« Votre Constitution est bancale »

On vous dit :

« Votre Constitution est bancale : des articles contradictoires, des approximations, des erreurs corrigées en catastrophe. En quelques semaines, vous en avez réécrit des pans entiers : la date du référendum, qui démissionne si le peuple dit non, jusqu’à l’article premier. Une Constitution est la règle la plus haute d’un pays ; elle ne s’écrit pas au brouillon, et l’on ne demande pas aux Français de voter sur un chantier. Comment prétendre gouverner un pays avec un texte bâclé ? »

Voici ce que vous pouvez répondre

Oui, il est perfectible, et nous le disons les premiers : un texte constituant qui naît achevé n’a été écrit que par quelques-uns. Le nôtre est publié article par article ; chacun peut le commenter, et chaque article modifié garde ses versions précédentes, consultables par tous. Nos corrections sont datées et motivées dans notre Journal des modifications, y compris les erreurs que nos critiques nous ont signalées. En 1787, Franklin signait la Constitution américaine « avec tous ses défauts ». Mais l’aveu n’excuse rien : jugez-nous sur la rapidité et la transparence de nos corrections, et sur le texte arrêté que le peuple votera. Un chantier ouvert au public vaut mieux qu’un bâtiment livré sans plans.

Sources : Benjamin Franklin · Déclaration des droits · Constitution des États-Unis · The Federalist — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

« Avec tous ses défauts »

Le 17 septembre 1787, à Philadelphie, Benjamin Franklin se lève avec un discours écrit, qu’un autre délégué, James Wilson, lit à sa place.

La Convention achève 4 mois de travaux, et le doyen de l’assemblée commence par un aveu : « I confess that there are several parts of this constitution which I do not at present approve, but I am not sure I shall never approve them » (je confesse qu’il y a dans cette constitution plusieurs parties que je n’approuve pas à présent, mais je ne suis pas sûr de ne jamais les approuver ; notre traduction).

Il y consent, dit-il, « with all its faults, if they are such » (avec tous ses défauts, si ce sont des défauts ; notre traduction), et il pose la question qui nous occupe : quand on réunit des hommes pour profiter de leur sagesse commune, on réunit aussi leurs préjugés, leurs passions et leurs erreurs ; « From such an assembly can a perfect production be expected? » (d’une telle assemblée, peut-on attendre une œuvre parfaite ? ; notre traduction).

Le texte signé ce jour-là régit encore les États-Unis ; il a été amendé 27 fois.

Nous verrons ce que l’objection a de juste, ce que l’histoire enseigne des constitutions nées inachevées, la méthode du brouillon public, ce que l’inachèvement fait à celui qui lit, la leçon que le fondateur du #PIC tire de Simone Weil, et enfin la limite de l’aveu.

L’objection mérite mieux qu’un haussement d’épaules. Une Constitution commande toutes les autres normes : une contradiction entre deux de ses articles devient, le jour venu, un conflit entre 2 pouvoirs, et une approximation, une brèche pour qui cherche à la tourner.

Nos textes en ont compté. Jusqu’au 25 septembre 2026, l’article 4 du Titre XVIII disait que le candidat élu convoquerait le référendum « avant toute prise de fonction effective » : un président qui n’est pas encore installé n’a le pouvoir de rien convoquer.

Notre Manifeste et notre Protocole affirmaient encore que « les Sept démissionnent » si le peuple rejetait la Constitution d’urgence, alors qu’avant le référendum les Sept n’exercent aucune fonction dont ils pourraient démissionner. Ce n’étaient pas des coquilles.

L’adversaire peut d’ailleurs invoquer une autorité plus haute que la sienne.

Dans le quarante-neuvième article du Fédéraliste, publié le 5 février 1788 et que l’on attribue à James Madison, il est écrit que des appels trop fréquents au peuple priveraient le gouvernement de « that veneration which time bestows on every thing » (cette vénération que le temps accorde à toute chose ; notre traduction), sans laquelle les gouvernements les plus sages et les plus libres manqueraient de stabilité.

Un texte que l’on corrige sans cesse, dit en substance l’objection, n’impose plus le respect.

Aucune constitution n’est née achevée

La jeune République américaine dut pourtant remettre aussitôt l’ouvrage sur le métier.

Plusieurs États n’avaient ratifié la Constitution qu’en exprimant le désir, rappelle le préambule de la Déclaration des droits, que « further declaratory and restrictive clauses should be added » (des clauses déclaratives et restrictives supplémentaires y soient ajoutées ; notre traduction), pour en prévenir l’abus.

Le 25 septembre 1789, il y a 237 ans jour pour jour, le Congrès proposait 12 amendements ; 10 furent ratifiés le 15 décembre 1791 et forment la Déclaration des droits.

L’un des deux autres, qui touche à la rémunération des parlementaires, attendit le 7 mai 1992 pour devenir le vingt-septième amendement. Il faut aussi regarder ce que coûte un défaut.

Le texte de 1787 s’accommodait de l’esclavage ; le treizième amendement ne l’abolit qu’en 1865, ratifié le 6 décembre, au sortir d’une guerre civile. Un texte imparfait n’est pas un texte innocent : c’est une raison de plus pour le corriger vite, et au grand jour.

La France connaît la même histoire. La Constitution du 4 octobre 1958 a été révisée 25 fois, la dernière le 8 mars 2024 ; de ses 92 articles d’origine, 30 seulement demeurent inchangés.

