Abécédaire · Le processus involutionnaire

Le processus involutionnaire L’involution au sens du #PIC : entrer dans l’élection pour rendre au peuple, sans violence et par référendum, le pouvoir qu’elle lui confisque.

« Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire

Un mot piégé, à définir avant de s’en servir

Commençons par un aveu : le mot est piégé. Le Larousse le définit d’abord comme « régression, retour à un état antérieur ». Un contradicteur de bonne foi entendra que le #PIC veut revenir en arrière ; un contradicteur de mauvaise foi fera semblant de l’entendre.

Les homonymes abondent. En biologie, l’involution est la diminution d’un organe, comme l’utérus après l’accouchement. En mathématiques, c’est une opération qui est sa propre inverse.

L’anthropologue Clifford Geertz, dans Agricultural Involution (1963), nommait ainsi des formes qui, une fois abouties, se compliquent de l’intérieur sans plus progresser : les rizières de Java absorbaient toujours plus de bras sans que personne y mange mieux.

En Chine, le neijuan (内卷) est devenu viral en 2020 pour dire la compétition épuisante et stérile, et Pékin mène depuis 2025 une campagne officielle « anti-involution » contre les guerres des prix.

Chez les théosophes, chez Sri Aurobindo ou chez Ken Wilber, enfin, l’involution est la descente de l’esprit dans la matière.

Or Wilber a préfacé Reinventing Organizations de Frédéric Laloux, livre de chevet des amateurs d’intelligence collective : le militant curieux y croisera ce sens-là.

Aucun de ces sens n’est le nôtre. L’involution, au sens du #PIC, consiste à transformer un système de l’intérieur, avec ses propres règles, sans violence, jusqu’à ce qu’il rende le pouvoir qu’il avait confisqué.

De l’intérieur : on ne campe pas devant les grilles. Avec ses propres règles : on n’invente aucune légalité parallèle. Sans violence : ni contre les personnes, ni contre les biens, ni dans les mots.

Jusqu’à ce qu’il rende : l’involution a un terme, sa propre disparition, comme le dit l’entrée courte L’involution et la méta-candidature, dont cet article développe la doctrine.

L’étymologie, pour une fois, plaide pour nous. Involvere, c’est enrouler vers l’intérieur ; revolvere, rouler en arrière. Le mot « révolution » a d’abord désigné le retour des astres à leur point de départ, celui du De revolutionibus de Copernic (1543).

Bien des révolutions ont tenu cette promesse de retour, en réinstallant un maître à la place de celui qu’elles avaient chassé. Quant au mathématicien, qu’il se rassure : l’involution du #PIC ramène, elle aussi, au point de départ. En démocratie, il s’appelle le peuple.

Deux faux chemins

Le #PIC part d’un constat : la décision a été confisquée aux citoyens. L’élection les invite à choisir, tous les 5 ans, celui qui décidera à leur place ; elle ne leur demande jamais ce qu’ils veulent.

« Élire, c’est abdiquer. Voter, c’est décider. » La Constitution d’urgence en tire un principe, la primauté du vote sur l’élection. Devant la confiscation, 2 réponses viennent spontanément. Elles ont en commun d’être héroïques et de ne rien changer.

Le premier faux chemin est celui du Grand Soir : renverser d’un coup, par la rue, l’ordre établi. Il échoue d’abord devant un État aux moyens sans commune mesure avec les siens.

Il échoue ensuite quand il réussit : l’histoire est pleine de pouvoirs pris par la foule et gardés par une minorité organisée. Il échoue enfin parce que la violence, même seulement promise, fournit à ceux qu’elle vise la preuve dont ils avaient besoin pour disqualifier toute contestation.

Le #PIC est légaliste et non violent, sans exception : toute sa stratégie en dépend.

Le second faux chemin est plus respectable, et presque aussi stérile : le purisme abstentionniste. Puisque l’élection est une abdication, refusons d’y prendre part.

Albert Hirschman, dans Défection et prise de parole, distingue 2 manières d’exprimer son mécontentement : partir (exit) ou protester de l’intérieur (voice). Sur un marché, le client qui s’en va prive l’entreprise de ses revenus.

