La courbe de Laffer À 0 % d’imposition, l’État ne perçoit rien ; à 100 %, personne n’a plus intérêt à produire, et il ne perçoit rien non plus. Entre ces deux zéros existe donc un taux qui maximise la recette : c’est l’intuition, juste, de la courbe d’Arthur Laffer.
Le #PIC en retient le noyau de vérité : une fiscalité confiscatoire décourage l’activité, pousse à la fraude et à l’exil, tarit sa propre source — argument de plus pour un plafond fiscal raisonnable.
Mais la courbe ne dit pas où se situe son sommet. Or ceux qui la brandissent affirment toujours qu’on l’a dépassé, sans jamais le prouver : une pétition de principe déguisée en science; les études sérieuses le situent souvent bien plus haut.
Les grandes baisses d’impôts justifiées par Laffer, comme la « Reaganomics » des années 1980, n’ont généralement pas produit l’envolée des recettes promise ; elles ont surtout creusé les déficits et aggravé les inégalités.
La bonne leçon n’est donc pas « baissons les impôts des riches », mais « calibrons l’impôt, ni nul ni confiscatoire », en tranchant par l’étude des faits, non par la répétition d’un dogme.
Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral ».
Pour aller plus loin
Arthur Laffer n’a jamais prétendu avoir inventé sa courbe.
Dans un texte de 2004 pour la Heritage Foundation, il en attribue lui-même la paternité à Ibn Khaldoun, qui écrit dans la Muqaddima (1377) qu’« au début de la dynastie, l’impôt rapporte beaucoup à partir de faibles taux » et qu’« à la fin de la dynastie, il rapporte peu à partir de taux élevés » (notre traduction).
Jean-Baptiste Say, dans son Traité d’économie politique (1803, remanié jusqu’en 1841), rapporte l’adage des financiers selon lequel, en matière d’impôt, « deux et deux ne font pas quatre », et tranche : « Un impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte ».
La version moderne naît en décembre 1974, lors d’un dîner à Washington où Laffer aurait tracé la courbe sur une serviette devant le journaliste Jude Wanniski, Donald Rumsfeld et Dick Cheney.
Laffer s’amuse lui-même de la légende : le restaurant avait des serviettes en tissu, et sa mère lui avait appris à ne pas abîmer les belles choses.
C’est Wanniski qui la popularise sous le nom de son ami, notamment dans un article de 1978, et en fait l’étendard de l’économie de l’offre.
La meilleure défense de Laffer n’est pas celle de ses propagandistes, mais celle d’économistes prudents.
En 2004, Gregory Mankiw, qui présidait alors les conseillers économiques de George W. Bush, et Matthew Weinzierl calculent dans un modèle de croissance classique qu’à long terme, « la moitié d’une baisse de l’impôt sur le capital s’autofinance » (notre traduction), contre une part bien plus faible pour l’impôt sur le travail.
L’effet Laffer existe donc, et il est fort là où la base est mobile. Mais la même étude en montre la limite : une baisse qui ne se finance qu’à moitié fait toujours perdre de l’argent au Trésor ; on n’était pas au-delà du sommet.
Où est-il ? En 2011, Peter Diamond et Emmanuel Saez estiment le taux marginal optimal pour les plus hauts revenus à 73 %, avec une élasticité moyenne tirée de la littérature, soit bien au-dessus du taux américain de l’époque.
On peut contester leurs hypothèses ; on ne peut plus affirmer sans preuve que tout taux élevé est déjà contre-productif.
En France, la question a pris une forme juridique.
Le 29 décembre 2012, le Conseil constitutionnel censure la contribution exceptionnelle de 75 % sur les revenus d’activité au-delà d’un million d’euros, et rappelle le principe : l’exigence d’égalité devant les charges publiques « ne serait pas respectée si l’impôt revêtait un caractère confiscatoire ou faisait peser sur une catégorie de contribuables une charge excessive au regard de leurs facultés contributives ».
Dans la même décision, il juge excessifs des taux de 75,34 % sur certaines retraites chapeau et de 90,5 % sur les produits de placements anonymes.
Le gouvernement se replie sur une taxe de 50 % acquittée par les entreprises sur les rémunérations de plus d’un million d’euros versées en 2013 et 2014, qui ne sera pas reconduite.
Le droit français connaît donc un sommet de la courbe ; il le définit par la justice, non par le rendement.
Aux États-Unis, l’expérience a été conduite en grandeur réelle.
En 2012, le Kansas exonère d’impôt sur le revenu une large part des petites entreprises et baisse ses taux ; le gouverneur promet l’effet d’« une injection d’adrénaline dans le cœur de l’économie » (notre traduction), et Arthur Laffer, qui la soutenait, promet à l’État une « prospérité énorme » (notre traduction).
5 ans plus tard, après 2 dégradations de la note de l’État et un trou budgétaire de près de 900 millions de dollars, le parlement du Kansas, pourtant républicain, passe outre au veto du gouverneur et revient sur l’essentiel des baisses, en juin 2017.
Le verdict de l’économiste William Gale, de la Brookings Institution, est sans appel : une expérience propre, un résultat propre, « un échec fiscalement irresponsable » (notre traduction).
