« Le peuple n’en est pas capable »

« Le peuple n’en est pas capable »

Le plus vieux reproche fait à la démocratie : le peuple serait trop ignorant, trop versatile, trop manipulable pour décider. Les réponses ci-dessous le prennent au sérieux, et le retournent.

« Les Français sont des veaux »Le mot a une histoire, et elle le dément. On le prête à de Gaulle ; son fils le situe en juin 1940, l’année même où il appelle ces mêmes Français à se lever. C’est à ces « veaux » qu’il a demandé d’approuver la Constitution, puis d’élire le Président ; quand ils lui ont dit non, en 1969, il est parti.

Aristote l’avait vu bien avant : une foule de gens ordinaires qui délibèrent ensemble peut juger mieux que quelques-uns, comme un repas où chacun apporte un plat vaut mieux que celui d’un seul.

Aujourd’hui, près de 8 jeunes sur 10 ont le bac. Le peuple n’est pas incapable ; on ne lui a jamais donné les moyens de délibérer.

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« Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents »Le tirage au sort ne remplace pas les experts : il les auditionne, puis il juge, comme un jury d’assises. Athènes le savait : sur quelque 700 magistratures, environ 600 étaient tirées au sort, et l’on gardait l’élection pour les généraux. Montesquieu l’écrit : le sort « est de la nature de la démocratie ».

Aujourd’hui, en France, 150 citoyens tirés au sort ont produit 149 propositions pour le climat, et le Président s’est engagé à en reprendre 146. En Irlande, 2 assemblées citoyennes, dont l’une comptait un tiers d’élus, ont préparé 2 référendums historiques, que le peuple a adoptés.

Chez nous, les tirés au sort ne décident pas à la place du peuple : ils préparent, et le peuple tranche.

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« L’abstention prouve que les gens ne veulent pas décider »Quand l’enjeu revient, les électeurs reviennent. En 2024, quand la dissolution a donné un vrai enjeu aux législatives, la participation a bondi de 47 % à 67 %. En 2005, sur une vraie question, près de 7 inscrits sur 10 ont voté.

L’abstention dit donc l’inverse de ce que vous lui faites dire : on ne se déplace plus quand son vote ne décide rien. Et les Français le disent : 79 % veulent un recours plus fréquent au référendum (CEVIPOF, janvier 2026). En Suisse, où l’on vote 3 à 4 dimanches par an, moins d’un citoyen sur 5 ne vote jamais : chacun vote quand la question le concerne.

L’abstention n’est pas le refus de décider ; c’est le refus de signer un chèque en blanc.

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« Budget, nucléaire, géopolitique : c’est trop complexe pour le peuple »Regardez qui s’est trompé. En 2001, les Suisses ont inscrit dans leur Constitution, à 85 % des voix, un frein à l’endettement ; en France, où seuls les élus votent le budget, la dette atteint 119 % du PIB. Sur le nucléaire, les Suisses ont refusé en 2016 une sortie programmée, puis adopté en 2017 une loi de transition : un jugement nuancé.

L’argument que vous reprenez a un auteur et une date : Sieyès, le 7 septembre 1789 ; le peuple n’aurait « ni assez d’instruction, ni assez de loisir » pour faire la loi.

On ne demande pas au citoyen d’être ingénieur, mais de trancher entre des options que des experts contradictoires lui exposent. Aristote le disait : c’est le convive, et non le cuisinier, qui juge le festin.

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« Les réseaux sociaux et les médias manipuleront les votes »La manipulation n’attend pas le référendum : elle s’exerce déjà sur l’élection, où l’on vend des visages et des slogans. Une question précise lui résiste mieux qu’un candidat.

En 2005, 71 % des intervenants à la télévision défendaient le oui au traité européen ; les Français ont voté non à 55 %.

Et notre Constitution d’urgence ne compte pas sur la bonne volonté : 777 citoyens tirés au sort, les Formulateurs, vérifient la loyauté de chaque question et rédigent une note exposant les arguments opposés ; tout média aidé ou titulaire d’une fréquence doit donner une place égale à la contradiction ; aucun financement occulte, national ou étranger, ne peut soutenir une entreprise d’influence.

Le poison existe : nous installons l’antidote que l’élection n’a jamais eu.

