédia, « Programme commun de la gauche » ; voir aussi Christophe Batardy, Vingtième Siècle, n° 136, 2017) : « devenant ainsi le grand bénéficiaire politique du « programme commun » aux dépens d’un PCF qui perd avec la chute du mur de Berlin le soutien international dont il bénéficiait et se marginalise ». consulter la source
Nuit debout, 31 mars 2016 (Wikipédia, « Nuit debout », d’après Arrêt sur images, 8 septembre 2016) : « Ce mouvement social est pluriel et cherche à construire une « convergence des luttes » » ; groupe organisateur : « Collectif pour la Convergence des Luttes (initialement) » ; Frédéric Lordon « estime début septembre que le « feu n’a pas (ou pas encore) pris » ». ». consulter la source
Herbert Spencer, Principles of Biology, 1864, vol. I (Wikipedia, en anglais, « Survival of the fittest ») ; Patrick Tort, Darwin et le darwinisme, PUF, « Que sais-je ? », 4e éd., 2011 (Wikipédia, « Darwinisme social ») — notre traduction pour Spencer : « Spencer : « This survival of the fittest, which I have here sought to express in mechanical terms, is that which Mr. Darwin has called ’natural selection’, or the preservation of favoured races in the struggle for life. » (Cette survie du plus apte, que j’ai cherché ici à exprimer en termes mécaniques, est ce que M. Darwin a appelé « sélection naturelle ».) ; Tort : « En termes simplifiés, la sélection naturelle sélectionne la civilisation, qui s’oppose à la sélection naturelle. ». consulter la source
Nicolas Machiavel, Discorsi sopra la prima Deca di Tito Livio, livre I, chapitre 4 (it.wikisource) — notre traduction : « Titre : « Che la disunione della Plebe e del Senato romano fece libera e potente quella republica. » (Que la désunion de la plèbe et du Sénat romain rendit cette république libre et puissante.) ; « e come tutte le leggi che si fanno in favore della libertà, nascano dalla disunione loro » (et comment toutes les lois qui se font en faveur de la liberté naissent de leur désunion). ». consulter la source
Héraclite, fragment B53 (Diels-Kranz), transmis par Hippolyte (Wikipedia, en anglais, « Heraclitus ») — notre traduction : « War is father of all and king of all; and some he manifested as gods, some as men; some he made slaves, some free » (La guerre est père de toutes choses et roi de toutes choses ; des uns elle a fait des dieux, des autres des hommes ; des uns des esclaves, des autres des hommes libres.) ». consulter la source
#PIC, Abécédaire, « L’agôn » (Hésiode, Les Travaux et les Jours) et « La démocratie agonistique » (Chantal Mouffe) : « il n’existe pas une Éris, une Discorde, mais deux. L’une nourrit la guerre ; l’autre réveille le paresseux, car « le potier en veut au potier, le charpentier au charpentier » » ; « Sa distinction décisive oppose l’antagonisme, où l’autre est un ennemi à éliminer, à l’agonisme, où il devient un adversaire légitime ». ». consulter la source
Sidney Tarrow, Power in Movement, Cambridge University Press, 1998 (Wikipedia, en anglais, « Protest cycle ») — notre traduction : « a phase of heightened conflict across the social system », with « intensified interactions between challengers and authorities which can end in reform, repression and sometimes revolution » (une phase de conflit accru dans l’ensemble du système social, marquée par une intensification des interactions entre contestataires et autorités, qui peut s’achever par la réforme, la répression et parfois la révolution). ». consulter la source
#PIC, Manifeste, II, « L’Essaimage et la Coalition » ; Notre stratégie, « Essaimer, puis converger » : « nous encourageons l’essaimage : il nous apparaît souhaitable que les citoyens se re-politisent et s’engagent dans la création de multiples mouvements partageant le même ADN (vouloir voter les lois plutôt qu’élire des maîtres) sur tout le territoire. […] À l’approche des échéances cruciales, ces mouvements convergeront dans une coalition stratégique, mutualisant leurs ressources (notamment les parrainages) pour franchir les barrières érigées par l’oligarchie. » ; Notre stratégie : « Fin janvier au 12 mars 2027 — Converger. À l’approche de l’échéance, les forces convergent en une coalition qui mutualise ses ressources, et d’abord les parrainages. ». consulter la source
#PIC, Protocole, Titre I, art. 3 ; Titre IV, art. 4 et 5 ; Titre VII, art. 1, 2 et 4 ; Titre VIII, art. 3 et 5 ; Titre IX, art. 4 : « Titre I, art. 3 : « Nous ne nous rassemblons pas malgré nos divergences, mais à cause d’elles. » ; Titre IV, art. 4 : « Il n’est recevable que pour un motif de sécurité opérationnelle ou d’intégrité morale : duplicité documentée, profil de saboteur, toxicité comportementale établie. » ; Titre IV, art. 5 : « Entre membres de la Forge, […] l’identité réelle de chacun est connue et vérifiable par les autres. » ; Titre VII, art. 1 : « Prendre le collectif à témoin pour régler un différend personnel, ou constituer des clans internes, est un manquement en soi. » ; Titre VII, art. 2 : « Aucune sanction ne peut frapper un signalement fait de bonne foi, quand bien même il s’avérerait infondé. » ; Titre VIII, art. 5 : « Nul ne s’exprime au nom du mouvement sans mandat » ; Titre IX, art. 4 : « Nous ne construisons pas une organisation durable : nous construisons une organisation suffisante. ». consulter la source
Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — présentation des traductions harmonisée dans les références ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : L’ingénierie sociale · L’astroturfing · L’atomisation et l’individualisme
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La convergence des verticalités · L’agôn · La démocratie agonistique
Pour agir : notre stratégie · s’engager
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
Vous commentez et notez cette riposte ci-dessous. Une meilleure réponse, une objection plus forte, une référence qui manque : vos contradictions nourriront les versions suivantes.
Un argument ne vaut que par ceux qui le portent.

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