Le sondage délibératif Un sondage photographie des opinions telles qu’elles sont : souvent formées à la hâte, sur la foi d’un titre, d’un slogan ou d’une colère. En 1988, le politiste américain James Fishkin, alors professeur à l’université du Texas, aujourd’hui à Stanford, propose l’expérience inverse : mesurer ce que penserait le public s’il avait le temps de s’informer et d’en débattre. On tire au sort un échantillon représentatif, on l’interroge, puis on le réunit, souvent le temps d’un week-end : dossier équilibré, validé par les camps opposés ; petits groupes animés par un modérateur ; experts contradictoires. Puis on l’interroge de nouveau, avec les mêmes questions. L’écart entre les 2 photographies mesure ce que la délibération change.
Ce qu’il mesure dément le mépris. Au terme de leurs premières expériences, Fishkin et Robert Luskin le résument ainsi : les gens ordinaires « peuvent délibérer », ils « en tirent profit », et le processus « ne biaise ni ne polarise leurs opinions ». En 2019, 526 électeurs américains tirés au sort, républicains et démocrates, délibèrent 4 jours à Dallas : ils se rapprochent sur 22 des 26 propositions les plus clivantes, et chez les plus extrêmes, la note donnée au camp d’en face gagne jusqu’à 24 points. Le groupe témoin, lui, ne bouge pas.
Le dispositif fait la différence, pas la nature des gens. En Finlande, des citoyens hostiles à l’immigration, réunis entre eux mais avec un modérateur et des règles, deviennent plus tolérants ; et la part de bonnes réponses des participants aux questions de connaissance passe de 43 % à 63 %. Une revue de 80 études conclut en 2023 : la discussion dépolarise quand elle suit un cadre délibératif, elle polarise quand elle n’en suit pas.
La Mongolie en a fait une loi : depuis 2017, tout amendement à sa Constitution doit être précédé d’un sondage délibératif. Le 1er a réuni 669 citoyens tirés au sort dans tout le pays ; le soutien au projet spectaculaire d’un Parlement à 2 chambres y est tombé de 61 % à 30 %, et la fonction publique au mérite est arrivée en tête, à 91 %. En Irlande, 2 assemblées où siégeaient des citoyens tirés au sort ont préparé les référendums de 2015 et de 2018, adoptés à 62 % et à 66 %. En France, en 2023, 184 citoyens tirés au sort ont rendu sur la fin de vie un rapport adopté à 92 %, en consignant les arguments de leur minorité.
En 2019, la revue Science publie la synthèse de 20 chercheurs de la discipline : « l’expérimentation délibérative a produit des recherches empiriques qui réfutent bon nombre des thèses les plus pessimistes sur la capacité des citoyens à porter des jugements sensés ».
Le point faible n’est pas cognitif. Il est politique : les gouvernements trient. Après la Convention citoyenne pour le climat, 10 % seulement des propositions avaient été traduites en règles ou appliquées directement dans les mois suivants, et les citoyens ont noté le suivi gouvernemental 3,3 sur 10. C’est pourquoi le #PIC ne s’arrête pas à la consultation : la délibération des Formulateurs et de l’Agora citoyenne débouche sur un référendum qui s’impose à tous les pouvoirs. Le peuple tiré au sort prépare ; le peuple entier décide.
Le sondage délibératif ne prouve pas que le peuple sait tout. Il prouve que le peuple apprend vite, quand on lui en donne les moyens. Le reste est affaire de volonté politique.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Les gens sont trop bêtes : 50 abrutis l’emporteront toujours sur 10 esprits éclairés », « Les Français ne se parlent plus : délibérer ensemble est impossible », « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents », « Budget, nucléaire, géopolitique : c’est trop complexe pour le peuple », « L’abstention prouve que les gens ne veulent pas décider », « Les réseaux sociaux et les médias manipuleront les votes ».
En 30 secondes
On vous dit : « Les gens n’y connaissent rien, et quand ils débattent, ils s’écharpent. » Répondez :
1.Mesuré avant et après, contre un groupe témoin : 526 Américains tirés au sort se rapprochent sur 22 des 26 sujets les plus clivants, en 4 jours de délibération.
2.Encadrée, la délibération instruit sans radicaliser : en Finlande, la part de bonnes réponses passe de 43 % à 63 %, et les plus hostiles à l’immigration deviennent plus tolérants, même réunis entre eux.
3.Ce n’est plus une expérience : la Mongolie l’impose avant toute révision de sa Constitution, et l’Irlande a tiré de ses assemblées citoyennes 2 référendums historiques.