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« Les minorités actives confisqueront le RIC »Là où il faut des signatures, celui qui déclenche le référendum est celui qui sait mobiliser : un syndicat, un parti, un lobby. C’est exactement pourquoi nous avons retiré la clé d’entrée aux minorités organisées.

Chez nous, ce sont 7 777 citoyens tirés au sort, un échantillon du peuple entier, qui déposent leurs doléances et décident quelles questions remontent ; 777 Formulateurs, eux aussi tirés au sort, en arrêtent le libellé loyal, sous le contrôle des Soixante-dix-sept du Collège du Contrôle démocratique ; puis tout le monde vote, avec une note contradictoire dans chaque foyer.

Méfiez-vous du remède à la mode, le quorum : en Italie, en juin 2025, les partis au pouvoir ont appelé à l’abstention, la participation est tombée à 30 %, et le vote a été annulé. Et regardez le système actuel : au second tour des législatives de 2022, moins d’un inscrit sur deux a voté.

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« L’intelligence collective, c’est une utopie de start-up »Vous avez raison sur un point, et nous l’écrivons nous-mêmes : une foule qui s’imite devient une meute. Mais si le mot est à la mode, l’idée a 24 siècles. Aristote écrivait déjà que la multitude réunie peut valoir mieux que les meilleurs pris un à un. Condorcet l’a démontré en 1785 : si chacun a un peu plus d’une chance sur deux de voir juste, la majorité d’un grand groupe a presque sûrement raison.

En 1907, Galton publie dans Nature les estimations du poids d’un bœuf par près de 800 visiteurs d’une foire : leur médiane tombe à moins de 1 % du vrai poids.

L’intelligence collective ne se décrète pas ; elle s’organise : tirage au sort, délibération encadrée, information contradictoire, vote secret. C’est ce que fait chaque jour un jury d’assises.

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« Les Français ne se parlent plus : délibérer ensemble est impossible »Ce que vous décrivez, c’est un plateau de télévision, où l’on débat pour gagner. Délibérer, c’est peser ensemble : le mot vient de la balance. Et quand on réunit des adversaires avec méthode, ils se reparlent.

En 2019, 526 électeurs américains tirés au sort, républicains et démocrates, ont délibéré un long week-end près de Dallas : sur 26 propositions clivantes, les 2 camps se sont rapprochés sur 22, quand un groupe témoin n’a pas bougé. En Irlande, 99 citoyens tirés au sort ont délibéré sur l’avortement, puis le peuple a approuvé la réforme à 66,4 %. En France, la convention sur la fin de vie a adopté son rapport à 92 %.

La bulle radicalise ; la salle apaise.

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« Le peuple votera toujours pour son porte-monnaie »Le court terme n’est pas dans le peuple ; il est dans le calendrier électoral. En France, où les élus votent seuls le budget, le dernier à l’équilibre date de 1974.

Regardez maintenant un peuple qui vote vraiment. Les Suisses ont refusé 6 semaines de vacances pour tous en 2012, à 66,5 %, et un revenu de base inconditionnel en 2016, à 76,9 %. En 2001, ils ont inscrit dans leur Constitution un frein à l’endettement, à près de 85 %. En 2022, ils ont accepté une hausse de la TVA et le relèvement de l’âge de la retraite des femmes.

Ils ont aussi voté une treizième rente en 2024 : un peuple défend parfois ses intérêts, comme ses élus. L’intérêt commun naît de la question posée et du débat qui la précède.

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« Votre système est fait pour des saints, pas pour des hommes »Vous avez raison : les hommes sont faillibles. C’est précisément pour cela que nous avons écrit ce texte.

Depuis Hume, en 1741, toute constitution sérieuse part du pire : il faut supposer que chaque gouvernant est un fripon. C’est la Ve République qui fait le pari inverse, en confiant l’essentiel du pouvoir à un seul homme pour 5 ans et en espérant qu’il soit vertueux.

Chez nous, 7 dirigeants à égalité, un mandat unique, aucune carrière à protéger. Si l’un d’eux ment au peuple et qu’un juge le constate définitivement, les 77 peuvent proposer au peuple de renvoyer le Conseil entier. Et les tirés au sort ? Personne ne sait d’avance qui ils seront : on n’achète pas un inconnu.