En politique, la défection ne prive le pouvoir de rien : aucune élection présidentielle n’est annulée faute de votants, et le fauteuil ne reste jamais vide. L’abstention de principe préserve la pureté du militant et laisse intact le pouvoir qu’il dénonce.

2 cas d’école montrent ces faux chemins écartés. Il faut les citer avec prudence, car la France de 2026 n’est ni le Chili de Pinochet ni la Pologne de Jaruzelski : la leçon porte sur la méthode.

En 1988, la dictature chilienne organise le plébiscite prévu par sa propre Constitution de 1980, persuadée de le gagner. Une partie de l’opposition refuse d’y participer, pour ne pas légitimer le régime ; une autre a choisi la lutte armée.

Les partisans du « non » font un autre pari : s’inscrire, voter, surveiller le dépouillement. Le 5 octobre 1988, le « non » l’emporte avec 55,99 % des suffrages, et le dictateur devra quitter la présidence.

L’année suivante, Solidarność accepte des élections conçues par le pouvoir polonais pour n’être libres qu’à moitié, et remporte en juin 1989 la quasi-totalité des sièges ouverts.

Dans les deux cas, on est entré par la porte que le pouvoir avait lui-même ouverte, persuadé qu’elle ne menait nulle part.

La prise de judo

Reste une troisième voie, qui demande plus de patience que la première et plus d’humilité que la seconde : entrer. L’Abécédaire parle de « judo institutionnel », et l’image mérite d’être prise au sérieux, car le judo n’est pas la guerre.

Jigorō Kanō, son fondateur, en résume l’esprit en 2 maximes : seiryoku zen’yō, le meilleur emploi de l’énergie, et jita kyōei, la prospérité mutuelle.

On se sert de l’élan et du poids de l’autre pour le déséquilibrer ; on salue avant, on salue après, et l’adversaire se relève.

Appliquée aux institutions, la prise consiste à utiliser la force de l’adversaire : ce qui fait la puissance du système sert à obtenir l’inverse de ce qu’il produit d’ordinaire.

La Cinquième République concentre sur une seule personne une légitimité et des pouvoirs que peu de démocraties confient à un seul élu. L’involution ne cherche pas à abattre cette force ; elle s’y appuie pour la retourner.

Le Manifeste le dit en une phrase : « Ainsi utiliserons-nous le faux “suffrage universel” (élire nos maîtres) comme un levier pour instaurer un vrai suffrage universel (voter nos lois). »

Saul Alinsky en a donné la version la plus sèche, quatrième règle de ses Rules for Radicals (1971) : Make the enemy live up to its own book of rules (obligez l’adversaire à respecter son propre règlement).

Or l’article 3 de la Constitution de 1958 proclame : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »

Le dernier référendum national date du 29 mai 2005 ; on sait ce qu’il advint de sa réponse. L’involution prend l’article 3 au mot.

C’est ainsi qu’il faut lire le cheval de Troie citoyen du Manifeste, qui emprunte « le “véhicule juridique” du mouvement politique » pour entrer dans l’arène électorale. L’image appelle une correction.

Le cheval d’Ulysse cachait des soldats et trompait ceux qui l’accueillaient ; celui du #PIC ne cache personne et ne trompe pas ses hôtes, les électeurs.

La Constitution d’urgence est en ligne, 129 articles commentables un par un ; l’engagement des Sept est écrit, le calendrier du référendum aussi.

Laocoon se méfiait des Grecs, même porteurs de présents ; il n’aurait rien eu à craindre d’un cheval de verre. Celui-ci ne prend par surprise que la routine du système, qui attend des candidats qu’ils veuillent gouverner.

La méta-candidature, ou l’involution appliquée

La méta-candidature est l’application la plus visible de cette doctrine. L’entrée courte qui lui est consacrée la définit comme une candidature dont le seul programme est de changer les règles du pouvoir.

Le #PIC veut que le peuple décide comment décider, et rassemble pour cela des militants de toutes sensibilités. Le mécanisme tient en 4 temps.

Un seul nom sur le bulletin, d’abord, parce que la loi l’exige : une candidature à l’élection présidentielle est personnelle. Ce nom sera celui de Frédéric Bascuñana, fondateur du #PIC, le candidat constitutionnel. Il porte le nom ; les Sept portent la décision. Il parle toujours au nom des six autres, comme chacun des Sept parle au nom des six autres.

