Lexique du Pouvoir · Le populisme

Le populisme Le mot a 2 vies, et le pouvoir n’en raconte qu’une. La première commence dans les plaines américaines.

En 1892, des fermiers endettés, étranglés par les compagnies de chemin de fer et les banques, fondent le People’s Party, que la presse baptise aussitôt « parti populiste ».

Leur programme, adopté à Omaha le 4 juillet 1892, réclame l’impôt progressif sur le revenu, l’élection directe des sénateurs, la propriété publique des chemins de fer ; leur candidat, James Weaver, dépasse le million de voix.

L’historien Lawrence Goodwyn a raconté ce « moment populiste » comme une école de démocratie par la base (Democratic Promise, 1976). La seconde vie est celle de l’injure.

Dans la bouche des gouvernants, « populiste » ne décrit plus, il excommunie : le 21 juin 2018, à Quimper, Emmanuel Macron dit voir monter « comme une lèpre, un peu partout en Europe » les forces que la presse range sous ce mot.

Jacques Rancière a démonté le procédé dès 2005 : « Populisme est le nom commode sous lequel se dissimule la contradiction exacerbée entre légitimité populaire et légitimité savante » (La Haine de la démocratie).

Annie Collovald a montré en 2004 que l’étiquette plaquée sur le Front national, sous couvert d’analyse, faisait des classes populaires elles-mêmes un danger pour la démocratie, et Thomas Frank (The People, No, 2020) lit l’antipopulisme comme la vieille méfiance des élites envers le peuple.

Ernesto Laclau et Chantal Mouffe y voient même la logique ordinaire du conflit démocratique : construire un « peuple » face à une oligarchie. D’où la dissonance : le même mot désigne l’aspiration du peuple au pouvoir et l’épouvantail qu’on agite pour l’en tenir éloigné.

Le #PIC assume le sens premier : être pour le peuple, c’est être populiste, et il ne voit pas de quoi il devrait s’excuser. Il retient pourtant l’objection sérieuse, celle de Jan-Werner Müller : le populiste dangereux prétend incarner à lui seul le « vrai » peuple et supprime le pluralisme en son nom.

Or le démagogue parle à la place du peuple ; le #PIC veut que le peuple parle lui-même.

C’est pourquoi son Protocole lui interdit tout programme (titre I, article 6) et que sa Constitution remet la décision aux citoyens par le référendum d’initiative citoyenne en toutes matières (titre I, article 6).

Un populisme sans chef providentiel et sans programme : pour ses adversaires, c’est sans doute la version la plus inquiétante.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Juger, ce n’est pas au peuple : il rétablirait la peine de mort », « Vous êtes des populistes », « En refusant le cordon sanitaire, vous légitimez les extrêmes », « Vous nourrissez la défiance qui fait le lit des extrêmes », « Votre volonté générale, c’est Rousseau, Robespierre et la Terreur ».

Pour aller plus loin

Le mot a été un programme avant d’être un diagnostic, et un diagnostic avant d’être une injure.

Le programme est celui d’Omaha : le 4 juillet 1892, le People’s Party déclare vouloir « rendre le gouvernement de la République aux mains des “gens ordinaires”, la classe dont il est issu » (notre traduction), et pose l’alternative sans fard : ou bien « les compagnies de chemin de fer posséderont le peuple, ou bien le peuple devra posséder les chemins de fer » (notre traduction).

Le diagnostic vient 60 ans plus tard. Dans The Age of Reform (1955), Richard Hofstadter relit ces fermiers comme des nostalgiques inquiets, tentés par la xénophobie ; le populisme cesse d’être une cause pour devenir un symptôme, et c’est contre cette lecture que Lawrence Goodwyn écrira en 1976.

Entre les deux, les 20 et 21 mai 1967, la London School of Economics réunit historiens et politistes pour « définir le populisme ».

Isaiah Berlin les met en garde contre un « complexe de Cendrillon » : croire qu’« il existe une chaussure, le mot “populisme”, pour laquelle il doit bien exister quelque part un pied » (notre traduction). Le prince cherche encore.

En France, l’injure a une date de naissance savante. En 1984, dans la revue Mots, Pierre-André Taguieff analyse « la rhétorique du national-populisme » pour décrire la propagande du Front national.

L’outil était d’analyse ; il est devenu d’usage, puis d’excommunication, et il a fini par déborder sa cible. Le 29 mai 2005, le Conseil constitutionnel proclame que le traité établissant une Constitution pour l’Europe a recueilli 12 808 270 « oui » et 15 449 508 « non ».

Le vote fut mis au compte du populisme ; la substance du texte revint par le traité de Lisbonne, ratifié par la voie parlementaire après la révision constitutionnelle adoptée par le Congrès en février 2008.

On voit ici le mécanisme que Jacques Rancière a démonté dans La Haine de la démocratie (2005) : le mot ne qualifie pas une doctrine, il disqualifie un résultat.

C’est la version polie du vieux reproche fait au peuple de ne pas avoir compris la question, et elle dispense d’examiner s’il avait compris la réponse.

L’objection sérieuse doit pourtant être exposée dans toute sa force.

Pour Jan-Werner Müller (Qu’est-ce que le populisme ?, 2016), le populiste se reconnaît moins à sa critique des élites qu’à cette prétention : « Nous sommes les seuls, disent-ils, à représenter le peuple véritable. »

Qui prétend incarner seul le peuple fait de ses adversaires des traîtres, et de l’opposition une anomalie ; l’antipluralisme est alors le cœur du phénomène, non son excès. Le critère est juste, et nous le retenons.

Mais il frappe celui qui parle au nom du peuple, non le peuple qui parle ; et il atteint aussi, par symétrie, ceux qui l’emploient.

