« L’abstention prouve que les gens ne veulent pas décider »

On vous dit :

« Plus de la moitié des électeurs ne se déplacent même plus pour les législatives, et vous voulez les faire voter au moins quatre fois par an ? L’abstention prouve que les gens ne veulent pas décider : ils veulent qu’on décide pour eux, et qu’on les laisse tranquilles. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Quand l’enjeu revient, les électeurs reviennent. En 2024, quand la dissolution a donné un vrai enjeu aux législatives, la participation a bondi de 47 % à 67 %. En 2005, sur une vraie question, près de 7 inscrits sur 10 ont voté.

L’abstention dit donc l’inverse de ce que vous lui faites dire : on ne se déplace plus quand son vote ne décide rien. Et les Français le disent : 79 % veulent un recours plus fréquent au référendum (CEVIPOF, janvier 2026). En Suisse, où l’on vote 3 à 4 dimanches par an, moins d’un citoyen sur 5 ne vote jamais : chacun vote quand la question le concerne.

L’abstention n’est pas le refus de décider ; c’est le refus de signer un chèque en blanc.

Sources : CEVIPOF · Résultats officiels des législatives 2022 · Résultats officiels des législatives 2024 · Référendum du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution… Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

L’abstention n’est pas une constante anthropologique, c’est une réponse à l’enjeu perçu.

Au premier tour des législatives de 2022, la participation était de 47,51 % ; au premier tour de celles de 2024, provoquées par une dissolution surprise, elle a atteint 66,71 %, soit 19 points de plus en 2 ans, avec un corps électoral comparable.

Le 29 mai 2005, pour un référendum sur un traité réputé technique, 69 % des inscrits se sont déplacés.

Le même peuple qui boude un scrutin sans conséquence se mobilise quand il sent que sa voix pèse. Notre stratégie le dit sans détour : « L’abstention est lucide, et parfaitement inutile : ils gouvernent très bien sans vous. »

La démocratie directe ne suppose pas que chacun vote sur tout. En Suisse, la participation à une votation isolée dépasse rarement la moitié des inscrits, et l’adversaire le sait.

Mais le politiste genevois Pascal Sciarini a montré, en suivant les mêmes électeurs sur 10 scrutins successifs, que moins de 20 % d’entre eux ne votent jamais : les autres votent au moins une fois, plusieurs fois, ou chaque fois.

C’est une participation sélective : on vote quand la question nous concerne ou nous intéresse. Le bon indicateur n’est donc pas le taux d’un dimanche, mais la part des citoyens qui prennent part, au fil de l’année, à au moins une décision.

Ce que veulent les Français est mesuré. Dans la dix-septième vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF (terrain de janvier 2026), 79 % sont favorables à un recours plus fréquent au référendum pour décider de lois ou de politiques importantes, 79 % à ce que les propositions d’une convention citoyenne soient soumises au référendum, et 72 % pensent que la démocratie fonctionnerait mieux si les citoyens étaient associés directement aux grandes décisions.

Et lorsque la procédure est dissuasive, des citoyens font l’effort quand même : 1 093 030 électeurs ont soutenu en 2019-2020 le référendum d’initiative partagée sur Aéroports de Paris, sur un site que le Conseil constitutionnel lui-même a jugé peu ergonomique, pour un référendum qui n’était même pas garanti.

La Constitution d’urgence ne demande pas au citoyen de vivre dans l’isoloir.

Les questions naissent des doléances de l’Agora, 7 777 citoyens tirés au sort (Titre II, article 8), qui les hiérarchisent, puis elles sont regroupées : le peuple se prononce lors des votations ordinaires, qui « ont lieu quatre fois par an, un dimanche » (Titre II, article 9).

Voter sur une question précise, dont la réponse a force de loi, n’a rien à voir avec l’élection d’un nom tous les 5 ans : c’est la différence entre élire et décider.

L’abstention n’est pas l’apathie, c’est une défection, et elle a une grammaire. En 1970, l’économiste Albert Hirschman distingue, dans Exit, Voice, and Loyalty (en français Défection et prise de parole), 2 réponses au déclin d’une organisation : partir ou protester.