Les Sept sont 7 citoyens à égalité, sans chef ; leur recrutement est en cours et leurs visages seront dévoilés bientôt.

La loi impose un visage, la doctrine impose un collège : le Conseil des Sept.

Un engagement notarié, ensuite. Les Sept, et eux seuls, signeront devant notaire, sur leurs biens personnels, un acte unique : soumettre au référendum, sans aucun délai dès l’entrée en fonctions du président élu, la Constitution d’urgence, qui institue le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières, déclenché par l’Agora citoyenne tirée au sort, sans seuil de signatures, et en posant au peuple le même jour, par une question distincte, celle de la sortie des traités européens ; et, si le peuple refuse la Constitution, lui rendre le pouvoir : le président élu démissionnera, et le #PIC s’inclinera.

Si le peuple l’adopte, le même acte engage leurs biens en cas de manquement caractérisé ; cette responsabilité sur les biens personnels est inscrite dans la Constitution d’urgence elle-même.

C’est la promesse inattaquable dont parle le Manifeste : un mandat qui comporte sa propre fin.

Un Conseil de l’Année Zéro, puis. Si le peuple dit oui, la fonction présidentielle disparaît, les Sept deviennent le Conseil des Sept, et s’ouvre une transition de 18 à 24 mois, l’Année Zéro.

Le Conseil qui la conduira réunira les Sept et les Soixante-dix-sept du mouvement, révocables un par un : sept des Soixante-dix-sept proposent la révocation, les Sept consentent à ouvrir la procédure, les Soixante-dix-sept tranchent à la majorité simple.

Ce consentement ne met pas le contrôleur à la merci du contrôlé : la révocation frappe une personne, et il en reste 76 pour contrôler le Conseil des Sept. Ce Conseil gérera les affaires courantes et ne décidera rien d’important sans référendum.

La dissolution, enfin. Le Conseil se dissoudra quand les institutions voulues par le peuple seront en place ; son nom porte sa date de péremption. On peut ne pas croire à ses promesses ; on pourra vérifier ses échéances.

La bibliothèque de l’involution

Le pouvoir est un prêt

Au milieu du seizième siècle, le jeune Étienne de La Boétie, futur ami de Montaigne, s’étonne que tant d’hommes supportent un tyran qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent. Il ne demande pas qu’on renverse le colosse, seulement qu’on cesse de le soutenir : privé de sa base, il s’effondre sous son propre poids.

4 siècles plus tard, le politiste américain Gene Sharp en a fait une théorie.

Le pouvoir des gouvernants découle de sources qui leur sont extérieures, l’autorité qu’on leur reconnaît, le concours des administrations, les compétences, les ressources, les sanctions, toutes dépendantes de la coopération de la population.

« Sans elles, le pouvoir des dominants s’affaiblit et finalement se dissout », écrit-il dans De la dictature à la démocratie. Ses continuateurs en ont tiré l’image, devenue classique, des « piliers de soutien » qu’on peut convaincre un à un de ne plus porter le toit.

Sharp a aussi décrit le « jiu-jitsu politique » : quand un pouvoir réprime brutalement des opposants restés non violents, la répression se retourne contre lui. Un cousin du judo, déjà.

Václav Havel a donné à cette théorie son personnage.

Dans Le Pouvoir des sans-pouvoir (1978), il imagine un marchand de légumes qui place dans sa vitrine, entre les oignons et les carottes, la pancarte « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Il n’y croit pas, personne n’y croit, mais en l’affichant il fait tenir le système.

Le jour où il la retire, il commence à « vivre dans la vérité ». Les 3 disent la même chose : le pouvoir est un prêt, et le prêteur peut le reprendre. En démocratie représentative, le prêt se renouvelle à date fixe, dans l’isoloir.

Le temps long

Antonio Gramsci, emprisonné par le régime fasciste, s’est demandé dans ses Cahiers de prison pourquoi la révolution avait réussi en Russie et échoué en Occident.

En Russie, répond-il en substance, l’État était tout ; en Occident, il n’est que la première ligne d’une société civile robuste, avec ses écoles, ses Églises et son sens commun.

