« Chacun sait reconnaître qui le surpasse : laissez-nous élire les meilleurs »

On vous dit :

« Il est très étrange de supposer que nous ne serions pas en mesure de déterminer qui nous surpasse, quand il s’agit au contraire du jugement le plus naturel et le plus facile à porter. Confiez une maison en ruines à restaurer à dix apprentis maçons, dix apprentis électriciens et dix apprentis plombiers, supposés honnêtes : un mois plus tard, chaque “confrérie” pourra désigner à l’unanimité le plus qualifié d’entre eux. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Votre exemple est juste, et il dit tout : des pairs du même métier, un mois de travail vu de près, un critère que chacun peut vérifier. Ce sont exactement les conditions que l’élection ne réunit jamais : près de 49 millions d’électeurs y choisissent des inconnus sur leur image, leurs promesses et l’argent de leur campagne.

Le #PIC reprend votre méthode là où elle marche : les 77 garants sont désignés par les citoyens, sans candidats ni campagne, sur leur seule réputation d’intégrité, et le sort corrige la notoriété. Et pour décider, le meilleur maçon conseille ; c’est le propriétaire qui dit ce que sera la maison.

Sources : Montesquieu · Bernard Manin · Todorov et al., Science, 2005 · Kruger et Dunning, 1999 · Balzac, Illusions perdues · Code de la santé publique · #PIC, Constitution d’urgence. Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

Ce que votre exemple démontre

Reprenons ses 4 conditions. Les apprentis sont des pairs : le maçon juge des maçons. Ils ont vu le travail, un mois durant, et non un discours. Le critère est commun et vérifiable : le mur est droit ou il ne l’est pas. Et le groupe est petit : 10 personnes, qui se connaissent, sans intermédiaire. Dans ces conditions, oui, chacun sait reconnaître qui le surpasse.

Une élection nationale n’en réunit aucune. Les électeurs ne sont pas les pairs des candidats ; ils n’ont jamais vu leur travail, seulement leur image ; le critère n’est ni commun ni vérifiable, chacun jugeant sur ce qu’il espère ; et le groupe compte près de 49 millions de personnes, que seuls les médias et l’argent des campagnes relient aux candidats. En 2005, des chercheurs de Princeton ont montré des paires de visages de candidats au Congrès américain à des inconnus, sans rien leur dire d’eux : le candidat jugé « le plus compétent » sur sa seule photo avait gagné 71,6 % des élections au Sénat et 66,8 % à la Chambre. On croit choisir le meilleur ; on choisit souvent le visage qui inspire confiance.

« Comprendre, c’est égaler » : d’où vient la maxime, et ce qu’elle dit

La formule n’est pas de Balzac : il la prête à Raphaël, dans Illusions perdues. Son contexte est une lecture de poésie dans un salon d’Angoulême. Lucien et son ami David, écrit Balzac, « donnaient aux gens du monde leur intelligence et leurs vertus » ; il faut avoir « bien expérimenté la vie avant de reconnaître que, suivant un beau mot de Raphaël, comprendre c’est égaler », et la phrase qui suit parle du « sens nécessaire à l’intelligence de la poésie », rare en France. La maxime ne dit donc pas qu’il faut être corrompu pour comprendre un corrompu ; elle dit qu’on mesure mal ce qu’on n’égale pas : le salon ne comprendra pas le poème.

La psychologie l’a mesuré. En 1999, Justin Kruger et David Dunning ont fait noter par des étudiants les copies de leurs camarades : les moins bons notaient moins juste que les meilleurs. « Compared with top-quartile performers, incompetent individuals were less able to recognize competence in others » (comparés aux meilleurs, les moins compétents étaient moins capables de reconnaître la compétence chez les autres). L’interprétation de l’effet qui porte leur nom se discute aujourd’hui ; ce résultat-là, mesuré sur la notation des copies, rejoint simplement le bon sens : on juge mieux ce qu’on connaît. C’est pourquoi l’exemple des apprentis marche, et pourquoi l’élection d’un président ne lui ressemble pas.

L’élection, principe aristocratique

Votre interlocuteur défend, sans le dire, une idée très ancienne et très respectable : celle d’une aristocratie élective, le gouvernement des meilleurs choisis par tous. Montesquieu l’avait nommée : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. » Le politiste Bernard Manin en a tiré, en 1995, un livre devenu classique : l’élection sélectionne des personnes distinguées, par leur fortune, leur talent ou leur notoriété, et c’est précisément ce que voulaient les fondateurs des gouvernements représentatifs. Le débat est légitime. Mais il porte sur le choix d’un régime, pas sur une évidence.

Le chirurgien, justement

S’il fallait égaler un chirurgien pour comprendre qu’une opération est nécessaire, objecte notre interlocuteur, il y aurait bien des morts. C’est vrai, et le droit français a tranché la question depuis longtemps, dans le sens inverse de celui qu’il croit : « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne » (Code de la santé publique, article L1111-4). Le chirurgien est plus compétent que son patient ; c’est le patient qui décide. L’expert éclaire, il ne tranche pas.

C’est très exactement notre modèle. Les Formulateurs auditionnent des experts contradictoires avant de rédiger chaque note citoyenne ; le peuple décide ensuite, informé. Et notre Constitution l’écrit en une phrase : « Le prestige attaché à une personnalité ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir » (Titre I, article 5).

