On vous dit :
« Jean Moulin, le CNR, les “Jours heureux” : vous vous drapez dans la Résistance. Ces hommes risquaient la torture et la mort ; vous risquez un commentaire désobligeant sur les réseaux. C’est de la récupération indécente. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Nous ne risquons rien de ce qu’ils ont risqué, et nous ne nous comparons pas à eux : disons-le d’abord. Mais le programme du CNR n’appartient à personne. Un ancien dirigeant du patronat a écrit en 2007 qu’il fallait le « défaire méthodiquement » ; un Président a promis en 2020 de retrouver « les Jours Heureux ». Nul ne leur a demandé de permis.
Ce que nous en retenons n’est pas une gloire, c’est une méthode : des mouvements, des partis et des syndicats qui se combattaient ont adopté ensemble un texte pour l’après-guerre, et leur conseil a survécu à l’arrestation de son président.
Nous en disons aussi les limites : le peuple n’était pas à la table, et ce programme n’a jamais été soumis à son vote. Honorer, c’est examiner, pas embaumer.
Sources : « Conseil national de la Résistance » · Denis Kessler · Emmanuel Macron · Programme du CNR — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
L’objection touche juste sur l’essentiel, et il faut commencer par là. Jean Moulin, premier président du Conseil national de la Résistance, est arrêté à Caluire le 21 juin 1943, moins d’un mois après la réunion fondatrice ; il meurt le 8 juillet sans avoir parlé.
Nous sommes des citoyens qui militent en paix, qui votent et qui publient. Nous ne nous appelons pas « résistants », et notre doctrine est non violente sans exception.
Mais aucun héritier n’a le monopole d’un texte adopté pour la nation entière.
Tout le monde s’en réclame, pour le défendre ou pour le défaire. Denis Kessler, ancien numéro deux du Medef, écrivait dans Challenges le 4 octobre 2007 qu’il s’agissait « de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ».
Emmanuel Macron concluait son allocution du 13 avril 2020 par ces mots : « nous retrouverons les Jours Heureux ». Le programme est public, sur Wikisource ; chacun peut vérifier ce que nous en disons.
Ce que nous en retenons tient en 3 traits : un texte discuté pendant des mois entre adversaires, dont l’historienne Claire Andrieu a retracé l’élaboration ; un cadre commun écrit avant la reprise de la compétition politique ; une institution qui ne dépendait pas d’un homme, puisqu’elle a continué sous la présidence de Claude Bouchinet-Serreulles, puis de Georges Bidault.
Notre Manifeste dit la même chose autrement : « On peut abattre un leader, mais pas un collectif résilient. »
Et la meilleure preuve que nous ne récupérons pas, c’est que nous en disons les limites.
Le CNR réunissait des délégués d’organisations, pas des citoyens ; son programme voulait établir la démocratie « en rendant la parole au peuple français », mais n’a jamais été soumis à son vote.
Notre Constitution d’urgence tire la leçon de ces deux points : elle confie la vérification des questions et la remontée des sujets à des citoyens tirés au sort, et aucune de ses révisions ne peut se faire sans le peuple (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 1). Une récupération embellit ; nous examinons.
Les relances probables
« Vous vous prenez pour la nouvelle Résistance. »
Non. Nous vivons en paix, sous un gouvernement élu. Comparer un gouvernement démocratique à l’occupant serait une faute morale et une erreur d’analyse ; nous ne le faisons pas.
« Les familles des résistants ne vous ont rien demandé. »
Nous ne parlons pas en leur nom. Nous lisons un texte public, adopté pour tous les Français, et nous en citons les phrases exactes, limites comprises.
« Macron aussi cite les Jours heureux : vous faites pareil. »
La différence se juge aux actes. Le texte de 1944 voulait établir la démocratie « en rendant la parole au peuple français ». Nous proposons que le peuple vote lui-même sa Constitution.
Les pièges à éviter
- Jamais « nous sommes la Résistance d’aujourd’hui », jamais d’analogie entre un gouvernement élu et l’occupant ou Vichy : c’est l’argument perdu d’avance.
- Ne reprenez pas le discours de Malraux au Panthéon en l’appliquant à nous-mêmes.
- Ne citez pas Lucie Aubrac (« Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent ») ni Croizat (« conquis sociaux ») : attributions non vérifiées.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le programme du CNR
- Le tirage au sort
- Le détricotage du programme du CNR
- La concorde citoyenne
- Le patrimoine civilisationnel
Dans nos textes :
- II. Notre stratégie pour rendre le pouvoir aux citoyens : subvertir les rouages anti-démocratiques de l’élection
- Constitution d’urgence, titre XVIII, art. 1 : l’initiative et l’adoption de la révision
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
« Conseil national de la Résistance », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « Président Jean Moulin du 27 mai 1943 au 21 juin 1943 puis Claude Bouchinet-Serreulles jusqu’au 15 septembre 1943 puis Georges Bidault jusqu’à la Libération de Paris » ; « la Fédération républicaine (droite conservatrice et catholique) » ; « le programme […] suit des principes communistes (économie planifiée), notamment sous l’impulsion de Pierre Villon ». consulter la source
Denis Kessler, « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! », Challenges, 4 octobre 2007 ; texte cité par la CGT FERC Sup, qui présente l’auteur comme « ex-numéro deux du MEDEF de 1998 à 2002 » (l’original, sur challenges.fr, n’a pas pu être consulté directement) : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! […] Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées ». consulter la source
Emmanuel Macron, Adresse aux Français, 13 avril 2020, texte publié par l’Élysée : « Mes chers compatriotes, nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les Jours Heureux. J’en ai la conviction. ». consulter la source
Programme du CNR, 15 mars 1944, seconde partie, 4o (Wikisource) : « L’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ; — La pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; — La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ». consulter la source
Claire Andrieu, Le Programme commun de la Résistance. Des idées dans la guerre, préface de René Rémond, Les Éditions de l’Érudit, 1984 (notice Gallica). consulter la source
#PIC, Manifeste, partie II : « On peut abattre un leader, mais pas un collectif résilient. ». consulter la source
« Programme du Conseil national de la Résistance », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « est un texte français adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944 » ; « De novembre 1943 à août 1944, il n’y eut aucune réunion plénière du CNR. Le bureau du CNR est donc amené à jouer un rôle essentiel dans l’élaboration du texte adopté le 15 mars 1944. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre XVIII, article premier — De l’initiative et de l’adoption de la révision : « Toute révision de la Constitution est soumise au référendum obligatoire et n’est définitive qu’après avoir été approuvée par le peuple. Aucune révision ne peut être adoptée par la seule voie des pouvoirs constitués. ». consulter la source
Version 1.3 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le détricotage du programme du CNR · La récupération
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Le programme du CNR · La concorde citoyenne · Le patrimoine civilisationnel
Pour agir : s’engager
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