Nous ne comptons pas sur des saints. Nous posons des freins.

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« Le peuple a porté Hitler et Pétain au pouvoir »Les 2 naufrages ont été votés par des représentants ; aucun n’a été soumis au peuple avant d’être accompli. Relisez les dates.

En novembre 1932, aux dernières élections libres, les nazis font 33 % ; quelques mois plus tôt, Hindenburg a battu Hitler à la présidentielle, 53 % contre moins de 37. Hitler n’est pas élu chancelier : il est nommé le 30 janvier 1933 par Hindenburg, au terme de tractations de coulisses menées par von Papen. Les pleins pouvoirs lui sont votés par le Reichstag, 444 voix contre 94.

En France, ce sont 569 parlementaires qui donnent les pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940 ; la loi promettait une Constitution « ratifiée par la Nation » : elle ne l’a jamais été.

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« Instruisons d’abord le peuple, la démocratie viendra ensuite »On n’apprend pas à nager au bord du bassin. Tocqueville l’avait vu : les institutions communales sont à la liberté « ce que les écoles primaires sont à la science ».

L’instruction est indispensable, et notre Constitution d’urgence l’écrit en toutes lettres : une instruction civique à l’école, pour « l’exercice éclairé de la citoyenneté ». Mais attendre que le peuple soit « prêt », c’est l’argument de Sieyès en 1789 ; plus de 2 siècles plus tard, il ne l’est toujours pas au goût de ceux qui décident à sa place.

En Irlande, 99 citoyens tirés au sort ont étudié la question de l’avortement, puis le peuple a tranché en 2018. La démocratie n’est pas un diplôme ; c’est l’école elle-même.

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« Milgram l’a prouvé : les gens obéissent, ils suivront n’importe qui »Ce qui fabrique l’obéissance, c’est l’autorité unique et l’isolement ; ce qui la brise, ce sont des égaux qui osent dire non. Les variantes de Milgram le montrent.

Dans l’expérience de référence, 26 sujets sur 40 vont jusqu’au bout. Mais quand l’expérimentateur donne ses ordres par téléphone, l’obéissance tombe à 21 % ; et quand 2 autres participants refusent de continuer, il n’en reste que 4 sur 40. Asch l’a montré aussi : il suffit d’un seul allié qui dit vrai pour que la soumission au groupe s’effondre.

C’est ce que nous organisons : un exécutif de 7 et non d’un seul, des citoyens tirés au sort qui délibèrent ensemble, et un vote où personne ne commande à personne.

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« Les gens ont autre chose à faire que de la politique »Nous ne demandons à personne de devenir militant. Voter sur une question prend quelques minutes, au moins 4 fois par an, avec une note qui expose les arguments des 2 camps. Le travail lourd, lire les dossiers, entendre les experts, revient à des citoyens tirés au sort pour un temps limité, comme des jurés.

L’argument que vous reprenez est celui de Sieyès en 1789 : le peuple n’aurait « ni assez d’instruction, ni assez de loisir » pour faire la loi. Benjamin Constant en a montré le piège en 1819 : absorbés par nos affaires privées, nous renonçons « trop facilement » à notre part du pouvoir, et les gouvernants sont tout disposés à nous épargner toute peine, « excepté celle d’obéir et de payer ! »

Ceux qui n’ont « pas le temps » en perdent bien davantage à subir des lois votées sans eux.

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« Juger, ce n’est pas au peuple : il rétablirait la peine de mort »Notre Constitution d’urgence rend l’abolition de la peine de mort intangible : aucun référendum ne peut la rétablir. La question est donc close ; reste celle du jugement.

Un sondage n’est pas un jugement, c’est une humeur. La même enquête d’Ipsos donnait 44 % de partisans de la peine de mort en 2019, et 55 en 2020 : les Français n’ont pas changé de valeurs en un an. Juger, c’est autre chose : trancher un cas précis après avoir entendu les 2 parties. Quand on donne ces conditions à des citoyens, ils jugent. Dans la grande étude américaine de Kalven et Zeisel, juges et jurés rendaient le même verdict environ 3 fois sur 4, et quand ils divergeaient, les jurés étaient plus cléments.

