« La Convention climat l’a prouvé : les assemblées tirées au sort sont manipulées »

On vous dit :

« La Convention citoyenne pour le climat a tout montré : cent cinquante citoyens encadrés par des animateurs, des experts et des militants, qui accouchent des cent dix à l’heure sur autoroute et d’une taxe sur les dividendes ; puis le Président trie, et le reste finit dans un tiroir. Une assemblée tirée au sort, c’est soit la marionnette de ses organisateurs, soit le hochet du pouvoir. »

Voici ce que vous pouvez répondre

La leçon n’est pas « pas de tirage au sort », c’est « pas de tirage au sort sans décision ». Regardez ce qui s’est vraiment passé. Les citoyens n’ont pas tout avalé : ils ont rejeté à 65 % la semaine de 28 heures. Les chercheurs qui les ont observés de l’intérieur ont conclu que les organisateurs n’avaient pas entamé leur liberté de choix.

Ce qui a échoué, c’est la suite : promises à une reprise « sans filtre », les 149 propositions ont été triées par le Président.

Chez nous, aucun pouvoir ne trie : les questions naissent de 7 777 citoyens tirés au sort, 777 autres en vérifient la loyauté, puis le peuple vote, et sa décision a force obligatoire.

Sources : Élysée · Reporterre · France Bleu · Louis-Gaëtan Giraudet et al. — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

Les faits d’abord. 150 citoyens tirés au sort ont travaillé d’octobre 2019 à juin 2020 et produit 149 propositions. Le Président s’était engagé à les soumettre « sans filtre » au Parlement, au référendum ou au règlement.

Le 29 juin 2020, il en retient 146 et écarte trois « jokers » : les 110 kilomètres à l’heure sur autoroute, la taxe de 4 % sur les dividendes et la modification du préambule de la Constitution.

8 mois plus tard, invités à évaluer la prise en compte de leurs propositions par le gouvernement, les citoyens lui donnent une note moyenne de 3,3 sur 10. L’échec est celui d’une promesse, pas celui des citoyens.

L’accusation de manipulation a été étudiée. Une équipe de chercheurs qui a observé la Convention pendant toute sa durée (Giraudet et al., Humanities and Social Sciences Communications, 2022) conclut que l’apport des instances de pilotage, « albeit significant » (quoique significatif), n’a pas porté atteinte à « l’autonomie, la créativité et la liberté de choix des citoyens » (notre traduction).

Les citoyens ont d’ailleurs rejeté à 65 % la semaine de 28 heures.

Mais les mêmes chercheurs relèvent un échec : cette méthode n’a pas su susciter un soutien significatif dans le grand public, et ils appellent à renforcer les engagements qui déterminent la suite donnée aux propositions.

Autrement dit : une assemblée qui propose sans que le peuple dispose reste suspendue dans le vide.

C’est exactement la faille que corrige notre Constitution d’urgence, et notre Abécédaire le dit : le #PIC garde ce qui a fait ses preuves, tirage au sort, information contradictoire, délibération encadrée, et ajoute ce qui manquait, des assemblées dont la délibération « oblige au lieu de seulement conseiller ».

Les Formulateurs sont 777, et non 150 ; un corps neuf est tiré au sort pour chaque votation, et nul n’y siège pour 2 votations de suite ; ils n’écrivent pas de programme, ils vérifient la loyauté et la clarté des questions et rédigent, pour chaque question, une note exposant les arguments opposés (Constitution d’urgence, Titre II, article 7).

Puis le peuple vote, et sa décision « s’impose à tous les pouvoirs constitués » (Constitution d’urgence, Titre II, article 9). Plus de filtre présidentiel : le seul filtre, c’est le suffrage.

Les relances probables

« Sans le filtre du Président, on aurait eu la taxe sur les dividendes et les cent dix à l’heure. »

Peut-être, et peut-être pas : dans notre système, ces mesures auraient été soumises au peuple, qui aurait pu les rejeter. C’était son droit, pas celui d’un seul homme de choisir 3 propositions sur 149.

« Les tirés au sort ne représentent qu’eux-mêmes. »

Ils ne prétendent représenter personne : ils préparent une question loyale et une information contradictoire. La décision appartient au peuple entier. C’est la différence entre un conseil et un souverain.

« Vos Formulateurs seront briefés par des experts choisis par le pouvoir. »

Ils auditionnent des experts contradictoires, et la note qu’ils rédigent expose les arguments des deux camps. Et ce n’est pas le pouvoir qui les choisit : chaque camp dépose une liste, le sort y choisit à parts égales, chaque expert publie ses intérêts et les auditions sont publiques (Constitution d’urgence, Titre II, article 7, 3°). Voyez aussi la riposte « Les réseaux sociaux et les médias manipuleront les votes ».