La Révolution avait posé le principe plus nettement encore : l’article 28 de la Déclaration placée en tête de la Constitution du 24 juin 1793 proclame qu’« un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures ».

Ce texte, rédigé en une douzaine de jours et approuvé par le premier référendum de notre histoire, ne fut jamais appliqué : la Convention en suspendit l’application le 10 octobre 1793, « jusqu’à la paix ». Ce n’est pas la vitesse d’écriture qui l’a tué.

Le 6 septembre 1789, Thomas Jefferson écrivait à Madison que « the earth belongs in usufruct to the living » (la terre appartient en usufruit aux vivants ; notre traduction) et que toute constitution, toute loi, « naturally expires at the end of 19 years » (expire naturellement au bout de 19 ans ; notre traduction).

Notre Constitution d’urgence reprend l’idée sans le couperet. Son Titre XVIII, article 2, institue un « droit au tâtonnement » : le peuple dispose « du droit permanent de la corriger, de l’amender et de la perfectionner à la lumière de l’expérience ».

À l’objection de Madison, elle répond par l’article suivant : tout y est révisable, sauf le droit même de réviser, qu’un noyau intangible met hors d’atteinte.

L’Islande a montré ce que peut donner un brouillon ouvert. En 2011, les 25 citoyens chargés de réécrire sa Constitution soumettent au public 12 versions successives de leur projet ; chacun peut les commenter sur Facebook, sur Twitter, par courriel ou par la poste.

La politiste Hélène Landemore compte « about 3,600 comments for a total of 360 suggestions » (environ 3 600 commentaires, pour un total de 360 suggestions ; notre traduction), et relève qu’une proposition venue de Facebook, un droit constitutionnel d’accès à Internet, est devenue l’article 14 du projet final, remis au Parlement le 29 juillet 2011.

L’échec vint ensuite, et d’ailleurs : d’un référendum qui n’était que consultatif, et d’un Parlement qui enterra le texte sans le mettre aux voix.

Notre riposte « Votre Constitution, écrite en petit comité, à prendre ou à laisser » en tire la leçon pour le vote ; retenons ici que la méthode du brouillon public, elle, avait tenu ses promesses.

Publier tôt, corriger à la vue de tous

Le logiciel libre a fait de cette méthode une doctrine.

En 1997, dans La Cathédrale et le Bazar, Eric S. Raymond oppose 2 manières de construire : la cathédrale, bâtie par des mages « working in splendid isolation, with no beta to be released before its time » (travaillant dans un splendide isolement, sans qu’aucune version d’essai ne sorte avant l’heure ; notre traduction), et le bazar de Linus Torvalds, le créateur de Linux.

Sa septième leçon tient en 3 phrases : « Release early. Release often. And listen to your customers. » (Publiez tôt. Publiez souvent. Et écoutez vos clients ; notre traduction).

La huitième porte un nom, la loi de Linus : « Given enough eyeballs, all bugs are shallow » (avec assez d’yeux, tous les bogues sont superficiels ; notre traduction).

Wikipédia repose sur le même pari. Ses règles de rédaction posent que la perfection n’est pas requise, puisque « incomplete or poorly written first drafts can evolve over time into excellent articles » (des premiers jets incomplets ou mal écrits peuvent devenir, avec le temps, d’excellents articles ; notre traduction).

On oublie souvent ce que ces deux chantiers ont en commun : chaque version y est conservée, chaque modification datée. Le bazar n’est pas le désordre ; c’est un chantier dont l’historique est public.

Le cofondateur de LinkedIn, Reid Hoffman, a résumé cette culture d’une formule qu’il dit avoir forgée plus de 10 ans avant de la commenter, le 29 mars 2017 : « If you’re not embarrassed by the first version of your product, you’ve launched too late » (si la première version de votre produit ne vous embarrasse pas, c’est que vous l’avez lancée trop tard ; notre traduction).

Il en a tracé aussitôt la limite. Il n’a pas écrit, précise-t-il, « si vous n’êtes pas mis en examen », et un lancement si hâtif qu’il provoque des procès ou détourne les utilisateurs est bel et bien prématuré.

Une Constitution n’est pas un produit, et le #PIC n’est pas une entreprise ; la leçon vaut pourtant : l’embarras est permis, la faute ne l’est pas. Les poètes le savaient avant les ingénieurs.

En 1933, Paul Valéry écrivait qu’aux yeux des « amateurs d’inquiétude et de perfection, un ouvrage n’est jamais achevé, – mot qui pour eux n’a aucun sens, – mais abandonné ».

En 1962, Umberto Eco appelait « œuvre ouverte » celle qui, comme certaines pièces de Stockhausen, de Berio ou de Pousseur, laisse à l’interprète une part de sa forme.

Mais l’œuvre ouverte reste une œuvre : l’auteur organise le champ des possibles, il ne livre pas un tas de matériaux. Un brouillon constituant n’est pas une page blanche ; c’est une structure qui attend qu’on la conteste.

Ce que l’inachevé fait à celui qui lit

Le fondateur du #PIC l’a dit à ses militants avec ses mots : un texte inachevé suscite une petite frustration, et cette frustration donne envie de s’en mêler.

Laissons de côté la chimie du cerveau, que nul ne mesure dans un fil de commentaires, et voyons ce que la psychologie a établi.

En 1927, Bluma Zeigarnik, dans le sillage de Kurt Lewin, rapporte que l’on se souvient mieux des tâches interrompues que des tâches achevées ; en 1928, Maria Ovsiankina observe que l’on tend à reprendre de soi-même une tâche interrompue.