L’assaut frontal, la « guerre de mouvement », s’y brise ; il faut une « guerre de position », patiente, qui gagne le sens commun avant de gagner le pouvoir.

Nous gardons l’idée et laissons l’uniforme au vestiaire : l’involution se prépare dans les conversations, les associations et les conseils municipaux, bien avant l’isoloir.

Faire dès maintenant ce qu’on réclame

En 1977, le sociologue américain Carl Boggs a nommé « préfigurative » la politique qui pratique aujourd’hui ce qu’elle réclame pour demain : the embodiment, within the ongoing political practice of a movement, of those forms of social relations, decision-making, culture, and human experience that are the ultimate goal (l’incarnation, dans la pratique politique quotidienne d’un mouvement, des formes de relations sociales, de décision, de culture et d’expérience humaine qui constituent son but ultime).

Un mouvement qui réclame la collégialité et se donne un chef se réfute lui-même.

Le #PIC préfigure donc les deux premiers cercles de la Constitution d’urgence, le Conseil des Sept et le Collège du contrôle démocratique ; pas les suivants, les Formulateurs et l’Agora citoyenne, qui seront tirés au sort après l’adoption de la Constitution : personne ne peut y être promis.

Des méthodes, pas des cautions

Srdja Popovic fut l’un des fondateurs d’Otpor, le mouvement étudiant serbe qui contribua à la chute de Slobodan Milošević.

Or cette chute a commencé par une élection : l’opposition, rassemblée derrière un candidat unique, gagne le scrutin du 24 septembre 2000, que le pouvoir refuse de reconnaître avant de céder, le 5 octobre, devant la grève et la rue.

Popovic en a tiré une méthode, exposée dans Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes puis dans ses travaux ultérieurs : l’humour plutôt que la colère, les petites victoires plutôt que les grandes promesses, l’unité plutôt que la pureté, et les « actions-dilemmes », qui placent l’adversaire devant un choix où il perd de toute façon.

La méta-candidature en est une : l’ignorer, c’est la laisser grandir ; la caricaturer, c’est devoir expliquer pourquoi l’on craint un référendum. À Popovic comme à Alinsky, dont on sait le goût de la polarisation, on emprunte des méthodes, jamais une boussole.

Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne disent pas

En 2011, Erica Chenoweth et Maria J. Stephan publient Why Civil Resistance Works : sur 323 campagnes menées entre 1900 et 2006, les non violentes ont réussi dans environ 53 % des cas, les violentes dans 26 %.

En 2013, Chenoweth ajoute qu’aucune campagne n’avait échoué après avoir mobilisé, à son pic, 3,5 % de la population. La « règle des 3,5 % » est devenue un slogan, que son autrice a passé les années suivantes à tempérer.

En 2020, elle précise que the rule is a tendency, rather than a law (la règle est une tendance plutôt qu’une loi), et constate que le taux de succès des campagnes non violentes est passé d’environ 65 % dans les années 1990 à moins de 34 % depuis 2010.

Kyle R. Matthews rappelle enfin que the dataset contains no campaigns seeking social change in liberal, Western democracies (les données ne contiennent aucune campagne de transformation sociale menée dans une démocratie libérale occidentale).

Ces travaux enseignent beaucoup sur la discipline non violente ; ils ne promettent rien à la France de 2027.

La morale du détournement

« La politique consiste en un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur. »

Max Weber, Le Savant et le Politique, traduction de Julien Freund

Reste la question que chaque militant finit par se poser : se présenter à une élection qu’on critique, n’est-ce pas jouer double jeu ?

Max Weber a fixé les termes du débat en 1919, dans la conférence publiée en français sous le titre Le Savant et le Politique. Il y oppose l’éthique de conviction, qui agit selon ses principes et laisse au monde la charge des conséquences, et l’éthique de responsabilité, qui répond des effets prévisibles de ses actes.

Le puriste qui refuse l’élection pour ne pas se compromettre agit selon la première : sa conscience est en paix, et l’oligarchie aussi. Péguy raillait déjà le kantisme, qui « a les mains pures » mais « n’a pas de mains ».

L’involution choisit la seconde : elle accepte un instrument imparfait, parce qu’elle entend répondre du résultat.