Pour aller plus loin
Une invention de 1988
L’idée naît d’un constat que chacun peut faire : la plupart des sondages mesurent des réactions plutôt que des jugements. On demande à des gens pressés, sans information, ce qu’ils pensent d’une réforme dont ils n’ont lu que le titre, puis l’on fait de leur réponse un verdict. James Fishkin propose en 1988, dans la revue The Atlantic Monthly, de mesurer autre chose : non ce que pense le peuple, mais ce qu’il penserait s’il pouvait réfléchir. Le politiste Robert Dahl imaginait l’année suivante un « minipopulus » tiré au sort, chargé de délibérer au nom de tous (voir L’assemblée citoyenne).
Le protocole est devenu un standard. Un échantillon aléatoire est interrogé une 1re fois. Il reçoit un dossier d’information équilibré, validé par un comité où siègent les sensibilités opposées. Il se réunit en petits groupes tirés au sort, avec un modérateur qui veille à ce que chacun parle ; il interroge en séance plénière des experts aux vues opposées. Puis il répond au même questionnaire. Quand c’est possible, un groupe témoin, qui ne délibère pas, répond aux mêmes questions. Une précision, par honnêteté : la méthode est une marque déposée de son inventeur, et beaucoup des études que nous citons sont signées par ceux qui la promeuvent. C’est pourquoi nous donnons aussi, plus bas, les travaux qui la nuancent.
Ce qui change en 4 jours
L’expérience la plus spectaculaire s’appelle America in One Room, « l’Amérique dans une seule pièce ». Du 19 au 22 septembre 2019, 526 électeurs inscrits, tirés au sort dans un panel national représentatif, se réunissent à Dallas ; 844 autres, qui ne délibèrent pas, servent de groupe témoin. 5 domaines (immigration, économie, santé, environnement, politique étrangère), 47 propositions notées de 0 à 10 avant et après, dont 26 relèvent de la « polarisation partisane extrême ». Des petits groupes d’environ 13 personnes, des séances plénières avec des experts.
Résultat : républicains et démocrates se rapprochent sur 22 des 26 propositions polarisées, de façon significative sur 19. Chez ceux qui partaient des positions extrêmes, le rapprochement se fait des 2 côtés, sur les 26. Le soutien républicain à l’abrogation de l’assurance santé de Barack Obama tombe de 69 % à 48 %. Et la haine recule : la note donnée à l’autre camp sur le « thermomètre affectif » monte de 13 points chez les démocrates, de 14 chez les républicains, de 16 à 24 chez les plus extrêmes. Le groupe témoin ne bouge pas. Les auteurs y voient, dans l’American Political Science Review, « la preuve de principe que la délibération, avec un dispositif approprié, peut réduire spectaculairement les écarts » entre partisans profondément opposés. Sur la durée, ils répondent eux-mêmes « à la fois non et oui » : une partie des effets se dissipe.
Isoler l’effet de la délibération
Le sceptique dira que c’est l’invitation, le dossier, l’hôtel, qui changent les gens, et non la discussion. En 2002, 6 chercheurs de Yale, Stanford, de la London School of Economics, du Texas et de Princeton ont mené une expérience éclairante à l’intérieur d’un sondage délibératif tenu à New Haven (publiée en 2010) : 2 sujets, l’agrandissement de l’aéroport (brûlant) et le partage des recettes fiscales entre communes (presque inconnu), et un ordre de discussion tiré au sort, qui isole l’effet propre de la délibération. Sur le sujet brûlant, l’effet est léger ; sur le sujet méconnu, il est nettement plus fort. La délibération déplace peu les opinions déjà cristallisées. Tant mieux : la démocratie n’a pas besoin de faire changer d’avis ceux qui en ont un. Elle a besoin que ceux qui n’en ont pas encore s’en forment un, éclairé.
Elle fait autre chose encore, que Condorcet aurait aimé voir. En 2013, Christian List et ses collègues montrent, sur 13 séries de préférences, que la délibération rapproche les désaccords d’une dimension commune, ce qui réduit le risque des majorités qui tournent en rond, du moins sur les sujets qui n’étaient pas déjà brûlants (voir Le théorème du jury de Condorcet). Elle ne rend pas les gens unanimes. Elle rend leur majorité plus cohérente.
La loi de la polarisation, démentie
Le juriste américain Cass Sunstein a décrit une « loi de la polarisation de groupe » : réunis entre eux, des gens qui pensent pareil en ressortent plus extrêmes. En 2012, 3 politistes finlandais, Kimmo Grönlund, Kaisa Herne et Maija Setälä, ont mis la loi à l’épreuve sur le sujet le plus inflammable qui soit (publication en 2015). Sur 12 000 questionnaires envoyés dans la région de Turku, ils retiennent les opinions tranchées sur l’immigration, puis répartissent au hasard 207 participants entre des groupes homogènes, favorables ou hostiles, et des groupes mixtes, tous dotés d’un modérateur et de règles délibératives. Aucune polarisation. Les participants hostiles à l’immigration deviennent plus tolérants, « même lorsqu’ils délibèrent entre personnes du même avis » ; aucun participant favorable ne devient restrictif ; et la part moyenne de bonnes réponses aux questions de connaissance passe de 43 % à 63 % dans tous les groupes. Les auteurs reconnaissent eux-mêmes qu’il est difficile de distinguer l’effet de la délibération de celui du désir de bien paraître. Mais si le simple fait d’être écouté, dans un cadre réglé, rend plus tolérant, c’est déjà une leçon politique.
