On vous dit :
« Vous vous réclamez du Conseil national de la Résistance : nationalisations, Sécurité sociale, “éviction des grandes féodalités économiques et financières”. C’est un programme de gauche. Vous êtes la gauche qui n’ose pas dire son nom. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Regardez qui a signé. Le programme du CNR a été adopté au nom des communistes et des socialistes, mais aussi des démocrates-chrétiens, des radicaux et de 2 partis de droite, l’Alliance démocratique et la Fédération républicaine ; le délégué de l’Alliance, Joseph Laniel, sera président du Conseil sous la IVe République.
Le texte appelle à un gouvernement provisoire « formé par le général de Gaulle », et c’est ce gouvernement qui crée la Sécurité sociale en octobre 1945. Même Denis Kessler, qui voulait le « défaire méthodiquement », y voyait « un compromis entre gaullistes et communistes ».
Et nous n’en reprenons pas le contenu : nous n’avons pas de programme. Nous en reprenons la méthode : des adversaires qui écrivent ensemble les règles, avant de se disputer le pouvoir.
Sources : Programme du Conseil national de la Résistance · Programme du CNR · « Conseil national de la Résistance » · « Jacques Debû-Bridel » — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Regardez qui signe. La liste qui clôt le programme du 15 mars 1944 réunit les mouvements de résistance, dont l’Organisation civile et militaire, 2 syndicats rivaux, la CGT et la CFTC, et 6 partis : le Parti communiste, le Parti socialiste, les radicaux, le Parti démocrate populaire, l’Alliance démocratique et la Fédération républicaine, que Wikipédia qualifie de « droite conservatrice et catholique ».
Jacques Debû-Bridel, qui la représentait, était passé par l’Action française avant de devenir sénateur gaulliste.
Joseph Laniel, pour l’Alliance démocratique, avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940 avant d’entrer en résistance ; il fondera le Parti républicain de la liberté et présidera le Conseil sous la IVe République.
Le texte lui-même porte cette pluralité. Il appelle à « établir le gouvernement provisoire de la République formé par le général de Gaulle » et se clôt sur l’union « autour du C. F. L. N. et de son président le général de Gaulle ».
Il exige « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ».
Les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945 qui créent la Sécurité sociale sont préparées par un haut fonctionnaire, Pierre Laroque, avec le ministre Alexandre Parodi ; c’est de Gaulle qui nomme ensuite le communiste Ambroise Croizat ministre du Travail, le 21 novembre 1945.
Reconnaissons l’autre moitié du tableau : le texte doit beaucoup au Front national de la Résistance, d’obédience communiste (sans rapport avec le parti fondé en 1972), et à son représentant Pierre Villon ; il n’a été adopté qu’après plusieurs mois de négociations, dont l’historienne Claire Andrieu a retracé le détail.
Nous n’en reprenons pas le contenu. Notre règle interne est formelle (Protocole, Titre I, article 6) : « Le mouvement ne présente pas de programme et ne s’engage sur aucun contenu de politique publique. »
Sur les nationalisations comme sur le reste, c’est le peuple qui tranchera. La preuve que nous ne sommes pas un parti de gauche déguisé : on nous accuse aussi d’ultralibéralisme pour le plafond fiscal de 15 % proposé dans notre Constitution.
Nous venons, comme le dit notre page de stratégie, « de la droite, de la gauche et d’ailleurs ».
Ce que nous prenons au CNR, c’est une méthode : écrire le cadre commun avant de reprendre la compétition, par des textes amendés et signés par des adversaires. Et nous en corrigeons les deux limites. Le peuple n’était pas à la table : c’étaient des délégués d’organisations.
Et le programme n’a jamais été soumis à son vote. Chez nous, la délibération est confiée à des citoyens tirés au sort, et la Constitution d’urgence ne s’appliquera que si le peuple l’approuve par référendum.
