On vous dit :
« Votre langage, vos instances, vos sigles : vous êtes en train de fabriquer une nouvelle caste intellectuelle, qui finira par prendre les rênes à la place du peuple. Il y a des antécédents : en 1789 aussi, on a fait la révolution au nom du peuple, et d’autres l’ont confisquée. Qu’est-ce qui prouve que vous ne ferez pas pareil ? »
Voici ce que vous pouvez répondre
Rien ne le prouve par la parole : c’est pourquoi nous l’avons écrit dans le texte. En 1795, pour justifier le suffrage réservé aux propriétaires, Boissy d’Anglas lançait à la Convention : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs ». La Constitution d’urgence fait l’inverse.
L’initiative y appartient à 7 777 citoyens tirés au sort, renouvelés par moitié tous les 6 mois. Les questions posées au peuple sont vérifiées par 777 autres, tirés au sort pour une seule votation. Tout élu, « à quelque échelon que ce soit, est révocable par référendum révocatoire ». Et notre candidat constitutionnel, et lui seul, s’oblige devant notaire, par un acte irrévocable, à remettre sa démission si le peuple rejette le texte : sa lettre de démission, signée le jour même, est déjà sous séquestre.
Une caste qui se donnerait tant de mal pour se rendre révocable serait une caste bien maladroite.
Sources : #PIC, Constitution d’urgence · Boissy d’Anglas, Moniteur (1795) · Constitution de 1791 · Robert Michels. Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Le syndrome de 1789 existe
La Déclaration de 1789 proclame que les hommes « naissent et demeurent libres et égaux en droits ». 2 ans plus tard, la Constitution de 1791 trie les citoyens : seuls les « citoyens actifs », ceux qui paient une contribution directe au moins égale à 3 journées de travail, votent. Les autres, les « citoyens passifs », ont des droits, mais pas de voix.
En 1795, après la Terreur, la Convention va plus loin. Présentant la Constitution de l’an III, Boissy d’Anglas en donne la philosophie avec une franchise qu’on n’ose plus aujourd’hui : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs ; les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois », et l’on ne trouve de pareils hommes, ajoute-t-il, « que parmi ceux qui, possédant une propriété », sont attachés au pays qui la contient. La révolution faite au nom de tous sera gouvernée par quelques-uns. Voilà le syndrome, et il serait malhonnête de prétendre qu’il ne nous concerne pas.
Une loi plus générale qu’on ne croit
Un siècle plus tard, le sociologue Robert Michels observe les partis socialistes, les plus démocratiques de son temps, et en tire une loi qu’il croit d’airain : « Qui dit organisation, dit tendance à l’oligarchie ». Les représentants finissent par dominer les représentés, les délégués ceux qui les ont délégués. Nous la présentons dans le Lexique du Pouvoir, « La loi d’airain de l’oligarchie ». Michels avait raison sur la pente. Il ne disait pas qu’on ne peut pas la remonter ; il disait qu’il faut des contrepoids, et qu’ils ne naissent pas des bonnes intentions.
Les verrous que nous avons écrits
Voici les contrepoids que la Constitution d’urgence oppose à la confiscation. Ce ne sont pas des promesses : ce sont des articles, publics, que chacun peut lire et commenter.
- L’initiative au peuple tiré au sort. L’Agora citoyenne réunit 7 777 citoyens tirés au sort, « tirés au sort pour un an et renouvelés par moitié tous les six mois », selon une méthode publique « dont tout citoyen peut vérifier la régularité ». Elle exerce l’initiative au nom du peuple : aucune élite n’en a le monopole.
- Des questions vérifiées par des citoyens qui ne restent pas. Les Formulateurs sont tirés au sort pour une seule votation, et « nul ne peut siéger pour deux votations consécutives ». Personne n’a le temps de s’installer.
- La révocation de tous. « Tout titulaire d’un mandat électif ou d’une charge politique, à quelque échelon que ce soit, est révocable par référendum révocatoire » (titre III, article 5).
- Un acte irrévocable. Le candidat constitutionnel, et lui seul, souscrit devant notaire un acte qui l’oblige à soumettre la Constitution au référendum dans les 8 jours de son entrée en fonctions, et à démissionner si le peuple la rejette (titre II, article 5).
- Une transition bornée. Les Soixante-dix-sept de la transition cessent leurs fonctions à l’installation du nouveau Collège, « qui intervient au plus tard vingt-quatre mois après l’entrée en vigueur de la présente Constitution » (titre XVIII, article 10).
Le langage, la caste et le soupçon
L’objection vise souvent notre vocabulaire : l’Agora, les Formulateurs, l’Égide. Une caste se reconnaît pourtant moins à ses mots qu’à ses secrets. La nôtre aurait un drôle de comportement : elle publie tous ses textes, toutes leurs versions, tous les commentaires qu’on lui adresse (458 sur les pages de la Constitution), et un lexique qui présente ses propres concepts comme des hypothèses offertes à la critique. Nous répondons sur ce point dans « Votre jargon pseudo-savant cache des idées minces ».