Une revue de 2023, menée à la Vrije Universiteit Brussel, a passé au crible 517 publications et en a retenu 80, en science politique, en psychologie sociale et en communication : la discussion dépolarise quand elle respecte un cadre délibératif, elle polarise quand elle ne le respecte pas. Les chercheurs de l’école de Canberra l’avaient formulé dès 2017 : la délibération résout la polarisation de groupe « de la façon la plus évidente lorsqu’elle dépasse la discussion non structurée », et elle fonctionne jusque dans des sociétés profondément divisées, en Irlande du Nord, en Bosnie, en Belgique, en Afrique du Sud, en Turquie. Les expériences sur les foules partisanes vont dans le même sens (voir La sagesse des foules).
Déjouer la manipulation
La délibération ne se contente pas d’instruire : elle désintoxique. Le politiste Simon Niemeyer, de l’université de Canberra, a mesuré en 2011 sur 2 mini-publics que la délibération « corrige les distorsions préexistantes de la volonté publique, qu’elles soient causées par une manipulation active ou par une focalisation passive sur des enjeux à forte charge symbolique ». C’est la thèse du sceptique, retournée : oui, les gens sont manipulés ; non, ils ne le restent pas quand on leur donne le temps et les arguments contradictoires. La propagande prospère dans l’urgence et l’isolement. Elle recule dans la salle où l’on prend le temps.
Et la délibération attire ceux que la politique repousse. En 2010, Michael Neblo et ses collègues ont interrogé 2 grands échantillons nationaux américains : la volonté de délibérer est « bien plus répandue que prévu », et ce sont précisément les personnes les moins enclines à la politique partisane traditionnelle qui s’y intéressent le plus. L’abstention n’est pas un refus de décider. C’est souvent le refus d’une offre politique qui ne laisse rien à décider.
De l’expérience à l’institution
La Mongolie est allée le plus loin, en droit. Sa loi de 2017 impose un sondage délibératif avant toute révision de la Constitution. Le 1er s’est tenu à Oulan-Bator du 28 au 30 avril 2017 : 1 568 ménages tirés au sort dans tout le pays, 785 invités, 669 participants. Sur 18 questions, 10 ont bougé de façon significative. Le Parlement à 2 chambres est tombé de 61 % à 30 % ; le président élu pour un mandat unique de 6 ans, de 61,5 % à 41 % ; le droit du Premier ministre de nommer et de révoquer ses ministres est monté de 57 % à 73 %. En tête après délibération : la fonction publique au mérite (91,3 %), la protection des fonctionnaires contre le licenciement politique (90,4 %), la responsabilité de l’État (89,2 %). Dans une démocratie jeune, un échantillon national, zones rurales comprises, a écarté les réformes les plus spectaculaires pour placer en tête le mérite et la probité de l’État. Les limites sont connues : l’évaluation vient des conseillers de l’opération, sans groupe témoin, et 17,2 % des participants estiment que leur modérateur a parfois tenté d’influencer le groupe.
L’Irlande a fait la démonstration la plus éclatante. De 2012 à 2014, une Convention constitutionnelle réunit 66 citoyens tirés au sort et 33 élus ; tous sujets confondus, 30 % de ceux qui s’opposaient à une réforme au début d’un week-end la soutiennent à la fin. Sa recommandation sur le mariage des couples de même sexe conduit au référendum du 22 mai 2015, adopté à 62,07 %. De 2016 à 2018, une Assemblée citoyenne de 99 membres tirés au sort, présidée par une juge de la Cour suprême, consacre 9 jours et demi à l’avortement et reçoit 12 200 contributions du public ; le référendum du 25 mai 2018 est adopté à 66,40 %. Un sondage de sortie des urnes sur 3 779 votants montre que ceux qui connaissaient l’Assemblée étaient plus enclins à voter oui, toutes choses égales d’ailleurs (une corrélation, que l’intérêt pour la politique peut expliquer en partie) ; et sa recommandation, jugée trop audacieuse à l’époque, s’est révélée représentative de l’électorat. Une expérience en ligne de 2020, menée auprès de 776 volontaires, confirme que les conclusions d’un mini-public, portées à la connaissance de citoyens qui n’y ont pas siégé, accroissent leurs connaissances. L’intelligence produite dans la salle peut se diffuser au-delà.
La même Irlande fournit un avertissement. Sur la réforme du mode de scrutin, sujet où les élus avaient un intérêt personnel considérable, la présence de parlementaires semble avoir pesé sur le résultat. Le danger ne venait pas de la « bêtise » des citoyens, mais de la capture par des acteurs intéressés.
La Communauté germanophone de Belgique a rendu le dispositif permanent. Depuis un décret adopté à l’unanimité le 25 février 2019, un Conseil citoyen de 24 membres tirés au sort, renouvelé par tiers tous les 6 mois, choisit les sujets ; des assemblées de 25 à 50 citoyens tirés au sort rédigent des recommandations ; élus et ministre doivent dire si et comment ils les appliqueront, et justifier tout rejet. Au-delà de cette justification, toutefois, ils ne sont tenus à rien.
En France
Le meilleur connaisseur français du tirage au sort, Yves Sintomer, professeur de science politique à Paris 8, résumait en 2012 l’état des connaissances en une phrase prudente et nette : « Le postulat sous-tendant les dispositifs contemporains, à savoir qu’une délibération de citoyens “ordinaires” menée dans de bonnes conditions peut mener à des résultats raisonnables, tend à être largement corroboré par les enquêtes empiriques de sciences sociales menées par des observateurs extérieurs aux dispositifs analysés. » Il ajoutait que les effets précis de la délibération sur les individus restaient à prouver. Il avait aussi étudié, avec ses collègues, les budgets participatifs de Porto Alegre, où les décisions citoyennes ont réorienté vers les quartiers les plus pauvres les investissements qui en relevaient, et la version plus « légère » du Municipio XI de Rome.
La Convention citoyenne pour le climat (2019-2020) a été observée par 30 chercheurs. 150 citoyens tirés au sort, 9 mois de travail, 149 mesures adoptées, la plupart par 85 % à 100 % des voix ; la limitation à 110 km/h n’obtient que 60 %, la semaine de 28 heures est rejetée : des citoyens qui votent avec nuance. L’étude collective de 2022 conclut que l’apport des instances de pilotage, « bien que significatif, n’a pas entamé la capacité d’agir, la créativité et la liberté de choix des citoyens ». Hélène Landemore et Théophile Pénigaud en tirent en 2026 un principe, « citizens on top, experts on tap » : les citoyens aux commandes, les experts à disposition. Aucune mesure n’a été publiquement écartée par un expert qualifié pour défaut technique ; le président de la République n’en a écarté que 3, pour des raisons politiques. La même étude de 2022 note, honnêtement, que la Convention a créé un consensus parmi ses membres sans entraîner l’adhésion du grand public, faute de lien avec lui.
La Convention citoyenne sur la fin de vie (décembre 2022 à avril 2023) a réuni 184 citoyens tirés au sort pendant 27 jours. Son rapport a été adopté à 92 % ; 75,6 % des votants se sont prononcés pour ouvrir une aide active à mourir, et 23,2 % contre, leurs arguments étant consignés dans le rapport. 67 propositions portaient sur l’accompagnement et les soins palliatifs. Sur une question où les élus tergiversaient depuis des années, un échantillon de Français a produit en 4 mois une position argumentée, sans écraser sa minorité. Mais son rôle était purement consultatif, et la présidente de son comité de gouvernance, Claire Thoury, l’a rappelé devant le Sénat : « À aucun moment on a dit aux citoyens qu’ils étaient là pour faire une loi. » Toute la différence avec le #PIC est là.
Les 3 limites, et la réponse du #PIC
1re limite : les gouvernements trient. En Espagne, sur 571 propositions issues de 39 processus participatifs locaux, 36 % seulement ont été appliquées intégralement, environ 32 % en partie, environ 32 % rejetées ; une proposition qui conteste la politique en place a près de 2 fois plus de chances d’être rejetée. La Convention pour le climat a vu 10 % de ses mesures appliquées directement. Les 20 auteurs de la synthèse de 2019 le disent eux-mêmes : il faut rester vigilant face aux gouvernements tentés de se servir des mini-publics « comme d’une couverture symbolique pour continuer comme avant ». Notre réponse : la décision finale appartient au peuple entier, et elle « a force obligatoire » : « Aucune autorité ne peut en suspendre, en retarder ou en dénaturer l’exécution » (Titre II, article 9).