Le premier effet est célèbre, le second l’est moins, et c’est lui qui résiste.

En 2025, une méta-analyse de Romain Ghibellini et Beat Meier, de l’université de Berne, ne trouve « no memory advantage for unfinished tasks » (aucun avantage de mémoire pour les tâches inachevées ; notre traduction), mais « a general tendency to resume tasks » (une tendance générale à reprendre les tâches ; notre traduction).

L’inachevé ne se grave pas dans la mémoire ; il appelle la main. En 2012, Michael Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely ont mesuré la suite : on attribue plus de valeur à ce que l’on a construit soi-même, meuble en kit, origami ou Lego.

C’est l’effet IKEA, et leur article contient 2 avertissements. L’effet disparaît quand l’ouvrage est détruit ou reste inachevé : la contribution doit aboutir.

Et les participants jugeaient leurs créations d’amateurs presque aussi précieuses que celles des experts : aimer son propre travail ne prouve pas qu’il soit bon.

La première leçon, notre Journal des modifications l’applique déjà : toute modification née d’un commentaire y est consignée, parce que « quand un membre obtient gain de cause, cela doit se voir ».

La seconde oblige à soumettre chaque contribution, la nôtre comprise, à la contradiction.

Encore faut-il nommer honnêtement ce que l’on fait. Le mot qui vient, « nudge », est le mauvais.

Notre propre Lexique du Pouvoir le range parmi les techniques d’influence : défini en 2008 par Richard Thaler et Cass Sunstein comme tout élément de l’« architecture du choix » qui modifie les comportements de façon prévisible sans interdire aucune option, le nudge « gouverne par nos biais plutôt que par nos raisons » et traite le citoyen « en usager qu’on oriente, non en souverain qu’on convainc ».

Ce que nous pratiquons est une sollicitation, et elle s’en sépare sur 3 points. Elle est avouée : nous écrivons ici même que nous publions tôt pour être corrigés.

Elle est publique : les remarques se déposent en commentaire sous l’article qu’elles visent, à la vue de tous. Elle invite à contredire, au lieu de conduire vers une réponse choisie d’avance.

Thaler et Sunstein avaient eux-mêmes posé un garde-fou : qu’un gouvernement ne choisisse jamais une politique « qu’il ne pourrait ou ne voudrait pas défendre publiquement devant ses propres citoyens ». Cette page en est l’application.

Notre Constitution range d’ailleurs parmi les atteintes à l’intégrité psychique « l’exploitation délibérée des biais cognitifs à des fins de contrainte ou de captation » (Titre V, article 1) : nous n’exploitons pas l’envie de finir, nous l’annonçons.

Notre Abécédaire résume la différence en 2 phrases : « La propagande dit “crois-moi” ; la maïeutique dit “vérifie”, et accepte d’être démentie. »

Se retirer pour laisser être

Reste la source la plus intime de cette méthode. Le fondateur du #PIC a lu La Pesanteur et la Grâce de Simone Weil à 17 ans, et cette lecture a été décisive pour lui.

Le livre n’a pas été composé par son auteur : c’est un recueil de pensées tirées des cahiers que la philosophe avait confiés, avant mai 1942, à Gustave Thibon, qui les classa par thèmes et les publia chez Plon en 1947, 4 ans après sa mort.

Un chapitre s’intitule « Décréation » et s’ouvre sur 2 définitions : « Décréation : faire passer du créé dans l’incréé. Destruction : faire passer du créé dans le néant. »

La notion est mystique, et il faut la prendre comme telle. Pour Weil, Dieu en créant s’est limité : « Dieu renonce — en un sens — à être tout. Nous devons renoncer à être quelque chose. »

Et plus loin : « Dieu n’a pu créer qu’en se cachant. Autrement il n’y aurait que lui. » Elle nomme même une force qui éloigne de Dieu : « Il existe une force “déifuge”. Sinon tout serait Dieu. »

Le chapitre suivant, « Effacement », dit que Dieu ne peut aimer en nous que le « consentement à nous retirer pour le laisser passer, comme lui-même, créateur, s’est retiré pour nous laisser être ».

Weil ne parle ni de politique ni de travail collectif ; elle parle de l’âme qui renonce à se prendre pour le centre du monde.

La transposition est celle de Frédéric Bascuñana, et nous la donnons pour telle : celui qui crée doit, l’œuvre faite, se retirer pour que d’autres s’en emparent, non en s’interdisant de créer, mais en veillant à ce que l’œuvre reste libre.

Weil elle-même en fixe la borne, dans une phrase qui vaut avertissement pour tout meneur : se déraciner soi-même est une chose, mais « faire tout cela à autrui, du dehors, est de l’ersatz de décréation ».

Le fondateur peut s’effacer ; il n’a pas le droit de manœuvrer les autres pour qu’ils s’emparent du texte comme il l’a prévu. La psychanalyse offre une image plus terrestre.

Dans Jeu et réalité (1971), Donald Winnicott décrit la mère « suffisamment bonne » (good-enough mother) comme celle qui s’adapte activement aux besoins de l’enfant, par « an active adaptation that gradually lessens, according to the infant’s growing ability to account for failure of adaptation and to tolerate the results of frustration » (une adaptation active qui diminue peu à peu, à mesure que grandit la capacité de l’enfant à faire face aux défaillances de l’adaptation et à supporter la frustration qui en résulte ; notre traduction).