Les pièges à éviter

  • Ne dénigrez pas les 150 citoyens de la Convention et ne prétendez pas qu’ils ont été « manipulés » : la recherche dit le contraire, et ce sont nos meilleurs témoins.
  • N’écrivez pas que le Président a « retenu cent quarante-six propositions » comme si elles avaient été appliquées : elles ont été transmises, et les citoyens ont jugé leur reprise très insuffisante.
  • Ne dites pas qu’aucune proposition n’a été appliquée : une partie a été reprise, notamment dans la loi Climat et résilience de 2021. Parlez du filtre et de la note de 3,3 sur 10.
  • N’attribuez pas aux Soixante-dix-sept la vérification des questions : dans la Constitution d’urgence, ce sont les Formulateurs, les Sept cent soixante-dix-sept.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Élysée, « Le Président Emmanuel Macron répond aux 150 citoyens de la Convention citoyenne pour le climat », 29 juin 2020 : « j’irai au bout de ce contrat moral qui nous lie en transmettant effectivement la totalité de vos propositions à l’exception de 3 d’entre elles ». consulter la source

Reporterre, « Macron et le climat : 3,3 sur 10 selon la Convention citoyenne », mars 2021 : « À la question « Quelle est votre appréciation de la prise en compte par le gouvernement des propositions de la Convention citoyenne ? », les citoyens ont donné une note moyenne de 3,3/10. ». consulter la source

France Bleu, « Convention citoyenne pour le climat : rejet de la proposition de réduction du temps de travail à 28 heures », 20 juin 2020 : « La mesure visant à “réduire le temps de travail sans perte de salaire dans un objectif de sobriété et de réduction de gaz à effet de serre” a été rejetée à 65%. ». consulter la source

Louis-Gaëtan Giraudet et al., « “Co-construction” in deliberative democracy: lessons from the French Citizens’ Convention for Climate », Humanities and Social Sciences Communications, 9, 2022 : « We find that the steering bodies’ input, albeit significant, did not impair the citizens’ agency, creativity, and freedom of choice. While succeeding in creating consensus among the citizens who were involved, this co-constructive approach, however, failed to generate significant support among the broader public. » (Nous constatons que l’apport des instances de pilotage, quoique significatif, n’a pas porté atteinte à l’autonomie, à la créativité et à la liberté de choix des citoyens. S’il a réussi à créer un consensus parmi les citoyens impliqués, ce mode de co-construction n’a toutefois pas suscité de soutien significatif dans le grand public ; notre traduction) ». consulter la source

Site officiel de la Convention citoyenne pour le climat : « Le Président de la République s’est engagé à ce que ces propositions législatives et réglementaires soient soumises “sans filtre” soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe ». consulter la source

#PIC, Abécédaire, « L’assemblée citoyenne » : « Le #PIC conserve ce qui a fait ses preuves, tirage au sort stratifié, information contradictoire, délibération encadrée, et y ajoute ce qui manquait : des assemblées décisionnelles, ou directement articulées au référendum, dont la délibération oblige au lieu de seulement conseiller. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 7 (Formulateurs) : « Ils vérifient la loyauté et la clarté des questions soumises au référendum, auditionnent des experts contradictoires, et rédigent les notes citoyennes exposant, pour chaque question, les arguments opposés. […] Les Formulateurs sont tirés au sort, dans les conditions de l’article 11 du Titre premier, pour une seule votation : un corps neuf est tiré au sort à l’approche de chaque votation, ordinaire ou extraordinaire, quel que soit le nombre des questions qui y sont soumises, avant que la première lui soit transmise, et le mandat de ses membres s’achève avec la proclamation des résultats ; nul ne peut siéger pour deux votations consécutives. ». consulter la source

Version 1.6 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.5 du 5 octobre 2026 — le corps des Formulateurs est désormais tiré au sort pour chaque votation : texte et citation de la Constitution d’urgence (Titre II, article 7) alignés sur le texte en vigueur ; renvoi vers la riposte nouvelle sur leur expérience. Version 1.4 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.3 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.2 du 27 septembre 2026 — présentation d’une référence harmonisée ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1.1 du 25 septembre 2026, au soir — harmonisation avec la Constitution d’urgence et le Protocole amendés le même jour (référendum engagé dès l’entrée en fonctions, engagement notarié unique, Conseil de l’Année Zéro subordonné à l’adoption, citations et chiffres vérifiés). Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La fabrique du consentement · L’astroturfing

Le mot juste, dans l’Abécédaire : L’assemblée citoyenne · Le tirage au sort · La démocratie délibérative

Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique

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