« Le peuple a voté, il a eu ce qu’il voulait »

On vous dit :

« Les Français ont élu leur Président et leurs députés au suffrage universel. Le peuple a voté, il a eu ce qu’il voulait. Votre discours sur la « dépossession », c’est la rancœur de ceux qui ne gagnent pas les élections. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Le soir de sa réélection, en 2022, le Président l’a reconnu lui-même : beaucoup avaient voté pour lui « non pour soutenir les idées que je porte, mais pour faire barrage ». Selon Ipsos, c’était le cas de 42 % de ses électeurs. Moins d’un an plus tard, la réforme des retraites, rejetée par 64 % des Français selon Ipsos, était adoptée à l’Assemblée sans vote sur le texte.

Qui peut dire que le peuple a eu ce qu’il voulait ? Il a choisi des personnes ; il n’a jamais voté sur les décisions. Élire, c’est signer un chèque en blanc pour 5 ans ; voter sur une question, c’est décider.

Nous ne contestons aucune élection : nous demandons qu’après l’élection, le peuple garde le dernier mot.

Sources : Emmanuel Macron · Public Sénat · Ipsos · Sénat. Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

Une élection répond à une seule question : qui ? Elle ne dit rien du quoi.

On choisit un nom pour un programme de centaines de mesures, souvent par rejet de l’autre candidat, puis l’élu est juridiquement délié de ses promesses : « Tout mandat impératif est nul », dit l’article 27 de la Constitution de 1958.

Rousseau avait décrit ce mécanisme : le peuple anglais « pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien ».

2022 en offre une illustration reconnue par l’intéressé. Le 24 avril 2022, au soir de sa réélection, Emmanuel Macron reconnaît que nombre de ses électeurs ont voté pour lui « non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite ».

L’enquête Ipsos-Sopra Steria réalisée du 21 au 23 avril auprès de 4 000 inscrits l’avait mesuré : 42 % de ses électeurs votaient d’abord pour faire barrage, et 46 % des électeurs de Marine Le Pen votaient d’abord contre Emmanuel Macron.

Près de la moitié de chaque camp votait contre, et non pour.

La suite l’a confirmé. En février 2023, 64 % des Français s’opposaient au projet de réforme des retraites (Ipsos).

Le texte a été adopté à l’Assemblée par l’article 49, alinéa 3, sans vote sur le texte, la motion de censure échouant à 9 voix près le 20 mars 2023. C’est légal ; ce n’est pas la décision du peuple.

On pourrait citer d’autres épisodes, de sens politique opposé : en 2005, le non au traité constitutionnel européen, puis la ratification du traité de Lisbonne par la voie parlementaire en 2008 ; la promesse faite à la Convention citoyenne pour le climat de soumettre ses propositions « sans filtre ».

La Constitution d’urgence renverse l’ordre. Son Titre I, article 5, pose la « primauté du vote sur l’élection » : la souveraineté « s’exerce d’abord par le vote sur les idées, les projets, les budgets et les orientations, avant de s’exercer sur le choix des personnes ».

Le référendum abrogatoire permet d’annuler une loi précise sans attendre 5 ans (Titre I, article 6), et le programme d’un délégué lui devient opposable (Titre III, article 5). L’élection demeure ; elle cesse d’être un chèque en blanc.

Les relances probables

« La mesure figurait dans son programme : les électeurs savaient. »

Un programme contient des centaines de mesures, et 42 % de ses électeurs du second tour déclaraient voter d’abord pour faire barrage. Voter pour un paquet n’est pas approuver chaque mesure. La seule manière de savoir ce que veut le peuple sur une mesure, c’est de la lui soumettre.

« Vous êtes de mauvais perdants. »

Le #PIC n’a perdu aucune élection, et il ne conteste la légitimité d’aucun élu. Il demande une règle valable pour tous les vainqueurs, y compris lui-même : après l’élection, le peuple garde le dernier mot.

« Le peuple sanctionnera aux élections suivantes. »

5 ans plus tard, sur un nouveau paquet, quand la décision s’applique depuis longtemps. Le référendum abrogatoire permet de corriger une mesure précise, au moment où elle compte.

« Mais vous aussi, vous demandez aux gens d’élire votre candidat. »

Oui : une dernière fois, pour un candidat qui, entouré des 6 autres membres des Sept, s’engage seul devant notaire à soumettre la Constitution d’urgence au référendum, avec le même jour une question distincte sur la sortie des traités européens, et à démissionner si le peuple refuse la Constitution. C’est une élection qui rend la décision au lieu de la garder.

« Si les Français tenaient vraiment à leurs acquis, ils voteraient pour ceux qui les défendent. »

Ils ont voté ; mais ce qu’une majorité parlementaire a fait, la suivante peut le défaire : une loi ne protège jamais contre une autre loi. Seul le niveau constitutionnel met une règle hors de portée d’une majorité de passage, et notre Constitution d’urgence exige que toute révision soit « approuvée par le peuple » (Constitution d’urgence, Titre XVIII, article 1). Cela vaut dans les deux sens, quelle que soit la cause défendue : ce que le peuple a verrouillé, lui seul peut le déverrouiller.

Les pièges à éviter

  • Ne contestez jamais la légitimité d’une élection ni d’un président (« président illégitime ») : c’est la phrase qu’on encadrera, et elle est fausse en droit.
  • Ne qualifiez pas le 49.3 d’illégal ou de « coup de force » : il est constitutionnel, et le Conseil constitutionnel a validé l’essentiel de la loi (décision n° 2023-849 DC). Dites « sans vote sur le texte ».
  • Le chiffre de 42 % porte sur les électeurs d’Emmanuel Macron au second tour, pas sur l’ensemble des Français.
  • Le #PIC est transpartisan : ne réduisez pas l’argument à la réforme des retraites, qui divise vos propres sympathisants. Présentez-la comme un exemple de méthode, et citez aussi des exemples qui heurtent d’autres sensibilités.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Emmanuel Macron, discours du 24 avril 2022 au Champ-de-Mars, cité dans le compte rendu de la question au Gouvernement n° 202 (XVIᵉ législature), Assemblée nationale : « non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à celles de l’extrême droite ». consulter la source

Public Sénat, « Sondage : 42 % des électeurs d’Emmanuel Macron ont d’abord voté pour faire barrage à Marine Le Pen », 24 avril 2022 (enquête Ipsos-Sopra Steria, 21-23 avril 2022, quatre mille inscrits) : « ils étaient 42 % à vouloir voter pour lui afin de faire barrage à Marine Le Pen. Parmi les électeurs de la présidente du Rassemblement national, 46 % voulaient d’abord « faire barrage à Emmanuel Macron » ». consulter la source

Ipsos, « L’opposition au projet de réforme des retraites se renforce », 2 février 2023 : « Ce sont désormais près des deux tiers des Français (64%, +3 points) qui s’opposent au projet de réforme des retraites proposé par le gouvernement. ». consulter la source

Sénat, dossier législatif du projet de loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023 (loi n° 2023-270 du 14 avril 2023) : « Texte n° 91 adopté définitivement par l’Assemblée nationale le 20 mars 2023 » ; « Décision du Conseil constitutionnel n° 2023-849 DC du 14 avril 2023 (partiellement conforme) ». consulter la source

LCP, 20 mars 2023 : « la première motion, qui a recueilli 278 voix sur les 287 nécessaires pour faire tomber le gouvernement ». consulter la source

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762, livre III, chapitre XV (Wikisource) : « Le peuple Anglois pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. ». consulter la source

Site officiel de la Convention citoyenne pour le climat : « Le Président de la République s’est engagé à ce que ces propositions législatives et réglementaires soient soumises “sans filtre” soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 5 : « La souveraineté s’exerce d’abord par le vote sur les idées, les projets, les budgets et les orientations, avant de s’exercer sur le choix des personnes appelées à les mettre en œuvre. ». consulter la source

Version 1.4 du 5 octobre 2026 : encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 : encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 27 septembre 2026 : citation du discours du 24 avril 2022 ramenée au passage attesté par toutes les transcriptions, avec sa source parlementaire ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1.1 du 25 septembre 2026 : ajout de relances, de références et de développements tirés des cailloux blancs et des directs, vérifiés. Version 1 du 25 septembre 2026 : première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La démocratie (le mot-alibi du Pouvoir) · L’aristocratie élective · L’architecture de capture systémique · L’état « agentique »

Le mot juste, dans l’Abécédaire : Les deux mandats · La souveraineté populaire contre la souveraineté nationale

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