On vous dit :
« Quatre dimanches de vote par an, avec chaque fois jusqu’à douze questions : les Français n’iront pas. Ils boudent déjà les élections européennes. Au bout d’un an, vos votations se joueront entre militants, et une minorité décidera pour tout le monde. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Les Suisses votent jusqu’à 4 dimanches par an, et ils le font depuis des générations. À chaque scrutin, moins d’un électeur sur deux se déplace, c’est vrai. Mais des chercheurs ont suivi les mêmes électeurs pendant 30 journées de votation : seuls 10 % ne sont jamais allés voter. La plupart votent quand la question les touche ; on appelle cela la participation sélective, et c’est plutôt un signe de santé. Quand on pose aux Français une vraie question, ils viennent : près de 70 % de votants pour Maastricht en 1992, comme pour le traité constitutionnel en 2005. Notre Constitution fixe les dates un an d’avance, adresse à chaque électeur une note qui expose les arguments des deux camps, et n’exige aucun quorum : ceux qui votent décident.
Sources : Office fédéral de la statistique · Chancellerie fédérale suisse · Pascal Sciarini · Andreas Goldberg · Conseil constitutionnel · Constitution d’urgence — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Un dimanche par saison
En Suisse, la démocratie a un calendrier. La Chancellerie fédérale l’écrit sans emphase : « Jusqu’à quatre dimanches de votations sont prévus par année. » Les dates sont connues longtemps à l’avance, le matériel arrive à la maison, et l’on vote sur des objets précis : une loi, un impôt, une initiative, un traité. Personne n’y voit une épreuve ; c’est une habitude, comme on fait ses comptes à la fin du trimestre.
Les chiffres ne disent pas un peuple lassé. Selon l’Office fédéral de la statistique, la participation varie fortement d’un scrutin à l’autre, « de 28% à 79% » depuis 1990, et sa moyenne a même « légèrement augmenté » au XXIᵉ siècle, de 42 % dans les années 1980-1990 à 46 %. Quand l’enjeu est vif, l’électorat se lève : le 28 novembre 2021, la modification de la loi COVID-19 a fait voter 65,7 % des inscrits.
Ce n’est donc pas la fréquence qui épuise les électeurs. C’est le sentiment que leur vote ne change rien. La Suisse a résolu ce problème d’une manière très simple : ce que le peuple vote s’applique.
Le citoyen qui choisit ses scrutins
Regarder un seul dimanche, c’est mal regarder. À Genève, le registre électoral permet de suivre, scrutin après scrutin, les mêmes personnes, et les politistes de l’université de Genève l’ont fait. Pascal Sciarini résume : sur 10 scrutins successifs, « seuls moins de 20% des citoyens ne votent jamais ». Les autres ont voté une fois, plusieurs fois, ou à chaque fois.
Sur une période plus longue, le constat se renforce. Le politiste Andreas Goldberg, interrogé en août 2026 par swissinfo, rapporte que sur 30 journées de votation, « seuls 10% des citoyennes et citoyens ne se sont jamais rendus aux urnes ». Environ une personne sur dix vote à chaque fois ; près de 4 sur 5 votent quand la question les concerne, et seulement alors.
Les politistes appellent cela la participation sélective. Elle ressemble à une division du travail civique : chacun s’informe sur ce qu’il connaît ou sur ce qui le touche, et laisse le reste à ceux qui s’y sont penchés. Rien n’empêche le jeune médecin de voter sur l’hôpital et de s’abstenir sur la chasse ; c’est même plutôt sage.
Le quorum, prime à l’abstention
La vraie menace contre une votation n’est pas le petit nombre de votants, c’est la règle qui donne un pouvoir à ceux qui restent chez eux. Exiger que la moitié des inscrits se déplace, c’est offrir au camp du non une arme commode : il n’a plus besoin de convaincre, il lui suffit d’appeler à ne pas voter. L’Italie l’a appris à ses dépens, et notre Constitution d’urgence en tire la leçon (voir l’onglet des notes de son Titre premier, article 11).
Notre texte est donc net : « Aucune votation, nationale ou locale, n’est subordonnée à une condition de participation minimale. » La réponse qui recueille la majorité des suffrages exprimés l’emporte, et « les bulletins blancs sont décomptés et publiés » (Titre II, article 9). Celui qui veut que le non gagne n’a qu’un moyen : voter non.