Le détournement a pourtant des bornes, que le #PIC fixe lui-même. Il ne ment pas : tout ce qu’il fera est écrit d’avance. Il ne triche pas : il respecte chaque règle qu’il entend changer, y compris celles qui le gênent.

Il ne violente personne. Il ne détourne qu’une chose, la fonction d’une élection, qui cessera de désigner un maître pour rendre la parole à ceux qui l’avaient donnée.

Quatre objections sérieuses

« C’est pactiser avec le diable »

L’objection la plus forte a un nom et une date : Robert Michels, 1911. Étudiant la social-démocratie allemande, le sociologue formule une « loi d’airain de l’oligarchie » : « Qui dit organisation, dit tendance à l’oligarchie ».

Tout mouvement qui entre dans l’arène électorale se donne des chefs, des permanents, des carrières, et finit par ressembler à ce qu’il combattait. L’Europe récente compte plus d’un parti « antisystème » devenu vite un parti comme les autres.

Le #PIC ne prétend pas échapper à la pente par vertu, mais par construction.

La méta-candidature est conçue contre Michels : un collège de 7 égaux au lieu d’un chef ; la promesse de soumettre une Constitution au peuple et de rendre le pouvoir s’il la refuse, au lieu de celle de gouverner ; les biens personnels des Sept engagés devant notaire ; les Soixante-dix-sept révocables un par un ; une date de péremption pour le Conseil de l’Année Zéro.

La tentation demeure, mais chaque verrou est posé là où, chez Michels, l’oligarchie s’installe. Pactiser suppose d’ailleurs qu’on vende quelque chose. L’involution ne vend rien : elle emprunte une porte, et publie d’avance l’heure de sa sortie.

« Les outils sont verrouillés »

Les institutions ont prévu la contestation, et l’ont désamorcée. Preuve cruelle : le référendum d’initiative partagée sur la privatisation d’Aéroports de Paris a réuni 1 093 030 soutiens, pour un seuil de 4 717 396.

Le Conseil constitutionnel lui-même, en juin 2020, a relevé que des électeurs avaient pu être découragés par « l’exigence d’un nombre de soutiens à atteindre très élevé » et rappelé que, même ce seuil franchi, la tenue d’un référendum « n’est qu’hypothétique ». À quoi bon jouer le jeu ?

Précisément parce que ces outils-là sont verrouillés, l’involution vise celui qui ne l’est pas : l’élection présidentielle, où, l’épreuve des parrainages franchie, un bulletin vaut un bulletin, sans seuil de soutiens entre une majorité et son résultat.

Le RIP de 2019 a au moins montré qu’un million de Français voulaient décider eux-mêmes : une base, pas un plafond.

« 3,5 % suffiront »

La version séduisante : la science aurait trouvé le seuil. Mobilisons 3,5 % de la population, près de 2 millions et demi de personnes en France, et le pouvoir cédera. Environ 3 000 personnes prennent aujourd’hui le #PIC au sérieux ; il suffirait de multiplier.

La loyauté envers la recherche oblige à répondre non. Chenoweth parle d’une tendance, pas d’une loi ; ses données ne portent sur aucune démocratie libérale occidentale ; les succès des mouvements non violents ont reculé depuis 2010.

L’involution ne mise d’ailleurs sur aucun seuil de mobilisation de rue. Elle s’en remet à l’arithmétique de l’isoloir, plus exigeante et plus honnête : franchir le premier tour, puis réunir la majorité des suffrages exprimés.

Aucun chiffre magique ne dispense de convaincre, un par un, des millions de gens.

« La non-violence, c’est l’impuissance »

Les puissants ne cèdent qu’à la peur, dit l’objection ; le légalisme est un luxe de gens satisfaits, et la non-violence un aveu de faiblesse.

C’est confondre non-violence et passivité. Des 198 méthodes recensées par Sharp, aucune ne se confond avec l’attente : protester, persuader, refuser de coopérer, intervenir, ce sont des actes.

Chenoweth observe que les mouvements qui tolèrent un « flanc violent » perdent en efficacité.

Hannah Arendt avait posé le principe en 1970, dans On Violence : Violence can destroy power; it is utterly incapable of creating it (la violence peut détruire le pouvoir ; elle est tout à fait incapable de le créer).