Entre le monde intérieur et le monde extérieur, il situe une « aire intermédiaire d’expérience », celle du jeu, de l’art et de la culture. Le bon cadre n’est pas celui qui prévoit tout ; c’est celui qui laisse de la place, et qui la remplit de moins en moins lui-même.

L’aveu n’est pas une excuse

Tout cela ne vaudrait rien si l’imperfection proclamée servait d’alibi. La journée du 25 septembre 2026 montre qu’il n’en est rien.

Ce jour-là, la Constitution d’urgence et le Protocole ont été amendés : le référendum n’est plus annoncé « au lendemain de l’élection », le président élu l’engage sans délai dès son entrée en fonctions et démissionne si le peuple dit non (Titre XVIII, article 4) ; le Conseil de l’Année Zéro entre dans la Constitution ; l’engagement notarié devient un acte unique ; l’article premier rétablit l’égalité de tous « sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Nos lexiques ont été repris avec la même rigueur : une citation attribuée à Guizot, introuvable dans ses écrits, a été retirée ; le commentaire du Titre V datait des années 1970 l’interdiction française de l’image subliminale, qui remonte à un décret du 27 mars 1992 ; l’entrée de l’Abécédaire sur l’intelligence collective retient désormais la médiane des estimations recueillies par Galton, et présente le « facteur c » avec les réserves des réanalyses de 2017.

Chaque article modifié garde sa version précédente, accessible sous le texte avec le motif du changement, et le Journal des modifications consigne aussi ce qui nous fait tort, car « un journal de bord qui ne consignerait que les réussites ne serait pas un journal de bord, ce serait une brochure ».

Entre nous, la sollicitation d’avis complète le dispositif : celui qui propose ne demande pas « êtes-vous d’accord ? », mais « que feriez-vous à ma place ? ».

L’aveu a donc des bornes, et il faut les dire. L’imperfection d’un premier jet se pardonne ; l’erreur qui demeure après qu’on l’a signalée ne se pardonne pas.

Le texte le sait de lui-même : sous le Titre XVIII, les notes destinées aux relecteurs juristes énumèrent ce qui reste à préciser, jusqu’à la majorité requise pour réviser la Constitution.

Et le brouillon a une fin : un référendum porte sur un texte arrêté, que le peuple adopte ou rejette en connaissance de cause, après quoi la procédure de révision prend le relais.

Nous avons paré à l’urgence d’un régime qui s’épuise ; nous revendiquons la lenteur d’un texte mûri par beaucoup de mains.

Le 25 septembre 2026, Frédéric Bascuñana l’a écrit sans détour : « tous les textes sont (très) perfectibles nous avons paré à l’urgence […] nous sommes en train de replacer la barre bien plus haut ».

On nous dira que notre Constitution est bancale. Répondons oui, montrons ce qui a été corrigé, et demandons ce qui doit l’être encore.

Dans « Effacement », Simone Weil se voit en « tiers importun » qui doit s’en aller pour que 2 fiancés soient vraiment ensemble. Un fondateur a bien travaillé le jour où il peut laisser le peuple et son texte en tête à tête.

Les relances probables

« Si votre texte est perfectible, pourquoi le soumettre au vote ? »

Parce qu’on ne vote jamais sur un texte parfait : on vote sur un texte arrêté. Celui que le peuple recevra sera figé le jour du scrutin, puis révisable par lui seul, par référendum obligatoire (Titre XVIII, article 1). La Constitution de 1958 a été révisée 25 fois, et 2 fois seulement par référendum.

« Vous corrigez dans l’urgence, sous la pression des critiques : c’est de l’amateurisme. »

Corriger sous la critique, c’est ce qu’on doit attendre d’un texte soumis à la critique. L’amateurisme serait de laisser l’erreur en place, ou de la corriger en cachette. Nous faisons l’inverse : l’ancienne rédaction reste en ligne, et le Journal des modifications dit ce qui a changé et pourquoi.

« Une Constitution toujours en chantier n’a plus d’autorité. »

C’était l’objection du Fédéraliste en 1788, et elle est sérieuse. Mais il y a 2 temps : aujourd’hui un projet, qu’on corrige avant le vote ; demain un texte adopté, qui ne se révise que par le peuple et dont un noyau reste intangible (Titre XVIII, articles 1 à 3). L’autorité d’une Constitution vient du consentement, pas de l’immobilité.

« Votre “sollicitation douce”, c’est un nudge : vous jouez sur nos biais. »

Un nudge oriente sans le dire. Nous disons ce que nous faisons : nous publions tôt pour être corrigés, et chacun peut nous contredire publiquement sous chaque article. Notre Lexique du Pouvoir range le nudge parmi les techniques d’influence, et notre Constitution interdit l’exploitation délibérée des biais cognitifs (Titre V, article 1).

« Montrez-les donc, vos contradictions. »

Volontiers. Nos textes disaient que « les Sept démissionnent » en cas de rejet, alors que seul le président élu exerce une fonction ; ils prévoyaient un référendum convoqué « avant toute prise de fonction effective », ce qui était impossible. C’est corrigé, daté et expliqué dans le Journal des modifications, et les versions précédentes restent consultables.

« Simone Weil était une mystique chrétienne : vous la récupérez. »

Nous citons exactement ce qu’elle écrit, et nous disons que notre usage est une transposition. La décréation est chez elle un renoncement spirituel à être quelque chose ; nous en tirons une éthique du fondateur, qui se retire pour que d’autres s’emparent de l’œuvre. Weil interdit d’imposer ce retrait aux autres : c’est la limite que nous nous fixons.