Il en tire un avertissement : les membres les plus attachés à la qualité, qui seraient les agents « les plus actifs, les plus fiables et les plus créatifs » de la prise de parole, sont aussi ceux qui partent les premiers (notre traduction).

Appliquée au vote, la leçon est cruelle : l’institution qu’ils quittent ne se corrige pas, elle respire. L’abstention des plus exigeants soulage le système qu’ils condamnent ; notre travail est de transformer cette défection en parole, par un vote qui décide.

Les relances probables

« En Suisse aussi, la moitié des gens ne votent pas. »

C’est vrai pour chaque scrutin pris isolément. Mais sur 10 scrutins successifs, moins d’un Suisse sur cinq ne vote jamais. Ce n’est pas de l’indifférence, c’est une répartition du travail civique : on vote sur ce qui nous touche.

« Ce ne sont pas les institutions, c’est la paresse : les gens préfèrent leur canapé. »

Les mêmes gens ont fait bondir la participation de 19 points entre 2022 et 2024 quand ils ont senti un enjeu. On ne se lève pas le dimanche pour signer un chèque en blanc ; on se lève pour trancher.

« Donc ce sont les militants qui décideront à la place des abstentionnistes. »

C’est une objection sérieuse, et nous y répondons à part : chez nous, ce n’est pas la capacité de mobilisation qui ouvre le référendum, c’est un tirage au sort. Voir l’objection sur les minorités actives.

« Vous-mêmes, vous demandez aux gens d’aller voter pour un nom en 2027. »

Oui, une dernière fois, et c’est écrit : « Avril 2027 : votez une dernière fois pour un nom. Ensuite, décidez. » Nous utilisons la seule porte que le système ne peut pas fermer pour que la suite se décide par des votes sur des questions.

« Si l’abstention devient massive, leur pouvoir perdra toute légitimité. »

Rien dans le droit ne l’empêche de gouverner : il n’existe aucun quorum de participation à la présidentielle. Au premier tour des régionales de 2021, 66,72 % des inscrits se sont abstenus, et les conseils régionaux siègent normalement. Voyez notre riposte : « Pourquoi jouer leur jeu ? Le boycott des urnes délégitime le système ».

« En France, les abstentionnistes, ce sont toujours les mêmes. »

Non. Selon l’Insee, en 2022, 16 % seulement des inscrits n’ont voté à aucun des 4 tours de la présidentielle et des législatives ; 48 % ont voté par intermittence. L’abstention systématique est minoritaire : la plupart des Français choisissent quand voter, comme les Suisses.

« Votre Manifeste dit l’abstention “un immense service rendu au système”. »

Il décrit un effet, pas une faute : l’abstention ne coûte rien au pouvoir, puisqu’aucune élection n’est annulée faute de votants. Le même texte voit dans les abstentionnistes la catégorie « la plus à même d’adhérer à la démarche du PIC », et Notre stratégie juge l’abstention « lucide, et parfaitement inutile ». Voyez « Vous traitez les électeurs de bétail ».

Les pièges à éviter

  • Ne méprisez jamais les abstentionnistes. Notre Manifeste les décrit comme la catégorie « la plus à même d’adhérer à la démarche du PIC » : ce sont eux que nous voulons convaincre, pas humilier. Évitez à l’oral la formule du Manifeste sur l’abstentionnisme comme « immense service rendu au système ».
  • Ne promettez pas une participation massive à chaque votation : en Suisse, elle est souvent inférieure à la moitié des inscrits. Promettez que chacun pourra décider de ce qui le concerne.
  • Ne faites pas dire au CEVIPOF que 79 % des Français veulent « le RIC en toutes matières sans seuil » : la question porte sur « un recours plus fréquent au référendum ».
  • Ne confondez pas les chiffres : 52,49 % d’abstention au premier tour des législatives de 2022, 53,77 % au second.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

CEVIPOF (Sciences Po), Baromètre de la confiance politique, vague 17, terrain de janvier 2026, publié en février 2026, question q17v17 : « …à un recours plus fréquent au référendum pour décider de certaines lois ou politiques publiques importantes ? » : 79 % favorables ; « …à ce que les propositions issues d’une convention citoyenne soient ensuite soumises à un référendum ? » : 79 % favorables ». consulter la source