Ce que notre Constitution fait pour que le vote ait lieu
Elle fixe le rythme : les votations ordinaires ont lieu « quatre fois par an, un dimanche », à des dates publiées « un an au moins à l’avance » (Titre II, article 9). On ne convoque pas le peuple à la sauvette.
Elle borne la charge : l’Agora citoyenne retient, pour chaque votation, « les douze premières questions du classement » (Titre II, article 8). Douze est un plafond, pas une obligation, et personne n’est tenu de répondre à tout.
Elle informe avant de faire voter : pour chaque question, les Formulateurs rédigent une note citoyenne qui expose les arguments opposés ; elle est adressée à chaque électeur, avec le texte soumis au vote, « quatre semaines au moins avant le scrutin » (Titre II, article 7). L’électeur qui vote n’a pas à deviner ce qu’on lui demande.
Elle garde l’urne : quel que soit le mode de vote que la loi organise, « chaque électeur peut voter en personne dans un bureau de vote, et le suffrage exprimé en personne l’emporte sur tout suffrage émis à distance » (Titre II, article 9). Le vote à distance peut faciliter la vie ; il ne remplace jamais l’isoloir.
Ce que nous concédons
La participation sélective a un défaut connu : elle n’est pas également répartie. À Genève, Pascal Sciarini observe que « la tranche des 70-80 ans vote deux à trois fois plus que les 18-25 ans ». Un peuple qui vote souvent n’est pas, par magie, un peuple où tous votent autant. Le remède ne viendra ni d’un quorum ni d’une obligation : il viendra de questions qui concernent la vie des jeunes, posées à des dates qu’ils connaissent, et suivies d’effet.
Nous concédons aussi que 4 dimanches par an demanderont un apprentissage. La France n’a plus voté par référendum depuis 2005 ; on ne passe pas d’un régime à l’autre sans tâtonner. Mais une habitude se forme comme toutes les habitudes : en recommençant. Et le jour où un vote a changé quelque chose, on revient voter le suivant.
Les relances probables
« Douze questions d’un coup, personne ne lira tout. »
Personne n’y est obligé. Chacun répond aux questions qu’il veut, et la note citoyenne lui donne, pour chacune, les arguments des deux camps, quatre semaines au moins avant le scrutin. Douze est un plafond fixé par la Constitution, pas un objectif.
« Sans quorum, 10 % de votants feront la loi. »
Qui empêche les 90 % autres de voter ? Un quorum ne fait pas venir les abstentionnistes : il donne une arme à ceux qui appellent à rester chez soi. Et ce que le peuple a adopté, il peut le défaire par un nouveau vote, que l’Agora, 7 777 citoyens tirés au sort, peut inscrire à l’ordre du jour (voir « Les minorités actives confisqueront le RIC »).
« Les Suisses ont une culture du vote ; pas nous. »
La culture vient de la pratique, pas du sang. Quand on a posé aux Français une question qui comptait, en 1992 et en 2005, près de 7 sur 10 sont allés voter. Ce qui manque en France, ce n’est pas le goût du vote, c’est l’occasion qu’il serve à quelque chose.
« Et les plus âgés décideront pour les jeunes ? »
C’est le risque réel, et nous le disons : en Suisse, les septuagénaires votent 2 à 3 fois plus que les jeunes adultes. Mais c’est aussi le cas aux élections, où l’on ne décide pourtant que du nom de celui qui décidera. Mieux vaut donner aux jeunes des questions qui les concernent qu’un député de plus à ignorer.
« Avec le vote par internet, tout le monde votera. »
Notre texte ne met pas le référendum national en ligne, et il garantit à chacun le droit de voter dans un bureau de vote, dont le bulletin l’emporte sur tout vote à distance (voir « Votre démocratie numérique sera piratée : le vote en ligne n’est pas sûr »).
Les pièges à éviter
- Ne promettez pas une forte participation à chaque scrutin : en Suisse, elle est en moyenne inférieure à la moitié des inscrits.
- Ne dites pas que les Suisses votent « quatre fois par an » comme une règle : la Chancellerie prévoit « jusqu’à » 4 dimanches ; certaines années en comptent moins.
- Ne présentez pas les 10 % qui ne votent jamais comme un chiffre national : il vient d’études sur les registres de Genève, sur 30 journées de votation.
- Ne dites pas que l’abstention est sans importance : dites qu’un quorum la récompense, et que la bonne réponse est l’information et l’effet du vote.
- Ne confondez pas votation et élection : on vote sur une question, pas pour une personne.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre II, art. 9 : le peuple souverain, cinquième cercle
- Constitution d’urgence, titre II, art. 8 : l’Agora citoyenne
- Constitution d’urgence, titre II, art. 7 : les Formulateurs
- Constitution d’urgence, titre I, art. 11 : les règles communes
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Office fédéral de la statistique (Suisse), « Participation aux votations » : « La participation aux votations populaires fédérales est en baisse depuis le début du 20e siècle mais son recul est marqué de forts soubresauts. Ainsi, dès 1990, les valeurs extrêmes étaient de 28% à 79% » ; « La participation moyenne aux votations a même légèrement augmenté (de 42% dans les années 1980/1990 à 46%) ». consulter la source
Office fédéral de la statistique, même page, tableau des votations à plus forte participation : 28 novembre 2021, « Modification de la loi COVID-19 », 65,7 %. consulter la source
Chancellerie fédérale suisse, « Votations populaires » : « Jusqu’à quatre dimanches de votations sont prévus par année ». consulter la source
« Le citoyen suisse est un votant occasionnel », entretien avec Pascal Sciarini, Le Journal de l’Université de Genève, n° 153, novembre-décembre 2018 : « bien que le taux de participation soit faible si l’on prend chaque vote séparément, on a pu montrer, en analysant dix scrutins successifs, que seuls moins de 20% des citoyens ne votent jamais » ; « la tranche des 70-80 ans vote deux à trois fois plus que les 18-25 ans ». consulter la source
Benjamin von Wyl, « Pourquoi l’abstention est si élevée en Suisse », swissinfo.ch, 11 août 2026 (propos d’Andreas Goldberg) : « sur une série de trente journées de votation, seuls 10% des citoyennes et citoyens ne se sont jamais rendus aux urnes » ; « Environ quatre personnes sur cinq ont exercé leur droit politique lors d’au moins une des trente journées de vote étudiées, mais pas lors de toutes ». consulter la source
Conseil constitutionnel, décision n° 92-19 REF du 23 septembre 1992 (traité de Maastricht) : 26 695 951 votants pour 38 305 534 inscrits, soit 69,7 % : « Electeurs inscrits : 38 305 534 ; Votants : 26 695 951 ». consulter la source
Conseil constitutionnel, décision n° 2005-38 REF du 1er juin 2005 (traité établissant une Constitution pour l’Europe) : 28 988 300 votants pour 41 789 202 inscrits, soit 69,4 % : « Electeurs inscrits : 41 789 202 Votants : 28 988 300 ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 9 : « Les votations ordinaires ont lieu quatre fois par an, un dimanche, à des dates séparées de huit semaines au moins et de seize semaines au plus » ; « Quel que soit le mode de vote que la loi organise, chaque électeur peut voter en personne dans un bureau de vote, et le suffrage exprimé en personne l’emporte sur tout suffrage émis à distance » ; « La réponse qui recueille la majorité des suffrages exprimés l’emporte, sans condition de participation minimale ; les bulletins blancs sont décomptés et publiés ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 11, 2° : « Aucune votation, nationale ou locale, n’est subordonnée à une condition de participation minimale ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, articles 7 et 8 : « elle est adressée à chaque électeur, avec le texte soumis au vote, quatre semaines au moins avant le scrutin » ; « Sont soumises au peuple, pour chaque votation, les douze premières questions du classement qui ont recueilli la majorité requise ». consulter la source
Version 1 du 5 octobre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le référendum confisqué · L’impuissance apprise · La sécession silencieuse
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie directe · La fiche référendum · Les 7 777
Pour agir : s’engager
Vous commentez et notez cette riposte ci-dessous. Une meilleure réponse, une objection plus forte, une référence qui manque : vos contradictions nourriront les versions suivantes.
Un argument ne vaut que par ceux qui le portent.

0 commentaire