2e limite : l’organisateur pèse. Cadrage par le comité de gouvernance de la Convention pour le climat, poids des élus en Irlande, modérateurs jugés intrusifs en Mongolie. Notre réponse : les Formulateurs sont tirés au sort et non nommés ; « un corps neuf est tiré au sort à l’approche de chaque votation », nul ne siège pour 2 votations consécutives, et leur identité est secrète, ce qui les met à l’abri des pressions. Ils auditionnent des experts contradictoires, et publient le libellé retenu avec « les formulations concurrentes mises aux voix ».
3e limite : hors de la salle, les effets sont modestes. Une revue de 60 études, en 2023, ne trouve qu’environ un effet de long terme sur 4 statistiquement significatif ; mais 2 effets sont constants : un soutien durable à la participation citoyenne, et un engagement accru dans le débat public. Notre réponse : un dispositif permanent plutôt qu’un coup ponctuel. L’Agora citoyenne délibère « par cycles, quatre fois par an » ; la note citoyenne parvient à chaque électeur ; et c’est le peuple entier, non 150 personnes, qui tranche.
Un sondage ordinaire vous dit ce que pense un peuple qu’on n’a pas laissé réfléchir. Un sondage délibératif vous dit ce qu’il penserait si on le laissait faire. Le #PIC propose de cesser de gouverner sur la 1re photographie.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Berkman Center for Internet & Society (Harvard Law School), notice biographique de James S. Fishkin : He first proposed the idea of the Deliberative Poll in an article in the Atlantic Monthly in August of 1988. (« Il a proposé pour la 1re fois l’idée du sondage délibératif dans un article de l’Atlantic Monthly, en août 1988. » ; trad. IA). consulter la source
Robert A. Dahl, Democracy and Its Critics, New Haven, Yale University Press, 1989 : proposition d’un « minipopulus » de citoyens tirés au sort, chargé de délibérer sur une question et de rendre public son jugement.
James S. Fishkin et Robert C. Luskin, « Experimenting with a Democratic Ideal: Deliberative Polling and Public Opinion », Acta Politica, vol. 40, 2005, p. 284-298 (résumé) : The results, responding to ‘defeatist,’ ‘extenuationist,’ and ‘alarmist’ critiques, show that ordinary people can deliberate, that they benefit from doing so, and that the process neither biases nor polarizes their opinions. (« Les résultats, qui répondent aux critiques défaitistes, exténuationnistes et alarmistes, montrent que les gens ordinaires peuvent délibérer, qu’ils en tirent profit et que le processus ne biaise ni ne polarise leurs opinions. » ; trad. IA). consulter la source
James S. Fishkin, Alice Siu, Larry Diamond et Norman Bradburn, « Is Deliberation an Antidote to Extreme Partisan Polarization? Reflections on “America in One Room” », American Political Science Review, vol. 115, n° 4, 2021, p. 1464-1481 (conclusion, p. 1478) : These results from a national field experiment offer proof of concept that deliberation, with an appropriate design, can dramatically narrow differences between Republicans and Democrats on issues where they are initially deeply polarized. (« Ces résultats d’une expérience de terrain nationale apportent la preuve de principe que la délibération, avec un dispositif approprié, peut réduire spectaculairement les écarts entre républicains et démocrates sur des sujets où ils sont au départ profondément polarisés. » ; trad. IA). consulter la source
Cynthia Farrar, James S. Fishkin, Donald P. Green, Christian List, Robert C. Luskin et Elizabeth Levy Paluck, « Disaggregating Deliberation’s Effects: An Experiment within a Deliberative Poll », British Journal of Political Science, vol. 40, n° 2, 2010, p. 333-347 (résumé) : As expected, the highly salient airport issue saw only a slight effect, while much less salient revenue-sharing issue saw a much larger one. (« Comme prévu, l’enjeu très saillant de l’aéroport n’a connu qu’un effet léger, tandis que l’enjeu beaucoup moins saillant du partage des recettes en a connu un bien plus important. » ; trad. IA). consulter la source
Christian List, Robert C. Luskin, James S. Fishkin et Iain McLean, « Deliberation, Single-Peakedness, and the Possibility of Meaningful Democracy: Evidence from Deliberative Polls », The Journal of Politics, vol. 75, n° 1, 2013 : la délibération rapproche les préférences de l’unimodalité, ce qui réduit le risque des majorités cycliques du paradoxe de Condorcet, sauf sur les enjeux très saillants. consulter la source
Kimmo Grönlund, Kaisa Herne et Maija Setälä, « Does Enclave Deliberation Polarize Opinions? », Political Behavior, vol. 37, n° 4, 2015, p. 995-1020 (résumé, p. 995, et p. 1014) : The main finding of our experiment is that people with anti-immigrant attitudes become more tolerant even when they deliberate in like-minded groups. […] it should also be acknowledged that social desirability might be hard to separate from the actual effect of deliberation (« Le principal résultat de notre expérience est que les personnes hostiles aux immigrés deviennent plus tolérantes, même lorsqu’elles délibèrent entre personnes du même avis. […] il faut aussi reconnaître que la désirabilité sociale peut être difficile à distinguer de l’effet réel de la délibération » ; trad. IA). consulter la source
