« Ça marche en Suisse ou dans un quartier, pas dans un grand pays »

On vous dit :

« La démocratie directe, ça marche à Athènes, dans un canton suisse ou pour le budget d’un quartier. Pas dans un pays de soixante-huit millions d’habitants. Madison l’avait compris dès 1787 : au-delà d’une petite cité, il faut des représentants. Votre modèle ne change pas d’échelle. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Personne ne propose de réunir le pays dans un stade. Madison avait raison pour 1787 : il définissait la démocratie pure comme une société de citoyens « qui s’assemblent et administrent le gouvernement en personne ». Depuis, 2 outils ont réglé l’échelle.

Le bulletin, d’abord : la France a déjà voté 10 fois par référendum depuis 1958. L’échantillon tiré au sort, ensuite : 7 777 citoyens, c’est un sondage géant, dont la marge d’erreur statistique est d’environ un point. En 2007, 362 Européens tirés au sort dans 27 pays ont délibéré ensemble à Bruxelles, en 23 langues.

Chez nous, l’échantillon délibère et prépare ; le peuple entier tranche.

Sources : James Madison · Conseil constitutionnel · Stanford Deliberative Democracy Lab · Calcul de marge d’erreur — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

L’objection a un auteur. Dans le Fédéraliste n° 10, en 1787, James Madison oppose la « démocratie pure », une petite société de citoyens qui se réunissent et gouvernent en personne, à la république, où le gouvernement est délégué « à un petit nombre de citoyens élus par les autres » et peut s’étendre sur « un plus grand nombre de citoyens » et un territoire plus vaste.

Son argument était en partie matériel : on ne réunit pas 13 États sur une agora. Il reste juste. Mais il ne vise pas ce que nous proposons, puisque personne, chez nous, ne se déplace pour gouverner en personne.

Le vote d’un peuple entier sur une question précise ne pose aucun problème d’échelle : la France l’a fait 10 fois depuis le référendum constitutionnel du 28 septembre 1958, la dernière en 2005.

Le problème d’échelle ne concerne que la délibération, et il a trouvé sa solution au XXe siècle avec l’échantillonnage aléatoire.

Un échantillon tiré au hasard est représentatif quelle que soit la taille de la population : pour un tirage de 7 777 personnes, la marge d’erreur sur une proportion est d’environ plus ou moins 1,1 point, à 95 % de confiance.

Aucune assemblée élue n’est aussi fidèle au pays.

Cet échantillon peut délibérer à très grande échelle.

En octobre 2007, le premier sondage délibératif européen, Tomorrow’s Europe, a réuni au Parlement européen 362 citoyens tirés au sort dans les 27 États membres, qui ont discuté un week-end dans 23 langues avec interprétation simultanée.

En Irlande, 99 citoyens tirés au sort ont préparé pour tout le pays la réforme constitutionnelle sur l’avortement, que le peuple a ensuite approuvée à 66,4 %.

En France, 150 citoyens ont travaillé pour tout le territoire à la Convention citoyenne pour le climat.

Enfin, tout ne se décide pas à Paris. Robert Dahl et Edward Tufte l’ont montré dans Size and Democracy (1973) : il n’existe pas de taille idéale unique, les petites unités favorisent la participation, les grandes la capacité d’agir.

D’où la subsidiarité ascendante : toute compétence appartient à l’échelon le plus proche du citoyen capable de l’exercer, et ne remonte que si cet échelon ne peut manifestement l’assumer (Constitution d’urgence, Titre VII, article 1).

L’échelle nationale n’est pas un obstacle à la démocratie directe ; elle en est un niveau parmi d’autres.

Les relances probables

« Un échantillon, ce n’est pas le peuple. »

C’est pourquoi il ne décide pas à sa place. L’Agora fait remonter les sujets, les Formulateurs préparent les questions ; le vote, lui, revient au peuple entier (Constitution d’urgence, Titre II, article 9).

« La Suisse, c’est neuf millions d’habitants et une culture du consensus. »

La taille ne change rien à la mécanique du vote : un bulletin se dépouille aussi bien à Marseille qu’à Berne. Quant à la culture du compromis, elle ne tombe pas du ciel : elle s’apprend aussi par l’usage, et les Suisses votent sur leurs lois depuis plus d’un siècle.

