La démocratie représentative Pendant plus de 2 millénaires, nul n’aurait appelé « démocratie » un régime d’élection. À Athènes, le peuple votait lui-même les lois et tirait au sort ses magistrats ; Aristote, puis Montesquieu, rangeaient l’élection du côté de l’aristocratie.
Les fondateurs des régimes modernes ne s’en cachaient pas : Sieyès voulait que les citoyens renoncent à faire eux-mêmes la loi, et Madison opposait la république représentative à la démocratie qu’il redoutait.
Le mot glorieux ne fut adopté qu’au XIXᵉ siècle, lorsque l’élargissement du suffrage le rendit désirable.
Bernard Manin a décrit la charpente de ce gouvernement représentatif : des élus socialement distincts des électeurs, un mandat libre de toute promesse, des décisions prises sans consulter le peuple entre 2 scrutins.
Robert Michels y a ajouté sa « loi d’airain de l’oligarchie » : toute délégation permanente engendre une classe de professionnels du pouvoir.
Octave Mirbeau, dans Le Figaro du 28 novembre 1888, en tirait la leçon la plus féroce : « l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois ». Sa cible était la délégation, jamais la décision populaire ; mais la grève du vote qu’il prêchait a montré sa limite : l’abstention ne coûte rien à ceux qu’elle vise.
Quant au référendum d’initiative partagée, en vigueur depuis 2015, il n’a jamais abouti : contre la privatisation d’Aéroports de Paris, en 2019, à peine plus d’un million de signatures, moins du quart du seuil exigé.
Le #PIC ne prétend pas abolir la représentation, dont un pays de près de 69 millions d’habitants ne saurait se passer ; il la subordonne.
Référendum d’abord, délégués ensuite, mandat impératif, révocabilité, tirage au sort : la représentation redevient un outil au service du peuple.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents », « La démocratie représentative a fait ses preuves », « Vous êtes des complotistes », « Budget, nucléaire, géopolitique : c’est trop complexe pour le peuple », « Le RIC, d’autres partis le proposent déjà : pourquoi vous ? », « Les gens ont autre chose à faire que de la politique ».
Pour aller plus loin
Le gouvernement représentatif n’a pas été inventé par défaut, faute de pouvoir réunir le peuple : il a été voulu, et ses architectes ont dit pourquoi.
Dans le Fédéraliste n° 10 (novembre 1787), Madison ne se contente pas d’opposer la république à la démocratie ; il assigne à la délégation une fonction, celle d’« épurer et d’élargir les vues du public en les faisant passer par l’intermédiaire d’un corps choisi de citoyens » (notre traduction), dont la sagesse discernerait mieux l’intérêt du pays.
L’élu n’est pas un porte-voix : c’est un filtre. Un siècle et demi plus tard, Joseph Schumpeter, dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), achève le mouvement en réduisant la démocratie à une méthode : une compétition entre équipes dirigeantes pour obtenir les suffrages, le peuple se bornant à choisir qui décidera à sa place.
Entre les deux, Hanna Pitkin, dans The Concept of Representation (1967), a rappelé le paradoxe du mot : représenter, c’est rendre présent ce qui, précisément, est absent.
L’objection de Madison est la meilleure qu’on puisse faire au #PIC, et il faut l’entendre loyalement.
Le citoyen ordinaire n’a ni le temps d’instruire les dossiers ni le recul qui protège des emballements ; une assemblée qui délibère longuement, confronte les expertises et négocie des compromis produirait des lois meilleures que la somme des humeurs.
L’argument est sérieux. Il repose pourtant sur une hypothèse qui se vérifie : que le filtre retienne les passions et laisse passer la raison. Or la France a fait, entre octobre 2019 et février 2021, l’expérience inverse.
150 citoyens tirés au sort, réunis dans la Convention citoyenne pour le climat, ont travaillé des mois avec des experts et rendu 149 propositions ; le président de la République avait promis de les transmettre « sans filtre ».
Le filtre a fonctionné dans l’autre sens : ce sont les représentants qui ont trié les délibérations des citoyens.
Dans leur avis final, les conventionnels écrivent que la promesse de la reprise « sans filtre », « réitérée à plusieurs reprises, avait suscité une forte attente et un espoir » (voir la riposte sur la Convention climat).
L’Irlande a montré qu’un autre agencement est possible.
De novembre 2016 à avril 2017, une assemblée de citoyens tirés au sort, présidée par une juge de la Cour suprême, a délibéré sur le huitième amendement de la Constitution ; elle en a recommandé l’abrogation, le Parlement a organisé le référendum, et le 25 mai 2018 le peuple l’a approuvée à 66,4 % des suffrages.
Les élus n’ont pas disparu : ils ont servi de charnière entre une délibération tirée au sort et une décision prise par tous.
La Suisse pratique depuis 1874 un agencement voisin : le Parlement légifère, mais 50 000 signatures suffisent à soumettre une loi au peuple. Dans les deux cas, la représentation n’est pas abolie ; elle a perdu le dernier mot.
La critique a ses limites, et il serait malhonnête de les taire. La démocratie directe ne dissout pas les oligarchies : une votation se prépare, se finance, se formule, et celui qui écrit la question pèse sur la réponse.
