« Le RIC sans seuil paralysera le pays »

On vous dit :

« Un RIC sans seuil de signatures, c’est la porte ouverte à tous les groupes de pression. Le pays passera son temps à voter, l’État sera paralysé, et plus aucune réforme de long terme ne sera possible. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Un groupe de pression peut acheter des signatures ; il ne peut pas acheter un échantillon tiré au hasard. Chez nous, il n’y a pas de seuil parce que l’initiative n’appartient pas à qui collecte des signatures : elle appartient à l’Agora, 7 777 citoyens tirés au sort, qui y déposent leurs doléances, en délibèrent par groupes de 7 et en tirent 12 questions au plus par votation. 777 Formulateurs, tirés au sort eux aussi, en arrêtent le libellé loyal, sous le contrôle des Soixante-dix-sept du Collège du Contrôle démocratique ; et les questions sont regroupées en 4 votations ordinaires par an, à dates fixes.

La paralysie, nous l’avons déjà, et sans référendum : un gouvernement censuré en décembre 2024, un autre tombé en septembre 2025. La Suisse, elle, vote 3 à 4 dimanches par an, et son État fonctionne.

Et quand l’exécutif et l’Assemblée se bloquent, ce n’est plus le 49.3 qui tranche : c’est le peuple.

Sources : #PIC, Constitution d’urgence · Entretien avec Pascal Sciarini · Toute l’Europe · LCP — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

La crainte est légitime, et nos textes la prennent au sérieux. Nous le reconnaissons : partout, le seuil de signatures répond à une peur légitime, celle de submerger la nation de consultations et de voir la « fatigue référendaire » tuer l’exercice.

Mais le seuil a un vice : il donne le droit d’initiative à ceux qui ont les moyens de le franchir. La Constitution d’urgence remplace ce péage : elle confie l’initiative à un échantillon du peuple lui-même.

L’Agora citoyenne, échantillon de 7 777 citoyens tirés au sort, exerce l’initiative : ses membres y déposent leurs doléances, en délibèrent par groupes de 7 et hiérarchisent les urgences (Titre II, article 8) ; elle ne soumet une question au peuple qu’à la majorité des suffrages exprimés, la moitié au moins de ses membres prenant part au vote, et 12 au plus par votation ; les Formulateurs en arrêtent le libellé loyal et la note citoyenne (article 7), sous le contrôle des Soixante-dix-sept du Collège du Contrôle démocratique ; la Cour de garantie démocratique contrôle d’office, avant le vote, chaque question soumise au peuple (Titre XIX, article 3) ; et le peuple se prononce lors des votations ordinaires, qui « ont lieu quatre fois par an, un dimanche » (article 9).

Le débit est réglé par le jugement d’un morceau du peuple, pas par l’argent.

La Suisse montre qu’un pays peut voter souvent sans se paralyser : on y vote sur des objets concrets 3 à 4 dimanches par an, en regroupant plusieurs questions le même jour.

Le contre-exemple utile est l’Italie : ses référendums abrogatoires exigent la participation de la moitié des inscrits.

En juin 2025, les partis au pouvoir ont appelé à l’abstention, la participation s’est arrêtée à 30 %, et les 5 référendums ont été invalidés. Ce n’est pas le référendum qui paralyse, c’est une règle qui transforme l’abstention en veto.

La paralysie réelle, aujourd’hui, est représentative. Le gouvernement Barnier a été renversé par une motion de censure en décembre 2024 ; le 8 septembre 2025, François Bayrou a perdu le vote de confiance par 364 voix contre 194, ce qui n’était jamais arrivé sous la Ve République.

Quand le blocage n’est pas un renversement, c’est un passage en force : la réforme des retraites de 2023 a été adoptée sans vote sur le texte à l’Assemblée, la motion de censure échouant à 9 voix près.

La Constitution d’urgence prévoit une issue : il y a conflit lorsque l’Assemblée nationale rejette à 2 reprises un projet que le Conseil des Sept a déclaré essentiel, ou ne l’a pas adopté 3 mois après son dépôt, ou lorsque le budget n’est pas adopté 70 jours après son dépôt ; le collège de juristes de la Cour de garantie démocratique constate le conflit, et le peuple tranche (Titre I, article 8).

Quant au long terme, une réforme votée par le peuple est plus stable qu’une réforme imposée : le frein à l’endettement suisse, adopté par référendum en 2001, est toujours en vigueur.

Et les membres du Conseil des Sept exercent un mandat unique de 7 ans, non renouvelable (Titre II, article 2) : aucun n’a de réélection à préparer, donc aucune raison de sacrifier l’avenir au prochain scrutin.

Les relances probables

« Sans seuil, qui empêche dix mille référendums par an ? »

L’Agora. Sans seuil ne veut pas dire que n’importe qui convoque le pays : l’initiative appartient aux 7 777 tirés au sort, qui y déposent leurs doléances. Et les votations sont regroupées à dates fixes. 12 questions au plus montent à chaque votation : celles que les 1 111 groupes de 7 ont classées en tête, puis que l’Agora retient à la majorité des suffrages exprimés, la moitié au moins de ses membres prenant part au vote (Titre II, article 8).

« Remplacer le 49.3 par un référendum, c’est voter chaque mois sur le budget. »

Le texte ne vise pas la moindre friction, et il fixe lui-même le critère : il y a conflit quand l’Assemblée rejette à 2 reprises, à 30 jours d’intervalle au moins, un projet que le Conseil des Sept a déclaré essentiel à 5 voix sur 7, ou quand le budget n’est pas adopté 70 jours après son dépôt. Le collège de juristes de la Cour le constate, et le peuple tranche à une votation ordinaire, 4 mois au moins plus tard ; d’ici là, les crédits de l’année précédente sont reconduits par douzièmes (Titre I, article 8).

