L’Année Zéro L’expression inquiète, et c’est légitime : elle évoque l’« Année zéro » des Khmers rouges, en 1975, qui prétendait purifier un peuple en l’amputant de sa mémoire.
Le #PIC la reprend pour dire l’exact contraire. Son Année Zéro ne détruit rien de la civilisation : elle refonde pacifiquement les institutions politiques, en chérissant l’héritage. Elle désigne la séquence où le peuple, par référendum, se ressaisit du pouvoir constituant qui sommeille en lui (Sieyès) et se donne la Constitution qu’il a choisie.
Machiavel l’avait vu : les républiques doivent périodiquement renaître en revenant à leurs principes ; on refonde pour retrouver, non pour renier.
Surtout, ce recommencement est entouré de toutes les garanties : processus légal et pacifique, patrimoine préservé, limites inscrites d’emblée, et un organe de transition — le Conseil de l’Année Zéro — dont le nom même porte la date de péremption. Un premier jour qui naît avec ses propres bornes.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Pendant votre transition, l’État s’arrête ».
Pour aller plus loin
Le mot a une histoire, et elle ne commence pas au Cambodge.
La Révolution française, qui avait pourtant le goût des recommencements, n’a jamais connu d’an zéro : son calendrier part de l’an I, au 22 septembre 1792, et le premier jour de la République n’effaçait pas les siècles, il les datait autrement.
Le zéro vient plus tard, du vocabulaire des ruines : la Stunde Null allemande de 1945, l’Allemagne année zéro de Rossellini en 1948, puis Phnom Penh, vidée de ses habitants à partir du 17 avril 1975, dont le prêtre François Ponchaud fit connaître le calvaire dans Cambodge année zéro (1977), un livre qui, écrivait Jean Lacouture la même année, « confirme avec une terrible précision ce que l’on croyait savoir ».
Le #PIC entre donc dans un mot occupé, et il le sait. Il ne l’esquive pas : il lui rend une généalogie plus ancienne que ses usurpateurs.
Cette généalogie est constituante. Machiavel, dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live (publiés en 1531), soutient que pour ces corps composés que sont les républiques, « il n’y a pour eux de salutaire que les changements qui les ramènent à leur principe », et voudrait qu’un tel rappel ne se fasse jamais attendre plus de 10 ans.
Sieyès, en janvier 1789, en tire le principe démocratique dans Qu’est-ce que le tiers état ? : « La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout », et elle « ne peut ni aliéner, ni s’interdire le droit de vouloir ».
La Déclaration des droits du 24 juin 1793 en fait une règle, à son article 28 : « Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. »
L’Année Zéro du #PIC n’est que la mise en procédure de cette phrase : un peuple qui se ressaisit de sa Constitution n’abolit rien, il reprend ce qu’il n’avait jamais cessé de posséder.
La meilleure objection a été écrite dès 1790, et elle n’a rien perdu de sa force.
Dans ses Reflections on the Revolution in France, Edmund Burke tient la société pour une association d’un genre particulier, qui lie « non seulement les vivants entre eux, mais les vivants, les morts et ceux qui sont à naître » (notre traduction).
Qui décrète un recommencement se croit propriétaire d’un héritage dont il n’est que dépositaire ; la Terreur parut bientôt lui donner raison. Il faut lui répondre sur son terrain. Burke a raison contre la table rase ; il a tort contre la refondation.
L’Année Zéro du #PIC ne congédie pas les morts : pendant la transition, dit la Constitution d’urgence, « la continuité des services publics, de la justice, de la défense et des engagements de l’État est assurée » (Titre XVIII, article 5). Elle leur refuse seulement un droit de veto.
Et elle protège mieux que Burke ceux qui sont à naître : le droit au tâtonnement soumet régulièrement au peuple le réexamen des institutions, « afin qu’aucune génération ne soit prisonnière des choix de celles qui l’ont précédée ».
Une seule chose échappe à cette révision perpétuelle, et c’est la réponse la plus fine à 1793 comme à Burke : le peuple ne peut abolir son propre pouvoir de décider (noyau intangible).
L’histoire enseigne ensuite qu’une Année Zéro peut échouer sans drame, et réussir sans effet.
Le 5 mai 1946, les Français rejettent par référendum le premier projet de constitution de la IVe République ; une seconde assemblée constituante est élue, et un autre texte est adopté en octobre.
Le refus fut une étape de la procédure, non une catastrophe : c’est ce que prévoit l’engagement des Sept, qui rendent le pouvoir si la Constitution d’urgence est rejetée. L’Islande offre la leçon inverse.
