« Sur l’avortement ou l’immigration, vos référendums déchireront le pays »

On vous dit :

« Il y a des sujets sur lesquels les Français sont irréconciliables : l’avortement, la fin de vie, l’immigration, la religion, la guerre. Les soumettre au référendum, c’est organiser une guerre civile froide, 51 contre 49, et une moitié du pays humiliée. Ces sujets-là doivent rester entre les mains d’élus capables de compromis. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Ce qui humilie une moitié du pays, ce n’est pas le vote : c’est le soupçon qu’on a décidé sans elle. Les pays qui ont osé le montrent. L’Irlande catholique a confié la question de l’avortement à des citoyens tirés au sort, qui ont entendu des experts et des témoins de tous bords ; en 2018, le peuple a tranché à 66,4 %, et le pays ne s’est pas déchiré. La Suisse a voté sur l’avortement en 2002 : 72,2 % de oui. En France, la Convention citoyenne sur la fin de vie a adopté son rapport à 92 %.

Notre Constitution d’urgence ajoute 2 garde-fous : aucun vote ne peut toucher à la dignité de la personne, et des citoyens tirés au sort vérifient que chaque question est loyale, puis exposent les arguments des 2 camps.

Sources : « Thirty-sixth Amendment of the Constitution of Ireland » · « Avortement en Suisse » · CESE · Matthew Jones — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

La démocratie n’a pas pour but de supprimer les désaccords, mais de les trancher sans violence. La philosophe Chantal Mouffe l’a formulé : l’adversaire n’est pas un ennemi à abattre, c’est un ennemi « légitime », qui partage avec nous l’attachement aux règles du combat.

Le préambule de notre Constitution d’urgence le dit à sa manière : un régime authentiquement libre est « par nature agonistique », c’est-à-dire le cadre où toutes les valeurs « entrent en libre compétition ».

Un sujet qu’on retire au peuple parce qu’il divise ne cesse pas de diviser : il s’envenime.

L’expérience le confirme. En Irlande, où la Constitution interdisait l’avortement, une assemblée citoyenne présidée par une juge de la Cour suprême a travaillé de novembre 2016 à avril 2017, puis le peuple a voté le 25 mai 2018 : 66,4 % de oui, 64 % de participation.

En Suisse, le régime du délai a été accepté le 2 juin 2002 à 72,2 %. En France, la Convention citoyenne sur la fin de vie a réuni 184 citoyens et adopté son rapport à 92 %.

À l’inverse, les grandes réformes de société adoptées chez nous par la seule voie parlementaire n’ont pas empêché des mobilisations massives : la voie représentative ne garantit pas la paix civile.

2 verrous empêchent le référendum de devenir une arme contre une partie du pays.

D’abord, le noyau intangible : aucun référendum ne peut porter atteinte à « la dignité de la personne humaine » ni à « l’égalité des citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion » (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3, 7° et 8°), et la Cour écarte, avant le vote, toute question qui le ferait (Constitution d’urgence, Titre XIX, article 3).

Ensuite, les Formulateurs, tirés au sort : ils « garantissent qu’aucune question clivante ne serve à masquer un autre enjeu, ni que la formulation n’oriente la réponse » (Constitution d’urgence, Titre II, article 7).

Et rien n’est gravé pour toujours : le peuple dispose « du droit permanent de la corriger » (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 2), ce qui laisse aux perdants d’aujourd’hui la chance de convaincre demain.

Les relances probables

« Et si le peuple vote le rétablissement de la peine de mort ? »

Notre Constitution d’urgence l’abolit : « Nul ne peut être condamné à la peine de mort » (Constitution d’urgence, Titre IV, article 8). Elle interdit même, en état de crise, de « rétablir des peines ou juridictions prohibées » (Constitution d’urgence, Titre II, article 11). Et l’abolition figure en toutes lettres dans le noyau intangible (Titre XVIII, article 3, 8°) : aucun référendum ne peut la rouvrir, et la Cour écarterait la question avant le vote. Voyez « Juger, ce n’est pas au peuple : il rétablirait la peine de mort ».

« 51 contre 49, ce n’est pas une décision, c’est une fracture. »

En 1992, le traité de Maastricht a été approuvé par 51,04 % des suffrages exprimés, et le pays ne s’est pas brisé. Un résultat serré se voit, se discute, et peut être rediscuté : c’est autrement plus sain qu’une décision prise à huis clos.

« Sur l’immigration, le peuple votera avec ses peurs. »

Le peuple vote aussi avec son jugement, surtout quand il a reçu les arguments des deux camps. Voyez notre riposte : « Votre maîtrise populaire de l’immigration, c’est la fin de l’asile ».