Didier Caluwaerts, Kamil Bernaerts, Rebekka Kesberg, Lien Smets et Bram Spruyt, « Deliberation and polarization: a multi-disciplinary review », Frontiers in Political Science, vol. 5, 2023, article 1127372 (résumé) : we find depolarizing effects when group discussions adhere to a deliberative democracy framework, and polarizing effects when they do not. (« Nous constatons des effets dépolarisants lorsque les discussions de groupe respectent un cadre de démocratie délibérative, et des effets polarisants lorsqu’elles ne le respectent pas. » ; trad. IA). consulter la source
Nicole Curato, John S. Dryzek, Selen A. Ercan, Carolyn M. Hendriks et Simon Niemeyer, « Twelve Key Findings in Deliberative Democracy Research », Daedalus, vol. 146, n° 3, 2017, p. 28-38 (p. 33) : Deliberation does, then, provide solutions to group polarization, most obviously when it moves beyond unstructured discussion. (« La délibération apporte donc bien des solutions à la polarisation de groupe, de la façon la plus évidente lorsqu’elle dépasse la discussion non structurée. » ; trad. IA). consulter la source
John S. Dryzek, André Bächtiger, Simone Chambers, Joshua Cohen, James N. Druckman, Andrea Felicetti, James S. Fishkin, David M. Farrell, Archon Fung, Amy Gutmann, Hélène Landemore, Jane Mansbridge, Sofie Marien, Michael A. Neblo, Simon Niemeyer, Maija Setälä, Rune Slothuus, Jane Suiter, Dennis Thompson et Mark E. Warren, « The crisis of democracy and the science of deliberation », Science, vol. 363, n° 6432, 15 mars 2019, p. 1144-1146 : Deliberative experimentation has generated empirical research that refutes many of the more pessimistic claims about the citizenry’s ability to make sound judgments. […] it is important to remain vigilant against incentives for governments to use them as symbolic cover for business as usual, or for well-financed lobby groups to subvert their operation and sideline their recommendations. (« L’expérimentation délibérative a produit des recherches empiriques qui réfutent bon nombre des thèses les plus pessimistes sur la capacité des citoyens à porter des jugements sensés. […] il importe de rester vigilant face à la tentation des gouvernements de s’en servir comme d’une couverture symbolique pour continuer comme avant, ou face aux lobbies bien financés qui chercheraient à en pervertir le fonctionnement et à écarter leurs recommandations. » ; trad. IA). consulter la source
Simon Niemeyer, « The Emancipatory Effect of Deliberation: Empirical Lessons from Mini-Publics », Politics & Society, vol. 39, n° 1, 2011, p. 103-140 (résumé) : Evidence from two case studies suggests that deliberation corrects preexisting distortions of public will caused by either active manipulation or passive overemphasis on symbolically potent issues. (« Les données de 2 études de cas suggèrent que la délibération corrige les distorsions préexistantes de la volonté publique, qu’elles soient causées par une manipulation active ou par une focalisation passive sur des enjeux à forte charge symbolique. » ; trad. IA). consulter la source
Michael A. Neblo, Kevin M. Esterling, Ryan P. Kennedy, David M. J. Lazer et Anand E. Sokhey, « Who Wants To Deliberate–And Why? », American Political Science Review, vol. 104, n° 3, 2010, p. 566-583 (résumé) : we find that (1) willingness to deliberate in the United States is much more widespread than expected, and (2) it is precisely those people less likely to participate in traditional partisan politics who are most interested in deliberative participation. (« Nous constatons que la volonté de délibérer aux États-Unis est bien plus répandue que prévu, et que ce sont précisément les personnes les moins enclines à participer à la politique partisane traditionnelle qui s’intéressent le plus à la participation délibérative. » ; trad. IA). consulter la source
Center for Deliberative Democracy (université Stanford), Summary Results from the National Deliberative Poll in Mongolia on Constitutional Reform, août 2017, p. 2 : Support for two of the most ambitious proposals dropped dramatically with deliberation. The proposal for “Creating a Parliament with two chambers: a people’s representative body (People’s Great Khural) and legislative body (State Baga Khural)” went from 61% to 30% a drop of 31 points. (« Le soutien à 2 des propositions les plus ambitieuses a chuté de façon spectaculaire avec la délibération. La proposition de créer un Parlement à 2 chambres, un organe représentatif du peuple et un organe législatif, est passée de 61 % à 30 %, soit une baisse de 31 points. » ; trad. IA). consulter la source