Les relances probables
« Laniel avait voté les pleins pouvoirs à Pétain : belle référence. »
C’est précisément la leçon. En 1943, des hommes que tout séparait, y compris leur passé, ont accepté de siéger ensemble parce que l’enjeu les dépassait. La table du CNR n’était pas un tribunal des pedigrees.
« Vos vidéos citent Kessler et dénoncent les privatisations : c’est un discours de gauche. »
Nos vidéos citent un fait public : une chronique signée en 2007. La conclusion que nous en tirons n’est pas un programme économique, c’est une règle : ce que le peuple n’a pas décidé lui-même, une majorité de passage peut le défaire. Cela vaut pour la Sécurité sociale comme pour ce que la droite voudrait protéger.
« Les nationalisations ont été un échec. »
Nous n’avons ni à les défendre ni à les condamner : cela relève du peuple. Nous reprenons une méthode, pas un bilan.
« Le programme porte la marque des communistes. »
Il la porte : l’impulsion venait en grande partie de Pierre Villon, du Front national de la Résistance, d’obédience communiste. Mais le texte adopté a été amendé et signé par la droite catholique et libérale. C’est ce qui en fait un compromis, et c’est ce compromis qui nous intéresse.
Les pièges à éviter
- Ne présentez pas le CNR comme une assemblée du peuple : c’étaient des délégués de mouvements, de partis et de syndicats, et le programme n’a jamais été soumis au vote.
- N’attribuez pas au programme du CNR le droit de vote des femmes : le texte parle du « rétablissement du suffrage universel ». Le vote des femmes vient de l’amendement du communiste Fernand Grenier à l’Assemblée consultative d’Alger (ordonnance du 21 avril 1944).
- Ne citez pas « ne parlez pas d’acquis sociaux, parlez de conquis sociaux » comme une phrase établie d’Ambroise Croizat : l’attribution n’est pas sourcée.
- Ne dites pas que le CNR ne comptait « aucune femme » : Wikipédia présente Ginette Cros comme membre du CNR en 1943 ; tenez-vous-en à la composition de la réunion fondatrice, ou n’en parlez pas.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le programme du CNR
- La République
- Le plafond fiscal universel
- Le tirage au sort
- Le détricotage du programme du CNR
- La captation des mots
- La concorde citoyenne
Dans nos textes :
- Protocole, titre I, art. 6 : le refus du programme
- Constitution d’urgence, titre II, art. 7 : les Formulateurs : les Sept cent soixante-dix-sept
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Programme du Conseil national de la Résistance, « Les Jours heureux », 15 mars 1944, liste des signataires (Wikisource, texte validé) : « LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE, comprenant : — Le Mouvement de Libération Nationale (Combat, Franc-Tireur, Libération, France au Combat, Défense de la France, Lorraine, Résistance) ; — Le Front National ; — L’Organisation Civile et Militaire (O. C. M.) ; — Libération Zone Nord ; — Ceux de la Résistance ; — Ceux de la Libération ; — La Confédération Générale du Travail ; — La Confédération Française des Travailleurs Chrétiens ; Les partis et tendances politiques suivantes : — Parti Communiste ; — Parti Socialiste reconstitué ; — Parti républicain-radical et radical-socialiste ; — Parti Démocrate Populaire ; — Alliance Démocratique ; — Fédération Républicaine. ». consulter la source
Programme du CNR, 15 mars 1944, seconde partie (Wikisource) : « 1o Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation […] » ; « En avant, donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C. F. L. N. et de son président le général de Gaulle ! ». consulter la source
Programme du CNR, 15 mars 1944, seconde partie, 4o (Wikisource) : « L’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ; — La pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ; — La liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ». consulter la source
« Conseil national de la Résistance », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « Président Jean Moulin du 27 mai 1943 au 21 juin 1943 puis Claude Bouchinet-Serreulles jusqu’au 15 septembre 1943 puis Georges Bidault jusqu’à la Libération de Paris » ; « la Fédération républicaine (droite conservatrice et catholique) » ; « le programme […] suit des principes communistes (économie planifiée), notamment sous l’impulsion de Pierre Villon ». consulter la source