Le technocrate qui affirme qu’il n’y a qu’une politique possible prétend lui aussi détenir seul la vérité du bien commun ; il remplace le « vrai peuple » par la « seule politique raisonnable », et l’opposant par l’ignorant.

L’antipluralisme n’est pas le monopole de la rue : il a aussi ses salons (voir le technocratisme).

Il faut dire les limites de la notion, y compris pour nous. Berlin avait raison : un mot qui couvre à la fois les fermiers du Kansas, le péronisme, Podemos et les droites nationales européennes ne décrit plus rien avec précision.

Le #PIC ne prétend donc pas en fournir la bonne définition ; il assume un sens, être pour le peuple, et récuse un usage, celui qui sert à clore le débat. Surtout, le critère de Müller s’applique à lui.

La méta-candidature place un seul nom sur le bulletin, et c’est exactement la figure que redoute la science politique : un homme qui dit parler pour tous.

La réponse ne tient pas dans une profession de foi, mais dans un engagement vérifiable : le candidat constitutionnel s’engage devant notaire, avant le scrutin, à soumettre la Constitution d’urgence au référendum sans délai, dès son entrée en fonctions et au plus tard dans les 8 jours, avec le même jour une question distincte sur la sortie des traités européens, et à rendre le pouvoir en cas de rejet de la Constitution ; adoptée, elle fait de lui l’un des Sept, à égalité.

C’est une hypothèse, que seul l’acte confirmera ; elle a le mérite d’être falsifiable, ce qui n’est pas le cas des promesses ordinaires.

Reste ce que l’objection change au texte. Le populisme redouté supprime la contradiction ; la Constitution d’urgence l’impose.

Son Titre V, article 5 garantit le pluralisme « non par la multiplicité des sources, mais par la présence de la contradiction au sein de chacune », et son noyau intangible interdit au peuple lui-même d’abolir sa propre souveraineté : aucune majorité, fût-elle écrasante, ne peut voter la fin du vote.

Le démagogue veut un peuple unanime derrière lui ; le #PIC organise un peuple divisé qui tranche lui-même, par oui ou par non, question après question. Qu’on l’appelle encore populiste, soit : l’Autodéfense répond à l’accusation.

Mais que l’on dise alors lequel des deux populismes on vise, celui d’Omaha ou celui que décrit Müller ; ceux qui manient le mot comptent précisément sur la confusion.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

People’s Party, Omaha Platform, convention nationale d’Omaha, 4 juillet 1892 (texte sur Wikisource) : « we seek to restore the government of the Republic to the hands of “the plain people,” with which class it originated » (nous cherchons à rendre le gouvernement de la République aux mains des « gens ordinaires », la classe dont il est issu ; notre traduction) ; « the railroad corporations will either own the people or the people must own the railroads » (les compagnies de chemin de fer posséderont le peuple, ou bien le peuple devra posséder les chemins de fer ; notre traduction). consulter la source

Isaiah Berlin, « To Define Populism », intervention à la conférence de la London School of Economics des 20 et 21 mai 1967 ; précis publié dans Government and Opposition, vol. 3, n° 2, 1968 ; transcription de l’Isaiah Berlin Virtual Library : « we must not suffer from a Cinderella complex, by which I mean the following: that there exists a shoe – the word ‘populism’ – for which somewhere there must exist a foot. There are all kinds of feet which it nearly fits, but we must not be trapped by these nearly-fitting feet. » (nous ne devons pas souffrir d’un complexe de Cendrillon, c’est-à-dire croire qu’il existe une chaussure, le mot « populisme », pour laquelle il doit bien exister quelque part un pied. Il y a toutes sortes de pieds auxquels elle va presque, mais nous ne devons pas nous laisser piéger par ces pieds qui y entrent presque ; notre traduction). consulter la source

Pierre-André Taguieff, « La rhétorique du national-populisme. Les règles élémentaires de la propagande xénophobe », Mots. Les langages du politique, n° 9, 1984, p. 113-139. L’article qui installe dans le vocabulaire savant français la catégorie de « national-populisme » à propos du Front national ; à lire pour comprendre d’où vient l’étiquette, et ce qu’elle désignait avant de tout désigner. consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 2005-38 REF du 1er juin 2005, proclamation des résultats du référendum du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe : « Electeurs inscrits : 41 789 202 Votants : 28 988 300 Suffrages exprimés : 28 257 778 OUI : 12 808 270 NON : 15 449 508 ». consulter la source

Jacques Rancière, La Haine de la démocratie, La Fabrique, 2005 (présentation de l’éditeur) : « Ces critiques contradictoires mais convergentes ont une cause commune : le caractère profondément scandaleux du “pouvoir du peuple”. ». consulter la source

Jan-Werner Müller, Qu’est-ce que le populisme ? Définir enfin la menace, trad. Frédéric Joly, Premier Parallèle, 2016 (formule mise en exergue par l’éditeur) : « Nous sommes les seuls, disent-ils, à représenter le peuple véritable. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre V, article 5 : « Le pluralisme de l’information est garanti non par la multiplicité des sources, mais par la présence de la contradiction au sein de chacune. ». consulter la source

Version 1 du 25 septembre 2026 : première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.

Vous commentez et notez cette entrée ci-dessous. Vos objections et vos exemples nourriront les versions suivantes.

Cliquez ici pour nous faire connaître votre niveau d'approbation
[Total: 0 Évaluation moyenne: 0]

Nommer le procédé, c’est déjà s’en déprendre.

Rejoindre le #PIC

Commentaires sur cette entrée

0 commentaire

Envoyer un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *