La République Res publica : la chose publique, la chose commune. Cicéron en a donné la définition restée classique : la chose publique est la chose du peuple, et le peuple n’est pas n’importe quel rassemblement d’hommes, mais une multitude associée par un droit reconnu de tous et par la communauté des intérêts.
De cette source est née une tradition que le #PIC revendique : Rousseau appelle République « tout État régi par des loix » et demande à ses citoyens la vertu civique qui fait passer la chose commune avant la sienne ; Kant en fait la condition de la paix entre les peuples, parce qu’on n’y confond jamais celui qui fait la loi et celui qui l’exécute ; Quentin Skinner et Philip Pettit ont remis au jour une liberté républicaine entendue comme absence de domination, le fait de ne dépendre du pouvoir arbitraire de personne.
Le mot a pourtant connu une double infortune. Vidé, d’abord : une république se définit par l’adjectif qui l’accompagne, et la République islamique d’Iran en porte le nom aussi officiellement que la France.
Surchargé, ensuite : en France, le substantif s’est chargé de « valeurs » dont aucun texte ne dresse la liste, au point que l’« arc républicain » sert à déclarer infréquentables des millions de citoyens sans avoir à leur répondre.
Le mot qui disait « à tous » en vient à dire « pas vous ». Le #PIC ne récuse pas la république : la chose commune va de soi, et la première Démocratie française en sera une, puisque nul n’y gouvernera par droit de naissance. Il refuse que le cadre tienne lieu de programme.
Mieux eût valu dire que la France est républicaine que proclamer une République qui serait française ; le régime prend donc le nom de son principe : Démocratie, le pouvoir du peuple. La république dit que la chose est commune ; la démocratie dit qui décide.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « L’intelligence collective, c’est une utopie de start-up », « La démocratie représentative a fait ses preuves », « L’article 11 ne permet pas de changer de Constitution : votre plan est illégal », « Vous êtes l’extrême droite déguisée », « Votre noyau intangible enferme le peuple », « Le peuple a porté Hitler et Pétain au pouvoir », « Sept vice-présidents, c’est l’impuissance », « Vous êtes des Gilets jaunes recyclés ».
Pour aller plus loin
La définition de Cicéron, dans le De re publica (vers 54-51 avant notre ère, livre I, 39), n’est pas une étiquette : c’est un critère, et il est exigeant.
Le peuple n’y est pas n’importe quel rassemblement, mais une multitude « associée par l’accord sur le droit et par la communauté d’intérêt » (iuris consensu et utilitatis communione sociatus, trad. IA). Saint Augustin l’a pris au mot.
Dans La Cité de Dieu (livre XIX, chapitre 21), il en conclut froidement que, si la définition est vraie, « il n’y a jamais eu de république romaine » (trad. IA) : là où la justice manque, il n’y a pas de droit commun, donc pas de peuple, donc pas de chose publique.
Dès l’origine, le mot contient de quoi juger ceux qui s’en réclament. 11 siècles plus tard, Machiavel reprend le flambeau, et il faut d’abord le laver d’un soupçon : Machiavel n’était pas machiavélique.
L’adjectif est la vengeance posthume de lecteurs qui s’étaient arrêtés au Prince, sort cruel pour un homme qui servit 14 ans la république florentine et fut soumis à l’estrapade par ceux qui l’avaient abattue.
Dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live, publiés en 1531, il soutient que la désunion de la plèbe et du Sénat « rendit libre et puissante » la république romaine (livre I, chapitre 4, trad. IA), et que « la multitude est plus sage et plus constante qu’un prince » (livre I, chapitre 58, trad. IA) : un républicain, et qui faisait confiance au peuple.
Rousseau, en 1762, en fait un genre plutôt qu’un régime : « J’appelle donc République tout État régi par des loix, sous quelque forme d’administration que ce puisse être » (Du contrat social, livre II, chapitre 6).
La république dit que le pouvoir est soumis à la loi commune ; elle ne dit pas encore qui fait la loi.
C’est Kant qui a posé l’objection la plus sérieuse contre ce que le #PIC défend, et il faut l’exposer sans la caricaturer.
Dans le Projet de paix perpétuelle (1795), il exige que la constitution de chaque État soit républicaine, c’est-à-dire fondée sur la séparation du pouvoir qui fait la loi et du pouvoir qui l’exécute, puis il ajoute que la démocratie, « dans le sens propre de ce mot, est nécessairement un despotisme », et que « toute forme de gouvernement, qui n’est pas représentative, n’en est pas proprement une ».
La république serait donc le rempart contre la démocratie.
L’objection vise juste, mais elle vise une cible précise : un peuple assemblé qui légifère et exécute à la fois, décide « sur et même contre un seul ». Elle ne touche pas un régime où le peuple tranche les lois par référendum tandis qu’un exécutif distinct et collégial les applique, sous le contrôle de juges.
Au sens exact de Kant, la séparation des pouvoirs est la condition républicaine ; le #PIC la conserve, et la Démocratie qu’il propose reste républicaine dans les termes mêmes de son critique le plus sévère.
Les États-Unis ont eu à trancher la question en droit. Leur Constitution garantit à chaque État « une forme républicaine de gouvernement » (article IV, section 4, trad. IA).
En 1902, l’Oregon adopte l’initiative et le référendum ; une compagnie de téléphone soutient que l’État, en rendant la loi au peuple, a cessé d’être républicain. Le 19 février 1912, dans Pacific States Telephone and Telegraph Co. v.
Oregon, la Cour suprême refuse de juger : la question est « politique par nature » et relève du Congrès (trad. IA). La démocratie directe n’a pas été déclarée antirépublicaine ; elle s’est installée, et plus de 20 États la pratiquent encore.