David M. Farrell, Jane Suiter et Clodagh Harris, « ‘Systematizing’ constitutional deliberation: the 2016–18 citizens’ assembly in Ireland », Irish Political Studies, vol. 34, n° 1, 2019, p. 113-123 (manuscrit, p. 6) : Ireland, therefore, not only stands out internationally as the first country in the world to hold two constitutional minipublics in quick succession, but also as a world leader in the linking of deliberative democracy (mini-publics) and direct democracy (referendums). (« L’Irlande se distingue donc non seulement comme le 1er pays au monde à avoir tenu 2 mini-publics constitutionnels à brève échéance, mais aussi comme le chef de file mondial de l’articulation entre démocratie délibérative et démocratie directe. » ; trad. IA). consulter la source
David M. Farrell, Jane Suiter, Clodagh Harris et Kevin Cunningham, « The effects of mixed membership in a deliberative forum: the Irish Constitutional Convention of 2012–2014 », Political Studies, vol. 68, n° 1, 2020, p. 54-73 (manuscrit, p. 16 et 19) : Across all topics among those who were opposed to an initiative prior to the meeting 30 per cent changed their mind to be in favour of that initiative once the meeting had concluded. […] in one respect at least the presence of politician members does appear to have affected the outcome – on the issue of electoral reform, a matter of considerable personal interest to politicians. (« Tous sujets confondus, parmi ceux qui étaient opposés à une proposition avant la réunion, 30 % ont changé d’avis pour la soutenir à l’issue de celle-ci. […] sur un point au moins, la présence d’élus semble avoir influé sur le résultat : la réforme électorale, sujet d’un intérêt personnel considérable pour les élus. » ; trad. IA). consulter la source
Johan A. Elkink, David M. Farrell, Sofie Marien, Theresa Reidy et Jane Suiter, « The death of conservative Ireland? The 2018 abortion referendum », Electoral Studies, vol. 65, 2020, article 102142 (conclusion) : Voters who were aware of the Citizens’ Assembly were more likely to vote yes. This is an important finding and has implications for the development of referendum processes. (« Les électeurs qui connaissaient l’Assemblée citoyenne étaient plus enclins à voter oui. C’est un résultat important, qui a des conséquences pour l’organisation des référendums. » ; trad. IA). consulter la source
Jane Suiter, Lala Muradova, John Gastil et David M. Farrell, « Scaling up Deliberation: Testing the Potential of Mini-Publics to Enhance the Deliberative Capacity of Citizens », Swiss Political Science Review, vol. 26, n° 3, 2020 (résumé) : We found that survey respondents exposed to information about the minipublic and its findings significantly increased their policy knowledge. (« Nous avons constaté que les répondants exposés à une information sur le mini-public et ses conclusions ont significativement accru leurs connaissances sur le sujet. » ; trad. IA). consulter la source
Christoph Niessen et Min Reuchamps, « Institutionalising Citizen Deliberation in Parliament: The Permanent Citizens’ Dialogue in the German-speaking Community of Belgium », Parliamentary Affairs, vol. 75, n° 1, 2022 (résumé, et p. 12 de la version auteur) : The latter two then need to indicate whether and how the recommendations will be implemented by parliamentary or governmental measures […] with rejections requiring specific justification. […] Beyond this justification, however, the members of the committee and the minister-in-charge are legally not bound to any kind of follow-up. (« Ces derniers doivent alors indiquer si et comment les recommandations seront mises en œuvre par des mesures parlementaires ou gouvernementales, tout rejet exigeant une justification spécifique. […] Au-delà de cette justification, les membres de la commission et le ministre ne sont juridiquement tenus à aucun suivi. » ; trad. IA). consulter la source
Yves Sintomer, « Tirage au sort et démocratie délibérative. Une piste pour renouveler la politique au XXIe siècle ? », La Vie des idées, 5 juin 2012, p. 6 et 8 : « Le postulat sous-tendant les dispositifs contemporains, à savoir qu’une délibération de citoyens “ordinaires” menée dans de bonnes conditions peut mener à des résultats raisonnables, tend à être largement corroboré par les enquêtes empiriques de sciences sociales menées par des observateurs extérieurs aux dispositifs analysés. […] il faut cependant convenir que les effets précis de la délibération sur les individus restent encore à prouver ». consulter la source
Yves Sintomer, Carsten Herzberg, Anja Röcke et Giovanni Allegretti, « Transnational Models of Citizen Participation: The Case of Participatory Budgeting », Journal of Public Deliberation, vol. 8, n° 2, 2012, article 9 (p. 6 et 21) : In addition, PB has led to a reorientation of public investments towards the most disadvantaged districts, at least those investments decided within the participatory process […] In some cases, such as Roma XI (Italy) or Lisbon (Portugal), proximity democracy experiments can be viewed as very “light” versions of participatory democracy (« En outre, le budget participatif a conduit à réorienter les investissements publics vers les quartiers les plus défavorisés, du moins ceux décidés dans le cadre du processus participatif […] Dans certains cas, comme Rome XI (Italie) ou Lisbonne (Portugal), les expériences de démocratie de proximité peuvent être vues comme des versions très “légères” de la démocratie participative » ; trad. IA). consulter la source