« Plus le pays est grand, plus les sujets sont complexes. »

La complexité ne dépend pas du nombre d’habitants, mais du dossier. Et un dossier complexe se tranche mieux entre des options que des experts contradictoires ont exposées : c’est l’objet d’une autre page de l’Autodéfense, « Budget, nucléaire, géopolitique : c’est trop complexe pour le peuple ».

Les pièges à éviter

  • Ne dites pas que les 7 777 « représentent » le peuple au sens électoral : ils en sont un échantillon, et ils ne votent pas les lois à sa place.
  • La marge d’un point suppose un tirage réellement aléatoire ; les refus de siéger biaisent l’échantillon. Dites « environ », jamais « exactement », et reconnaissez qu’il faudra corriger ces biais (indemnisation, stratification).
  • Ne présentez pas Tomorrow’s Europe comme une institution : c’était une expérience d’un week-end.
  • Ne ressortez pas l’argument de l’Oregon comme preuve d’échelle : l’État compte environ 4 millions d’habitants, et l’adversaire le sait.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

James Madison, The Federalist n° 10, 1787 (Avalon Project, Yale Law School) : « a society consisting of a small number of citizens, who assemble and administer the government in person » ; « The two great points of difference between a democracy and a republic are: first, the delegation of the government, in the latter, to a small number of citizens elected by the rest; secondly, the greater number of citizens, and greater sphere of country, over which the latter may be extended. » (notre traduction : « une société composée d’un petit nombre de citoyens qui s’assemblent et administrent le gouvernement en personne » ; « Les deux grandes différences entre une démocratie et une république sont, d’abord, la délégation du gouvernement, dans la seconde, à un petit nombre de citoyens élus par les autres ; ensuite, le plus grand nombre de citoyens et la plus grande étendue de territoire sur lesquels elle peut s’étendre. ») ». consulter la source

Conseil constitutionnel, « Tableau récapitulatif des référendums de la Ve République » : « Dix référendums : 28 septembre 1958, 8 janvier 1961, 8 avril 1962, 28 octobre 1962, 27 avril 1969, 23 avril 1972, 6 novembre 1988, 20 septembre 1992, 24 septembre 2000, 29 mai 2005. ». consulter la source

Stanford Deliberative Democracy Lab, « Tomorrow’s Europe — The First EU-Wide Deliberative Poll », octobre 2007 : « In October 2007, the first EU-wide, indeed the first transnational, Deliberative Poll® gathered a random sample of 362 citizens from all 27 EU member states to the European Parliament building in Brussels […] The deliberation, in a total of 23 languages, with simultaneous translation […] » (notre traduction : « En octobre 2007, le premier sondage délibératif à l’échelle de l’UE, et même le premier sondage délibératif transnational, a réuni au Parlement européen à Bruxelles un échantillon aléatoire de 362 citoyens des 27 États membres […] La délibération, en 23 langues au total, avec interprétation simultanée […] ») ». consulter la source

Calcul de marge d’erreur (calcul de la rédaction) : 1,96 × √(0,25 / 7 777) ≈ 0,011, soit ± 1,1 point à 95 % de confiance pour une proportion de 50 %, sous hypothèse de tirage aléatoire simple. consulter la source

Irlande, Citizens’ Assembly (2016-2018, 99 citoyens) et référendum du 25 mai 2018, 66,40 % de oui (références reprises des ripostes publiées « tirage-au-sort-incompetents » et « naifs-sans-experience »). consulter la source

Robert A. Dahl et Edward R. Tufte, Size and Democracy, Stanford University Press, 1973. consulter la source

Version 1.3 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.1 du 27 septembre 2026 — présentation d’une référence harmonisée ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le gigantisme · Les rendements décroissants de la complexité

Le mot juste, dans l’Abécédaire : La subsidiarité ascendante · Le fédéralisme et la confédération · La démocratie directe

Pour agir : l’Observatoire de la pensée démocratique

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