Abécédaire · Le revenu de base et le dividende universel

Le revenu de base et le dividende universel Revenu minimum, revenu de base, revenu universel, dotation en capital, dividende : ces mots voisins désignent des projets très différents.

Pour les distinguer, quelques questions suffisent : le versement va-t-il à tous ou à certains, sous condition ou non, régulièrement ou une seule fois, et surtout au nom de quoi ? Sur ce dernier point passe la grande ligne de fracture.

D’un côté, la solidarité : la société doit à chacun de quoi vivre, et le versement est un droit social. De l’autre, la propriété commune : chacun touche sa part des revenus du patrimoine commun parce qu’il en est copropriétaire.

C’est la logique de Thomas Paine dès 1797, celle de l’Alaska, celle du #PIC. Le montant du chèque peut être identique ; la posture de celui qui le reçoit ne l’est pas.

Le #PIC déjoue aussi un piège : le revenu universel proposé pour remplacer l’assurance-maladie, le chômage et les retraites, cheval de Troie du démantèlement social. Son dividende s’ajoute aux protections collectives, il ne s’y substitue pas.

Le fondement et l’universalité sont fermes ; le montant, le financement et l’articulation avec les prestations existantes restent à délibérer.

Pour répondre à ceux qui vous l’objectent, voyez l’Autodéfense : « Le peuple votera toujours pour son porte-monnaie », « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral ».

Pour aller plus loin

Le revenu de base passe pour une idée de notre siècle numérique ; ses titres de propriété datent de la Révolution.

Pendant l’hiver 1795-1796, à Paris, Thomas Paine rédige Agrarian Justice, publié en 1797. Son point de départ est juridique : l’appropriation des terres a privé la majorité des hommes de leur « héritage naturel », et tout propriétaire doit donc à la communauté une « rente foncière » (notre traduction).

Il en tire un fonds national qui verserait à chacun 15 livres sterling à 21 ans, puis 10 livres par an à partir de 50 ans.

Et il refuse d’avance qu’on y voie une aumône : « ce n’est pas une charité mais un droit, pas une largesse mais une justice, que je plaide » (notre traduction).

La même année, Thomas Spence, dans The Rights of Infants, va plus loin : que chaque paroisse perçoive les loyers des terres et en partage le produit à égalité entre tous ses habitants.

Paine invente la dotation, Spence le dividende. Le fondement de propriété dont se réclame le #PIC a donc plus de 2 siècles ; il est plus ancien que l’État-providence qu’on l’accuse parfois de vouloir défaire.

Le piège que l’entrée désigne n’est pas un fantasme de militant : son principal architecte l’a énoncé lui-même.

Le 9 décembre 1966, devant un symposium national sur le revenu garanti réuni à Washington, Milton Friedman défend l’impôt négatif « en remplacement des programmes sociaux actuels » (notre traduction), et ajoute qu’il offre « une plateforme d’où lancer une attaque politique efficace contre les programmes existants jugés indésirables » (notre traduction).

La France en a connu la variante verbale : en septembre 2018, la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté annonce un « revenu universel d’activité » destiné à fusionner plusieurs prestations sous condition de ressources ; l’adjectif y désignait le contraire d’une universalité.

L’objection symétrique mérite la même loyauté : un versement qui s’ajoute aux protections sans rien remplacer coûte plus cher, et il faut bien que quelqu’un paie. Elle se tranche par le fondement retenu.

Un revenu de solidarité se finance par l’impôt et entre en concurrence avec les autres dépenses sociales ; un dividende se finance par un rendement, et n’entre en concurrence qu’avec l’usage que l’État ferait autrement de ce rendement.

Les faits ont commencé à répondre à la question du travail.

En Finlande, 2 000 chômeurs tirés au sort ont reçu en 2017 et 2018 560 euros par mois, sans condition ; le rapport final, publié en mai 2020, conclut à des effets faibles sur l’emploi et à un bien-être déclaré meilleur que celui du groupe témoin.

En Alaska, où chaque résident touche depuis 1982 un dividende du fonds pétrolier, les économistes Damon Jones et Ioana Marinescu concluent en 2022 qu’un transfert universel et permanent « ne diminue pas significativement l’emploi global » (notre traduction).

L’Alaska enseigne pourtant une seconde leçon, moins commode : le montant dépend de décisions politiques. Le dividende a atteint 3 284 dollars en 2022 ; il est retombé à 1 000 dollars en 2025. Un droit dont le législateur fixe à son gré la valeur reste un droit sous tutelle.

Reste à dire, sans complaisance, ce que la Constitution d’urgence garantit réellement. Son Titre VI, article 7 ne crée pas un revenu de base, mais un dividende à 2 sources.

La première est conjoncturelle : 80 % au moins de tout excédent budgétaire, restitués « par un versement direct et égalitaire ».

Or le dernier budget en excédent remonte à 1974, et l’Insee mesure pour 2025 un déficit public de 5,1 % du PIB ; cette source-là est aujourd’hui sèche.

