On vous dit :
« Vous voulez “criminaliser les guerres cognitives”, rendre “imprescriptibles” les atteintes à l’“intégrité psychique”, frapper toute “ingénierie sociale” et “assainir le débat public”, maisons d’édition comprises. Qui décidera qu’une campagne, un discours ou un article est une manipulation ? Vous ? C’est la police de la pensée d’Orwell, avec la bonne conscience en plus. »
Voici ce que vous pouvez répondre
La police de la pensée d’Orwell surveille les citoyens pour le compte du pouvoir ; notre texte protège le citoyen contre le pouvoir. Il vise des techniques qui échappent à la conscience, procédés subliminaux, manipulation des foules, exploitation délibérée des biais, et « toute ingénierie sociale déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre ». Les opinions restent hors d’atteinte : « Nul ne peut être inquiété pour l’expression d’une opinion, sauf appel direct à la violence ou à la commission d’un crime. » Rien d’exotique : l’Union européenne interdit depuis 2025 les systèmes d’intelligence artificielle subliminaux ou délibérément manipulateurs, et le Chili protège depuis 2021 l’intégrité psychique dans sa Constitution.
Sources : Constitution d’urgence · Règlement · Constitution politique du Chili · UNESCO — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Ce que dit le texte
Lisons le texte plutôt que le slogan. La Constitution d’urgence pose que « nul ne peut porter atteinte à l’intégrité psychique d’un être humain par des techniques de manipulation mentale échappant à sa conscience et à son consentement » (Constitution d’urgence, Titre V, article 1).
Elle en donne une liste : les procédés subliminaux et infraliminaires, l’hypnose collective et la manipulation des foules, l’exploitation délibérée des biais cognitifs « à des fins de contrainte ou de captation », et l’ingénierie sociale d’une autorité publique « contre la population qu’elle administre ».
Le critère commun est simple : la technique échappe à la conscience de celui qui la subit. Un discours, un éditorial, une campagne signée et argumentée ne le remplissent pas : on les voit, on peut les contredire.
Les notes de l’article le disent d’une phrase : convaincre reste libre ; contourner devient interdit.
Le même article porte, depuis le 25 septembre 2026, un devoir de véracité de ceux qui exercent ou briguent le pouvoir. C’est une autre objection, et elle a sa réponse : « Votre délit de mensonge politique, c’est la police de la pensée ».
Une garantie contre l’État
La police de la pensée d’Orwell est un instrument du gouvernement contre les citoyens ; notre article est un instrument des citoyens contre le gouvernement. Les exemples ne manquent pas pour justifier le débat.
Le 22 mars 2020, un groupe d’experts en sciences du comportement qui conseillait le gouvernement britannique écrivait qu’il fallait accroître « le niveau perçu de menace personnelle » chez les « complaisants », au moyen de « messages émotionnels percutants ».
Le document a été publié, et c’est heureux : notre texte ne vise pas une politique annoncée, il vise ce qui se cache. Mais qu’un État puisse délibérément doser la peur de sa population mérite au moins qu’on en débatte à visage découvert.
Des précédents
Le principe a déjà ses précédents. Depuis le 2 février 2025, le règlement européen sur l’intelligence artificielle interdit les systèmes qui ont recours « à des techniques subliminales, au-dessous du seuil de conscience d’une personne, ou à des techniques délibérément manipulatrices ou trompeuses ».
En octobre 2021, le Chili a ajouté à sa Constitution que le développement scientifique et technologique s’exerce « dans le respect de la vie et de l’intégrité physique et psychique », en protégeant l’activité cérébrale.
En novembre 2025, à Samarcande, l’UNESCO a adopté la première recommandation mondiale sur l’éthique des neurotechnologies. La Constitution d’urgence fait un pas de plus : elle applique à la puissance publique ce qu’on commence à exiger des machines.
Ce qui reste à écrire
Reste l’imprescriptibilité, qui choque. Elle ne vaut que pour les atteintes « commises de manière systématique ou à grande échelle » (Constitution d’urgence, Titre V, article 2) : le vocabulaire des crimes de masse, pas celui d’une affiche.
Elle ne crée aucune peine rétroactive : la Déclaration de 1789, que la Démocratie française conserve, l’interdit, et l’exception du Titre XIII est réservée aux crimes du droit international impératif.
Les Suisses ont montré en 2008, par votation, qu’un peuple peut rendre imprescriptibles des actes qu’il juge intolérables.