Quant à 1789, n’oublions pas qui a fini par imposer le suffrage universel : le peuple lui-même, en réclamant pendant un demi-siècle ce qu’on lui refusait. Les verrous que nous proposons sont dans cette lignée. Ils ne remplacent pas la vigilance des citoyens ; ils leur en donnent les moyens.
Ce que nous concédons
Aucun texte ne garantit la vertu de ceux qui l’appliquent ; la Constitution de 1791 s’ouvrait elle aussi sur une Déclaration admirable. Nous ne demandons donc pas qu’on nous croie, mais qu’on nous surveille. Lisez nos articles, commentez-les, signalez leurs failles : plusieurs ont déjà été corrigés de cette façon. Et si vous pensez qu’une autre voie vous protège mieux, fondez-la. Nous serons les premiers à la saluer.
Les relances probables
« Le tirage au sort, c’est vous qui le contrôlerez. »
Non : la méthode est publique, et tout citoyen peut en vérifier la régularité, comme le prévoit l’article 8 du titre II. En cas d’adoption, les tirages au sort sont confiés à une autorité dédiée, que le Conseil des Sept ne peut instituer que sur avis conforme des Soixante-dix-sept.
« Toutes les révolutions ont promis cela. »
Par des discours, oui ; rarement par des mécanismes de révocation écrits d’avance. Et notre voie n’est pas une révolution par la force : c’est une élection, puis un référendum. Le peuple peut dire non, et nous nous sommes engagés à lui rendre le pouvoir s’il le dit.
« Vous parlez déjà comme des chefs. »
Nous parlons comme des gens qui ont travaillé leur sujet, ce qui n’est pas la même chose. Voyez « Votre méritocratie, c’est de l’élitisme ».
« Vous ferez comme Robespierre. »
Nous répondons à celle-là dans « Votre volonté générale, c’est Rousseau, Robespierre et la Terreur ».
Les pièges à éviter
- Ne répondez jamais « faites-nous confiance » : répondez par les articles.
- Ne méprisez pas 1789 : la Déclaration est notre héritage commun. Ce que l’on redoute, c’est sa confiscation, et l’on a raison de la redouter.
- Ne citez pas de durée ou de nombre de mémoire : renvoyez aux articles, qui font foi.
- Si l’objection arrive sous forme d’insulte, répondez d’abord à la question qu’elle contient, puis à l’insulte. Voyez « Êtes-vous bien sûrs de supporter la critique et la contradiction ? ».
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- La franchise radicale
- Le pouvoir constituant
- La loi d’airain de l’oligarchie
- La démocratie agonistique
Dans nos textes :
- Constitution, titre II, art. 8 : l’Agora citoyenne
- Constitution, titre II, art. 7 : les Formulateurs
- Constitution, titre III, art. 5 : le mandat impératif et la révocabilité
- Constitution, titre II, art. 5 : l’engagement notarié
- Constitution, titre XVIII, art. 10 : le calendrier de l’Année Zéro
Dans l’Autodéfense :
- « Votre méritocratie, c’est de l’élitisme »
- « Votre jargon pseudo-savant cache des idées minces »
- « Il n’y a que le provisoire qui dure »
- « Trop d’informations tuent l’information : une Constitution en 10 points suffirait »
Sur Politoscope, le billet de Frédéric Bascuñana :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Boissy d’Anglas, discours préliminaire au projet de Constitution de l’an III, 5 messidor an III (23 juin 1795), Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 281, 30 juin 1795 : « Nous devons être gouvernés par les meilleurs ; les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois : or, à bien peu d’exceptions près, vous ne trouvez de pareils hommes que parmi ceux qui, possédant une propriété, sont attachés au pays qui la contient, aux lois qui la protègent, à la tranquillité qui la conserve ». consulter la source
Constitution du 3 septembre 1791, titre III : la distinction entre citoyens « actifs », seuls électeurs, qui paient une contribution directe au moins égale à la valeur de 3 journées de travail, et citoyens « passifs ».
Robert Michels, Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, traduction de S. Jankélévitch, Flammarion, 1914 : « Qui dit organisation, dit tendance à l’oligarchie. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, titre II, article 8 : « Les membres de l’Agora sont tirés au sort pour un an et renouvelés par moitié tous les six mois » ; tirage « selon une méthode publique qui assure la représentativité de l’échantillon et dont tout citoyen peut vérifier la régularité ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, titre II, article 7 : « nul ne peut siéger pour deux votations consécutives ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, titre III, article 5 : « Tout titulaire d’un mandat électif ou d’une charge politique, à quelque échelon que ce soit, est révocable par référendum révocatoire. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, titre II, article 5 : l’acte du candidat constitutionnel, et de lui seul, l’oblige « à remettre sa démission si le peuple rejette la présente Constitution ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, titre XVIII, article 10 : « les Soixante-dix-sept de la transition cessent leurs fonctions à son installation, qui intervient au plus tard vingt-quatre mois après l’entrée en vigueur de la présente Constitution ». consulter la source
Version 1 du 15 octobre 2026 : première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La loi d’airain de l’oligarchie
Le mot juste, dans l’Abécédaire : Le pouvoir constituant · La démocratie agonistique
Pour agir : lire et commenter la Constitution d’urgence
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