Les pièges à éviter

  • Ne jamais afficher une position du #PIC sur l’avortement, la fin de vie ou l’immigration : notre Protocole interdit de présenter une orientation de fond comme la position du mouvement (Protocole, Titre I, article 6).
  • Ne pas dire que les citoyens tirés au sort irlandais ou français ont « décidé » : ils ont recommandé ; en Irlande, le peuple a voté.
  • Ne pas présenter le vote comme « la violence faite à la minorité » qu’on assumerait : la minorité est protégée par des droits qu’aucun vote ne peut abolir.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

« Thirty-sixth Amendment of the Constitution of Ireland », Wikipédia (en anglais) : « Référendum du 25 mai 2018 : « 1,429,981 » oui (66,40 %), « 723,632 » non (33,60 %), participation de 64,13 % ; assemblée citoyenne présidée par la juge Mary Laffoy, de novembre 2016 à avril 2017. ». consulter la source

« Avortement en Suisse », Wikipédia (en français) : « Cette légalisation fait suite à l’acceptation par le peuple le 2 juin 2002 de la modification du code pénal suisse (Interruption de grossesse) par 72,2 % de oui. ». consulter la source

CESE, « La Convention citoyenne sur la fin de vie conclut ses travaux », communiqué : « Cent quatre-vingt-quatre citoyens ; rapport adopté à 92 % ; 75,6 % favorables à une aide active à mourir. ». consulter la source

Matthew Jones, « Chantal Mouffe’s Agonistic Project: Passions and Participation », Parallax, 20 (2), 2014, p. 14-30, résumant Chantal Mouffe, The Democratic Paradox, Verso, 2000 : « whilst an adversary is still an enemy, they are now perceived as a legitimate enemy » (notre traduction : « l’adversaire reste un ennemi, mais il est désormais perçu comme un ennemi légitime ») ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 7 : « Ils garantissent qu’aucune question clivante ne serve à masquer un autre enjeu, ni que la formulation n’oriente la réponse. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XIX, article 5 : « Lorsqu’une norme, fût-elle adoptée par référendum, porterait atteinte au noyau intangible défini à l’article 3 du Titre XVIII, la Cour de garantie démocratique, réunie en ses deux collèges, le constate, et cette atteinte est nulle, sous la réserve prévue à la dernière phrase de l’article 3 du présent titre pour les normes adoptées par le peuple après le contrôle préalable. ». consulter la source

Constitution d’urgence, préambule fondateur : « Un régime authentiquement libre est « par nature agonistique » ; toutes les valeurs y « entrent en libre compétition ». ». consulter la source

Constitution d’urgence, Titre II, article 11 — Des pouvoirs de crise et de leurs bornes : « Les mesures de crise ne peuvent en aucun cas « 5° porter atteinte à l’intégrité physique des personnes, ni rétablir des peines ou juridictions prohibées ». ». consulter la source

Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 3 — Du noyau intangible : « Ne peuvent faire l’objet d’aucune révision, ni par les pouvoirs constitués, ni par le référendum lui-même, ni être suspendus par l’état de crise : […] 7° l’égalité des citoyens devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion ; 8° la dignité de la personne humaine : nul ne peut être condamné à mort, ni soumis à la torture, à l’esclavage ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, et le génocide comme les crimes contre l’humanité sont à jamais prohibés. ». consulter la source

Wikipédia, « Référendum français sur le traité de Maastricht » (20 septembre 1992) : « Pour : 13 162 992 voix, 51,04 % ; contre : 12 623 582 voix, 48,96 %. ». consulter la source

Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — harmonisation avec les textes validés le 27 septembre : noyau intangible élargi (égalité des citoyens, abolition de la peine de mort) et contrôle des questions par la Cour avant le vote ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Correction du 26 septembre 2026 : citation de la Constitution mise à jour (renvoi au Titre XVIII, article 3). Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La fenêtre d’Overton · La médiacratie

Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie agonistique · Le paradoxe de la tolérance · L’assemblée citoyenne

Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique

Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.

Vous commentez et notez cette riposte ci-dessous. Une meilleure réponse, une objection plus forte, une référence qui manque : vos contradictions nourriront les versions suivantes.

Cliquez ici pour nous faire connaître votre niveau d'approbation
[Total: 0 Évaluation moyenne: 0]

Un argument ne vaut que par ceux qui le portent.

Rejoindre le #PIC

Commentaires sur cette riposte

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *