La stratégie indirecte En 1929, un ancien capitaine de l’armée britannique relit 25 siècles de guerres et en tire une loi, qu’il résumera plus tard d’une phrase : en stratégie, le plus long détour est souvent le plus court chemin du retour.
Basil Liddell Hart avait observé qu’une attaque lancée sur la ligne où l’adversaire l’attend raffermit son équilibre au lieu de le rompre. La voie directe ne coûte pas seulement plus cher : elle consolide ce qu’elle attaque.
Pour une force citoyenne sans sièges, sans budget public et sans télévision, toute stratégie part de ce constat. Un parti de plus, avec un programme de plus, avance exactement sur la ligne que le système sait filtrer, absorber ou ignorer.
Le #PIC prend donc le biais. Il entre dans l’élection présidentielle, la seule porte que le système est tenu de laisser ouverte, non pour gouverner, mais pour poser une question : c’est la méta-candidature.
Élu, son candidat engagerait aussitôt le référendum qui soumet au peuple la Constitution d’urgence, par l’article 11 et en 2 temps, sur le modèle de la loi constitutionnelle du 3 juin 1958. Si le peuple dit non, il démissionne.
C’est ce que nous appelons le hack, au sens que les informaticiens donnent au mot : l’art de faire produire à un système ce que ses auteurs n’avaient pas prévu, en n’usant que de ses propres règles. Le contraire d’une effraction.
Reste un paradoxe. Les stratégies indirectes de la tradition se cachent ; celle-ci s’affiche. Tout est écrit, publié, scellé par un engagement notarié et soumis au peuple, qui reste libre de refuser.
Le détour n’est pas une ruse : c’est le seul chemin que le système ne peut barrer sans renier ses propres règles.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « La méta-candidature est un artifice », « Vous vous servez de l’élection pour abattre les institutions », « L’article 11 ne permet pas de changer de Constitution : votre plan est illégal », « Prendre le pouvoir pour le rendre ? Personne n’a jamais fait ça », « Le référendum, c’est le plébiscite », « Votre engagement notarié n’a aucune valeur ».
Pour aller plus loin
La notion a 25 siècles, et elle naît mêlée à la ruse. Le traité attribué à Sun Tzu, que le sinologue Lionel Giles traduit en anglais en 1910, place l’excellence suprême non dans la victoire au combat, mais dans l’art de briser la résistance de l’ennemi sans combattre (III, 2) ; il distingue la méthode directe, qui engage la bataille, et les méthodes indirectes, qui donnent la victoire (V, 5). Mais le même traité pose, dès son premier chapitre, que toute guerre repose sur la tromperie. De ces 3 propositions, le #PIC retient les deux premières et récuse la troisième : tout l’intérêt de la notion, pour lui, tient dans cette amputation.
C’est Basil Liddell Hart qui lui donne son nom moderne. Esquissée en 1929 dans The Decisive Wars of History, reprise en 1941 puis dans Strategy: The Indirect Approach en 1954, sa thèse tient en une observation : les succès décisifs ont presque toujours suivi une approche assez détournée pour prendre l’adversaire au dépourvu, détour parfois physique, toujours psychologique. Avancer sur la « line of natural expectation » (la ligne où l’adversaire attend le coup) raffermit son équilibre ; le but véritable de la stratégie est donc de diminuer la possibilité même de la résistance. Le général André Beaufre, son ami et correspondant, transpose l’idée en 1963 dans son Introduction à la stratégie. La stratégie y devient « l’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit » ; quand la dissuasion bloque l’affrontement direct, la stratégie indirecte est l’art d’exploiter au mieux l’étroite marge de liberté qui lui échappe. Elle combine une manœuvre extérieure, qui conquiert cette liberté par la diplomatie, l’économie et l’opinion, et une manœuvre intérieure, parfois conduite par la lassitude : une lutte prolongée qui use l’adversaire jusqu’à ce qu’il renonce.
Transposée à la France d’aujourd’hui, la grille est d’une précision gênante. La dissuasion qui bloque la voie directe n’y est pas nucléaire : c’est le verrou des parrainages, le filtre des grands médias, et la règle tacite qui veut qu’un mouvement se présente avec un programme pour être pris au sérieux, c’est-à-dire pour être classé. La marge de liberté qui subsiste est étroite et connue : l’élection présidentielle, clé de voûte du régime, et l’article 3 de la Constitution de 1958, qui fait exercer la souveraineté par le peuple « par la voie du référendum ». La manœuvre extérieure du #PIC consiste à conquérir cette liberté avant le scrutin, maire après maire, RIC spontané après RIC spontané, article après article d’une Constitution commentée en public. La lassitude, il la récuse, pour une raison simple : dans une démocratie fatiguée, elle use d’abord ceux qui protestent.