La seconde est structurelle : les revenus du patrimoine commun, ressources naturelles, infrastructures, participations, qui alimentent un dividende « versé chaque année, que l’exercice se solde ou non par un excédent ».

C’est la logique de Spence et de l’Alaska, et celle du fonds souverain citoyen, inscrite dans le texte.

Mais l’Alaska a déjà montré où loge le risque : la part de ces revenus qui revient aux citoyens est fixée par la loi organique, « dans les conditions et les proportions » qu’elle détermine, et un législateur pressé pourra la réduire à la portion congrue.

Une seconde question, soulevée par des lecteurs dans les commentaires de l’article, attend la même loi organique : qui est citoyen au sens du dividende, et les résidents étrangers qui contribuent à la richesse nationale y ont-ils part ?

Le fondement est ferme ; le débit du robinet reste à écrire.

Pour le #PIC, l’enjeu dépasse le chèque. Le citoyen-actionnaire ne reçoit pas une aide : il perçoit ce qui lui revient, et acquiert du même coup un intérêt direct à la bonne gestion des communs. C’est Paine contre la charité.

C’est aussi la raison pour laquelle aucun montant ne doit être promis avant d’avoir été produit : un mouvement qui annoncerait un chiffre sans le fonds qui le paie commettrait exactement la faute qu’il reproche aux autres, promettre la récolte avant les semailles.

Références utiles

Les ouvrages, les études et les documents sur lesquels reposent cette entrée et sa démonstration, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et aller lire par vous-même.

Thomas Paine, Agrarian Justice, 1797 (texte intégral sur constitution.org) : « It is not charity but a right, not bounty but justice, that I am pleading for. » (ce n’est pas une charité mais un droit, pas une largesse mais une justice, que je plaide ; notre traduction). consulter la source

Milton Friedman, « The Case for the Negative Income Tax: A View from the Right », communication au National Symposium on Guaranteed Income, Washington, 9 décembre 1966 (archives Milton Friedman, Hoover Institution) : « I have supported the negative income tax as a substitute for present welfare programs » ; « it offers a platform from which an effective political attack can be launched on existing undesirable programs » (j’ai soutenu l’impôt négatif en remplacement des programmes sociaux actuels ; il offre une plateforme d’où lancer une attaque politique efficace contre les programmes existants jugés indésirables ; notre traduction). consulter la source

Ministère finlandais des Affaires sociales et de la Santé et Kela, communiqué du 6 mai 2020, « Results of the basic income experiment: small employment effects, better perceived economic security and mental wellbeing » : « All in all, the employment effects were small. » (au total, les effets sur l’emploi ont été faibles ; notre traduction). consulter la source

Damon Jones, Ioana Marinescu, « The Labor Market Impacts of Universal and Permanent Cash Transfers: Evidence from the Alaska Permanent Fund », American Economic Journal: Economic Policy, vol. 14, n° 2, mai 2022, p. 315-340 : « Overall, the results suggest that a universal and permanent cash transfer does not significantly decrease aggregate employment. » (dans l’ensemble, les résultats suggèrent qu’un transfert monétaire universel et permanent ne diminue pas significativement l’emploi global ; notre traduction). consulter la source

State of Alaska, Permanent Fund Dividend Division, « Summary of Dividend Applications & Payments » : le tableau officiel des montants versés chaque année depuis 1982 : 1 000 dollars en 1982, 3 284 dollars en 2022, 1 000 dollars en 2025. consulter la source

Insee, Informations rapides n° 78, 27 mars 2026 : « En 2025, le déficit public s’élève à 5,1 % du PIB, la dette publique à 115,6 % du PIB ». consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre VI, article 7 : « Lorsque l’exercice budgétaire se solde par un excédent, quatre-vingts pour cent au moins de cet excédent sont restitués aux citoyens, par un versement direct et égalitaire, au titre du dividende citoyen. Le dividende citoyen est également alimenté par les revenus du patrimoine commun de la Nation, notamment ceux de ses ressources naturelles, de ses infrastructures et de ses participations, dans les conditions et les proportions fixées par la loi organique ; il est versé chaque année, que l’exercice se solde ou non par un excédent. ». consulter la source

Version 1 du 24 septembre 2026 : première publication. Le 25 septembre 2026 : ajout de la démonstration « Pour aller plus loin » et des « Références utiles ». Les versions antérieures de cette entrée seront accessibles ici dès la première modification. Le 26 septembre 2026 : démonstration et références révisées et contre-vérifiées.

La riposte, dans l’Autodéfense : « Un plafond fiscal de quinze pour cent, c’est un programme ultralibéral » · « Le peuple votera toujours pour son porte-monnaie »

Ce que nous instituons : Constitution, titre VI, art. 7 : le statut du citoyen comme actionnaire de la Nation et le dividende citoyen

Le versant sombre, dans le Lexique du Pouvoir : La néoténie civique

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