On vous dit :
« Votre Agora de sept mille sept cent soixante-dix-sept citoyens délibérera et votera sur une “infrastructure numérique”. La France a renoncé au vote par Internet en 2017 par peur des cyberattaques, la Suisse l’a suspendu en 2019 après la découverte de failles, et l’Allemagne a jugé ses machines à voter inconstitutionnelles. Vous confiez la souveraineté à un serveur. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Notre texte ne met pas le référendum national en ligne. C’est l’Agora, 7 777 citoyens tirés au sort, qui délibère et vote sur une infrastructure numérique, et la Constitution d’urgence lui impose ce que les systèmes que vous citez ne réunissaient pas : code source ouvert et audité avant chaque scrutin, aucune base de données centralisée, anonymat vérifiable du votant, résultats infalsifiables, et 4 opérateurs indépendants au moins, de sorte qu’une fraude soit détectée dès qu’un seul reste loyal. Si la Cour de garantie démocratique constate un manquement, l’Agora vote physiquement jusqu’à ce qu’il soit réparé. La Cour constitutionnelle allemande a fixé en 2009 le bon critère : chaque citoyen doit pouvoir vérifier les étapes essentielles du vote « sans connaissances techniques particulières ». Nous le faisons nôtre.
Sources : France 24 · Bundesverfassungsgericht · Swissinfo · Chancellerie fédérale suisse — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Les faits cités par l’adversaire sont exacts. Le 6 mars 2017, le gouvernement a retiré aux Français de l’étranger la possibilité de voter en ligne aux législatives, en raison d’un « niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques ».
En Suisse, le test public du système de La Poste, du 25 février au 24 mars 2019, a révélé que la certification avait laissé passer des erreurs ; le 27 juin 2019, le Conseil fédéral a renoncé à faire du vote électronique un canal ordinaire, avant d’autoriser en mars 2023 la reprise d’essais limités dans 3 cantons.
Le 3 mars 2009, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a jugé contraires à la Loi fondamentale les machines à voter utilisées en 2005.
Ces précédents condamnent des systèmes, pas un principe. Ils indiquent même la voie. C’est parce que La Poste suisse a dû publier son code source que des chercheurs y ont trouvé les failles : la transparence a fonctionné.
C’est ce qu’exige la Constitution d’urgence, Titre II, article 8 : « l’ouverture intégrale du code source », « l’absence de toute base de données centralisée », « l’anonymat vérifiable du votant » et « l’infalsifiabilité des résultats ».
Le texte ajoute une garantie inspirée de l’ordonnance suisse sur le vote électronique (article 8) : aucune autorité publique ni aucune personne privée ne peut détenir seule le contrôle de l’infrastructure ; ses composants essentiels sont confiés à 4 opérateurs au moins, sans aucun lien de capital, de contrôle ou de dépendance entre eux ni avec le Conseil des Sept ou un État étranger, et conçus pour qu’une fraude soit détectée « dès lors qu’un seul des opérateurs fonctionne loyalement ».
Et si la Cour de garantie démocratique constate un manquement, l’Agora délibère et vote selon un mode physique fixé par la loi organique, jusqu’à ce qu’il y soit remédié.
Le critère allemand de publicité, que chaque citoyen puisse contrôler le scrutin sans être ingénieur, devrait figurer dans la loi organique ; nous le reprenons à notre compte.
Précisons le périmètre. La Constitution d’urgence confie l’infrastructure numérique à l’Agora, pour qu’un échantillon de 7 777 citoyens répartis dans tout le pays puisse délibérer et voter sans se déplacer à Paris.
Elle ne prévoit pas que le référendum national, celui du peuple entier, se fasse en ligne ; les modalités en sont renvoyées à la loi. Rien, dans le texte, n’oblige un électeur à voter devant un écran.
Reste la crainte la plus profonde : remplacer une élite politique par une élite technique, que seuls quelques initiés pourraient contrôler. Elle est légitime, et elle fixe la limite. Le vote électronique n’est acceptable que s’il est aussi vérifiable qu’une urne transparente.
L’Estonie montre que c’est un choix possible à l’échelle d’un pays, où plus de la moitié des votes des législatives de 2023 ont été exprimés en ligne ; l’Allemagne montre qu’un juge peut dire non. Notre texte pose les deux : l’exigence technique, et le contrôle.
Les relances probables
« “Anonymat vérifiable”, c’est une contradiction : si l’on peut vérifier, on peut retrouver le votant. »
C’est la vraie difficulté, et les cryptographes y travaillent depuis des décennies : permettre à chacun de vérifier que son vote a été compté sans pouvoir prouver à quiconque pour qui il a voté. Notre texte pose l’exigence ; si l’état de l’art ne permet pas de la tenir, on ne pourra pas faire comme si.
« On créera de faux comptes pour noyauter votre Agora. »
Personne ne s’inscrit à l’Agora : ses membres sont tirés au sort parmi les citoyens. Le vrai risque n’est pas le faux compte, c’est l’usurpation de l’identité d’un membre : c’est à cela que doivent répondre l’anonymat vérifiable et un tirage au sort contrôlable par tous.
« L’Estonie vote en ligne : copiez-la, et arrêtez de nous inquiéter. »
L’Estonie prouve que c’est faisable, pas que c’est infaillible : son système a aussi ses critiques. C’est pourquoi nous inscrivons des principes, et non une technologie, dans la Constitution.