En 1938, c’est par référendum que les Suisses ont adopté le Code pénal qui abolissait la peine de mort en temps de paix.

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« Les gens sont sur leurs écrans : ils n’ont plus l’attention pour décider »On se détourne de ce sur quoi l’on n’a aucune prise. Dans les pays étudiés par l’Institut Reuters, 4 personnes sur 10 évitent l’actualité, et beaucoup disent qu’elle les rend anxieuses et impuissantes. Quand l’enjeu devient réel, on revient : la participation au premier tour des législatives est passée de 47,51 % en 2022 à 66,71 % en 2024.

L’attention est bien attaquée, mais par un modèle économique : en 2004, le PDG de TF1 expliquait vendre à Coca-Cola « du temps de cerveau humain disponible ».

Notre Constitution d’urgence protège l’attention au lieu de la vendre : des votations regroupées, une note exposant les arguments opposés, des algorithmes au code public.

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« Les Français sont trop divisés pour écrire une Constitution ensemble »Le Chili prouve notre point, à l’envers. En 2022, un projet jugé trop à gauche a été rejeté par 62 % des votants ; en 2023, un second, rédigé par un conseil dominé par la droite, a été rejeté à son tour. Un texte écrit par un seul camp tombe.

La division n’empêche pas d’écrire ensemble ; c’est la méthode qui décide. En 1944, des communistes, des socialistes, des démocrates-chrétiens et des hommes de la droite conservatrice, qui s’étaient combattus, ont adopté le même programme, celui du Conseil national de la Résistance. Leur secret : écrire le cadre commun avant de reprendre la querelle.

C’est pourquoi notre Constitution d’urgence est commentable article par article, confie la préparation des questions à des citoyens tirés au sort, et ne s’appliquera que si le peuple l’approuve.

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« Coécrire une Constitution en ligne, c’est le chaos : laissez faire les juristes »Ce qui sépare l’intelligence collective du chaos, ce sont des règles. Chez nous, une critique propose une rédaction, chaque contribution reçoit une réponse motivée, la modération juge des faits, jamais des opinions, et un commentaire ne vote pas.

Les trolls existent, et le sabotage n’est pas une légende. Mais Wikipédia est ouverte à tous : une suppression massive y était réparée, en temps médian, en moins de 3 minutes, et la revue Nature a jugé ses articles scientifiques d’une précision comparable à ceux de l’Encyclopædia Britannica.

Les juristes ? Chaque article de la Constitution d’urgence leur adresse une note et leur demande une rédaction. Nous leur retirons seulement le dernier mot : il revient au peuple.

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« Moi, citoyen ordinaire, je ne peux rien y changer »Seul, rien. Vous avez raison, et ce n’est pas un hasard : un pouvoir ne craint pas un million de colères qui ne se parlent pas. Tocqueville l’avait vu, le despotisme met « tous ses soins » à isoler les hommes.

Mais personne ne vous demande de renverser le système seul. On vous demande de ne plus être seul.

5 minutes : parlez-en à 2 personnes. Une soirée : allez voir votre maire, car 3 maires sur 4 n’ont parrainé personne en 2022. Un samedi : organisez avec d’autres un RIC spontané sur la maternité qui ferme.

Rosa Parks n’était pas une couturière seule et fatiguée : elle militait depuis 12 ans, et toute une ville était prête.

Le courage, ça s’organise.

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« Quatre votations par an ? Personne n’ira voter »Les Suisses votent jusqu’à 4 dimanches par an, et ils le font depuis des générations. À chaque scrutin, moins d’un électeur sur deux se déplace, c’est vrai. Mais des chercheurs ont suivi les mêmes électeurs pendant 30 journées de votation : seuls 10 % ne sont jamais allés voter. La plupart votent quand la question les touche ; on appelle cela la participation sélective, et c’est plutôt un signe de santé. Quand on pose aux Français une vraie question, ils viennent : près de 70 % de votants pour Maastricht en 1992, comme pour le traité constitutionnel en 2005. Notre Constitution fixe les dates un an d’avance, adresse à chaque électeur une note qui expose les arguments des deux camps, et n’exige aucun quorum : ceux qui votent décident.

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Un argument ne vaut que par ceux qui le portent.

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