Le point décisif choisi, reste le chemin juridique, et il a un précédent dans le régime même qu’il s’agit de quitter. Le 3 juin 1958, pour sortir de la IVᵉ République sans suivre la procédure de révision de son article 90, le Parlement vote une loi constitutionnelle de quelques lignes : elle fixe les principes du texte à venir, en confie la rédaction au gouvernement et dispose que le projet « est soumis au référendum », que le peuple adopte le 28 septembre. La Constitution d’urgence reprend cette architecture en 2 temps (Titre XVIII, article 4) : un premier référendum, court, ouvre le processus constituant et en fixe les règles ; le second porte sur le texte lui-même. La différence doit être dite : en 1958, le premier temps fut voté par le Parlement, et le recours direct à l’article 11 reste contesté par une large part de la doctrine ; la controverse est exposée dans l’Autodéfense. Liddell Hart ajoutait un axiome : pour être sûr d’atteindre un objectif, il faut en avoir plusieurs. La méta-candidature en prévoit 4 issues, écrites d’avance, puisque le peuple adopte ou rejette la Constitution d’urgence et, par une question distincte posée le même jour, la sortie des traités européens ; s’il rejette la Constitution, le président élu démissionne. Dans les 4 cas, c’est le peuple qui aura tranché : le #PIC peut perdre son instrument, il ne peut pas perdre son objet.
La meilleure objection est morale, et elle a des titres. Toute la tradition lie le détour à la dissimulation : Sun Tzu fonde la guerre sur la tromperie ; Liddell Hart recommande, pour convertir les esprits, l’« unsuspected infiltration of a different idea » (l’infiltration insoupçonnée d’une idée différente) ; un commentateur américain de Beaufre range sans fard la propagande et le mensonge dans la manœuvre extérieure. Liddell Hart lui-même pratiqua le détour pour sa gloire : le politiste John Mearsheimer a montré en 1988 qu’il avait suggéré au général Guderian d’insérer un hommage à ses écrits dans l’édition anglaise de ses mémoires (1952). Une stratégie indirecte serait donc une ruse, et une ruse électorale, une déloyauté envers l’électeur. L’objection vaut contre toute stratégie qui se cache. Elle tombe devant celle-ci, qui garde du détour l’angle d’attaque et en retranche le secret. Le cheval de Troie tire sa force de ce qu’il cache ; la méta-candidature tire la sienne de ce qu’elle montre : une Constitution publiée et commentée article par article, un engagement unique signé devant notaire, 6 autres membres des Sept visibles aux côtés du candidat avec leur Égide, une démission inscrite dans le texte même. La surprise ne naît pas d’un secret, mais d’un impensé : le système attend des candidats qu’ils veuillent garder le pouvoir, et c’est de cette attente que la méta-candidature s’écarte. La loyauté se doit à l’électeur ; il saura tout avant de voter.
Machiavel, qu’il faut sans cesse défendre contre l’adjectif tiré de son nom, conseillait au prince d’être à la fois renard et lion : renard pour connaître les pièges, lion pour épouvanter les loups. Le #PIC prend au renard sa connaissance des pièges, parrainages, filtres, référendum confisqué, et s’arrête là. La phrase suivante du chapitre XVIII, qui dispense le prince avisé de tenir une promesse devenue nuisible, est précisément celle que l’engagement notarié rend impossible. Le candidat qui se lie les mains devant notaire trouve ainsi chez l’auteur du Prince un maître à contre-emploi, ce qui n’aurait sans doute pas déplu à ce républicain que la postérité a rendu machiavélique malgré lui.
La notion a ses limites, et la première tient à son succès. Élastique au point de désigner après coup tout ce qui a réussi, l’approche indirecte peut devenir l’alibi de ceux qui n’affrontent jamais le point décisif : un détour sans terme n’est qu’une fuite. Celui du #PIC a une date, l’élection présidentielle de 2027, et un juge, le peuple. La deuxième tient à sa dépendance : la manœuvre suppose que le système respecte ses propres règles. S’il ferme la porte de l’article 11, elle échoue ; mais la fermeture devient alors visible, et Beaufre rappelait que la décision recherchée est d’abord morale. La troisième est la plus prosaïque : l’approche indirecte ne dispense pas de l’effort direct. Sun Tzu le disait, la bataille s’engage par la méthode directe ; pour le #PIC, elle s’engage par cinq cents parrainages, qu’aucune habileté ne remplacera.