Or l’involution ne cherche pas à détruire un pouvoir. Elle veut en créer un, celui du peuple de décider, et aucun pavé n’a jamais institué un référendum.

Ce qu’on en fait, demain matin

  1. Dire le mot avec sa définition. Chaque fois que vous écrivez « involution », ajoutez « au sens du #PIC » et la phrase qui la définit. Un mot sans définition est un cadeau fait au contradicteur.
  2. Vérifier votre inscription sur les listes électorales, et celle de vos proches : la leçon chilienne est d’abord une leçon d’inscription. On peut s’inscrire jusqu’au sixième vendredi qui précède le scrutin ; service-public.fr publiera la date limite pour le premier tour du 18 avril 2027.
  3. Faire l’inventaire des piliers autour de vous. Le maire d’abord, dont la signature compte : un candidat doit réunir, entre la fin janvier et le 12 mars 2027, 500 parrainages d’élus venus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer. Le Manifeste encourage l’essaimage, des collectifs locaux et divers qui convergeront en coalition au moment décisif.
  4. Préfigurer dans votre groupe local. Pas de chef, des rôles qui tournent, des décisions prises après avoir sollicité l’avis de ceux qu’elles concernent.
  5. Lire et commenter la Constitution d’urgence, article par article : 235 révisions, dont celles nées de la relecture citoyenne, y sont déjà intégrées.
  6. Tenir la discipline non violente, jusque dans les mots. Ni insulte, ni menace, ni vocabulaire guerrier, y compris sur les réseaux sociaux : l’outrance d’un militant sert l’adversaire.
  7. Décrocher la pancarte. Dire autour de vous, sans emphase, pourquoi vous voterez en avril 2027 pour la dernière fois pour un nom. Et, si le cœur vous en dit, rejoindre le #PIC.

La dernière élection de ce genre

L’involution demande un effort d’imagination : se représenter une élection présidentielle dont le vainqueur aurait pour premier geste de rendre la décision. Elle ne promet pas de Grand Soir. Elle promet un lendemain, celui où le peuple répondra à une question plutôt qu’à un casting.

Si le pari réussit, le printemps 2027 aura vu la dernière élection de ce genre, la dernière où l’on confie à un seul nom le soin de décider de tout.

S’il échoue, le peuple aura dit non, le président élu aura démissionné, et personne ne pourra prétendre qu’on lui a pris quoi que ce soit. C’est l’avantage d’une doctrine qui prévoit sa propre défaite.

L’involution au sens du #PIC ne désigne donc aucun retour en arrière. Elle désigne un mouvement vers l’intérieur, là où le pouvoir s’est retiré, pour le rendre à ceux qui le prêtent.

Pour aller plus loin

  • Étienne de La Boétie, Le Discours de la servitude volontaire, Payot, 1976.
  • Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy, 1993 ; trad. fr. De la dictature à la démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération, L’Harmattan, 2009.
  • Václav Havel, Le Pouvoir des sans-pouvoir (1978), trad. Jan Rubeš, Éditions Première Partie.
  • Antonio Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, textes présentés par Razmig Keucheyan, La Fabrique, 2012.
  • Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty, Harvard University Press, 1970 ; trad. fr. Défection et prise de parole, Fayard, 1995.
  • Max Weber, Le Savant et le Politique, trad. Julien Freund, Plon, 1959.
  • Saul Alinsky, Rules for Radicals, Random House, 1971 ; trad. fr. Être radical. Manuel pragmatique pour radicaux réalistes, Aden, 2012.
  • Carl Boggs, « Marxism, Prefigurative Communism, and the Problem of Workers’ Control », Radical America, vol. 11, 1977.
  • Srdja Popovic et Matthew Miller, Blueprint for Revolution, Spiegel & Grau, 2015 ; trad. fr. Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes, Payot, 2015.
  • Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, Why Civil Resistance Works, Columbia University Press, 2011.
  • Erica Chenoweth, « The Future of Nonviolent Resistance », Journal of Democracy, vol. 31, n° 3, 2020.
  • Kyle R. Matthews, « Social movements and the (mis)use of research: Extinction Rebellion and the 3.5% rule », Interface, vol. 12, n° 1, 2020.