Nous ne prétendons pas pour autant que la rédaction soit achevée : la note aux juristes de l’article premier demande elle-même s’il faut y inscrire un triple critère (échappement à la conscience, absence de consentement, finalité de contrainte) et distinguer expressément la communication politique, publicitaire et pédagogique licite.
Le Manifeste dit « criminaliser » ; le texte, lui, ne crée encore aucune infraction. C’est à la loi, votée puis soumise au juge, de la définir.
Quant aux images du Manifeste, qui voit dans la réforme des médias et la « criminalisation des guerres cognitives » les « conditions de stérilité » d’un accouchement démocratique, elles sont maladroites et nous le disons.
Leur contenu est le contraire d’une censure : le pluralisme opposable ajoute de la parole au lieu d’en retrancher, en imposant la contradiction aux médias aidés (Constitution d’urgence, Titre V, article 5).
Les relances probables
« Qui jugera qu’une campagne gouvernementale est une “ingénierie sociale” ? »
Pas le gouvernement : ce sera à la loi de définir l’infraction, et à un juge de l’appliquer après un débat contradictoire. Le texte exige une technique qui échappe à la conscience, retournée par une autorité contre la population qu’elle administre. Une campagne signée, argumentée et contestable au grand jour n’est pas visée.
« Imprescriptible, comme un crime contre l’humanité : c’est disproportionné. »
Seulement pour les atteintes « systématiques ou à grande échelle », et sans aucune peine rétroactive. Les Suisses ont voté en 2008 l’imprescriptibilité d’actes qu’ils jugeaient intolérables : c’est au peuple de fixer ce seuil. La note aux juristes demande d’ailleurs de le définir par des critères objectifs.
« Et votre Manifeste, qui veut “assainir le débat public”, maisons d’édition comprises ? »
Il parle de garantir l’indépendance et le pluralisme de toutes les rédactions, pas de contrôler ce qu’elles publient. La Constitution d’urgence supprime les subventions directes à la presse, impose la contradiction aux médias aidés ou titulaires d’une fréquence, confie leur régulation à des citoyens tirés au sort, et interdit d’inquiéter quiconque pour une opinion. C’est l’objet de notre réponse « Votre pluralisme obligatoire, c’est la presse sous tutelle ».
« Les complotistes traîneront l’État en justice à chaque campagne de santé publique. »
Le risque existe, et nous ne le minimisons pas : l’article ne contient pas encore de filtre propre, et l’interdiction des procédures-bâillons protège les plus faibles, pas l’État. Le filtre tient d’abord au critère : une campagne signée et argumentée n’échappe à la conscience de personne. Il reviendra à la loi d’application d’organiser l’examen préalable des plaintes, comme le demandent nos propres notes aux juristes.
« Et votre devoir de véracité, dans le même article : c’est le ministère de la Vérité. »
C’est une autre règle, qui ne vise que les faits affirmés sciemment faux par ceux qui exercent ou briguent le pouvoir, jamais les opinions, et qui ne connaît ni prison ni amende. Nous y répondons en détail dans « Votre délit de mensonge politique, c’est la police de la pensée ».
Les pièges à éviter
- Ne jamais parler de « criminaliser le mensonge », de « délit d’opinion » ou de « délit d’ingénierie sociale » : ces formules ne figurent pas dans la Constitution d’urgence et la contredisent.
- Ne pas prétendre que le texte crée déjà une infraction : il pose un droit fondamental ; l’incrimination reste à écrire par la loi.
- Ne jamais citer un média, un journaliste ou un adversaire nommé comme exemple de « guerre cognitive ».
- Ne pas affirmer que l’État français mène une guerre cognitive contre ses propres citoyens : sa doctrine de lutte informatique d’influence (2021) est limitée à l’extérieur du territoire national, et notre Lexique le précise.
- Ne pas présenter le document britannique de mars 2020 comme un crime : il est public, et c’est justement ce qui le distingue d’une manipulation cachée.
- Distinguer 3 choses : l’intégrité psychique (Titre V, articles 1 et 2), le devoir de véracité (seconde partie de l’article 1) et le pluralisme des médias (articles 5 et 6).