Idem, item « La démocratie fonctionnerait mieux en France si les citoyens étaient associés de manière directe (pétitions, tirage au sort) à toutes les grandes décisions politiques » : « 72 % d’accord ». consulter la source

Résultats officiels des législatives 2022 (ministère de l’Intérieur), consultés via le tableau de l’article Wikipédia, le site du ministère refusant l’accès automatisé : « Premier tour : participation 47,51 %, abstention 52,49 % ; second tour : abstention 53,77 % ». consulter la source

Résultats officiels des législatives 2024 (ministère de l’Intérieur), consultés via Wikipédia : « Premier tour : participation 66,71 % ». consulter la source

Référendum du 29 mai 2005 sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, résultats consultés via Wikipédia : « Participation 69,36 % ; non 54,68 % ». consulter la source

« Le citoyen suisse est un votant occasionnel », entretien avec Pascal Sciarini, Le Journal de l’Université de Genève, n° 153 (date de parution non indiquée sur la page, vraisemblablement 2019) : « on a pu montrer, en analysant dix scrutins successifs, que seuls moins de 20% des citoyens ne votent jamais. Les autres ont au moins voté une fois, plusieurs fois ou même chaque fois. ». consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 2019-1-8 RIP du 26 mars 2020 (Aéroports de Paris) : « la proposition de loi a recueilli le soutien de 1 093 030 électeurs inscrits sur les listes électorales » (seuil requis : 4 717 396) ». consulter la source

Conseil constitutionnel, décision n° 2019-1-9 RIP du 18 juin 2020, communiqué de presse : « certains électeurs susceptibles de soutenir une proposition de loi peuvent être découragés de le faire par l’exigence d’un nombre de soutiens à atteindre très élevé (environ 4,7 millions) ». consulter la source

#PIC, Notre stratégie, « La grève du vote » : « L’abstention est lucide, et parfaitement inutile : ils gouvernent très bien sans vous. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 9 : « Le peuple se prononce sur les questions parvenues à ce stade lors des votations ordinaires prévues au 1°. […] Les votations ordinaires ont lieu quatre fois par an, un dimanche, à des dates séparées de huit semaines au moins et de seize semaines au plus, fixées selon une règle générale que détermine la loi organique ; ces dates sont publiées un an au moins à l’avance […]. ». consulter la source

Albert O. Hirschman, Exit, Voice, and Loyalty, Harvard University Press, 1970 (trad. fr. Défection et prise de parole, Fayard, 1995), passage cité par Rajiv Sethi : « [Those] customers who care most about the quality of the product and who, therefore, are those who would be the most active, reliable, and creative agents of voice are for that very reason also those who are apparently likely to exit first in case of deterioration » (notre traduction : les clients les plus attachés à la qualité, qui seraient les agents les plus actifs, les plus fiables et les plus créatifs de la prise de parole, sont pour cette raison même ceux qui partiront probablement les premiers en cas de dégradation) ». consulter la source

Insee Première n° 1928, novembre 2022, « Élections présidentielle et législatives de 2022 : seul un tiers des électeurs a voté à tous les tours » : « En 2022, 16 % des électeurs inscrits pour les élections présidentielle et législatives n’ont voté à aucun tour de ces scrutins (abstention systématique), 36 % ont voté à tous les tours (vote systématique) et 48 % ont voté par intermittence. ». consulter la source

Version 1.4 du 5 octobre 2026 : encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.3 du 2 octobre 2026 : encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.2 du 27 septembre 2026 : ajout de relances vérifiées sur le vocabulaire de nos textes ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1.1 du 25 septembre 2026 : ajout de relances, de références et de développements tirés des cailloux blancs et des directs, vérifiés. Version 1 du 25 septembre 2026 : première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : L’économie de l’attention · L’état « agentique » · La néoténie civique · Les sondages · L’impuissance apprise · L’excès de démocratie · Le despotisme doux

Le mot juste, dans l’Abécédaire : La démocratie participative · La démocratie directe · L’assemblée citoyenne

Pour agir : les cinq marches de l’engagement · notre stratégie

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