La France offre le cas inverse : un mot qu’on sacralise sans le définir.
La loi constitutionnelle du 14 août 1884 interdit de réviser « la forme républicaine du Gouvernement », formule reprise à l’article 89 de la Constitution de 1958 ; mais on chercherait en vain, dans ce texte, l’expression « valeurs de la République ».
Lorsque le législateur veut en faire une obligation, il doit l’écrire : la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République impose aux associations subventionnées un « contrat d’engagement républicain », et le Conseil constitutionnel ne l’a validé, le 13 août 2021, que parce que ses obligations étaient énumérées.
Voilà la limite de la critique, qu’il faut reconnaître : quand le droit parle, la république a un contenu contrôlable par un juge.
L’« arc républicain », lui, n’a ni texte ni juge ; il trace une frontière que personne n’a votée (voir la riposte « vous voulez abolir la République »).
La Constitution d’urgence du #PIC en tire 2 règles. La première garde la chose : l’article premier dispose que la forme de gouvernement de la France « est républicaine », que la chose publique appartient au peuple tout entier et que nul n’y exerce l’autorité par droit de naissance (Titre I, article 1).
La seconde retire au mot sa fonction d’exclusion : la Démocratie française « récuse la notion d’un “arc” hors duquel certaines opinions seraient proscrites » (Titre V, article 4).
Le Préambule fondateur résume l’hypothèse : la république va de soi, elle dit que la chose est commune ; reste à nommer le régime par ce qui s’y vérifie, qui décide. Augustin demandait déjà que le nom soit mérité.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Cicéron, De re publica, vers 54-51 av. J.-C., livre I, 39 (The Latin Library) : « Est igitur, inquit Africanus, res publica res populi, populus autem non omnis hominum coetus quoquo modo congregatus, sed coetus multitudinis iuris consensu et utilitatis communione sociatus. » (La chose publique, dit l’Africain, est donc la chose du peuple ; et le peuple n’est pas tout rassemblement d’hommes réunis de n’importe quelle manière, mais le rassemblement d’une multitude associée par l’accord sur le droit et par la communauté d’intérêt ; trad. IA). consulter la source
Augustin d’Hippone, De civitate Dei (La Cité de Dieu), vers 426, livre XIX, chapitre 21, trad. anglaise de Marcus Dods (New Advent) : « if we are to accept the definitions laid down by Scipio in Cicero’s De Republica, there never was a Roman republic » (si l’on accepte les définitions posées par Scipion dans le De re publica de Cicéron, il n’y a jamais eu de république romaine ; trad. IA). consulter la source
Nicolas Machiavel, Discorsi sopra la prima Deca di Tito Livio (Discours sur la première décade de Tite-Live), 1531, livre I, chapitres 4 et 58 (Wikisource) : « Che la disunione della Plebe e del Senato romano fece libera e potente quella republica » ; « La moltitudine è più savia e più costante che uno principe » (Que la désunion de la plèbe et du Sénat romain rendit cette république libre et puissante ; la multitude est plus sage et plus constante qu’un prince ; trad. IA). consulter la source
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, Marc-Michel Rey, 1762, livre II, chapitre 6 : « J’appelle donc République tout État régi par des loix, sous quelque forme d’administration que ce puisse être : car alors seulement l’intérêt public gouverne, & la chose publique est quelque chose. ». consulter la source
Emmanuel Kant, Projet de paix perpétuelle, 1795, premier article définitif, trad. Jules Barni (Wikisource) : « celle de la démocratie, dans le sens propre de ce mot, est nécessairement un despotisme » ; « Toute forme de gouvernement, qui n’est pas représentative, n’en est pas proprement une ». consulter la source
Cour suprême des États-Unis, Pacific States Telephone and Telegraph Co. v. Oregon, 223 U.S. 118, 19 février 1912 (Legal Information Institute, Cornell) : « that question has long since been determined by this court conformably to the practice of the government from the beginning to be political in character, and therefore not cognizable by the judicial power, but solely committed by the Constitution to the judgment of Congress » (cette question a depuis longtemps été jugée par la Cour, conformément à la pratique du gouvernement depuis l’origine, comme politique par nature, donc hors de la compétence du pouvoir judiciaire et confiée par la Constitution au seul jugement du Congrès ; trad. IA). consulter la source
Constitution du 4 octobre 1958, article 89, dernier alinéa : « La forme républicaine du Gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision. ». consulter la source
Conseil constitutionnel, décision n° 2021-823 DC du 13 août 2021, Loi confortant le respect des principes de la République, considérant 20 : « Dès lors, le législateur a défini précisément les obligations prévues par le contrat d’engagement républicain. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 1 : « Sa forme de gouvernement est républicaine : la chose publique appartient au peuple tout entier, et nul n’y exerce l’autorité par droit de naissance. ». consulter la source
Version 3 du 28 septembre 2026 : Rousseau et Kant prennent, dans le texte, la place de Machiavel, dont la leçon républicaine est désormais exposée dans « Pour aller plus loin ». Voir les versions précédentes Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ».
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : L’oligarchie · La pathocratie représentative · La captation des mots
La riposte, dans l’Autodéfense : « La démocratie représentative a fait ses preuves » · « Votre Démocratie française abolit la République » · « Vous n’êtes pas républicains : vous moquez les valeurs républicaines »
Ce que nous instituons : Constitution, titre I, art. 1 : la nature du régime
Pour agir : Préambule fondateur. Du passage de la République à la Démocratie · le Manifeste : la Constitution d’urgence
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