Les pièges à éviter

  • Ne dites ni « notre Constitution est parfaite » ni « elle est bâclée, mais ce n’est pas grave ». Dites : elle est perfectible, elle se corrige en public, et voici ce qui a été corrigé, avec le lien vers le Journal des modifications.
  • Ne prétendez jamais que nos erreurs étaient volontaires, pour « faire réagir » : c’est faux, et ce serait avouer une manipulation. Ce qui est voulu, c’est de publier avant d’avoir tout résolu ; les erreurs, elles, étaient de vraies erreurs.
  • N’employez pas « nudge » comme un éloge : notre Lexique du Pouvoir le range parmi les techniques d’influence. Parlez de sollicitation, avouée et publique, qui invite à contredire.
  • Pas de neuroscience de comptoir : ne parlez ni de dopamine ni de « cerveau qu’on oblige ». L’effet Zeigarnik sur la mémoire se réplique mal ; ce qui est établi, c’est la tendance à reprendre une tâche interrompue (effet Ovsiankina) et l’effet IKEA, qui ne joue que si la contribution aboutit.
  • Ne prêtez pas à Simone Weil une théorie de l’intelligence collective, et ne dites pas que La Pesanteur et la Grâce est un texte « rarement cité » : c’est l’une de ses œuvres les plus connues, compilée après sa mort par Gustave Thibon. La décréation est un concept mystique ; notre usage est une transposition.
  • Citez Reid Hoffman exactement, avec la limite qu’il pose lui-même (un lancement qui provoque des procès est prématuré), et ne comparez ni la Constitution à un produit ni le #PIC à une start-up : c’est la pente de l’objection « L’intelligence collective, c’est une utopie de start-up ».
  • Vérifiez vos chiffres : la Constitution de 1958 a connu 25 révisions, non 24 (la dernière le 8 mars 2024). La Constitution islandaise n’a pas été écrite par 3 600 citoyens : 25 rédacteurs ont reçu environ 3 600 commentaires.
  • Ne nommez aucun relecteur ni aucun compte qui commente nos articles, et renvoyez toujours vers les commentaires publics sous l’article concerné.

Pour prolonger

Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :

Dans nos textes :

Dans l’Autodéfense :

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Benjamin Franklin, discours à la Convention de Philadelphie, 17 septembre 1787, lu par James Wilson, d’après les notes de James Madison (Avalon Project, Yale Law School) — notre traduction : « I confess that there are several parts of this constitution which I do not at present approve, but I am not sure I shall never approve them » ; « In these sentiments, Sir, I agree to this Constitution with all its faults, if they are such » ; « For when you assemble a number of men to have the advantage of their joint wisdom, you inevitably assemble with those men, all their prejudices, their passions, their errors of opinion, their local interests, and their selfish views. From such an assembly can a perfect production be expected? » (Je confesse qu’il y a dans cette constitution plusieurs parties que je n’approuve pas à présent, mais je ne suis pas sûr de ne jamais les approuver ; dans ces sentiments, Monsieur, j’accepte cette Constitution avec tous ses défauts, si ce sont des défauts ; car lorsque vous réunissez des hommes pour profiter de leur sagesse commune, vous réunissez inévitablement avec eux tous leurs préjugés, leurs passions, leurs erreurs d’opinion, leurs intérêts locaux et leurs vues égoïstes. D’une telle assemblée, peut-on attendre une œuvre parfaite ?) ». consulter la source

Déclaration des droits (Bill of Rights), préambule ; proposée par le Congrès le 25 septembre 1789, dix amendements sur douze ratifiés le 15 décembre 1791 (National Archives) — notre traduction : « THE Conventions of a number of the States, having at the time of their adopting the Constitution, expressed a desire, in order to prevent misconstruction or abuse of its powers, that further declaratory and restrictive clauses should be added » (Les conventions d’un certain nombre d’États ayant, au moment d’adopter la Constitution, exprimé le désir que, pour prévenir une mauvaise interprétation ou un abus de ses pouvoirs, des clauses déclaratives et restrictives supplémentaires y soient ajoutées.) ». consulter la source

Constitution des États-Unis, amendements XIII et XXVII (National Archives, « The Constitution: Amendments 11-27 ») — notre traduction : « Amendement XIII : « Passed by Congress January 31, 1865. Ratified December 6, 1865. » « Neither slavery nor involuntary servitude, except as a punishment for crime whereof the party shall have been duly convicted, shall exist within the United States » ; Amendement XXVII : « Originally proposed Sept. 25, 1789. Ratified May 7, 1992. » (XIII : adopté par le Congrès le 31 janvier 1865, ratifié le 6 décembre 1865 ; ni esclavage ni servitude involontaire, sauf en punition d’un crime dont l’auteur aura été dûment condamné, n’existeront aux États-Unis. XXVII : proposé le 25 septembre 1789, ratifié le 7 mai 1992.) ». consulter la source

The Federalist, n° 49, 5 février 1788, attribué à James Madison (l’Avalon Project indique « Hamilton or Madison ») — notre traduction : « as every appeal to the people would carry an implication of some defect in the government, frequent appeals would, in a great measure, deprive the government of that veneration which time bestows on every thing, and without which perhaps the wisest and freest governments would not possess the requisite stability » (comme tout appel au peuple laisserait supposer quelque défaut du gouvernement, des appels fréquents priveraient dans une large mesure le gouvernement de cette vénération que le temps accorde à toute chose, et sans laquelle les gouvernements les plus sages et les plus libres n’auraient peut-être pas la stabilité nécessaire.) ». consulter la source

