On vous dit :
« Le référendum, c’est le plébiscite : le peuple répond à celui qui pose la question. Voyez le Brexit. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Le Brexit est l’exemple parfait de ce que nous refusons : une promesse électorale de David Cameron, un référendum consultatif, une question choisie par le pouvoir. C’est le référendum descendant.
Le #PIC défend l’inverse : le référendum d’initiative citoyenne, où la question vient d’en bas, chez nous de 7 777 citoyens tirés au sort. En Suisse, où il existe depuis plus d’un siècle, le peuple a rejeté l’immense majorité des initiatives : sur 235 soumises au vote, 26 seulement ont été acceptées. Il ne suit personne aveuglément.
Et en France, le vrai problème n’a pas été le référendum : en 2005, les Français ont dit non, et l’on a fait adopter le traité de Lisbonne sans eux.
Sources : Confédération suisse · Raul Magni-Berton · Laurence Morel · European Union Referendum Act 2015 — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Deux référendums qui n’ont rien à voir
Il faut distinguer qui pose la question. Dans le référendum descendant, l’exécutif choisit l’objet, la formulation et le moment, souvent pour obtenir un vote de confiance : c’est le plébiscite.
Dans le référendum d’initiative citoyenne, la question vient de la société : d’un nombre fixé de citoyens qui signent une demande ou, chez nous, de 7 777 citoyens tirés au sort. Les deux portent le même nom, et c’est bien commode pour ceux qui veulent les confondre.
Ce que montre la Suisse
Le peuple suisse vote en moyenne sur une quinzaine d’objets par an. Plus d’un tiers des votations nationales organisées dans le monde ont eu lieu en Suisse.
Le résultat n’est ni le chaos ni la démagogie : les initiatives sont rejetées neuf fois sur dix, et le pays est l’un des plus stables d’Europe. L’objection du « peuple manipulable » a donc une réponse empirique : quand il a l’habitude de décider, il décide avec prudence.
Ce que montre la France
Le 29 mai 2005, les Français rejettent le traité constitutionnel européen à 54,67 %, avec une participation de 69 %.
3 ans plus tard, le traité de Lisbonne, dont Valéry Giscard d’Estaing disait qu’il reprenait les mêmes outils dans un autre ordre, est rendu ratifiable par une révision votée en Congrès (560 voix contre 181), puis sa ratification est autorisée par le Parlement, sans que le peuple soit consulté.
Le danger, chez nous, n’est pas que le peuple décide mal : c’est qu’on défasse ce qu’il a décidé.
Celui qui pose la question pèse sur la réponse : ce n’est pas une opinion, c’est une expérience. En 1981, les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman soumettent à 2 groupes le même choix entre 2 programmes contre une épidémie menaçant 600 personnes.
Présenté en vies sauvées (« deux cents personnes seront sauvées »), le programme certain est choisi par 72 % des participants ; présenté en vies perdues (« quatre cents personnes mourront »), 78 % choisissent l’autre option. Même situation, formulation différente, décision inversée.
C’est pourquoi la Constitution d’urgence ne laisse pas la formulation aux gouvernants : 777 Formulateurs tirés au sort vérifient « la loyauté et la clarté des questions » et garantissent que la formulation n’oriente pas la réponse (Constitution d’urgence, Titre II, article 7).
Un plébiscite est une question posée par le pouvoir ; nous confions la vérification de la question à des citoyens tirés au sort et renouvelés.
Les relances probables
« Mais les Suisses votent aussi des horreurs, comme les minarets. »
C’est vrai, et nous le disons : c’est pourquoi la Constitution d’urgence place un noyau de droits hors d’atteinte de tout vote, et fait annuler par une Cour, saisie avant la promulgation, toute norme qui y porterait atteinte. Voir la page sur la tyrannie de la majorité.
« L’argent achètera les campagnes. »
Les études américaines montrent que l’argent réussit surtout à bloquer des initiatives, rarement à en faire adopter. D’où nos garde-fous : plafonds de dépenses et transparence des financements.