Voir aussi : L’involution et la méta-candidature · L’Année Zéro · La Charte de Cincinnatus · Le pari de l’intelligence collective · Les outils de la souveraineté · Le Manifeste, partie II · La Constitution d’urgence · Notre stratégie

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Voter, c’est cautionner : le boycott des urnes délégitime le système », « Le système s’effondrera de lui-même : construisons local, pas l’Élysée », « Vous vous servez de l’élection pour abattre les institutions », « Prendre le pouvoir pour le rendre ? Personne n’a jamais fait ça », « L’article 11 ne permet pas de changer de Constitution : votre plan est illégal », « Vous n’êtes qu’une poignée : on ne change pas un pays à quelques-uns », « Sans violence, vous n’obtiendrez rien : le pouvoir ne cède qu’à la force ».

Pour aller plus loin

Le mot est neuf ; la question qu’il tranche a 2 siècles et demi. Un pouvoir délégué peut-il refaire la règle qui le délègue ?

Sieyès répond en 1789, dans Qu’est-ce que le tiers état ? : « Aucune sorte de pouvoir délégué ne peut rien changer aux conditions de sa délégation. »

Un président élu n’a donc aucune qualité pour écrire une Constitution ; il n’a qualité que pour la remettre à celui qui la fait, le pouvoir constituant.

Toute la grammaire de l’involution tient là : l’élu ne constitue pas, il convoque. La Convention en tire la conséquence en 1793.

Pour la première fois, une Constitution française est soumise à la ratification des citoyens, et sa Déclaration proclame, article 28, qu’« une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures ».

Le texte est approuvé pendant l’été à une écrasante majorité des votants, quoique plus de 5 millions d’électeurs se soient abstenus, puis déposé dans une arche de cèdre ; le 10 octobre, la Convention décrète que le gouvernement sera « révolutionnaire jusqu’à la paix ».

La Constitution ratifiée par le peuple n’entrera jamais en vigueur. La leçon est cruelle, et directement utile : un provisoire sans date de fin dévore le définitif qu’il prétend préparer.

L’objection la plus sérieuse porte une date française : le 2 décembre 1851.

Louis-Napoléon Bonaparte, élu président au suffrage universel en décembre 1848, dissout l’Assemblée, puis fait approuver par plébiscite, les 20 et 21 décembre, la délégation des pouvoirs nécessaires pour faire une Constitution.

Un an plus tard, l’Empire. Un élu du suffrage universel, un vote populaire aussitôt après, un texte fondamental neuf : c’est le schéma de l’involution, trait pour trait, et c’est la France qui l’a breveté.

L’objection mérite donc mieux qu’un haussement d’épaules, et elle se tranche par 3 critères vérifiables.

Le sens du transfert, d’abord : le plébiscite de 1851 remettait le pouvoir constituant au prince ; le référendum du #PIC retire à l’élu le sien, puisque la fonction présidentielle disparaît si le peuple dit oui et que le président démissionne s’il dit non.

La publicité, ensuite : le coup d’État était une surprise, la Constitution d’urgence est en ligne, commentable article par article, avant le premier tour.

Le contrôle, enfin : depuis la décision Hauchemaille du 25 juillet 2000, le Conseil constitutionnel accepte de juger avant le vote les actes qui organisent un référendum. Ce garde-fou gêne le #PIC autant qu’il le protège, et c’est très bien ainsi : une involution qui redouterait le juge serait un plébiscite qui s’ignore.

Ailleurs, 3 expériences récentes éclairent le mécanisme, chacune par un défaut différent.

En Colombie, le 11 mars 1990, des étudiants font glisser dans les urnes des législatives un bulletin officieux, la « septième papeleta », réclamant une assemblée constituante : environ 2 millions de voix, comptées officieusement ; le gouvernement fait alors décompter officiellement, lors de la présidentielle du 27 mai suivant, un vote sur la convocation d’une assemblée constituante, d’où sortira la Constitution de 1991.

L’élection y sert de véhicule au pouvoir constituant, mais l’initiative vient d’en bas, sans candidat.

En Islande, le 20 octobre 2012, 2 votants sur 3 approuvent le projet rédigé par un conseil constituant issu de la crise de 2008 ; le référendum n’étant que consultatif, le Parlement ne l’a jamais adopté. Un vote qui n’oblige personne n’est qu’une requête.