Bernard Manin l’a observé dans ses Principes du gouvernement représentatif (1995) : à la démocratie des partis succède une « démocratie du public » où l’électeur choisit des personnalités médiatiques plus que des programmes ; rien ne garantit qu’un référendum y échappe.
Le problème n’est donc pas la délégation en soi, mais la délégation sans retour : celle qui transfère la décision au lieu de transférer la tâche, et qui installe, sous le nom de démocratie, une aristocratie élective.
La Constitution d’urgence du #PIC tire de ces cas une hypothèse, pas un dogme. Elle pose la primauté du vote sur l’élection : la souveraineté s’exerce d’abord sur les projets, et « le prestige attaché à une personnalité ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir » (Titre I, article 5).
Elle garde une Assemblée, mais la compose pour deux tiers d’élus et pour un tiers de citoyens tirés au sort, dont la part pourra croître, mais n’atteindra la parité, ou la majorité, que si le peuple le décide par référendum (Titre III, article 2).
C’est l’agencement irlandais rendu permanent : les représentants préparent, les tirés au sort délibèrent avec eux, le peuple tranche. Madison voulait un filtre ; le #PIC en veut un aussi, à condition que ce soit le peuple qui tienne le tamis.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
James Madison, The Federalist n° 10, 22 novembre 1787, reproduit par l’Avalon Project (Yale Law School) : « The two great points of difference between a democracy and a republic are: first, the delegation of the government, in the latter, to a small number of citizens elected by the rest » ; « to refine and enlarge the public views, by passing them through the medium of a chosen body of citizens » (les deux grandes différences entre une démocratie et une république sont, d’abord, la délégation du gouvernement, dans la seconde, à un petit nombre de citoyens élus par les autres ; épurer et élargir les vues du public en les faisant passer par l’intermédiaire d’un corps choisi de citoyens ; notre traduction). consulter la source
Octave Mirbeau, « La Grève des électeurs », Le Figaro, 28 novembre 1888 : « Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit. ». consulter la source
Constitution du 4 octobre 1958, article 3 : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. ». consulter la source
Thirty-sixth Amendment of the Constitution of Ireland, référendum du 25 mai 2018 (notice encyclopédique : genèse par l’assemblée citoyenne de 2016-2017 et résultats officiels) : « It was put to a referendum on 25 May 2018, and was approved by 66.4% of voters. » (Il a été soumis à référendum le 25 mai 2018 et approuvé par 66,4 % des votants ; notre traduction). consulter la source
Convention citoyenne pour le climat, rapport de la session 8, avis sur les réponses apportées par le Gouvernement, mars 2021 : « La promesse de la reprise “sans filtre” des travaux de la Convention, réitérée à plusieurs reprises, avait suscité une forte attente et un espoir des conventionnels. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre III, article 2 : « L’Assemblée nationale est composée pour deux tiers de membres élus au suffrage universel direct, et pour un tiers de citoyens tirés au sort, siégeant ensemble et disposant des mêmes droits de vote. ». consulter la source
Version 2 du 25 septembre 2026 — Ajout d’Octave Mirbeau (« La grève des électeurs », 1888), qui vise la délégation et non la décision populaire, de la limite de l’abstention, et de l’échec du référendum d’initiative partagée (aucun n’a abouti ; Aéroports de Paris, 2019) ; population actualisée. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.
Lire la version 1
La démocratie représentative Pendant plus de 2 millénaires, nul n’aurait appelé « démocratie » un régime d’élection. À Athènes, le peuple votait lui-même les lois et tirait au sort ses magistrats ; Aristote, puis Montesquieu, rangeaient l’élection du côté de l’aristocratie.
Les fondateurs des régimes modernes ne s’en cachaient pas : Sieyès voulait que les citoyens renoncent à faire eux-mêmes la loi, et Madison opposait la république représentative à la démocratie qu’il redoutait.
Le mot glorieux ne fut adopté qu’au XIXᵉ siècle, lorsque l’élargissement du suffrage le rendit désirable.
Bernard Manin a décrit la charpente de ce gouvernement représentatif : des élus socialement distincts des électeurs, un mandat libre de toute promesse, des décisions prises sans consulter le peuple entre 2 scrutins.
Robert Michels y a ajouté sa « loi d’airain de l’oligarchie » : toute délégation permanente engendre une classe de professionnels du pouvoir.
Le #PIC ne prétend pas abolir la représentation, dont un pays de 67 millions d’habitants ne saurait se passer ; il la subordonne.
Référendum d’abord, délégués ensuite, mandat impératif, révocabilité, tirage au sort : la représentation redevient un outil au service du peuple.
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : L’aristocratie élective · Le principe de distinction · La loi d’airain de l’oligarchie
La riposte, dans l’Autodéfense : « La démocratie représentative a fait ses preuves » · « Le peuple a voté, il a eu ce qu’il voulait » · « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents »
Ce que nous instituons : Constitution, titre III, art. 2 : la composition hybride de l’Assemblée nationale · Constitution, titre III, art. 5 : l’abrogation du mandat non impératif et la révocabilité · Constitution, titre III, art. 1 : la fonction législative et de sa subordination au peuple
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