Louis-Gaëtan Giraudet et 29 coauteurs, « “Co-construction” in deliberative democracy: lessons from the French Citizens’ Convention for Climate », Humanities and Social Sciences Communications, vol. 9, 2022, article 207 (résumé) : We find that the steering bodies’ input, albeit significant, did not impair the citizens’ agency, creativity, and freedom of choice. While succeeding in creating consensus among the citizens who were involved, this co-constructive approach, however, failed to generate significant support among the broader public. (« Nous constatons que l’apport des instances de pilotage, bien que significatif, n’a pas entamé la capacité d’agir, la créativité et la liberté de choix des citoyens. Mais si cette démarche de co-construction a réussi à créer un consensus parmi les citoyens impliqués, elle n’a pas suscité de soutien significatif dans le grand public. » ; trad. IA). consulter la source
Hélène E. Landemore et Théophile Pénigaud, « Citizen Legislators: Citizens on Top and Experts on Tap in the French Convention for Climate (2019–20) », Perspectives on Politics, 2026 (résumé) : The CCC, we conclude, demonstrates the feasibility of involving ordinary citizens qua legislators in more inclusive and participatory forms of democratic governance. (« La Convention citoyenne pour le climat, concluons-nous, démontre qu’il est possible d’associer des citoyens ordinaires, en tant que législateurs, à des formes de gouvernement démocratique plus inclusives et participatives. » ; trad. IA). consulter la source
Conseil économique, social et environnemental, communiqué du 2 avril 2023 accompagnant le rapport de la Convention citoyenne sur la fin de vie, p. 2 : « Au terme de débats nourris et respectueux, la Convention Citoyenne s’est positionnée majoritairement (75,6% des votants) en faveur de l’Aide Active à Mourir, modalité la plus adaptée pour respecter la liberté de choix des citoyens […] ». consulter la source
Joan Font, Graham Smith, Carol Galais et Pau Alarcón, « Cherry-picking participation: Explaining the fate of proposals from participatory processes », European Journal of Political Research, vol. 57, n° 3, 2018, p. 615-636 (manuscrit accepté) : Our set of proposals is divided in three groups similar in size: implemented (36 per cent), partially implemented and rejected (both close to 32 per cent). (« Notre ensemble de propositions se divise en 3 groupes de taille comparable : appliquées (36 %), partiellement appliquées et rejetées (près de 32 % chacune). » ; trad. IA). consulter la source
Ramon van der Does et Vincent Jacquet, « Small-Scale Deliberation and Mass Democracy: A Systematic Review of the Spillover Effects of Deliberative Minipublics », Political Studies, vol. 71, n° 1, 2023 (version auteur, p. 19) : Substantively, the quantitative evidence offers a sobering outlook on minipublics’ potential to transform participants. (« Sur le fond, les données quantitatives donnent une image qui dégrise quant au potentiel des mini-publics à transformer leurs participants. » ; trad. IA). consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 7 : « un corps neuf est tiré au sort à l’approche de chaque votation, ordinaire ou extraordinaire, quel que soit le nombre des questions qui y sont soumises, avant que la première lui soit transmise, et le mandat de ses membres s’achève avec la proclamation des résultats ; nul ne peut siéger pour deux votations consécutives. Leur identité est secrète ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 9 : « La décision du peuple a force obligatoire : elle a la valeur de la norme qu’elle adopte, modifie ou abroge, et s’impose à tous les pouvoirs constitués. Aucune autorité ne peut en suspendre, en retarder ou en dénaturer l’exécution ». consulter la source
Version 1 du 21 octobre 2026 : première publication.
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : Les sondages · La propagande · La fabrique du consentement · L’excès de démocratie
La riposte, dans l’Autodéfense : « Les gens sont trop bêtes : 50 abrutis l’emporteront toujours sur 10 esprits éclairés » · « Les Français ne se parlent plus : délibérer ensemble est impossible » · « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents » · « Budget, nucléaire, géopolitique : c’est trop complexe pour le peuple »
Ce que nous instituons : Constitution, titre II, art. 7 : les Formulateurs · Constitution, titre II, art. 8 : l’Agora citoyenne · Constitution, titre II, art. 9 : le peuple souverain, cinquième cercle
Pour agir : les questions au peuple · l’Université populaire de l’intelligence collective · rejoindre le #PIC
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