On vous dit :
« Les gens travaillent, élèvent leurs enfants, courent après les fins de mois. Ils n’ont ni le temps ni l’envie d’étudier des dossiers et de voter quatre fois par an. C’est précisément pour cela qu’on élit des représentants : c’est la division du travail. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Nous ne demandons à personne de devenir militant. Voter sur une question prend quelques minutes, au moins 4 fois par an, avec une note qui expose les arguments des 2 camps. Le travail lourd, lire les dossiers, entendre les experts, revient à des citoyens tirés au sort pour un temps limité, comme des jurés.
L’argument que vous reprenez est celui de Sieyès en 1789 : le peuple n’aurait « ni assez d’instruction, ni assez de loisir » pour faire la loi. Benjamin Constant en a montré le piège en 1819 : absorbés par nos affaires privées, nous renonçons « trop facilement » à notre part du pouvoir, et les gouvernants sont tout disposés à nous épargner toute peine, « excepté celle d’obéir et de payer ! »
Ceux qui n’ont « pas le temps » en perdent bien davantage à subir des lois votées sans eux.
Sources : Emmanuel-Joseph Sieyès · Benjamin Constant · INSEE Première n° 1928 · #PIC, Constitution d’urgence — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
La division du travail politique n’est pas une découverte récente : c’est la justification fondatrice du gouvernement représentatif. Sieyès l’énonce le 7 septembre 1789 : faute « d’instruction » et « de loisir », les citoyens doivent « se nommer des Représentans ».
Benjamin Constant, qui défendait pourtant la liberté des Modernes, celle de la vie privée, en a vu le piège : « Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique. »
Sa conclusion n’est pas de renoncer à l’une des deux libertés, mais d’« apprendre à les combiner l’une avec l’autre ».
Constant va plus loin, et on l’oublie : les peuples qui choisissent le système représentatif « doivent exercer une surveillance active et constante sur leurs représentants, et se réserver […] le droit de les écarter s’ils ont trompé leurs vœux, et de révoquer les pouvoirs dont ils auraient abusé ».
Le père du libéralisme français réclamait la révocabilité. Et les Français ne sont pas indifférents : selon l’INSEE, lors des élections de 2022, seuls 16 % des inscrits n’ont voté à aucun des 4 tours.
Les gens votent quand l’enjeu les concerne ; ce qu’ils refusent, c’est de se déplacer pour choisir un maître qui décidera de tout sans eux.
Notre Constitution d’urgence ne demande pas à chacun d’être un citoyen à plein temps ; elle répartit l’effort autrement. Le peuple tranche, au moins 4 fois par an, les questions qui lui parviennent (Constitution d’urgence, Titre II, article 9).
Le travail d’instruction revient à des citoyens tirés au sort, les Formulateurs, tirés au sort pour une seule votation : un corps neuf siège pour chaque votation, et nul n’y siège pour 2 votations de suite (Constitution d’urgence, Titre II, article 7).
Et le texte prend le temps des citoyens au sérieux jusqu’à en faire un droit : quand l’administration fait perdre à un citoyen un temps déraisonnable, il a droit à réparation (Constitution d’urgence, Titre XV, article 1).
Les relances probables
« Moi, je ne veux pas m’en occuper, et c’est mon droit. »
C’est votre droit, et personne ne vous y obligera : c’est la liberté que Constant appelait celle des Modernes. Mais alors vous acceptez que d’autres décident pour vous. Nous proposons seulement que la porte soit ouverte le jour où la question vous concerne.
« Les tirés au sort perdront leur emploi ou leurs revenus. »
La Constitution d’urgence renvoie ces modalités à la loi organique. Le modèle existe déjà : le juré d’assises perçoit une indemnité de session, et aucun salarié ne peut être sanctionné ni licencié pour avoir exercé les fonctions de juré (Code du travail, article L1132-3-1). Garantir la même protection aux Formulateurs n’est pas une option, c’est une condition pour que le tirage au sort ne profite pas qu’aux retraités et aux rentiers.