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- L’ingénierie sociale
- Les biais cognitifs
- La guerre cognitive
- Le tirage au sort
- Les procédures-bâillons
- L’intégrité psychique
- Les neurodroits
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre V, art. 1 : l’intégrité psychique et la véracité de la parole publique
- Constitution d’urgence, titre V, art. 2 : l’imprescriptibilité des atteintes à l’intégrité psychique
- Constitution d’urgence, titre V, art. 4 : la liberté d’expression refondée
- Constitution d’urgence, titre V, art. 5 : le pluralisme opposable et la contrainte dialectique
- Constitution d’urgence, titre V, art. 6 : la fin des subventions à la presse et l’accès à la contradiction
- Constitution d’urgence, titre V, art. 7 : la vie privée mentale et les données neurales
- Constitution d’urgence, titre XIII, art. 3 : la non-rétroactivité de la loi pénale et son unique exception
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Constitution d’urgence, Titre V, article premier — De l’intégrité psychique et de la véracité de la parole publique (version 2 du 25 septembre 2026) : « Nul ne peut porter atteinte à l’intégrité psychique d’un être humain par des techniques de manipulation mentale échappant à sa conscience et à son consentement. Constituent des atteintes à l’intégrité psychique, notamment : les procédés subliminaux et infraliminaires ; les techniques d’hypnose collective et de manipulation des foules ; l’exploitation délibérée des biais cognitifs à des fins de contrainte ou de captation ; et toute ingénierie sociale déployée par une autorité publique contre la population qu’elle administre. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre V, article 2 — De l’imprescriptibilité des atteintes à l’intégrité psychique : « Les atteintes à l’intégrité psychique commises de manière systématique ou à grande échelle sont imprescriptibles. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre V, article 4 — De la liberté d’expression refondée : « Nul ne peut être inquiété pour l’expression d’une opinion, sauf appel direct à la violence ou à la commission d’un crime. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre V, article 5 — Du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique : « Tout média bénéficiant d’un soutien public, d’une fréquence hertzienne ou d’un régime dérogatoire est tenu de faire place, à parité de visibilité, à une contradiction argumentée sur toute prise de position politique engageante. ». consulter la source
Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 sur l’intelligence artificielle, article 5, paragraphe 1, point a) ; chapitres I et II applicables depuis le 2 février 2025 (article 113). Texte français reproduit sur artificialintelligenceact.eu : « l’utilisation d’un système d’IA qui a recours à des techniques subliminales, au-dessous du seuil de conscience d’une personne, ou à des techniques délibérément manipulatrices ou trompeuses ». consulter la source
Constitution politique du Chili, article 19, n° 1, dernier alinéa, issu de la loi n° 21.383, promulguée le 14 octobre 2021 et publiée le 25 octobre 2021 ; notre traduction : « Le développement scientifique et technologique sera au service des personnes et s’exercera dans le respect de la vie et de l’intégrité physique et psychique. » : « El desarrollo científico y tecnológico estará al servicio de las personas y se llevará a cabo con respeto a la vida y a la integridad física y psíquica. ». consulter la source
UNESCO, Recommandation sur l’éthique des neurotechnologies, adoptée par la Conférence générale à Samarcande en novembre 2025 (date exacte non revérifiée ; page UNESCO inaccessible, confirmée par UNESCO UK). consulter la source
SPI-B (groupe d’experts en sciences du comportement du SAGE, Royaume-Uni), « Options for increasing adherence to social distancing measures », 22 mars 2020, publié par le gouvernement britannique ; notre traduction : « Le niveau perçu de menace personnelle doit être accru chez ceux qui se montrent complaisants, au moyen de messages émotionnels percutants. » : « The perceived level of personal threat needs to be increased among those who are complacent, using hard-hitting emotional messaging. ». consulter la source
Constitution fédérale de la Confédération suisse, article 123b, accepté en votation populaire le 30 novembre 2008 (Fedlex, version du 3 mars 2024) : « L’action pénale et la peine pour un acte punissable d’ordre sexuel ou pornographique sur un enfant impubère sont imprescriptibles. ». consulter la source
George Orwell, Nineteen Eighty-Four (1984), 1949 : la Police de la pensée (Thought Police) surveille les citoyens pour le compte du Parti — non cité littéralement. consulter la source
#PIC, Lexique du Pouvoir, « La guerre cognitive » (rapport Cognitive Warfare de François du Cluzel, 2020 ; doctrine française de lutte informatique d’influence du 20 octobre 2021, « exclusivement hors du territoire national »). consulter la source
Version 1.3 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.1 du 28 septembre 2026 — réponse courte resserrée pour que le partage la reprenne en entier. Version 1.0 du 27 septembre 2026 — première publication ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Les versions antérieures de cette page seront accessibles ici dès la première modification.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : L’ingénierie sociale · La guerre cognitive · Les procédures-bâillons · La tolérance répressive
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Les biais cognitifs · Le tirage au sort · L’intégrité psychique
Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique
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