Au Chili, enfin, près de 78 % des votants réclament une nouvelle Constitution le 25 octobre 2020, puis près de 62 % rejettent, le 4 septembre 2022, celle qu’on leur propose ; un second projet est repoussé en décembre 2023.

Ouvrir un processus constituant et ratifier un texte sont 2 questions distinctes, et le peuple peut répondre oui à la première, non à la seconde.

Ces précédents dessinent les limites de l’hypothèse. La première est juridique : un acte notarié peut engager des biens ; il ne peut pas, à lui seul, forcer un président à signer sa démission. Sa force tient au prix qu’il fait payer au parjure et à la publicité qui l’entoure, et le reste dépend de la vigilance des électeurs.

La deuxième est temporelle : l’Année Zéro doit se garder du « jusqu’à la paix » de 1793, et sa durée de 18 à 24 mois n’a de valeur que si elle est tenue au jour près.

La troisième est arithmétique : l’involution suppose d’abord une victoire à l’élection présidentielle, le maillon le plus improbable de la chaîne. La doctrine ne le cache pas ; elle ne le résout pas non plus.

Ce qu’on retient pour le #PIC tient en 2 points.

La Constitution d’urgence a retenu la leçon chilienne : le président élu engage la procédure « par toutes les voies que lui ouvre la Constitution du 4 octobre 1958, y compris un premier référendum ouvrant le processus constituant » (Titre XVIII, article 4), ce qui sépare la question de l’ouverture de celle de la ratification ; la faisabilité de cette voie au regard de l’article 11 est discutée dans l’Autodéfense.

Et l’involution n’invente aucune de ses pièces : Sieyès lui donne sa grammaire, 1793 sa mise en garde, 1851 son contre-modèle, Bogotá, Reykjavik et Santiago leurs expériences.

Sa seule nouveauté est un engagement pris d’avance dans le sens de la dépossession. Son vrai test ne sera donc pas le oui ; ce sera le non, et la démission qui doit le suivre.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Emmanuel-Joseph Sieyès, Qu’est-ce que le tiers état ?, 1789, chapitre V (éd. Champion, 1888) : « Dans chaque partie, la constitution n’est pas l’ouvrage du pouvoir constitué, mais du pouvoir constituant. Aucune sorte de pouvoir délégué ne peut rien changer aux conditions de sa délégation. ». consulter la source

Constitution du 24 juin 1793, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 28 ; texte publié par le Conseil constitutionnel : « Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. ». consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 62-20 DC du 6 novembre 1962, Loi relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel direct : « les lois que la Constitution a entendu viser dans son article 61 sont uniquement les lois votées par le Parlement et non point celles qui, adoptées par le Peuple à la suite d’un référendum, constituent l’expression directe de la souveraineté nationale ». consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 2000-21 REF du 25 juillet 2000, dite Hauchemaille : « il appartient au Conseil constitutionnel de statuer sur les requêtes mettant en cause la régularité d’opérations à venir dans les cas où l’irrecevabilité qui serait opposée à ces requêtes risquerait de compromettre gravement l’efficacité de son contrôle des opérations référendaires ». consulter la source

Thorvaldur Gylfason, « Democracy on ice: a post-mortem of the Icelandic constitution », openDemocracy, 19 juin 2013 : « No less than 67 percent of the electorate declared their support for the bill » (pas moins de 67 % des votants se sont prononcés en faveur du projet ; notre traduction). consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 4 : « Si le peuple rejette la présente Constitution, le Président de la République élu remet sa démission, et le Conseil des Sept n’est pas institué. ». consulter la source

Version 2 — 25 septembre 2026 : formule de Michels citée à l’identique (traduction de 1914, p. 15). Voir les versions précédentes Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées. Le 5 octobre 2026 : chiffres de la Constitution d’urgence mis à jour, et désormais tenus à jour automatiquement.

Vous commentez et notez cette entrée ci-dessous. Vos objections et vos exemples nourriront les versions suivantes.

Cliquez ici pour nous faire connaître votre niveau d'approbation
[Total: 0 Évaluation moyenne: 0]

Ces mots ne valent que par ceux qui les font vivre.

Rejoindre le #PIC

Commentaires sur cette entrée

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *