Lexique du Pouvoir · La pathocratie représentative

La pathocratie représentative Commençons par l’aveu, puisque nous pratiquons l’exercice mieux que ceux que nous visons : accoler un vocabulaire clinique à des élus, c’est une accusation par excellence. C’est une petite provocation du #PIC, et elle est assumée.

Le mot « pathocratie » vient du psychiatre polonais Andrzej Łobaczewski, qui l’a forgé pour décrire les régimes totalitaires qu’il avait connus comme des systèmes où des personnalités pathologiques prennent les commandes.

Son livre, Political Ponerology (« la ponérologie politique »), n’a circulé que tardivement, par un petit éditeur canadien, et la psychiatrie universitaire l’a laissé de côté : une référence très marginale, que nous empruntons comme une étiquette, pas comme une preuve.

Nous ne poserons d’ailleurs aucun diagnostic sur personne ; nous laissons cet exercice aux plateaux de télévision. Reste ce que la notion a de pertinent, et qui ne doit rien à Łobaczewski.

D’abord, le pouvoir transforme ceux qui l’exercent : en 2003, le psychologue Dacher Keltner et ses collègues rassemblent les travaux montrant que le pouvoir désinhibe, tourne l’attention vers la récompense et la détourne des intérêts d’autrui ; en 2009, le neurologue et ancien ministre britannique David Owen décrit un « syndrome d’hubris » acquis dans l’exercice prolongé du pouvoir.

Ensuite, toute compétition sélectionne les traits qui y réussissent : l’aplomb, le goût de la scène, l’appétit de conquête. La pathocratie représentative n’est donc pas une galerie de malades ; c’est un filtre.

Platon, au livre III des Lois, appelait « théâtrocratie » le régime où la scène a pris la place du jugement — il en accusait un public devenu juge, nous en accusons la troupe.

Car c’est le dispositif qui transforme l’opposition en spectacle, le désir de changement en vote pour le « moins pire », et les histrions en agents de maintenance du système. Le problème n’est pas le pilote, c’est le logiciel de pilotage.

D’où la réponse du #PIC, qui ne mise pas sur la vertu des candidats : un exécutif collégial de sept membres sans hiérarchie entre eux, un mandat unique et non renouvelable, et des délégués révocables par référendum.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Votre système est fait pour des saints, pas pour des hommes », « La France a besoin d’un chef, pas d’un collège de sept », « Sept vice-présidents, c’est l’impuissance », « On ne peut pas révoquer un élu à tout bout de champ ».

Pour aller plus loin

L’idée que les pires montent au sommet est plus vieille que le mot, et ses meilleurs avocats ne sont pas ceux qu’on croit.

Platon, au livre III des Lois, décrit Athènes glissant du jugement vers le spectacle, jusqu’à ce que le gouvernement, « d’aristocratique qu’il était, devint une mauvaise théâtrocratie ».

23 siècles plus tard, c’est un économiste libéral, Friedrich Hayek, qui intitule le dixième chapitre de La Route de la servitude (1944) « Pourquoi les pires arrivent au sommet ».

Son argument n’a rien de moral : dans une machine totalitaire, écrit-il, il y aura « des occasions particulières pour les brutaux et les dénués de scrupules » (notre traduction), parce que les fonctions à remplir récompensent ceux qui sont prêts à enfreindre toute règle. Łobaczewski, qui avait vécu ce régime de l’intérieur, a mis un nom clinique sur un constat voisin ; c’est ce nom que le #PIC emprunte, et c’est l’argument de Hayek qu’il retient.

La pathocratie n’est pas une affaire de cerveaux : c’est une affaire de sélection.

Les sciences du comportement distinguent 2 mécanismes, qu’il ne faut pas confondre.

Le premier est la transformation : en 2003, Dacher Keltner, Deborah Gruenfeld et Cameron Anderson, dans la Psychological Review, montrent que le pouvoir s’associe à l’affect positif, à l’attention portée aux récompenses, à un traitement automatique de l’information et à des conduites « désinhibées » (notre traduction) ; c’est le terrain de l’hubris.

Le second est la sélection : quels traits la compétition pour le pouvoir fait-elle réussir ? Et là, la meilleure objection vient de la recherche elle-même.

En 2012, Scott Lilienfeld et ses collègues, dans le Journal of Personality and Social Psychology, font évaluer par des historiens spécialistes les 42 présidents américains jusqu’à George W. Bush.

Résultat : l’audace sans peur, l’une des composantes de la psychopathie, est associée à de meilleures performances présidentielles, en gestion de crise comme en persuasion ; seule l’impulsivité antisociale est liée aux indicateurs de mauvaise conduite, comme les résolutions de destitution.

Autrement dit, certains traits que l’étiquette de pathocratie réprouve font aussi les dirigeants efficaces.

L’objection est sérieuse ; elle ne sauve pas l’élection. Elle ruine la version clinique de la notion, celle qui voudrait trier les élus entre sains et malades. Elle confirme la version institutionnelle : la procédure sélectionne des traits, et la question devient de savoir lesquels elle récompense et qui les équilibre.

Bernard Manin l’a formulé en 1995 sous le nom de principe de distinction : l’élection choisit ceux qui se distinguent. Or l’aplomb se distingue mieux que le scrupule.

Montesquieu avait noté l’avantage inverse du sort, qui « n’afflige personne » : il ne récompense aucun trait, parce qu’il ne récompense rien.

La France fournit un cas où aucun diagnostic n’est nécessaire, puisque les faits sont jugés. Le 5 décembre 2012, interrogé à l’Assemblée nationale, le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac affirme n’avoir « jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant, ni avant ».

Il reçoit le soutien de l’exécutif, démissionne le 19 mars 2013, reconnaît les faits devant les juges d’instruction le 2 avril, et sera condamné en appel le 15 mai 2018. Ce qu’il faut retenir n’est pas la psychologie d’un homme, que nous ne connaissons pas : c’est que l’aplomb a tenu 4 mois devant la représentation nationale.

Et la réponse de la République n’a pas été médicale, mais procédurale : les lois du 11 octobre 2013 créent la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et le contrôle des patrimoines des responsables publics.

C’est la thèse du #PIC appliquée par ceux qui la contestent : on ne corrige pas le pilote, on corrige le logiciel.

La Constitution d’urgence pousse la logique jusqu’à la parole : qui exerce une fonction publique doit au peuple la véracité des faits qu’il affirme, et le juge peut constater le manquement de celui qui affirme un fait précis en connaissant sa fausseté (Titre V, article premier).

Reste la limite la plus grave, et nous la devons à l’histoire même dont Łobaczewski venait.

Le vocabulaire de la maladie mentale a servi aux régimes qu’il décrivait contre leurs opposants : la psychiatrie soviétique a interné des dissidents sous le diagnostic de « schizophrénie torpide ».

Un mouvement qui accole un mot clinique à des élus doit savoir quelle arme il manie, et c’est pourquoi le #PIC ne l’emploie qu’au sujet d’un système, jamais d’une personne. Sa réponse est donc un filtre, non une thérapie.

Le tirage au sort des Formulateurs, de l’Agora et d’un tiers de l’Assemblée n’avantage ni l’audace ni le bagout ; le vote sur les projets passe avant le choix des personnes, parce que « le prestige attaché à une personnalité ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir » (Constitution d’urgence, Titre I, article 5).

L’hypothèse, à vérifier sur pièces, tient en une ligne : changez la procédure qui sélectionne, et vous changerez ce qu’elle sélectionne.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Platon, Les Lois, livre III, 700e-701a, trad. Victor Cousin : « d’où il arriva que les théâtres, muets jusqu’alors, élevèrent la voix, comme s’ils connaissaient ce qui est beau en musique et ce qui ne l’est pas, et que le gouvernement d’Athènes, d’aristocratique qu’il était, devint une mauvaise théâtrocratie. ». consulter la source

Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, livre II, chapitre 2 : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. ». consulter la source

Friedrich A. Hayek, The Road to Serfdom, 1944, chapitre 10, « Why the worst get on top » (version abrégée du Reader’s Digest, rééditée par l’Institute of Economic Affairs, 2005) : « In the totalitarian machine there will be special opportunities for the ruthless and unscrupulous. » ; « It is for this reason that the unscrupulous are likely to be more successful in a society tending toward totalitarianism. » (Dans la machine totalitaire, il y aura des occasions particulières pour les brutaux et les dénués de scrupules ; c’est pour cette raison que les hommes sans scrupules ont de meilleures chances de réussir dans une société qui tend au totalitarisme ; notre traduction). consulter la source

Dacher Keltner, Deborah H. Gruenfeld et Cameron Anderson, « Power, Approach, and Inhibition », Psychological Review, vol. 110, n° 2, 2003, p. 265-284 (résumé sur le site de la Stanford Graduate School of Business) : « Specifically, power is associated with (a) positive affect, (b) attention to rewards, (c) automatic information processing, and (d) disinhibited behavior. » (Plus précisément, le pouvoir est associé à a) un affect positif, b) une attention portée aux récompenses, c) un traitement automatique de l’information et d) des conduites désinhibées ; notre traduction). consulter la source

David Owen, « Hubris syndrome », Clinical Medicine, vol. 8, n° 4, 2008 (résumé sur PubMed Central) : « It is less likely to develop in people who retain a personal modesty, remain open to criticism, have a degree of cynicism or well developed sense of humour. » (Il a moins de chances de se développer chez les personnes qui conservent une modestie personnelle, restent ouvertes à la critique, ont une certaine dose de cynisme ou un sens de l’humour bien développé ; notre traduction). consulter la source

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, présentation de l’institution (contrôle du patrimoine, prévention des conflits d’intérêts, contrôle de la reconversion des responsables publics) : « Depuis l’entrée en vigueur des lois du 11 octobre 2013 relatives à la transparence de la vie publique ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 5 : « La souveraineté s’exerce d’abord par le vote sur les idées, les projets, les budgets et les orientations, avant de s’exercer sur le choix des personnes appelées à les mettre en œuvre. ». consulter la source

Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.

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