« Et votre application de tirage au sort sera piratée, elle aussi. »
Elle ne sert pas à voter : elle tire au sort et prévient. N’importe qui peut refaire le tirage, puisqu’il s’opère « au moyen d’un aléa produit en public, que nul ne peut maîtriser seul, et d’un programme dont le code source est publié » (Titre II, article 9) ; et aucune liste nominative des tirés au sort n’existerait nulle part : il n’y a rien à voler. C’est une proposition, avec ses points faibles, que nous exposons dans « Tirer au sort 777 citoyens avant chaque votation ? Impossible, ou alors vous ficherez tout le monde ».
Les pièges à éviter
- Ne parlez pas de « blockchain » : le mot n’est pas dans notre Constitution, il fait fuir ceux qui s’y connaissent et il date. Parlez des 4 principes posés par la Constitution d’urgence, Titre II, article 8.
- Ne dites pas que le référendum national se fera en ligne : le texte ne le prévoit pas.
- Ne citez pas l’Estonie comme preuve de sûreté : c’est une preuve de faisabilité, pas d’infaillibilité.
- Dites que l’article 8 prévoit désormais un vote physique de l’Agora si la Cour constate que l’infrastructure ne satisfait pas aux exigences constitutionnelles.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le tirage au sort
- Le capitalisme de surveillance
- La neuro-ingérence
- Le klérôtèrion
- L’intégrité psychique
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre II, art. 8 : l’Agora citoyenne : les Sept mille sept cent soixante-dix-sept
- Titre VIII — De la souveraineté numérique et informationnelle
Dans l’Autodéfense :
- « Votre justice d’exception, c’est le Comité de salut public »
- « Votre maîtrise populaire de l’immigration, c’est la fin de l’asile »
- « Votre souveraineté monétaire, c’est la sortie de l’euro »
- « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral »
- « Vos tirés au sort anonymes, c’est le pouvoir de personne »
- « Des applications référendaires existent déjà : vous arrivez après la bataille »
- « Tirer au sort 777 citoyens avant chaque votation ? Impossible, ou alors vous ficherez tout le monde »
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
France 24, « Vote électronique annulé : les députés des Français de l’étranger s’insurgent », 7 mars 2017 : « Le gouvernement a annoncé « lundi 6 mars, qu’il retirait la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, de voter en ligne aux législatives de juin 2017 », en raison du « niveau de menace extrêmement élevé de cyberattaques qui pourrait affecter le déroulement du vote électronique ». ». consulter la source
Bundesverfassungsgericht, communiqué de presse n° 19/2009 du 3 mars 2009 (arrêt 2 BvC 3/07, 2 BvC 4/07) : « dass die wesentlichen Schritte der Wahlhandlung und der Ergebnisermittlung vom Bürger zuverlässig und ohne besondere Sachkenntnis überprüft werden können » (notre traduction : « que les étapes essentielles de l’acte de vote et de la détermination du résultat puissent être vérifiées par le citoyen de manière fiable et sans connaissances techniques particulières ») ». consulter la source
Swissinfo, « Le vote électronique ne devient pas un canal de vote ordinaire en Suisse », 27 juin 2019. consulter la source
Chancellerie fédérale suisse, « Public intrusion test Swiss Post system 2019 » (du 25 février au 24 mars 2019). consulter la source
Conseil fédéral suisse, communiqué du 3 mars 2023 sur la reprise des essais de vote électronique : « the cantons of Basel-Stadt, St Gallen and Thurgau basic licences for resuming trials with online voting (e-voting) in federal votes » (notre traduction : « [le Conseil fédéral accorde] aux cantons de Bâle-Ville, Saint-Gall et Thurgovie une autorisation générale de reprendre les essais de vote électronique lors des votations fédérales ») ». consulter la source
ERR News, « Estonia sets new e-voting record at Riigikogu 2023 elections », 4 mars 2023 : « Over 313,000 people voted online » ; « the first time more than 50 percent of ballots have been e-votes » (notre traduction : « Plus de 313 000 personnes ont voté en ligne » ; « la première fois que plus de 50 % des bulletins sont des votes électroniques ») ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 8, 6° — De l’infrastructure : « Les délibérations et les votes de l’Agora s’effectuent au moyen d’une infrastructure numérique souveraine garantissant l’anonymat vérifiable du votant, l’absence de toute base de données centralisée, l’ouverture intégrale du code source et l’infalsifiabilité des résultats. La puissance publique répond de son existence et de son bon fonctionnement ; aucune autorité publique ni aucune personne privée ne peut toutefois en détenir seule le contrôle. Ses composants essentiels sont exploités par quatre opérateurs au moins, désignés par l’autorité prévue au 1° de l’article 9 du présent titre au terme d’une procédure publique contrôlée par la Cour de garantie démocratique ; aucun lien de capital, de contrôle ou de dépendance contractuelle ne peut exister entre eux, ni entre l’un d’eux et le Conseil des Sept ou un État étranger ; ces composants sont conçus de telle sorte qu’une manipulation des résultats ou une atteinte au secret du vote soit détectée dès lors qu’un seul des opérateurs fonctionne loyalement ; aucun opérateur ne peut accéder aux données des votants. […] Tout citoyen peut saisir la Cour de garantie démocratique d’un manquement à ces exigences ; si la Cour le constate, l’Agora délibère et vote selon un mode physique que fixe la loi organique, jusqu’à ce qu’il y ait été remédié. ». consulter la source
Version 1.5 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.4 du 5 octobre 2026 — relance sur la convocation des Formulateurs par le sort, distinguée du vote, et renvoi vers la riposte nouvelle. Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — harmonisation avec les textes validés le 27 septembre : pluralité d’opérateurs indépendants et vote physique de l’Agora en cas de manquement constaté par la Cour (Titre II, article 8) ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le capitalisme de surveillance · La neuro-ingérence
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Le klérôtèrion · L’intégrité psychique · Le tirage au sort
Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
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