Abécédaire · Les biens communs de la Nation

Les biens communs de la Nation Certaines choses ne se vendent pas, parce que personne ne pourrait vivre sans elles.

Les biens communs de la Nation sont les ressources naturelles, les réseaux et les infrastructures dont dépend la vie de tous : l’eau du robinet, l’électricité, le rail, la poste, les réseaux de communication, le sous-sol, les forêts et le littoral. Ils appartiennent à la Nation tout entière, y compris aux générations qui viennent ; ceux qui les exploitent n’en sont que les dépositaires.

Le mot ne se confond ni avec le bien commun, cet intérêt général que poursuit toute communauté politique, ni avec les communs qu’Elinor Ostrom a étudiés, ces ressources que leurs usagers gouvernent eux-mêmes. Il désigne un régime de protection : ce qui est inscrit sur la liste ne peut plus être vendu, ni concédé durablement, sans le vote du peuple.

La France en avait posé le principe en 1946 sans jamais en confier la garde au peuple : des autoroutes aux aéroports, les ventes se sont faites sans que le peuple soit consulté.

Le PIC, le Pari de l’Intelligence Collective (#PIC), l’inscrit dans sa Constitution d’urgence (Titre VI, article 7-1) et en prépare la liste avec les citoyens, dans une section ouverte à leurs commentaires : Les biens communs de la Nation.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Vos biens communs, ce sont des nationalisations déguisées : l’État gère mal, et le contribuable paiera », « Le référendum d’initiative partagée existe déjà : votre RIC est inutile ».

Pour aller plus loin

Le principe est ancien. Le neuvième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 dispose : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »

Il a la valeur d’une règle constitutionnelle, et il n’a empêché aucune vente. La Constitution de 1958 renvoie à la loi les transferts d’entreprises du secteur public au secteur privé (article 34) ; le Conseil constitutionnel a admis les privatisations successives, dont celle de Gaz de France en 2006, en appréciant lui-même ce qu’est un service public national. Une loi a vendu ce qu’une loi avait acquis.

La vente la plus coûteuse est celle des autoroutes. En 2006, l’État cède les sociétés concessionnaires : l’opération lui rapporte 14,8 milliards d’euros. Le 17 septembre 2014, l’Autorité de la concurrence relève que leur rentabilité nette a atteint en 2013 « entre 20 et 24 % de leur chiffre d’affaires ». Dans son rapport déposé le 16 septembre 2020, la commission d’enquête du Sénat estime que, pour les deux principaux groupes concessionnaires, la rentabilité attendue par les actionnaires serait atteinte « autour de 2022 », et que la durée de leurs concessions serait « trop longue d’environ 10 ans ».

Quand les citoyens ont voulu arrêter une vente, la procédure les en a empêchés. Contre la privatisation d’Aéroports de Paris, le référendum d’initiative partagée a réuni 1 093 030 soutiens ; il en fallait 4 717 396. Le Conseil constitutionnel a constaté l’échec le 26 mars 2020 (voir, dans le Lexique du Pouvoir, le détricotage du programme du CNR).

La crise, enfin, est l’heure des ventes forcées. En 2011, le plan d’aide imposé à la Grèce lui a fait créer un fonds chargé de céder ses actifs publics ; ses créanciers en attendaient 50 milliards d’euros, et quatorze aéroports régionaux ont été concédés pour quarante ans. C’est la forme la plus pure de la stratégie du choc.

D’autres peuples ont tranché par leur vote. L’Uruguay a inscrit dans sa Constitution, par la réforme plébiscitée le 31 octobre 2004, que l’eau est « une ressource naturelle essentielle à la vie ». L’Italie a abrogé par référendum, les 12 et 13 juin 2011, la loi qui permettait de confier au secteur privé la gestion des services publics locaux : 95,35 % de oui, avec 54,63 % de participation. La commission présidée par Stefano Rodotà avait proposé d’y définir les biens communs comme les choses dont l’utilité sert l’exercice des droits fondamentaux et le libre développement de la personne.

