On vous dit :
« À force de répéter que les institutions trahissent, que le système est capturé et que les médias manipulent, vous alimentez la défiance qui ronge la démocratie. Vous vivez de la colère que vous entretenez, et cette défiance finit toujours par profiter aux extrêmes. »
Voici ce que vous pouvez répondre
Le thermomètre ne fabrique pas la fièvre. Le CEVIPOF mesure la défiance chaque année depuis 2009 : en janvier 2026, 15 % des Français font confiance aux partis, 20 % à l’Assemblée nationale, et quand ils pensent à la politique, la méfiance et le dégoût viennent en tête. Nous ne la créons pas ; nous refusons qu’elle se perde en abstention ou en vote de colère.
L’historien Pierre Rosanvallon l’a montré : la défiance est un organe de la démocratie, une « contre-démocratie » de surveillance et d’empêchement, qui devient dangereuse quand elle ne sait plus rien fonder.
Le référendum d’initiative citoyenne ne demande pas de croire les élus sur parole : il rend le droit de corriger. C’est ainsi qu’on désarme les extrêmes, en donnant à la colère une issue qui décide.
Sources : CEVIPOF · Pierre Rosanvallon · Yann Algan et Pierre Cahuc · #PIC, Constitution d’urgence. Le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».
Pour aller plus loin
Les chiffres sont publics. Dans la dix-septième vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF (terrain de janvier 2026), 78 % des Français déclarent ne pas avoir confiance dans la politique ; 15 % font confiance aux partis, 17 % au gouvernement, 20 % à l’Assemblée nationale.
Quand on leur demande ce qu’ils éprouvent d’abord en pensant à la politique, la méfiance arrive en tête (37 %), devant le dégoût (26 %). Ce climat s’est installé bien avant la naissance du #PIC. L’accuser de le créer, c’est confondre le thermomètre et la fièvre.
La vraie question est de savoir ce que devient cette défiance.
La présentation de La Contre-Démocratie (2006), de Pierre Rosanvallon, la décrit comme un ensemble de « pratiques de surveillance, d’empêchement et de jugement au travers desquelles la société exerce des pouvoirs de correction et de pression ».
Elle en dit aussi le danger : « à trop valoriser les propriétés de contrôle et de résistance », elle « peut aussi faire le jeu du populisme et de l’« impolitique », entravant la formulation positive d’un monde commun ».
Nous faisons nôtre ce diagnostic : une défiance qui ne peut qu’empêcher finit en ressentiment ; une défiance qui peut proposer devient de la citoyenneté.
Les économistes Yann Algan et Pierre Cahuc ont soutenu, dans La Société de défiance (2007), que la méfiance française n’est pas un trait culturel immuable : elle est entretenue par les institutions, et, selon le résumé de l’ouvrage, « le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer ».
La confiance se fabrique par des règles qui rendent la coopération visible. Ce n’est pas un hasard si le maire reste l’élu en qui les Français ont le plus confiance : 60 % selon le même baromètre, contre 34 % pour leur député.
Le #PIC propose d’équiper la défiance plutôt que de l’exploiter.
Le référendum d’initiative citoyenne permet au peuple de proposer, d’abroger et de révoquer (Constitution d’urgence, Titre I, article 6) : il ne présuppose pas la confiance, il l’économise, puisque le peuple garde la clé de rappel.
Voilà la différence avec le vote de colère : celui-ci punit un homme ; le référendum corrige une décision.
Les relances probables
« Parler d’oligarchie et de capture, c’est bien du discours de défiance. »
Ce sont des concepts de science politique et d’économie, de Michels à Stigler ; et quand ils viennent de nous, notre Lexique du Pouvoir les présente pour ce qu’ils sont : des hypothèses offertes à la critique. Nommer un mécanisme n’est pas insulter des personnes.
« La défiance profite aux extrêmes, pas aux démocrates. »
Justement : quand elle n’a d’autre débouché que le vote de sanction, elle va à ceux qui promettent de punir. Nous lui offrons un débouché qui ne passe par aucun homme providentiel : le référendum.
« La confiance se reconstruit par l’exemplarité des élus. »
L’exemplarité compte, mais elle ne se décrète pas. La confiance suit la proximité et le contrôle : le maire, qu’on peut interpeller, garde celle de 60 % des Français, le député celle de 34 %.
« Vous vivez de la colère. »
Nous ne promettons ni vengeance ni coupable. Nous proposons un outil, publié article par article, que chacun peut critiquer et noter sur notre site.
« “Tous aussi déviants et toxiques les uns que les autres”, “le politicien est infiniment plus corruptible” : c’est le “tous pourris”. »
Le Manifeste vise les carrières d’appareil, et notre Diagnostic dit sans ambiguïté : « Les responsables politiques ne sont pas plus mauvais que nous. Ils obéissent à des règles qui les récompensent de trahir leurs promesses et ne les punissent jamais de le faire. » Le « tous pourris » condamne des hommes et ne propose rien ; nous accusons des règles et proposons de les changer : délégués révocables, référendum. Et nous allons demander leur parrainage à des milliers de maires, que nous tenons pour les premiers dépossédés.
