On vous dit :
« Vous méprisez les experts, comme tous les populistes. Sur le climat, l’énergie ou la santé, la vérité ne se vote pas : on ne met pas la gravitation au référendum. D’ailleurs, les Français eux-mêmes préfèrent que des gens compétents décident. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Les faits se constatent, les choix se votent : c’est toute notre ligne. Que le climat se réchauffe, la science le dit ; faut-il rouler à 110 sur l’autoroute, c’est un choix, et il revient au peuple. Les experts, nous les voulons partout : avant chaque vote, les Formulateurs, des citoyens tirés au sort, auditionnent des experts contradictoires.
Ce que nous refusons, c’est le pronostic sans compte à rendre. Le psychologue Philip Tetlock a noté des dizaines de milliers de prédictions de 284 experts : en moyenne, à peine mieux que le hasard, et les plus médiatisés étaient parmi les moins fiables.
Et quand 150 citoyens tirés au sort ont été informés sur le climat, ils ont proposé davantage que ce que le gouvernement a osé retenir.
Sources : Philip E. Tetlock · Université de Californie à Berkeley · Philip E. Tetlock et Dan Gardner · David Ignatius — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Un référendum ne tranche jamais une question de fait : on ne vote pas pour savoir si la Terre tourne ou si un virus existe. On vote sur des arbitrages, qui engagent des valeurs et des coûts : qui paie, quel risque accepter, dans quel ordre agir.
La science éclaire ces choix ; elle ne les fait pas à notre place, et les meilleurs scientifiques sont les premiers à le dire.
La Constitution d’urgence organise d’ailleurs l’expertise mieux que le système actuel : les Formulateurs « auditionnent des experts contradictoires, et rédigent les notes citoyennes exposant, pour chaque question, les arguments opposés » (Constitution d’urgence, Titre II, article 7), et les partis y concourent au suffrage « par la production et la transmission de connaissances vérifiables » (Constitution d’urgence, Titre I, article 10).
Ce qui mérite la méfiance, ce n’est pas le savoir, c’est le pronostic politique sans compte à rendre.
Entre 1984 et 2003, Philip Tetlock a fait produire à 284 experts (universitaires, hauts fonctionnaires, journalistes, de toutes sensibilités) des dizaines de milliers de prédictions datées et chiffrées, puis les a confrontées à la réalité.
Résultat, publié en 2005 : en moyenne, à peine mieux que le hasard, et souvent moins bien que de simples extrapolations ; les experts les plus présents dans les médias étaient parmi les moins fiables.
Tetlock distingue les « hérissons », qui expliquent tout par une grande idée, des « renards », qui doutent et révisent : les seconds prévoient mieux, mais passent moins à l’antenne.
La suite est plus encourageante. De 2011 à 2015, une agence de recherche du renseignement américain, l’IARPA, a organisé de grands tournois de prévision. L’équipe de Tetlock, le Good Judgment Project, les a gagnés avec des volontaires, pour la plupart de simples amateurs.
Selon le chroniqueur David Ignatius, citant un participant, leurs meilleurs prévisionnistes ont fait environ 30 % mieux que la moyenne des analystes du renseignement qui avaient accès à des données classifiées.
La leçon n’est pas que les amateurs valent mieux que les savants ; c’est que la méthode (diversité des points de vue, jugements indépendants, agrégation, scores publics) vaut mieux que le statut.
Les Français ne choisissent pas entre les experts et le peuple.
Dans le baromètre du CEVIPOF de janvier 2026, 59 % jugent bonne l’idée que « des experts et non un gouvernement » décident de ce qui est le meilleur pour le pays ; mais 79 % veulent aussi recourir plus souvent au référendum, et autant veulent que les propositions d’une convention citoyenne soient soumises au référendum.
Des experts qui éclairent, un peuple qui tranche : c’est notre architecture.
Et l’expérience le confirme : la Convention citoyenne pour le climat, instruite par des dizaines d’experts, a proposé des mesures, comme les 110 kilomètres à l’heure, que le président de la République a écartées dès juin 2020. Le problème n’était pas un peuple rétif à la science.
Les relances probables
« Et les antivax, les platistes ? Vous les mettez sur le même plan que les scientifiques. »
Aucun référendum ne porte sur la forme de la Terre. Le droit de dire une sottise existe déjà ; ce qui change avec nous, c’est que toute prise de position politique dans un média aidé ou titulaire d’une fréquence doit faire place, à parité de visibilité, à une contradiction argumentée (Constitution d’urgence, Titre V, article 5). C’est davantage de preuves dans le débat, pas moins.
« Tetlock parle des politologues, pas des médecins ni des ingénieurs. »
Exactement, et c’est notre point. Le savoir technique est précieux ; le pronostic politique, lui, doit rendre des comptes. Tetlock a montré que sur ce terrain, les diplômes, l’ancienneté et l’accès à l’information confidentielle n’amélioraient presque rien.
« 59 % des Français veulent que des experts décident. »
Et 79 % veulent plus de référendums, dans la même enquête. Les Français veulent être éclairés par les meilleurs, puis décider. Nous proposons précisément cela : l’expertise contradictoire avant le vote, le peuple au moment de trancher.