« Ceux qui ont du temps, les militants et les retraités, décideront pour les autres. »
C’est le défaut des systèmes à signatures, pas du nôtre : chez nous, ce sont des citoyens tirés au sort, un échantillon du peuple entier, qui font remonter les sujets, puis tout le monde vote. Voyez notre riposte : « Les minorités actives confisqueront le RIC ».
Les pièges à éviter
- Ne pas faire la morale aux abstentionnistes (« paresse », « aquabonisme », « consommateurs passifs ») : on ne convainc pas quelqu’un en l’insultant.
- Ne pas prétendre que la démocratie directe ne coûte aucun temps : les Formulateurs auront une charge lourde, et il faut le dire.
- La protection de l’emploi des tirés au sort n’est pas écrite dans la Constitution d’urgence : la présenter comme une exigence pour la loi organique, non comme un acquis.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le tirage au sort
- La démocratie représentative
- La révocabilité
- L’échevinage et le jury populaire
- La démocratie directe
- Les deux libertés
- La sécession silencieuse
- La néoténie civique
- L’aristocratie élective
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre II, art. 9 : le peuple souverain, cinquième cercle
- Constitution d’urgence, titre II, art. 7 : les Formulateurs : les Sept cent soixante-dix-sept
- Constitution d’urgence, titre XV, art. 1 : la valeur du temps du citoyen
Dans l’Autodéfense :
- « Les minorités actives confisqueront le RIC »
- « Les Français sont des veaux »
- « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents »
- « L’abstention prouve que les gens ne veulent pas décider »
- « Tirer au sort 777 citoyens avant chaque votation ? Impossible, ou alors vous ficherez tout le monde »
- « Quatre votations par an ? Personne n’ira voter »
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Emmanuel-Joseph Sieyès, Dire de l’abbé Sieyès sur la question du veto royal, séance du 7 septembre 1789, Versailles, Baudouin, 1789 (Wikisource) : « D’abord, la très-grande pluralité de nos Concitoyens n’a ni assez d’instruction, ni assez de loisir, pour vouloir s’occuper directement des Lois qui doivent gouverner la France ; leur avis est donc de se nommer des Représentans. ». consulter la source
Benjamin Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819 (Œuvres politiques, Wikisource) : « Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique. Les dépositaires de l’autorité ne manquent pas de nous y exhorter. Ils sont si disposés à nous épargner toute espèce de peine, excepté celle d’obéir et de payer ! ». consulter la source
Benjamin Constant, même discours : « …les peuples, qui dans le but de jouir de la liberté qui leur convient recourent au système représentatif, doivent exercer une surveillance active et constante sur leurs représentants, et se réserver à des époques, qui ne soient pas séparées par de trop longs intervalles, le droit de les écarter s’ils ont trompé leurs vœux, et de révoquer les pouvoirs dont ils auraient abusé. ». consulter la source
INSEE Première n° 1928, novembre 2022, « Élections présidentielle et législatives de 2022 : seul un tiers des électeurs a voté à tous les tours » : « 16 % des électeurs inscrits pour les élections présidentielle et législatives n’ont voté à aucun tour de ces scrutins (abstention systématique) ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre XV, article premier : « Le temps du citoyen a une valeur que l’administration est tenue de respecter. ». consulter la source
#PIC, Abécédaire, « Les deux libertés » : « Dès 1819, Benjamin Constant opposait la liberté des Anciens, active et publique, à celle des Modernes, faite de la jouissance paisible de la vie privée, en avertissant qu’à force de savourer la seconde on risque de perdre les garanties politiques qui la protègent. ». consulter la source
Code du travail, article L1132-3-1 (issu de la loi du 10 août 2011), Code du travail numérique : « Aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire mentionnée à l’article L. 1132-1 en raison de l’exercice des fonctions de juré ou de citoyen assesseur. ». consulter la source
Version 1.5 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.4 du 5 octobre 2026 — les Formulateurs sont désormais tirés au sort pour chaque votation (Constitution d’urgence, Titre II, article 7, version 7) ; renvoi vers la riposte nouvelle sur leur convocation. Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La sécession silencieuse · La néoténie civique · L’aristocratie élective · La concertation-alibi · Le pain et les jeux
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Les deux libertés · L’échevinage et le jury populaire · La démocratie directe
Pour agir : l’Université populaire de l’intelligence collective
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