Thomas Jefferson à James Madison, 6 septembre 1789 (Founders Online, National Archives, The Papers of Thomas Jefferson, vol. 15) — notre traduction : « The question Whether one generation of men has a right to bind another, seems never to have been started either on this or our side of the water » ; « that the earth belongs in usufruct to the living’: that the dead have neither powers nor rights over it » ; « Every constitution then, and every law, naturally expires at the end of 19 years. » (La question de savoir si une génération a le droit d’en lier une autre ne semble jamais avoir été soulevée, ni de ce côté-ci de l’océan ni du nôtre ; la terre appartient en usufruit aux vivants, et les morts n’ont sur elle ni pouvoirs ni droits ; toute constitution, donc, et toute loi, expire naturellement au bout de dix-neuf ans.) ». consulter la source

Constitution du 24 juin 1793, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 28 (Conseil constitutionnel, « Les Constitutions dans l’histoire ») : « Article 28. – Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. ». consulter la source

Constitution du 24 juin 1793 : élaboration, référendum et suspension (Wikipédia, « Constitution du 6 messidor an I ») : « Le projet de constitution est élaboré par le Comité de salut public auquel se sont joints, le 30 mai 1793, Hérault de Séchelles, Ramel, Couthon, Saint-Just et Mathieu. Le 10 juin, Hérault de Séchelles présente les travaux du comité » ; « le texte est soumis au référendum. Il s’agit du premier référendum organisé en France » ; « elle n’a jamais été appliquée, la Convention ayant décrété, le 10 octobre 1793, que le gouvernement serait révolutionnaire jusqu’à la paix ». ». consulter la source

Conseil constitutionnel, « Quand la Constitution a-t-elle été modifiée ? » ; Wikipédia, « Révisions constitutionnelles sous la Cinquième République » : « Conseil constitutionnel : « à ce jour, la Constitution de 1958 a été modifiée à vingt-cinq reprises » (dernière révision : 8 mars 2024, liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse) ; Wikipédia : « À la suite des vingt-cinq révisions survenues entre 1960 et 2024, seuls 30 articles sur les 92 originaux demeurent inchangés » ; deux révisions seulement ont été adoptées par référendum (6 novembre 1962, article 11 ; 2 octobre 2000, article 89). ». consulter la source

Hélène Landemore, « Five lessons from Iceland’s failed crowdsourced constitution experiment », Slate, 31 juillet 2014 — notre traduction : « the decision by these 25 constitutional drafters to use social media to open up the process to the rest of the citizenry and gather feedback on 12 successive drafts » ; « In total, the crowdsourcing moment generated about 3,600 comments for a total of 360 suggestions » ; « Among them was the Facebook proposal to entrench a constitutional right to the Internet, which resulted in Article 14 of the final proposal » ; « its positive result was not even binding » (la décision de ces vingt-cinq rédacteurs d’ouvrir le processus au reste des citoyens par les réseaux sociaux et de recueillir leurs avis sur douze versions successives ; au total, environ trois mille six cents commentaires pour trois cent soixante suggestions ; parmi elles, la proposition venue de Facebook d’inscrire un droit constitutionnel à Internet, devenue l’article 14 du projet final ; son résultat positif n’était même pas contraignant.) ». consulter la source

Eric S. Raymond, The Cathedral and the Bazaar, 1997, révision de 2000, sections « The Cathedral and the Bazaar » et « Release Early, Release Often » (copie PDF de la version en ligne de catb.org) — notre traduction : « built like cathedrals, carefully crafted by individual wizards or small bands of mages working in splendid isolation, with no beta to be released before its time » ; « 7. Release early. Release often. And listen to your customers. » ; « 8. Given a large enough beta-tester and co-developer base, almost every problem will be characterized quickly and the fix obvious to someone. Or, less formally, “Given enough eyeballs, all bugs are shallow.” I dub this: “Linus’s Law”. » ; « 6. Treating your users as co-developers is your least-hassle route to rapid code improvement and effective debugging. » (construits comme des cathédrales, soigneusement ouvragés par des sorciers solitaires ou de petites bandes de mages travaillant dans un splendide isolement, sans qu’aucune version d’essai ne sorte avant l’heure ; publiez tôt, publiez souvent, et écoutez vos clients ; avec assez d’yeux, tous les bogues sont superficiels : j’appelle cela la loi de Linus ; traiter vos utilisateurs en codéveloppeurs est le moyen le moins pénible d’améliorer vite le code et de le déboguer efficacement.) ». consulter la source

Wikipedia (en anglais), « Wikipedia:Editing policy », section « Wikipedia is a work in progress: perfection is not required » — notre traduction : « Hence, perfection is not required, as Wikipedia is a work in progress. Collaborative editing means that incomplete or poorly written first drafts can evolve over time into excellent articles. » (La perfection n’est donc pas requise, car Wikipédia est un travail en cours. L’écriture collaborative permet à des premiers jets incomplets ou mal écrits de devenir, avec le temps, d’excellents articles.) ». consulter la source