« Les citoyens de la Convention ont été manipulés par les experts qu’on leur a présentés. »
D’où l’exigence d’experts contradictoires, dont les arguments opposés sont exposés à tous. Et c’est le gouvernement, pas les citoyens, qui a écarté les propositions les plus ambitieuses.
Les pièges à éviter
- Ne dites jamais « les experts se trompent tout le temps » : Tetlock lui-même s’insurge contre cet usage de ses travaux. Visez le pronostic sans compte à rendre, jamais le savoir.
- Ne vous laissez pas entraîner sur un dossier scientifique précis (vaccins, nucléaire) : ramenez à la distinction entre les faits, qui se démontrent, et les choix, qui se votent.
- Ne citez les « 30 % » qu’avec leur source exacte : un chroniqueur du Washington Post, en 2013, d’après un participant au projet.
- N’employez pas l’image du « chimpanzé lanceur de fléchettes » comme un verdict sur tous les experts : c’est une image sur une moyenne.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le tirage au sort
- L’assemblée citoyenne
- La République
- La démocratie épistémique
- L’expertocratie
- Le technocratisme
- Le jugement, faculté politique
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre II, art. 7 : les Formulateurs : les Sept cent soixante-dix-sept
- Constitution d’urgence, titre I, art. 10 : la transformation des partis en organismes de formation
- Constitution d’urgence, titre V, art. 5 : le pluralisme opposable et la contrainte dialectique
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Philip E. Tetlock, Expert Political Judgment: How Good Is It? How Can We Know?, Princeton University Press, 2005 ; présentation de l’étude dans Wikipédia (en anglais), « Philip E. Tetlock » : « Forecasters with the biggest news media profiles were also especially bad. This work suggests that there is an inverse relationship between fame and accuracy » (« Les prévisionnistes les plus exposés dans les médias étaient aussi particulièrement mauvais : il y aurait une relation inverse entre notoriété et exactitude », notre traduction) ». consulter la source
Université de Californie à Berkeley, communiqué du 5 décembre 2007 sur le prix Grawemeyer décerné à Philip Tetlock : une étude de vingt ans portant sur les prévisions de deux cent quatre-vingt-quatre experts politiques. consulter la source
Philip E. Tetlock et Dan Gardner, Superforecasting: The Art and Science of Prediction, Crown, 2015. consulter la source
David Ignatius, « More chatter than needed », Washington Post, repris par RealClearPolitics, 3 novembre 2013 : « the top forecasters, drawn from universities and elsewhere, performed about 30 percent better than the average for intelligence community analysts who could read intercepts and other secret data » (« les meilleurs prévisionnistes, venus des universités et d’ailleurs, ont fait environ 30 % mieux que la moyenne des analystes du renseignement qui pouvaient lire les interceptions et d’autres données secrètes », notre traduction) ». consulter la source
CEVIPOF, Baromètre de la confiance politique, vague 17, terrain de janvier 2026, question Q55 (p. 94) et question q17v17 (p. 167) : « Que ce soient des experts et non un gouvernement qui décident ce qui leur semble le meilleur pour le pays » : 59 % de bonne image ; « un recours plus fréquent au référendum pour décider de certaines lois ou politiques publiques importantes » : 79 % favorables ; « que les propositions issues d’une convention citoyenne soient ensuite soumises à un référendum » : 79 % favorables. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre II, article 7 — Des Formulateurs : « Ils vérifient la loyauté et la clarté des questions soumises au référendum, auditionnent des experts contradictoires, et rédigent les notes citoyennes exposant, pour chaque question, les arguments opposés. ». consulter la source
Constitution d’urgence, Titre V, article 5 — Du pluralisme opposable et de la contrainte dialectique : « Tout média bénéficiant d’un soutien public, d’une fréquence hertzienne ou d’un régime dérogatoire est tenu de faire place, à parité de visibilité, à une contradiction argumentée sur toute prise de position politique engageante. ». consulter la source
Novethic, « Emmanuel Macron embrasse les propositions de la Convention pour le climat, à l’exception de trois d’entre elles », juin 2020 (l’adresse de l’article nomme les trois jokers : taxe sur les dividendes, 110 km/h, environnement dans le préambule de la Constitution). consulter la source
Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow, 2011 (trad. fr. Système 1 / Système 2. Les deux vitesses de la pensée, Flammarion, 2012) : l’« illusion de validité ». consulter la source
Version 1.4 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 27 septembre 2026 — présentation des traductions harmonisée dans les références ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1.1 du 25 septembre 2026, au soir — harmonisation avec la Constitution d’urgence et le Protocole amendés le même jour (référendum engagé dès l’entrée en fonctions, engagement notarié unique, Conseil de l’Année Zéro subordonné à l’adoption, citations et chiffres vérifiés). Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : L’expertocratie · Le technocratisme
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie épistémique · Le jugement, faculté politique · L’assemblée citoyenne
Pour agir : s’engager
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