Après la crise de 2008, un conseil constituant rédige un projet, approuvé par 66,3 % des votants au référendum consultatif du 20 octobre 2012 ; puis, note le juriste Éric Sales dans les Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel (2017), « le nouveau texte fondamental a été purement et simplement abandonné quelques mois après l’avis favorable des citoyens ».
Une refondation qui dépend du bon vouloir de ceux qu’elle dessaisit meurt en commission.
D’où les deux verrous du texte : un référendum qui décide au lieu de conseiller, et l’interdiction faite à toute autorité issue de l’ancien régime de « suspendre, retarder ou dénaturer » l’installation des institutions nouvelles (Titre XVIII, article 6).
Reste une faiblesse que le #PIC ne doit pas maquiller.
La transition est, dans toutes les refondations, le moment où le pouvoir est le plus concentré et le moins contrôlé ; or le Conseil de l’Année Zéro réunit, à côté des Sept élus, des Soixante-dix-sept cooptés par le mouvement, dont la légitimité est empruntée avant d’être acquise, quoique révocables par leurs pairs.
Le texte y répond par 3 bornes : aucune décision d’importance sans référendum, extinction de plein droit au plus tard 24 mois après l’entrée en vigueur, prolongation par le seul peuple.
Mais la frontière entre « affaires courantes » et « décision d’importance » reste à tracer par une loi organique qui n’existe pas encore.
L’Année Zéro n’est pas une promesse de pureté ; c’est l’hypothèse qu’un peuple peut recommencer sans se renier, à condition que le recommencement ait une date de fin écrite avant son premier jour.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Machiavel, Discours sur la première décade de Tite-Live, 1531, livre III, chapitre 1, trad. Jean Vincent Périès, Charpentier, 1855 : « Comme je parle ici de corps composés, tels que les républiques ou les religions, il m’est démontré qu’il n’y a pour eux de salutaire que les changements qui les ramènent à leur principe. ». consulter la source
Emmanuel-Joseph Sieyès, Qu’est-ce que le tiers état ?, 1789, chapitre V, éd. Société de l’histoire de la Révolution française, 1888 : « La nation existe avant tout, elle est l’origine de tout. » ; « une nation ne peut ni aliéner, ni s’interdire le droit de vouloir ; et quelle que soit sa volonté, elle ne peut pas perdre le droit de la changer dès que son intérêt l’exige. ». consulter la source
Edmund Burke, Reflections on the Revolution in France, 1790, dans The Works of the Right Honourable Edmund Burke, vol. III, Project Gutenberg : « it becomes a partnership not only between those who are living, but between those who are living, those who are dead, and those who are to be born » (elle devient une association non seulement entre les vivants, mais entre les vivants, les morts et ceux qui sont à naître ; notre traduction). consulter la source
Jean Lacouture, compte rendu de François Ponchaud, Cambodge année zéro (Julliard, 1977), Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 8, n° 4, 1977, p. 220 : « François Ponchaud, prêtre français qui y a passé dix ans et en possède parfaitement la langue, confirme avec une terrible précision ce que l’on croyait savoir. ». consulter la source
Éric Sales, « La transformation de l’écriture de la Constitution, l’exemple islandais », Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, n° 57, octobre 2017 : « Or, contre toute attente, le nouveau texte fondamental a été purement et simplement abandonné quelques mois après l’avis favorable des citoyens. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 5 : « Le Conseil de l’Année Zéro s’éteint de plein droit à l’installation des cercles de la souveraineté, et au plus tard vingt-quatre mois après l’entrée en vigueur de la présente Constitution ; seul le peuple, par référendum, peut prolonger ce délai. ». consulter la source
Version 1 du 24 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : L’architecture de capture systémique · L’hubris
Ce que nous instituons : Constitution, titre XVIII, art. 5 : la période de transition, le Conseil de l’Année Zéro et la continuité de l’État · Constitution, titre XVIII, art. 4 : le référendum unificateur et de l’ouverture de l’Année Zéro
Pour agir : l’Année Zéro (Notre stratégie) · le Manifeste : notre stratégie pour rendre le pouvoir aux citoyens
La riposte, dans l’Autodéfense : « Pendant votre transition, l’État s’arrête »
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
Voir l’Année Zéro replacée sur la frise du chemin du #PIC →
Vous commentez et notez cette entrée ci-dessous. Vos objections et vos exemples nourriront les versions suivantes.
Ces mots ne valent que par ceux qui les font vivre.

0 commentaire