On vous dit :
« Un chef, au moins, on sait qui blâmer. Avec votre collège de sept qui délibère à huis clos et parle d’une seule voix, chacun pourra jurer qu’il était contre. Hamilton l’avait écrit dès 1788 : un exécutif à plusieurs dissimule les fautes et détruit la responsabilité. Chez vous, personne ne sera jamais responsable de rien. »
Voici ce que vous pouvez répondre
C’est le chef unique qui échappe aujourd’hui : la Constitution de 1958 dit que le président « n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité ». Pendant son mandat, aucune juridiction française ne peut le poursuivre, et aucun électeur ne peut le révoquer.
Hamilton avait raison contre les conseils secrets ; il aurait eu tort contre le nôtre. Chez nous, le vote de chacun des Sept est inscrit nominativement au procès-verbal, transmis sous 48 heures aux Soixante-dix-sept, rendu public 3 ans plus tard (Titre II, article 4). Chacun des Sept est révocable par référendum, et répond de ses manquements devant une Cour de garantie démocratique où siègent des citoyens tirés au sort.
La responsabilité ne s’incarne pas : elle s’organise.
Sources : Alexander Hamilton · Constitution de 1958 · Constitution d’urgence · Hannah Arendt. Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
La meilleure version de l’objection
Elle a un grand auteur. En mars 1788, dans le numéro 70 du Fédéraliste, Alexander Hamilton plaide pour un exécutif confié à un seul homme. L’une des objections les plus graves à la pluralité de l’exécutif, écrit-il, est qu’elle tend « to conceal faults and destroy responsibility » (à dissimuler les fautes et à détruire la responsabilité).
Le raisonnement est simple : dans un conseil, chacun rejette la faute sur les autres, l’opinion ne sait plus qui punir, et la sanction se perd. Il faut le prendre au sérieux, parce qu’il décrit fidèlement bien des comités réels.
Ce qu’Hamilton ne pouvait pas prévoir : le vote signé
L’argument vaut contre un collège qui délibère sans laisser de trace. Il tombe devant un collège dont chaque vote est signé. La Constitution d’urgence impose un procès-verbal « où figure le vote nominatif de chacun de ses membres », transmis dans les 48 heures au Collège du Contrôle démocratique et rendu public 3 ans après la décision, sous la seule réserve du secret de la défense.
Les Soixante-dix-sept savent donc, presque en temps réel, qui a voté quoi ; le peuple le saura à son tour. Le délai protège la liberté de délibérer contre les pressions du moment ; il ne protège personne du contrôle.
La solidarité collégiale ne sert pas davantage d’abri. Une fois la décision prise, chaque vice-président la défend publiquement, quel qu’ait été son vote ; mais la responsabilité est solidaire : le mensonge au peuple ou la trahison de l’un, constatés par une décision définitive du juge, permettent aux Soixante-dix-sept de soumettre au peuple la révocation du Conseil entier. Couvrir un collègue devient la manière la plus sûre de tomber avec lui.
Le chef unique, irresponsable par construction
L’objection suppose qu’avec un chef, on sait qui blâmer. On le sait, en effet ; on ne peut simplement rien en faire. L’article 67 de la Constitution de 1958 dispose que le président « n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité », sous la seule réserve de la Cour pénale internationale et de la destitution. Pendant son mandat, il ne peut être ni poursuivi ni même requis de témoigner devant aucune juridiction française.
La destitution exige un manquement à ses devoirs « manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat », prononcé par le Parlement constitué en Haute Cour, à la majorité des deux tiers. La responsabilité politique, elle, pèse sur le Gouvernement, responsable devant l’Assemblée nationale : quand la colère monte, c’est le Premier ministre qui saute, et le mot de « fusible » est entré dans la langue politique.
Depuis la révision de 2008, enfin, un président réélu ne rend plus jamais compte aux urnes : « nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs » (article 6).