Reid Hoffman, « If There Aren’t Any Typos In This Essay, We Launched Too Late! », LinkedIn, 29 mars 2017 — notre traduction : « If you’re not embarrassed by the first version of your product, you’ve launched too late. The latter is one I coined myself, more than a decade ago. » ; « But I didn’t write “If you’re not indicted by the first version of your product, you’ve launched too late.” […] Indeed, if you launched so fast that your product generates lawsuits, alienates users, or burns through capital or other resources without any apparent gain, you did in fact launch too soon! » (Si la première version de votre produit ne vous embarrasse pas, c’est que vous l’avez lancée trop tard : c’est une formule que j’ai forgée moi-même, il y a plus de dix ans. Mais je n’ai pas écrit « si la première version de votre produit ne vous vaut pas une mise en examen ». Si vous avez lancé si vite que votre produit provoque des procès, détourne les utilisateurs ou brûle du capital sans gain apparent, vous avez bel et bien lancé trop tôt.) ». consulter la source

Paul Valéry, « Au sujet du Cimetière marin », La Nouvelle Revue française, mars 1933, p. 399, repris dans Variété III (d’après Quote Investigator, 1er mars 2019) : « Aux yeux de ces amateurs d’inquiétude et de perfection, un ouvrage n’est jamais achevé, – mot qui pour eux n’a aucun sens, – mais abandonné ». consulter la source

Umberto Eco, Opera aperta, Bompiani, 1962 ; trad. fr. L’Œuvre ouverte, Seuil, 1965 (d’après Wikipédia en italien, « Opera aperta ») — notre traduction : « una forma compiuta che predispone tuttavia un campo di possibilità interpretative o esecutive » ; « L’«opera aperta» resta dunque un’opera, distinta da un repertorio indifferenziato di materiali utilizzabili in qualsiasi modo » (une forme achevée qui ménage pourtant un champ de possibilités d’interprétation ou d’exécution ; l’« œuvre ouverte » reste donc une œuvre, distincte d’un répertoire indifférencié de matériaux utilisables de n’importe quelle manière).

Synthèse de l’encyclopédie, non citation d’Eco. ». consulter la source

Romain Ghibellini et Beat Meier, « Interruption, recall and resumption: a meta-analysis of the Zeigarnik and Ovsiankina effects », Humanities and Social Sciences Communications, vol. 12, article 962, 1er juillet 2025 ; références d’origine : B. Zeigarnik, « Das Behalten erledigter und unerledigter Handlungen », Psychologische Forschung, 9, 1927, p. 1-85 ; M. A. Ovsiankina, Psychologische Forschung, 11, 1928, p. 302-379 — notre traduction : « The memory advantage of unfinished tasks, however, has proven particularly difficult to replicate » ; « We found no memory advantage for unfinished tasks but found a general tendency to resume tasks » ; « Conclusively, the Ovsiankina effect represents a general tendency, whereas the Zeigarnik effect lacks universal validity. » (L’avantage de mémoire des tâches inachevées s’est révélé particulièrement difficile à répliquer ; nous n’avons trouvé aucun avantage de mémoire pour les tâches inachevées, mais une tendance générale à reprendre les tâches ; l’effet Ovsiankina représente une tendance générale, tandis que l’effet Zeigarnik n’a pas de validité universelle.) ». consulter la source

Michael I. Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely, « The IKEA effect: When labor leads to love », Journal of Consumer Psychology, vol. 22, n° 3, 2012, p. 453-460 (résumé, Scholars@Duke) — notre traduction : « Participants saw their amateurish creations as similar in value to experts’ creations, and expected others to share their opinions. We show that labor leads to love only when labor results in successful completion of tasks; when participants built and then destroyed their creations, or failed to complete them, the IKEA effect dissipated. » (Les participants jugeaient leurs créations d’amateurs d’une valeur comparable à celles des experts, et pensaient que les autres partageraient leur avis. Le travail ne fait naître l’attachement que lorsqu’il aboutit : quand les participants détruisaient leur ouvrage ou ne l’achevaient pas, l’effet IKEA disparaissait.) ». consulter la source

Donald W. Winnicott, Playing and Reality, Tavistock, 1971, chap. 1, « Transitional Objects and Transitional Phenomena » (hypothèse formulée en 1951) ; trad. fr. Jeu et réalité, Gallimard, 1975 — notre traduction : « The good-enough ‘mother’ (not necessarily the infant’s own mother) is one who makes active adaptation to the infant’s needs, an active adaptation that gradually lessens, according to the infant’s growing ability to account for failure of adaptation and to tolerate the results of frustration » ; « relief from this strain is provided by an intermediate area of experience […] which is not challenged (arts, religion, etc.) » (La mère « suffisamment bonne », qui n’est pas nécessairement la mère de l’enfant, est celle qui s’adapte activement à ses besoins, d’une adaptation active qui diminue peu à peu, à mesure que grandit la capacité de l’enfant à faire face aux défaillances de l’adaptation et à supporter la frustration qui en résulte ; cette tension est soulagée par une aire intermédiaire d’expérience, qui n’est pas contestée : les arts, la religion, etc.) ». consulter la source

Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce (1947), Plon, 1948, chapitre « Décréation », p. 36-45 (Wikisource) : « Décréation : faire passer du créé dans l’incréé. Destruction : faire passer du créé dans le néant. Ersatz coupable de la décréation. » ; « Il existe une force « déifuge ». Sinon tout serait Dieu. » ; « Renoncement. Imitation du renoncement de Dieu dans la création. Dieu renonce — en un sens — à être tout. Nous devons renoncer à être quelque chose. C’est le seul bien pour nous. » ; « Dieu n’a pu créer qu’en se cachant. Autrement il n’y aurait que lui. » ; « Faire tout cela à autrui, du dehors, est de l’ersatz de décréation. C’est produire de l’irréel. ». consulter la source

Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce (1947), Plon, 1948, chapitre « Effacement », p. 46-48 (Wikisource) : « Dieu ne peut aimer en nous que ce consentement à nous retirer pour le laisser passer, comme lui-même, créateur, s’est retiré pour nous laisser être. » ; « Je suis non pas la jeune fille qui attend un fiancé, mais le tiers importun qui est avec deux fiancés et doit s’en aller afin qu’ils soient vraiment ensemble. ». consulter la source

Wikipédia, « Simone Weil » (genèse de La Pesanteur et la Grâce et notion de décréation) : « La Pesanteur et la Grâce est un recueil de pensées de Simone Weil, composé de divers passages tirés de ses carnets personnels et organisés par thèmes par Gustave Thibon […]. Elle lui avait en effet donné certains de ses cahiers, écrits avant mai 1942, mais sans arrière-pensée ou demande de publication ; le titre, l’organisation et l’édition du livre sont donc dus à Gustave Thibon » ; « Renoncer par amour et par humilité à être centré sur son moi, renoncer à être une personne, c’est ce que traduit la notion de « décréation » chez Simone Weil ». ». consulter la source

#PIC, Lexique du Pouvoir, « Le nudge » (version 1 du 25 septembre 2026) : « tout élément de l’« architecture du choix » qui modifie les comportements de façon prévisible, sans interdire aucune option ni changer sensiblement les incitations économiques » ; « le nudge gouverne par nos biais plutôt que par nos raisons, il traite le citoyen en usager qu’on oriente, non en souverain qu’on convainc » ; « qu’un gouvernement ne choisisse jamais une politique qu’il ne pourrait ou ne voudrait pas défendre publiquement devant ses propres citoyens ». ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre V, article 1, « De l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique » : « Constituent des atteintes à l’intégrité psychique, notamment : les procédés subliminaux et infraliminaires ; les techniques d’hypnose collective et de manipulation des foules ; l’exploitation délibérée des biais cognitifs à des fins de contrainte ou de captation ; et toute ingénierie sociale déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre XVIII, articles 2 et 3, et article 4 (version 2 du 25 septembre 2026, version 1 consultable) : « Art. 2 : « La présente Constitution n’est pas gravée dans un marbre immuable. Le peuple dispose du droit permanent de la corriger, de l’amender et de la perfectionner à la lumière de l’expérience. » ; art. 3 : ne peut faire l’objet d’aucune révision « 6° le droit permanent du peuple de réviser la Constitution, et les libertés d’opinion, d’expression et d’association sans lesquelles il ne pourrait se corriger » ; art. 4, version 1 : « Le candidat élu qui a porté la méta-candidature convoque ce référendum avant toute prise de fonction effective » ; version 2 : il « engage la procédure référendaire sans délai, dès son entrée en fonctions ». ». consulter la source

#PIC, Journal des modifications, versions 3.1, 3.2, 3.9 et 4.2 (23-25 septembre 2026) : « Chaque article modifié garde sa version précédente, accessible sous le texte. » ; « toute modification consécutive à l’un de vos commentaires est traitée comme une modification de fond, et figure donc dans l’historique. Quand un membre obtient gain de cause, cela doit se voir. » ; « Un journal de bord qui ne consignerait que les réussites ne serait pas un journal de bord, ce serait une brochure. » ; « Déposez vos suggestions en commentaire, sous l’article concerné, et non en message privé. » ; « En vérifiant nos propres sources, nous avons écarté une citation attribuée à Guizot, introuvable dans ses écrits » ; l’interdiction de l’image subliminale « date d’un décret du 27 mars 1992 ». ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, page d’accueil, « Dans quel esprit lire ce texte ? » : « Un texte assumé comme perfectible — et fait pour évoluer. Nous présentons ce projet en toute humilité démocratique. Il est perfectible, et il doit être discuté ; mais il a le mérite d’exister et de poser une base assumée. » ; « Chaque titre, et chaque article, peut être commenté et évalué. ». consulter la source

#PIC, Abécédaire, « La maïeutique et la dialectique », « La sollicitation d’avis », « L’intelligence collective » (version 3 du 25 septembre 2026) : « La propagande dit « crois-moi » ; la maïeutique dit « vérifie », et accepte d’être démentie. » ; « Il ne demande pas « êtes-vous d’accord ? », qui appelle un oui ou un veto, mais « que feriez-vous à ma place ? ». » ; « Version 3 — 25 septembre 2026 : Galton : la médiane (1 207 livres pour 1 198) remplace la moyenne ; le « facteur c » est présenté avec les réserves des réanalyses de 2017. ». consulter la source

Frédéric Bascuñana (@parrhesiaste_fr), message sur X, 25 septembre 2026 : « Et en effet tous les textes sont (très) perfectibles nous avons paré à l’urgence : et c’est en cours grâce à toi notamment – nous sommes en train de replacer la barre bien plus haut. Ça illustre bien la nécessité de ce processus constituant et notre capacité à nous en saisir ». consulter la source

Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — harmonisation avec les textes validés le 27 septembre : citation du noyau intangible (Titre XVIII, article 3) mise à jour ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le nudge · La propagande

Le mot juste, dans l’Abécédaire : L’intelligence collective · La sollicitation d’avis · La maïeutique et la dialectique

Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique

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