Où le #PIC désigne des personnes, et comment

Le #PIC n’abolit pas l’élection : les 7 vice-présidents sont élus ensemble, au suffrage universel, pour un mandat unique de 7 ans (Titre II, article 2), sans hiérarchie entre eux (Titre II, article premier). Mais il lui retire ce qui en fait un concours de séduction : un chef unique, la réélection, et le dernier mot, qui revient au peuple.

Et pour les garants, il reprend presque mot pour mot la méthode des apprentis. Les 77 membres du Collège du Contrôle démocratique procèdent d’une « désignation par nomination citoyenne spontanée » : chaque électeur peut désigner une personne qu’il tient pour intègre, « sans que celle-ci se soit portée candidate » ; « Nul ne peut solliciter sa propre désignation, ni faire campagne pour l’obtenir » ; et un tirage au sort correctif départage le vivier, « afin que la réputation seule n’engendre pas un concours de notoriété ». Des pairs qui désignent les plus dignes, sans affiches ni candidats : c’est sa confrérie d’apprentis, à l’échelle d’un pays.

Les relances probables

« Alors vous êtes contre l’élection ? »

Non : nous la mettons à sa place, derrière le vote sur les idées. « La souveraineté s’exerce d’abord par le vote sur les idées […] avant de s’exercer sur le choix des personnes » (Titre I, article 5).

« Les experts savent mieux que le peuple. »

Ils savent mieux comment ; ils ne savent pas mieux ce que nous voulons. C’est pourquoi ils éclairent la décision sans la prendre, comme le chirurgien. Voyez « Les gens sont trop bêtes : 50 abrutis l’emporteront toujours sur 10 esprits éclairés ».

« Le tirage au sort donne le pouvoir à n’importe qui. »

Il donne la parole à tout le monde, et le pouvoir à personne seul. Voyez « Le tirage au sort, c’est confier le pays à des incompétents ».

« Vos 77 seront simplement les plus connus. »

C’est le risque que la Constitution nomme et corrige : le tirage au sort départage le vivier, « afin que la réputation seule n’engendre pas un concours de notoriété », et toute manœuvre pour se faire désigner exclut du vivier (Titre II, article 6).

Les pièges à éviter

  • Ne moquez pas l’exemple des apprentis : il est bon, et il plaide pour nous.
  • Ne dites pas que le peuple est incapable de reconnaître les meilleurs : dites que l’élection ne lui en donne pas les moyens.
  • Attribuez la maxime à Raphaël, cité par Balzac dans Illusions perdues ; jamais à Nietzsche, ni à Balzac lui-même.
  • N’abusez pas de l’effet Dunning-Kruger : son interprétation est discutée ; citez le résultat précis, pas la légende.
  • Ne dites pas que le #PIC supprime l’élection : les 7 vice-présidents sont élus.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Princeton University, « Candidates’ “face value” could influence voter behavior », 9 juin 2005, sur l’article d’Alexander Todorov, Anesu Mandisodza, Amir Goren et Crystal Hall, « Inferences of competence from faces predict election outcomes », Science, 10 juin 2005 : le candidat jugé le plus compétent sur sa seule photo avait gagné 71,6 % des élections sénatoriales (2000, 2002, 2004) et 66,8 % des élections à la Chambre (2002, 2004). consulter la source

Honoré de Balzac, Illusions perdues, première partie, « Les deux poètes » (texte du Projet Gutenberg) : « Comme la plupart des jeunes gens, ils donnaient aux gens du monde leur intelligence et leurs vertus. » ; « Il faut en effet avoir bien expérimenté la vie avant de reconnaître que, suivant un beau mot de Raphaël, comprendre c’est égaler. En général, le sens nécessaire à l’intelligence de la poésie est rare en France ». consulter la source

Justin Kruger et David Dunning, « Unskilled and unaware of it », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 77, n° 6, 1999, p. 1121-1134 : étude 3, p. 1127 : « Compared with top-quartile performers, incompetent individuals were less able to recognize competence in others ». consulter la source

Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748, livre II, chapitre 2 : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est de celle de l’aristocratie. ».

Bernard Manin, Principes du gouvernement représentatif, Calmann-Lévy, 1995 : l’élection comme principe de distinction : elle sélectionne des représentants jugés supérieurs à leurs électeurs.

Code de la santé publique, article L1111-4 (cité par l’AP-HP, direction des affaires juridiques) : « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne » ; « Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l’avoir informée des conséquences de ses choix. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 5 : « Le prestige attaché à une personnalité ne saurait fonder à lui seul une délégation de pouvoir. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, article 6 : « chaque électeur peut désigner une personne qu’il tient pour intègre et digne de cette charge, sans que celle-ci se soit portée candidate » ; « un tirage au sort correctif arrête la composition définitive des soixante-dix-sept, afin que la réputation seule n’engendre pas un concours de notoriété » ; « Nul ne peut solliciter sa propre désignation, ni faire campagne pour l’obtenir. ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre II, articles premier et 2 : « Aucune hiérarchie n’existe entre eux » ; « Les sept vice-présidents sont élus ensemble, au suffrage universel direct, pour un mandat unique de sept ans, non renouvelable. ». consulter la source

Version 1 du 23 octobre 2026 : première publication. Les versions antérieures de cette page seront accessibles ici dès la première modification.

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