« Jacques Debû-Bridel », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « Résistant (membre du Conseil national de la Résistance), sénateur gaulliste (RPF) (1948-1958) […] un des leaders du gaullisme de gauche » ; partis politiques : « Fédération républicaine, Rassemblement du peuple français, Action française ». consulter la source
« Joseph Laniel », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « est un homme d’État français qui fut président du Conseil sous la IVe République » ; « Il vote les pleins pouvoirs à Pétain en juillet 1940. Cependant, il devient ensuite résistant et participe à la fondation du Conseil national de la Résistance (CNR). […] Il fonde en 1945 le Parti républicain de la liberté ». consulter la source
« Pierre Laroque », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « S’inspirant du plan Beveridge, et en accord avec Alexandre Parodi, il met en place la sécurité sociale en France, par les ordonnances du 4 et 19 octobre 1945. Il s’agissait d’un projet porté par le Conseil national de la Résistance. Avec Ambroise Croizat, nommé ministre du Travail le 21 novembre 1945, ils se chargeront de son application. ». consulter la source
« Ambroise Croizat », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « Ambroise Croizat est nommé ministre du Travail du 21 novembre 1945 au 26 janvier 1946 par de Gaulle, président du gouvernement provisoire de la République. ». consulter la source
Denis Kessler, « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! », Challenges, 4 octobre 2007 ; texte intégral reproduit par la CGT FERC Sup (l’original, sur challenges.fr, n’a pas pu être consulté directement) : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. […] La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! […] Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées ». consulter la source
Claire Andrieu, Le Programme commun de la Résistance. Des idées dans la guerre, préface de René Rémond, Les Éditions de l’Érudit, 1984 (notice Gallica). consulter la source
#PIC, Protocole, Titre I, art. 6 — Du refus du programme : « Le mouvement ne présente pas de programme et ne s’engage sur aucun contenu de politique publique. Il s’engage sur une procédure et sur une date de sortie. ». consulter la source
#PIC, Notre stratégie, bloc « Le dissensus comme méthode » : « Nous venons de la droite, de la gauche et d’ailleurs. ». consulter la source
« Fernand Grenier », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « C’est à la suite de l’amendement que Fernand Grenier dépose le 24 mars 1944 à l’Assemblée consultative provisoire à Alger que le droit de vote des femmes est établi en France. L’article 17 précise « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». ». consulter la source
« Programme du Conseil national de la Résistance », Wikipédia (consulté le 25 septembre 2026) : « est un texte français adopté à l’unanimité par le Conseil national de la Résistance le 15 mars 1944 » ; « De novembre 1943 à août 1944, il n’y eut aucune réunion plénière du CNR. Le bureau du CNR est donc amené à jouer un rôle essentiel dans l’élaboration du texte adopté le 15 mars 1944. ». consulter la source
Version 1.3 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le détricotage du programme du CNR · La captation des mots
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Le programme du CNR · La concorde citoyenne · La République
Pour agir : notre stratégie
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
Vous commentez et notez cette riposte ci-dessous. Une meilleure réponse, une objection plus forte, une référence qui manque : vos contradictions nourriront les versions suivantes.
Un argument ne vaut que par ceux qui le portent.

par rapport au titre de l’objection : « Le CNR c’est la gauche : vous êtes la gauche déguisée » , comme c’est la première fois dans « Qui êtes-vous ? » que vous parlez du CNR, je pense qu’il serait utile de mettre « Le CNR (Comité National de la Résistance) c’est la gauche etc…. » ou alors de faire en sorte que ce soit clarifié dès la première phrase juste en dessous, car tout le monde ne sait pas d’emblée ce qu’est le CNR (même moi, petite-fille de résistante, eh oui !).