Abécédaire · Le dividende citoyen

Le dividende citoyen Le dividende citoyen renverse la logique de l’aide. Il ne descend pas vers le citoyen comme une faveur : il lui revient comme un droit, parce que chacun est tenu pour copropriétaire du patrimoine commun — ressources naturelles, infrastructures, capital accumulé par les générations — et perçoit, comme un actionnaire, une part des revenus qu’il produit.

Versé à tous, également, sans condition ni contrepartie, il n’exige ni preuve de pauvreté ni contrôle ; il n’humilie pas, il honore.

Par ses modalités, il ressemble au revenu universel ; par son fondement, il en diffère : l’un relève d’une solidarité octroyée, l’autre d’une propriété due.

L’idée n’a rien d’une utopie : depuis 1982, l’Alaska verse chaque année à chacun de ses habitants sa part des revenus pétroliers.

Le #PIC étend le principe à l’ensemble du patrimoine commun, et y ajoute, les bonnes années, 80 % au moins des excédents budgétaires (Titre VI, article 7).

Il affronte aussi les objections : le financement, à articuler avec le plafond fiscal, et l’incitation au travail, sur laquelle les expérimentations de revenu de base tendent à rassurer, sans clore le débat.

Au fond, le dividende prolonge dans l’économie ce que la démocratie directe accomplit en politique : faire du citoyen non un obligé, mais un souverain et un propriétaire.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Vous n’avez pas de programme : c’est un chèque en blanc », « L’intelligence collective, c’est du socialisme », « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral ».

Pour aller plus loin

L’idée est plus ancienne que l’État-providence qu’elle prétend dépasser. En 1797, 2 pamphlets anglais se répondent.

Dans Agrarian Justice, Thomas Paine pose que la terre, « dans son état naturel non cultivé », était « la propriété commune du genre humain » (notre traduction) : tout propriétaire doit donc à la communauté une rente foncière, et cette rente alimentera un fonds qui versera 15 livres sterling à chacun, à 21 ans, « riche ou pauvre ».

Il précise le statut du versement : « ce n’est pas la charité mais un droit, non la largesse mais la justice, que je plaide » (notre traduction). La même année, Thomas Spence juge Paine trop timide.

Dans The Rights of Infants, il veut que les paroisses, redevenues propriétaires du sol, partagent le surplus des loyers « équitablement et également entre toutes les âmes vivantes de la paroisse » (notre traduction), sans distinguer le fermier riche du journalier.

Tout est déjà là : le fondement (une propriété commune), la forme (une part égale), et la querelle entre le capital qu’on dote une fois et le revenu qu’on verse toujours.

La meilleure objection vient d’un libéral, et elle est morale plutôt que comptable.

En 1988, dans une note de « The Priority of Right and Ideas of the Good », John Rawls écarte d’une phrase le revenu inconditionnel : « ceux qui surfent toute la journée au large de Malibu doivent trouver un moyen de subvenir à leurs besoins et n’auraient pas droit aux fonds publics » (notre traduction).

Payer sans contrepartie, ce serait laisser l’oisif vivre du travail des autres. Philippe Van Parijs lui répond en 1991 par un article au titre de défi, « Why Surfers Should Be Fed ». Le #PIC tranche autrement, par le fondement.

L’objection de réciprocité porte contre un revenu prélevé sur le travail d’autrui ; elle tombe contre un dividende tiré d’un bien possédé en commun.

Nul ne somme l’héritier d’un portefeuille d’actions de justifier ses coupons par ses heures ; le copropriétaire d’un patrimoine national n’a pas davantage à le faire. Quant à la crainte empirique, elle a été testée.

Damon Jones et Ioana Marinescu montrent en 2018 que le dividende de l’Alaska n’a eu aucun effet sur l’emploi et a accru le travail à temps partiel de 1,8 point ; l’expérience finlandaise de 2017-2018, menée sur 2 000 chômeurs, conclut à des effets sur l’emploi « mineurs au mieux » (notre traduction).

Ni paradis ni catastrophe : le travail ne s’effondre pas quand on cesse d’humilier ceux qui en cherchent.

2 cas datés disent où se loge la vraie difficulté. En France, la proposition de loi n° 1541, qui ne demandait qu’une expérimentation territoriale du revenu de base, est rejetée par l’Assemblée nationale le 31 janvier 2019, par l’adoption d’une motion de rejet préalable : on a refusé jusqu’au droit d’essayer.

En Alaska, le dividende versé depuis 1982 n’est pas inscrit dans la Constitution. L’article IX, section 15, adopté en 1976, protège le capital du fonds, mais ses revenus vont au budget général « sauf disposition contraire de la loi » (notre traduction).

En 2016, le gouverneur use de son veto budgétaire et ramène le chèque de 2 052 à 1 022 dollars ; la Cour suprême de l’État valide le procédé en août 2017.

La leçon est sèche : un dividende que la loi donne, la loi le reprend. Ce qui manquait à l’Alaska n’était pas l’argent, c’était un verrou.