Pour le #PIC, la stratégie indirecte n’est donc pas une habileté, c’est une contrainte devenue méthode. Le refus du programme en est la forme politique : un programme offre à l’adversaire une cible frontale, et au système une application à filtrer ; une procédure n’offre qu’une question, à laquelle on ne s’oppose guère sans avouer qu’on ne veut pas la poser. La ruse cache son chemin parce qu’elle compte sur la surprise de l’adversaire ; le #PIC publie le sien, parce qu’il compte sur le consentement du peuple.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Sun Tzu, L’Art de la guerre, trad. anglaise de Lionel Giles, The Art of War, Londres, 1910, chap. III, 2, et chap. V, 5 ; Project Gutenberg, ebook n° 132 : « Hence to fight and conquer in all your battles is not supreme excellence; supreme excellence consists in breaking the enemy’s resistance without fighting. » ; « In all fighting, the direct method may be used for joining battle, but indirect methods will be needed in order to secure victory. » (Ainsi, combattre et vaincre dans toutes ses batailles n’est pas l’excellence suprême ; l’excellence suprême consiste à briser la résistance de l’ennemi sans combattre. Dans tout combat, la méthode directe peut servir à engager la bataille, mais il faudra des méthodes indirectes pour s’assurer la victoire ; trad. IA). consulter la source
Nicolas Machiavel, Le Prince (1532), chap. XVIII, « Comment les princes doivent tenir leur parole », trad. Jean Vincent Périès, dans Œuvres politiques de Machiavel, éd. Charles Louandre, Charpentier, Paris, 1855 ; Wikisource : « Le prince, devant donc agir en bête, tâchera d’être tout à la fois renard et lion : car, s’il n’est que lion, il n’apercevra point les piéges ; s’il n’est que renard, il ne se défendra point contre les loups ; et il a également besoin d’être renard pour connaître les piéges, et lion pour épouvanter les loups. » ; « Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus ». consulter la source
Basil H. Liddell Hart, Strategy: The Indirect Approach, Faber & Faber, Londres, 1954 ; 2ᵉ éd. révisée, Strategy, Praeger, 1967, rééd. Meridian, New York, 1991, p. 5 et p. 213 ; Internet Archive : « In strategy, the longest way round is often the shortest way home. » ; « The true purpose of strategy is to diminish the possibility of resistance. » (En stratégie, le plus long détour est souvent le plus court chemin du retour. Le but véritable de la stratégie est de diminuer la possibilité de résistance ; trad. IA). consulter la source
Loi constitutionnelle du 3 juin 1958 portant dérogation transitoire aux dispositions de l’article 90 de la Constitution ; Wikisource : « Par dérogation aux dispositions de son article 90, la Constitution sera révisée par le gouvernement investi le 1er juin 1958 et ce, dans les formes suivantes » ; « Le projet de loi arrêté en Conseil des ministres, après avis du Conseil d’État, est soumis au référendum. ». consulter la source
André Beaufre, Introduction à la stratégie, Armand Colin, 1963 ; rééd. Pluriel, 2012, préface de Thierry de Montbrial, quatrième de couverture reproduite par la librairie Mollat : « L’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit » ; son but est « d’atteindre la décision en créant et en exploitant une situation entraînant une désintégration morale de l’adversaire suffisante pour lui faire accepter les conditions qu’on veut lui imposer ». consulter la source
Eric S. Raymond (éd.), The Jargon File, version 4.4.7, 2003, entrée « hacker » ; catb.org : « One who enjoys the intellectual challenge of creatively overcoming or circumventing limitations. » ; « [deprecated] A malicious meddler who tries to discover sensitive information by poking around. […] The correct term for this sense is cracker. » (Celui qui aime le défi intellectuel de surmonter ou de contourner les limitations avec créativité. [Sens déconseillé] Un fouineur malveillant qui cherche à découvrir des informations sensibles. […] Le terme correct, en ce sens, est cracker ; trad. IA). consulter la source
Michael Shurkin, « Grand Strategy Is Total: French Gen. André Beaufre on War in the Nuclear Age », War on the Rocks, 8 octobre 2020 : « War in the minor key was above all “indirect,” a term that Beaufre explicitly borrowed from the British military theorist B.H. Liddell Hart (1895 – 1970), a longtime friend and correspondent. » ; « An “indirect strategy” therefore amounted to “the art of exploiting optimally the narrow margin of liberty of action” that still exists to achieve decisive success despite “the sometimes-extreme limits on the military means that can be employed.” » (La guerre en mode mineur était avant tout « indirecte », terme que Beaufre empruntait explicitement au théoricien militaire britannique B. H. Liddell Hart, son ami et correspondant de longue date. Une « stratégie indirecte » revenait donc à « l’art d’exploiter au mieux l’étroite marge de liberté d’action » qui subsiste pour obtenir un succès décisif malgré « les limites parfois extrêmes des moyens militaires qui peuvent être employés » ; trad. IA). consulter la source
Version 1 du 1er octobre 2026 — première publication. Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification.
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : Le référendum confisqué · Le verrou des parrainages · L’architecture de capture systémique
La riposte, dans l’Autodéfense : « La méta-candidature est un artifice » · « Vous vous servez de l’élection pour abattre les institutions » · « Vous n’aurez jamais vos cinq cents parrainages »
Ce que nous instituons : Constitution, titre XVIII, art. 4 : le référendum unificateur et l’ouverture de l’Année Zéro · Constitution, titre II, art. 5 : l’engagement notarié et la responsabilité patrimoniale · Protocole, titre I, art. 6 : le refus du programme
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