« Le Brexit a divisé le pays. »
Le pays était divisé avant ; le référendum l’a révélé. Ce qui l’a aggravé, c’est un vote unique, sans délibération préalable, sur une question binaire décidée par un Premier ministre. Tout ce que le #PIC propose de ne pas faire.
Les pièges à éviter
- Ne dites pas que la Suisse n’a jamais voté de texte discutable : les minarets (2009) vous seront opposés.
- N’affirmez pas que le Brexit était un RIC ou un référendum contraignant : il était consultatif et d’origine gouvernementale.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre I, art. 6 : le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières
- Constitution d’urgence, titre XIX, art. 5 : la garantie des droits fondamentaux et la limite au pouvoir de la majorité
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Confédération suisse (DFAE) : « En juin 2025, sur les 235 initiatives populaires ayant fait l’objet d’une votation, seules 26 ont obtenu la double majorité » ; « En moyenne, le peuple suisse se prononce sur 15 objets chaque année ». consulter la source
Raul Magni-Berton, notice « RIC », Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, 2022 : le RIC « permet aux citoyen·nes de légiférer directement, sans nécessiter le soutien de représentants » ; il est utilisé par « 24 états des Etats-Unis […] depuis plus de 100 ans ». consulter la source — et, avec Clara Egger, RIC : le référendum d’initiative citoyenne expliqué à tous, FYP, 2019.
Laurence Morel, La question du référendum, Presses de Sciences Po, 2019 ; et sur le blog de Jus Politicum (2020) : « Le référendum peut donc produire du “bon gouvernement” (direct). Mais surtout, il peut rendre meilleur le gouvernement représentatif. »
European Union Referendum Act 2015 (Royaume-Uni) : la loi ne contient aucune obligation de mettre en œuvre le résultat ; référendum consultatif du 23 juin 2016, Leave 51,89 %. consulter la source
Conseil constitutionnel, proclamation des résultats du référendum des 28 et 29 mai 2005 : non, 54,67 % ; participation 69,37 %. consulter la source — Congrès du 4 février 2008 : révision adoptée par 560 voix contre 181.
L’argument adverse. Elisabeth R. Gerber, The Populist Paradox, Princeton, 1999 : les groupes d’intérêt fortunés influencent-ils la législation directe ? Sa réponse nuancée : l’argent sert surtout à bloquer.
Amos Tversky et Daniel Kahneman, « The Framing of Decisions and the Psychology of Choice », Science, vol. 211, n° 4481, 30 janvier 1981, p. 453-458 ; résultats rapportés par Wikipédia, « Framing effect (psychology) » : « Treatment A was chosen by 72% of participants when it was presented with positive framing (« saves 200 lives »). When the question was negatively framed, the result reversed, and 78% of participants chose treatment B. ». consulter la source
Electoral Commission (Royaume-Uni), « Electoral Commission recommends change to EU Referendum question », 1er septembre 2015 : « Certains militants et membres du public jugeaient que la formulation « is not balanced and there was a perception of bias » (n’est pas équilibrée, et la question était perçue comme biaisée ; notre traduction). La question « Should the United Kingdom remain a member of the European Union? » (oui/non) devient « Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union? » (rester/partir). ». consulter la source
Version 1.5 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.4 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.3 du 27 septembre 2026 — présentation des traductions harmonisée dans les références ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1.2 du 25 septembre 2026 — ajout de relances, de références et de développements tirés des cailloux blancs et des directs, vérifiés. Version 1.1 du 25 septembre 2026 — ajout de la ligne des sources, des renvois vers l’Abécédaire, le Lexique du Pouvoir et nos textes, et du bloc « Pour prolonger ». Version 1 du même jour — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La fabrique du consentement · La propagande · Les globalistes · Le cadrage · Le référendum confisqué
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie délibérative · La démocratie directe · Le tirage au sort
Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique
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