La Constitution d’urgence pose ce verrou, et elle le pose 2 fois. Son article 7 du Titre VI fait du citoyen « le contributeur et l’actionnaire » de l’État et lui ouvre 2 sources.

La première est l’excédent budgétaire, dont 80 % au moins lui reviennent par un versement direct et égalitaire.

Elle tient de l’intéressement plutôt que du chèque, puisque les administrations publiques françaises n’ont plus connu d’excédent depuis 1974 ; mais elle donne à chacun un intérêt personnel et chiffré à la bonne gestion de la maison commune, ce qui en fait le complément naturel du plafond fiscal.

La seconde est celle de Paine et de l’Alaska : les revenus du patrimoine commun, « notamment ceux de ses ressources naturelles, de ses infrastructures et de ses participations », versés « chaque année, que l’exercice se solde ou non par un excédent ».

Là où l’Alaska laissait la loi disposer des revenus de son fonds, le versement annuel devient une obligation constitutionnelle.

L’hypothèse reste pourtant à éprouver sur un point précis : les conditions et les proportions sont renvoyées à la loi organique, et une proportion que la loi fixe, la loi peut la réduire.

Le verrou vaudra ce que vaudra ce curseur, et le fonds souverain citoyen, qui capitalise le patrimoine au lieu de le consommer, ce que vaudra sa gestion.

Reste la limite que les partisans taisent volontiers : un dividende égal ne corrige pas à lui seul les inégalités de patrimoine, et un montant modeste peut servir d’alibi au démantèlement des protections collectives.

Le #PIC l’a écrit dans son entrée sur le revenu de base : le dividende s’ajoute, il ne remplace pas. Le reste se jugera à l’usage.

Paine promettait la justice et non la charité ; il a fallu 2 siècles pour qu’un État verse le chèque, et une seule signature pour le couper de moitié.

Toute la différence entre une aumône et un droit tient dans la main qui peut la retirer.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Thomas Paine, Agrarian Justice, Philadelphie, R. Folwell pour Benjamin Franklin Bache, 1797 (Wikisource) : « It is not charity but a right—not bounty but justice, that I am pleading for. » (Ce n’est pas la charité mais un droit, non la largesse mais la justice, que je plaide ; notre traduction). consulter la source

Thomas Spence, The Rights of Infants, Londres, 1797 (texte en ligne, Marxists Internet Archive) : « we shall divide it fairly and equally among all the living souls in the parish » (nous le partagerons équitablement et également entre toutes les âmes vivantes de la paroisse ; notre traduction). consulter la source

Constitution de l’État d’Alaska, article IX, section 15 (en vigueur le 21 février 1977), dans Alaska Constitution and Statutes: The Alaska Permanent Fund, Alaska Permanent Fund Corporation, 2020 : « All income from the permanent fund shall be deposited in the general fund unless otherwise provided by law » (tous les revenus du fonds permanent sont versés au budget général, sauf disposition contraire de la loi ; notre traduction). consulter la source

Andrew Kitchenman, « Alaska Supreme Court upholds PFD cuts », KTOO / Alaska Public Media, 25 août 2017 : « Walker’s veto last year cut dividends from $2,052 to $1,022. » (Le veto de Walker l’an dernier a ramené les dividendes de 2 052 à 1 022 dollars ; notre traduction). consulter la source

Damon Jones et Ioana Marinescu, « The Labor Market Impacts of Universal and Permanent Cash Transfers: Evidence from the Alaska Permanent Fund », NBER Working Paper n° 24312, 2018 : « the dividend had no effect on employment, and increased part-time work by 1.8 percentage points (17%) » (le dividende n’a eu aucun effet sur l’emploi et a accru le travail à temps partiel de 1,8 point, soit 17 % ; notre traduction). consulter la source

Assemblée nationale, XVe législature, proposition de loi n° 1541 d’expérimentation territoriale visant à instaurer un revenu de base, déposée le 19 décembre 2018, rejetée en première lecture : Le dossier législatif complet : texte déposé, rapport de la commission des affaires sociales (23 janvier 2019) et rejet en séance, qui a fermé la porte à toute expérimentation départementale. consulter la source

Jouko Verho, Kari Hämäläinen et Ohto Kanninen, « Removing Welfare Traps: Employment Responses in the Finnish Basic Income Experiment », American Economic Journal: Economic Policy, vol. 14, n° 1, février 2022 : « replacing minimum unemployment benefits with a basic income of equal size has minor employment effects at best » (remplacer les allocations chômage minimales par un revenu de base de même montant n’a, au mieux, que des effets mineurs sur l’emploi ; notre traduction). consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre VI, article 7 : « Le dividende citoyen est également alimenté par les revenus du patrimoine commun de la Nation, notamment ceux de ses ressources naturelles, de ses infrastructures et de ses participations, dans les conditions et les proportions fixées par la loi organique ; il est versé chaque année, que l’exercice se solde ou non par un excédent. ». consulter la source

Version 1 du 24 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Correction du 26 septembre 2026 : l’entrée mentionne les deux sources du dividende que retient la Constitution. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.

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