« En Italie, les référendums sont un fiasco. »

À cause du quorum de participation : il suffit d’appeler à rester chez soi pour gagner. C’est ce qui s’est passé en juin 2025. C’est une raison de ne pas copier ce quorum, pas de renoncer au référendum.

« Aucun pays n’a jamais supprimé le seuil. »

C’est exact, et nous l’assumons : c’est une innovation, que nous présentons comme telle. Elle remplace une initiative qui s’achète par une initiative confiée au sort, et elle sera jugée à l’usage, révisable par le peuple lui-même.

Les pièges à éviter

  • Ne dites pas qu’il n’y aura « que quatre votes par an » : la Constitution fixe 4 votations ordinaires, mais prévoit aussi des votations extraordinaires dans les cas qu’elle énumère, et le Manifeste envisage des consultations mensuelles pendant la transition.
  • Ne présentez pas la suppression du seuil comme éprouvée : aucun pays ne la pratique. C’est un pari, à défendre comme tel. Et ne laissez jamais entendre que, sans seuil, chacun pourra saisir l’Agora ou convoquer le pays : l’initiative appartient aux 7 777.
  • Ne dites pas que la Suisse ne connaît jamais de blocage : dites qu’elle vote souvent sans être paralysée.
  • Ne qualifiez pas le 49.3 d’illégal : il est constitutionnel. Dites qu’il permet d’adopter une loi sans vote sur le texte.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 8 (Agora citoyenne) : « L’Agora fait remonter les sujets prioritaires, déclenche les référendums propositifs, modificatifs, abrogatoires et révocatoires, en toute matière législative, réglementaire ou constitutionnelle, et hiérarchise les urgences. Elle exerce le droit d’initiative citoyenne au nom du peuple, dont elle est l’échantillon : c’est pourquoi aucun seuil de signatures n’y est exigé. […] Elle ne délibère valablement que si la moitié au moins de ses membres prend part au vote. Elle décide à la majorité des suffrages exprimés de soumettre une question au peuple […]. Sont soumises au peuple, pour chaque votation, les douze premières questions du classement qui ont recueilli la majorité requise ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 8 : « Il y a conflit entre le pouvoir exécutif collégial et la chambre législative :

1° lorsque l’Assemblée nationale rejette à deux reprises, à trente jours d’intervalle au moins, un projet que le Conseil des Sept a déclaré essentiel dans les conditions de l’article 4 du Titre II, ou ne l’a pas adopté trois mois après son dépôt ;

2° lorsque la loi de finances de l’année n’est pas adoptée soixante-dix jours après son dépôt. Le collège de juristes de la Cour de garantie démocratique, saisi par le Conseil des Sept, par un dixième des membres de l’Assemblée nationale ou par soixante-dix-sept membres de l’Agora citoyenne, constate le conflit dans les huit jours. Le projet, et s’il y a lieu le texte que l’Assemblée lui oppose, sont alors soumis au peuple, seul arbitre du désaccord […]. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 6, « Notes aux Picouriens » : « Le seuil réserve l’initiative à qui peut payer la collecte. Chez nous, l’initiative appartient à un échantillon du peuple : l’Agora citoyenne, tirée au sort, dont les sept mille sept cent soixante-dix-sept membres, convoqués tous les trois mois, déposent leurs doléances ; les Formulateurs en arrêtent des questions loyales, sous le contrôle du Collège du Contrôle démocratique. ». consulter la source

Entretien avec Pascal Sciarini, Le Journal de l’UNIGE, n° 153 : « l’Helvète peut se prononcer sur des objets concrets trois à quatre dimanches par année ». consulter la source

Toute l’Europe, « François Bayrou perd le vote de confiance à l’Assemblée nationale, une première dans l’histoire de la Ve République », septembre 2025 : « les députés ont largement rejeté le vote de confiance, par 364 voix contre (194 pour et 15 abstentions). Jamais un Premier ministre n’était tombé après avoir sollicité ce type de vote dans l’histoire de la Ve République. ». consulter la source

LCP, « Motions de censure : le gouvernement reste en place à 9 voix près, la réforme des retraites adoptée », 20 mars 2023 : « la première motion, qui a recueilli 278 voix sur les 287 nécessaires pour faire tomber le gouvernement ». consulter la source

Référendums abrogatifs italiens des 8 et 9 juin 2025, article Wikipédia (en anglais) : « Participation : 29,89 % (Italiens de l’étranger compris) ; quorum de 50 % + 1 non atteint, résultats invalidés ; Fratelli d’Italia et la Lega appellent à l’abstention ». consulter la source

Administration fédérale des finances (Suisse), « Frein à l’endettement » : « L’art. 126 a été accepté lors de la votation populaire du 2 décembre 2001 avec une majorité de 85 % des voix. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XIX, article 3 — De la procédure de contrôle : « Toute question destinée à être soumise au peuple est déférée d’office à la Cour, réunie en ses deux collèges, avant l’ouverture de la campagne. ». consulter la source

Version 1.3 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 — citations de la Constitution d’urgence (Titre II, article 8 ; Titre I, article 6) alignées sur le texte en vigueur ; encadré « Entre nous ». Version 1.1 du 27 septembre 2026 — harmonisation avec les textes validés le 27 septembre : fonctionnement de l’Agora (12 questions au plus par votation, quorum et majorité) et contrôle d’office des questions par la Cour ; renvois vers les notes des articles ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : L’architecture de capture systémique

Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie directe · Le tirage au sort · Le frein à l’endettement

Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique

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