La « Reaganomics » avait connu le même reflux : la baisse de 1981 fut suivie dès 1982, avec la loi sur l’équité fiscale et la responsabilité budgétaire, de hausses correctrices.
Pour le #PIC, la leçon est double. La Constitution d’urgence fixe, dans l’article premier du Titre VI, un plafond de 15 % par assiette, dont sortent les cotisations qui ouvrent un droit propre à pension ou à allocation, et le soumet au peuple avec le texte.
Aucune estimation sérieuse ne situe le sommet de la courbe à ce niveau : ce plafond ne peut donc pas se réclamer de Laffer, et le prétendre serait commettre la pétition de principe que dénonce l’entrée.
Sa justification est ailleurs : borner un pouvoir de prélever qui, comme tout pouvoir, tend à s’étendre, rendre l’impôt lisible, et obliger à choisir la dépense.
Mais il faut en tirer la conséquence que Kansas enseigne : un plafond fiscal ne s’autofinance pas, il se finance, par des économies, par la fin des niches et par un frein à l’endettement qui interdit de reporter la facture, puisque le plafond de la dette ne peut être relevé que par le peuple.
Le niveau reste, lui, à l’épreuve des faits, et le peuple garde le droit de le corriger.
Références utiles
Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.
Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique, 1803 (texte d’une édition revue, mis en ligne par Librairal), livre III, chapitre IX : « C’est pour cela qu’un impôt ne rend jamais au fisc en proportion de l’extension qu’on lui donne ; d’où est né cet adage dans l’administration des finances, que deux et deux ne font pas quatre. Un impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte ». consulter la source
Arthur B. Laffer, The Laffer Curve: Past, Present, and Future, The Heritage Foundation, 1er juin 2004 (citant Ibn Khaldoun, Muqaddima, 1377) : « It should be known that at the beginning of the dynasty, taxation yields a large revenue from small assessments. At the end of the dynasty, taxation yields a small revenue from large assessments. » ; « My only question about Wanniski’s version of the story is that the restaurant used cloth napkins and my mother had raised me not to desecrate nice things. » (il faut savoir qu’au début de la dynastie, l’impôt rapporte beaucoup à partir de faibles taux ; à la fin de la dynastie, il rapporte peu à partir de taux élevés ; ma seule réserve sur la version de Wanniski est que le restaurant avait des serviettes en tissu, et que ma mère m’avait appris à ne pas abîmer les belles choses ; notre traduction). consulter la source
N. Gregory Mankiw et Matthew Weinzierl, Dynamic Scoring: A Back-of-the-Envelope Guide, NBER Working Paper n° 11000, décembre 2004 (publié dans le Journal of Public Economics, 2006) : « The feedback is surprisingly large: for standard parameter values, half of a capital tax cut is self-financing. » (l’effet de retour est étonnamment important : pour des valeurs usuelles des paramètres, la moitié d’une baisse de l’impôt sur le capital s’autofinance ; notre traduction). consulter la source
Peter Diamond et Emmanuel Saez, « The Case for a Progressive Tax: From Basic Research to Policy Recommendations », Journal of Economic Perspectives, vol. 25, n° 4, automne 2011, p. 165-190 : « if e=.25, a mid-range estimate from the empirical literature » ; « 73 percent, substantially higher than the current 42.5 percent top US marginal tax rate (combining all taxes) » (si l’élasticité vaut 0,25, estimation médiane de la littérature empirique, le taux optimal atteint 73 %, nettement au-dessus du taux marginal supérieur américain actuel de 42,5 %, tous impôts confondus ; notre traduction). consulter la source
Conseil constitutionnel, décision n° 2012-662 DC du 29 décembre 2012, loi de finances pour 2013 : « cette exigence ne serait pas respectée si l’impôt revêtait un caractère confiscatoire ou faisait peser sur une catégorie de contribuables une charge excessive au regard de leurs facultés contributives ». consulter la source
« Kansas Lawmakers Reverse Governor’s Massive Tax Cuts », All Things Considered, NPR, 7 juin 2017 (transcription) : « Both the House and Senate voted to override a veto from Gov. Sam Brownback and roll back many of the 2012 tax cuts that were a model for conservatives across the country. » ; « This is like shooting adrenaline into the heart of growing the economy. » (la Chambre et le Sénat ont voté pour passer outre au veto du gouverneur Sam Brownback et revenir sur une grande partie des baisses d’impôts de 2012, qui servaient de modèle aux conservateurs dans tout le pays ; c’est comme injecter de l’adrénaline dans le cœur de l’économie en croissance ; notre traduction). consulter la source
William G. Gale, « What congressional tax cutters can learn from Kansas », Brookings Institution, 29 novembre 2017 : « In short, this clean experiment produced a clean result: The tax cuts were a fiscally irresponsible failure. » (en bref, cette expérience propre a produit un résultat propre : les baisses d’impôts ont été un échec fiscalement irresponsable ; notre traduction). consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre VI, article premier : « Aucun prélèvement obligatoire, quelle qu’en soit la nature, la dénomination ou l’affectation, ne peut excéder quinze pour cent de son assiette. ». consulter la source
Version 1 du 24 septembre 2026 — première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.
La riposte, dans l’Autodéfense : « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral »
Ce que nous instituons : Constitution, titre VI, art. 1 : le plafond fiscal universel
Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : La propagande
Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique
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