« “Autoproclamées élites au sein de Grandes Écoles”, “rejet fanatique” de la souveraineté des citoyens : c’est l’anti-intellectualisme poujadiste. »
La phrase vise une prétention, pas le savoir : celle de réserver la décision aux « capables ». Elle la rattache à une doctrine réelle, la « souveraineté de la raison » de François Guizot, qui confiait le pouvoir à une élite plutôt qu’à la masse. Le mot « fanatique » est excessif ; la thèse, elle, est documentée. Qu’une poignée d’écoles fournisse l’essentiel du personnel dirigeant est un objet d’étude classique de la sociologie depuis La Noblesse d’État de Pierre Bourdieu (1989). Et nous ne méprisons pas le savoir : nous convoquons l’expertise sans lui obéir, comme un jury d’assises écoute les experts, puis tranche. Voyez « Vous méprisez les experts : la science ne se vote pas ».
Les pièges à éviter
- Ne dites pas « les élus mentent » ou « les médias manipulent » en général : citez des faits datés et sourcés.
- Si vous citez Algan et Cahuc, sachez qu’ils imputent la défiance au « corporatisme et à l’étatisme » du modèle français : on vous opposera aussitôt nos corporations (Constitution d’urgence, Titre XIV). Voir la riposte « Vos corporations, c’est Vichy ».
- Rosanvallon n’est pas un soutien du #PIC : il met aussi en garde contre une démocratie qui ne sait plus qu’empêcher. Citez-le pour le diagnostic, pas comme caution.
- Donnez les chiffres du CEVIPOF avec leur date (janvier 2026) : ils varient d’une vague à l’autre.
Pour prolonger
Dans l’Abécédaire et le Lexique du Pouvoir :
- Le populisme
- La révocabilité
- L’échevinage et le jury populaire
- L’architecture de capture systémique
- La médiacratie
- La sécession silencieuse
- L’auto-correction démocratique
Dans nos textes :
Dans l’Autodéfense :
Références utiles
Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.
CEVIPOF (Sciences Po), Baromètre de la confiance politique, vague 17, terrain de janvier 2026, publié en février 2026 (q0v15, Q13, Q14, Q41) : « Confiance dans la politique : non 78 % ; confiance dans les partis politiques : 15 % ; le gouvernement : 17 % ; l’Assemblée nationale : 20 % ; le ou la maire de votre commune : 60 % ; votre député(e) : 34 % ; ce que l’on éprouve d’abord en pensant à la politique : méfiance 37 %, dégoût 26 %. ». consulter la source
Pierre Rosanvallon, La Contre-Démocratie. La politique à l’âge de la défiance, Seuil, 2006, présentation de l’éditeur : « un ensemble de pratiques de surveillance, d’empêchement et de jugement au travers desquelles la société exerce des pouvoirs de correction et de pression » ; « Car, à trop valoriser les propriétés de contrôle et de résistance de l’espace public, elle peut aussi faire le jeu du populisme et de l’«impolitique», entravant la formulation positive d’un monde commun. ». consulter la source
Yann Algan et Pierre Cahuc, La Société de défiance. Comment le modèle social français s’autodétruit, Éditions Rue d’Ulm / CEPREMAP, 2007, résumé de l’éditeur : « la défiance et l’incivisme, loin d’être des traits culturels immuables, sont alimentés par le corporatisme et l’étatisme du modèle social français. En retour, le manque de confiance des Français entrave leurs capacités de coopération, ce qui conduit l’État à tout réglementer et à vider de son contenu le dialogue social. ». consulter la source
#PIC, Constitution d’urgence, Titre I, article 6 : « Il s’exerce sous quatre formes : le référendum propositif, par lequel le peuple adopte une norme nouvelle ; le référendum modificatif, par lequel il modifie une norme en vigueur ; le référendum abrogatoire, par lequel il annule une norme en vigueur ; et le référendum révocatoire, par lequel il met fin au mandat d’un délégué. ». consulter la source
Version 1.3 du 5 octobre 2026 : encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.2 du 2 octobre 2026 : citations de la Constitution d’urgence (Titre I, article 6) alignées sur le texte en vigueur ; encadré « Entre nous ». Version 1.1 du 27 septembre 2026 : ajout de relances vérifiées sur le vocabulaire de nos textes ; la section devient l’Autodéfense, kit de répartie du #PIC. Version 1 du 25 septembre 2026 : première publication.
Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : Le populisme · La médiacratie · La sécession silencieuse
Le mot juste, dans l’Abécédaire : La révocabilité · L’auto-correction démocratique · L’échevinage et le jury populaire
Pour agir : s’engager
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