Trois responsabilités au lieu d’une
Chez nous, la responsabilité se décline. Politique : tout titulaire d’une charge politique, les Sept compris, est révocable par référendum, sur des griefs motivés et publiés, le délégué disposant de 15 jours pour répondre, à égalité de place. Juridictionnelle : le manquement caractérisé d’un vice-président (carence persistante à exécuter une décision du peuple, violation délibérée des bornes des pouvoirs de crise, second manquement au devoir de véracité) est constaté par une formation de la Cour de garantie démocratique, 3 juristes et 4 citoyens tirés au sort, au terme d’une procédure contradictoire et publique, et l’inéligibilité peut frapper celui qui a trahi. Collective, enfin : la solidarité décrite plus haut.
Le vrai danger que l’objection pressent
L’objection a raison de redouter un pouvoir où nul ne répond de rien. Hannah Arendt l’a nommé en 1970 : le règne de Personne, cette bureaucratie où personne ne peut être tenu pour responsable, et qu’elle tenait pour une tyrannie sans tyran. Le remède n’est pas un chef irresponsable ; c’est un collège traçable. Le Lexique du Pouvoir démonte les deux pièges à l’entrée « Le besoin d’incarnation » : un pouvoir sans visage n’est pas moins dangereux qu’un pouvoir à un seul visage.
Les relances probables
« Trois ans, c’est une éternité : d’ici là, le mal est fait. »
Les Soixante-dix-sept reçoivent le procès-verbal sous 48 heures et peuvent saisir le peuple d’une révocation sans attendre. Le délai protège la délibération contre les pressions ; il ne protège pas les Sept. S’il vous paraît trop long, dites-le en commentaire : la Constitution d’urgence est un atelier ouvert.
« Solidaires, ils se couvriront les uns les autres. »
La solidarité lie la parole, pas l’impunité. Le mensonge ou la trahison de l’un, constatés par le juge, exposent le Conseil entier à la révocation par le peuple : les six autres ont tout intérêt à ne rien couvrir.
« En cas de guerre, il faut quelqu’un qui décide seul. »
L’état de crise est déclaré collégialement, ratifié par les Soixante-dix-sept et borné dans le temps. La question du commandement nucléaire reste un chantier ouvert, que nous préférons nommer : voyez « Sept vice-présidents, c’est l’impuissance ».
« Le président, au moins, remet son mandat en jeu devant les électeurs. »
Une fois, au plus : réélu, il ne peut plus se représenter, et n’a plus jamais de comptes à rendre aux urnes. Chacun des Sept, lui, peut être révoqué par le peuple en cours de mandat.
Les pièges à éviter
- Citez l’article 67 exactement : « pas responsable » est une règle de droit, non une insulte. Ne l’employez jamais comme un jugement moral sur un président.
- Ne dites pas que les votes des Sept sont publics immédiatement : ils le sont 3 ans après la décision ; les Soixante-dix-sept les reçoivent sous 48 heures.
- Ne niez pas l’absence de chef : assumez-la. La présidence du Conseil est tournante et honorifique, sans voix prépondérante.
- Ne méprisez pas Hamilton : c’est la meilleure version de l’objection. Répondez-lui sur pièces.
- Ne promettez pas qu’aucun des Sept ne se trompera : la collégialité ne supprime pas les fautes, elle les rend traçables.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
Dans nos textes :
- Constitution d’urgence, titre II, art. 4 : le principe collégial et la solidarité
- Constitution d’urgence, titre II, art. 5 : l’acte du candidat constitutionnel et le manquement caractérisé
- Constitution d’urgence, titre II, art. 6 : le Collège du Contrôle démocratique
- Constitution d’urgence, titre III, art. 5 : le mandat impératif et la révocabilité
- Constitution d’urgence, titre II, art. 3 : la présidence tournante et honorifique
Dans l’Autodéfense :
- « La France a besoin d’un chef, pas d’un collège de sept »
- « Sept vice-présidents, c’est l’impuissance »
- « Votre engagement notarié n’a aucune valeur »
- « Sept visages, c’est sept cibles pour les scandales »
- « Vos Égides sont des fusibles cachés »
- « En cas de crise, à sept, vous déciderez trop tard »
- « La démocratie porte des séducteurs au pouvoir, puis se jette dans les bras d’un dictateur »
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
Alexander Hamilton, The Federalist n° 70, New York Packet, 18 mars 1788, The Avalon Project (Yale Law School) : « But one of the weightiest objections to a plurality in the Executive, and which lies as much against the last as the first plan, is, that it tends to conceal faults and destroy responsibility. » (Mais l’une des objections les plus graves à la pluralité de l’exécutif, qui vaut contre l’un et l’autre plan, est qu’elle tend à dissimuler les fautes et à détruire la responsabilité ; trad. IA). consulter la source
Constitution du 4 octobre 1958, articles 67 et 68, Conseil constitutionnel : « Le Président de la République n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité, sous réserve des dispositions des articles 53-2 et 68. Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite. » ; « Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour. ». consulter la source
Constitution du 4 octobre 1958, article 6, Conseil constitutionnel : « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 4. Du principe collégial et de la solidarité : « La responsabilité des sept est solidaire : le manquement de l’un (mensonge au peuple, trahison de ses engagements), constaté par une décision devenue définitive du juge compétent […], permet au Collège du Contrôle démocratique de soumettre au peuple, à la majorité de ses membres, la révocation du Conseil entier » ; « Chaque délibération du Conseil fait l’objet d’un procès-verbal où figure le vote nominatif de chacun de ses membres ; il est transmis dans les quarante-huit heures au Collège du Contrôle démocratique des Soixante-dix-sept et rendu public trois ans après la décision, sous la seule réserve de l’article 4 du Titre XI. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 5. De l’acte du candidat constitutionnel et du manquement caractérisé : « Le manquement est constaté par une formation de la Cour de garantie démocratique réunissant trois membres du collège de juristes et quatre membres du collège citoyen, saisie par onze membres du Collège du Contrôle démocratique ou par soixante-dix-sept membres de l’Agora citoyenne, au terme d’une procédure contradictoire et publique ; elle statue à la majorité de cinq voix. […] Devenue définitive, elle ouvre la révocation du Conseil entier dans les conditions de l’article 4 du présent titre, sans préjudice de la révocation de son auteur, que le Collège du Contrôle démocratique peut soumettre au peuple en vertu de l’article 6. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre III, article 5. De le mandat impératif et la révocabilité : « Tout titulaire d’un mandat électif ou d’une charge politique, à quelque échelon que ce soit, est révocable par référendum révocatoire. ». consulter la source
Hannah Arendt, On Violence (Sur la violence), New York, Harcourt, Brace, Jovanovich, 1970, Internet Archive : « bureaucracy or the rule of an intricate system of bureaus in which no men, neither one nor the best, neither the few nor the many, can be held responsible, and which could be properly called rule by Nobody » ; « for the rule by Nobody is not no-rule, and where all are equally powerless we have a tyranny without a tyrant » (la bureaucratie, ou le règne d’un système complexe de bureaux dans lequel personne, ni un seul ni les meilleurs, ni le petit nombre ni le grand nombre, ne peut être tenu pour responsable, et que l’on pourrait à bon droit appeler le règne de Personne ; car le règne de Personne n’est pas l’absence de règne, et là où tous sont également impuissants, nous avons une tyrannie sans tyran ; trad. IA). consulter la source
#PIC, Lexique du Pouvoir, « Le besoin d’incarnation » : « Un peuple a besoin de visages, et un pouvoir sans visage n’est pas moins dangereux qu’un pouvoir à un seul visage. ». consulter la source
Version 1.2 du 5 octobre 2026 : encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.1 du 2 octobre 2026 : encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.0 du 30 septembre 2026 : première publication. Les versions antérieures de cette page seront accessibles ici dès la première modification.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le besoin d’incarnation · Le technocratisme
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La collégialité · La révocabilité
Pour agir : s’engager
Le doute, bienvenu : une erreur, un contre-exemple, une source plus solide ? Dites-le en commentaire. Notre Protocole fait du doute un canal, non une faute.
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