L’objection la plus sérieuse porte sur la gestion : le public gérerait plus mal que le privé. Elle mérite mieux qu’un slogan. La Cour des comptes a critiqué des entreprises publiques ; elle a aussi critiqué des privatisations, comme celle de l’aéroport de Toulouse en 2015, où les candidats avaient été jugés sur leur capacité financière sans que leur expérience soit prise en compte. Et la gestion publique peut faire mieux : Paris a repris son eau le 1er janvier 2010, et le prix de l’eau potable a baissé de 8 % en 2011. Elinor Ostrom l’avait dit : il n’y a pas de remède unique. La question n’est pas qui exploite, mais qui décide, et sous quel contrôle.

Le #PIC en tire sa règle. L’article 7-1 du Titre VI interdit, sans référendum, toute cession d’un bien commun, ses formes déguisées, toute concession de plus de quinze ans, toute mise en garantie ; il impose la publication des contrats et le retour gratuit des biens à la fin des concessions ; il place un comité d’usagers tirés au sort auprès de chaque exploitant ; il ouvre le retour à la collectivité par la loi ou par le référendum d’initiative citoyenne, avec une indemnité qui tient compte des aides reçues. La liste se construit avec les citoyens ; une fois arrêtée, nul ne pourra l’amputer sans le peuple.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, neuvième alinéa ; texte publié par le Conseil constitutionnel : « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. ». consulter la source

Sénat, commission d’enquête sur le contrôle, la régulation et l’évolution des concessions autoroutières, rapport n° 709 (2019-2020), note de synthèse, 18 septembre 2020 : « Cette opération a rapporté 14,8 milliards d’euros à l’État » ; « la rentabilité actionnaires attendue serait atteinte autour de 2022 » ; « la durée de ces concessions serait trop longue d’environ 10 ans ». consulter la source

Autorité de la concurrence, avis n° 14-A-13 du 17 septembre 2014 sur le secteur des autoroutes après la privatisation des sociétés concessionnaires : « elle a atteint en 2013, selon les sociétés, entre 20 et 24% de leur chiffre d’affaires ». consulter la source

Landot & associés, « ADP : que le RIP repose en paix… », 27 mars 2020, sur la décision n° 2019-1-8 RIP du Conseil constitutionnel du 26 mars 2020 : le soutien de « 1 093 030 électeurs » ; il fallait « au moins 4 717 396 citoyens français ». consulter la source

Naftemporiki, « Privatization fund: 447.7 mln € from sell-offs in 2016 », sur le fonds grec de privatisation (HRADF) : un fonds de privatisation imposé par le mémorandum (« memorandum-mandated privatization fund ») ; un objectif de « 50-billion-euro » fixé par la troïka en février 2011 ; une concession de 40 ans pour 14 aéroports régionaux. consulter la source

République orientale de l’Uruguay, décret n° 435/2004 du 15 décembre 2004, citant l’article 47 de la Constitution réformé par le plébiscite du 31 octobre 2004 : « El agua es un recurso natural esencial para la vida » (l’eau est une ressource naturelle essentielle à la vie ; notre traduction). consulter la source

Référendums italiens des 12 et 13 juin 2011, résultats officiels publiés par le ministère de l’Intérieur, repris par l’encyclopédie Wikipédia : question 1 (gestion des services publics locaux) : participation de 54,63 % ; 25 935 372 oui, soit 95,35 %. consulter la source

Questione Giustizia, n° 2, 2017, « Obiettivo 2. Beni comuni », sur les travaux de la commission Rodotà : « le cose che esprimono utilità funzionali all’esercizio dei diritti fondamentali nonché al libero sviluppo della persona » (les choses dont l’utilité sert l’exercice des droits fondamentaux et le libre développement de la personne ; notre traduction). consulter la source

Assemblée nationale, commission des finances, audition sur le rapport de la Cour des comptes relatif à la privatisation des aéroports de Toulouse, Nice et Lyon : les critères de recevabilité des candidatures « étaient limités à leur capacité financière sans prendre en compte leur expérience dans le domaine ». consulter la source

Eau de Paris, dossier de presse « Baisse du prix de l’eau », mars 2011 : « Lors de la reprise en gestion publique du service de l’eau, au 1er janvier 2010 » ; « une baisse de prix de l’eau potable de 8% ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre VI, article 7-1 : « Aucun bien commun ne peut être cédé, ni son contrôle transféré, à une personne privée ou à une puissance étrangère, sans que le peuple y ait consenti ». consulter la source

Version 1 du 25 octobre 2026 : première publication.

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