« L’intégrité numérique, un gadget suisse : même Zurich n’en a pas voulu »

On vous dit :

« Votre “intégrité numérique” est une mode importée de Suisse. Des droits vagues, qui existent déjà dans le RGPD. La preuve : le Parlement suisse n’en a pas voulu, et les Zurichois l’ont rejetée à trois contre un. Vous empilez des droits symboliques pour faire moderne. »

Voici ce que vous pouvez répondre

Symbolique ? Genève l’a inscrite dans sa Constitution par 94 % des votants en 2023, Neuchâtel par 91,51 % en 2024. Zurich a dit non le 30 novembre 2025, c’est vrai, à une initiative plus large et même au contre-projet de ses autorités : c’est un débat, pas un verdict. Et notre texte va plus loin que le droit européen : il interdit la cession des données, même gratuite, ce qu’aucun règlement européen ne fait ; il garantit qu’un être humain réexamine, à votre demande, toute décision automatisée qui vous frappe ; et il vous laisse le droit de vivre hors ligne sans perdre l’accès aux services publics. Ses garanties sont armées : un juge, des sanctions, la responsabilité personnelle des agents, la nullité des preuves mal acquises. Un droit sans sanction est un vœu ; le nôtre en a.

Sources : Constitutions de Genève et de Neuchâtel · canton de Zurich · Parlement suisse · règlement (UE) 2016/679 — le détail et les citations sont dans l’onglet « Références utiles ».

Pour aller plus loin

Ce que disent vraiment les votes

Le droit à l’intégrité numérique est entré dans la Constitution de Genève le 18 juin 2023, par 94 % des votants, et dans celle de Neuchâtel le 24 novembre 2024, par 91,51 % des voix, avec une participation de 28,74 %.

Des démarches sont engagées à Bâle-Ville, dans le canton de Vaud et dans le Jura.

Au niveau fédéral, le Conseil national a refusé le 11 décembre 2023, par 118 voix contre 65, de donner suite à l’initiative parlementaire de Samuel Bendahan qui voulait l’inscrire dans la Constitution fédérale.

Et le 30 novembre 2025, les électeurs zurichois ont rejeté l’initiative populaire « pour un droit fondamental à l’intégrité numérique » à 74,61 %, puis son contre-projet à 55,63 %.

Le bilan est contrasté, et nous le disons : un plébiscite en Suisse romande, un refus en Suisse alémanique et à Berne.

Pourquoi Zurich a dit non

Le contre-projet zurichois voulait s’ajuster au droit existant sans imposer d’interdictions générales de l’automatisation et de l’intelligence artificielle : c’est dire que l’initiative était combattue pour des interdictions jugées trop larges. La leçon vaut pour nous.

C’est pourquoi le droit de ne pas être jugé par une machine, dans notre article 3-1, ne vise que les décisions qui produisent des effets juridiques ou qui affectent la personne de manière significative, formule reprise de l’article 22 du règlement européen et déjà interprétée par la Cour de justice de l’Union.

Ce que le règlement européen ne fait pas

Le règlement de 2016 autorise le traitement sur 6 bases légales, dont l’intérêt légitime du responsable ; il n’interdit pas la vente de données consenties ; il ne garantit aucune vie hors ligne ; et son article 22 admet des décisions entièrement automatisées lorsqu’un contrat, une loi ou le consentement explicite les autorise.

Notre texte fait l’inverse sur chacun de ces points. Il y a une raison de plus de l’écrire nous-mêmes : si le peuple approuve la sortie des traités européens, le règlement ne vaudra plus que comme loi nationale, que le législateur pourra modifier à sa guise ; seule la Constitution mettra ces droits hors de sa portée.

Un droit armé

La critique du « droit symbolique » vise des textes qui se contentent d’énoncer un droit et d’engager l’État.

Le nôtre renvoie au Titre VIII, qui organise le reste : le consentement, 9 exceptions seulement, l’autorisation préalable d’un juge pour toute mesure d’enquête intrusive, l’interdiction de toute surveillance de masse, une Autorité de contrôle des données comprenant des citoyens tirés au sort, des peines d’emprisonnement pour les violations commises sciemment par un agent public, la responsabilité personnelle de l’agent, la nullité des données irrégulièrement recueillies.

Les relances probables

« Le RGPD protège déjà tout ça. »

Il protège le consentement ; il ne protège pas contre le marché. Il autorise la vente de données consenties, admet l’intérêt légitime du responsable et ignore la vie hors ligne. Il reste un plancher utile ; nous construisons au-dessus.

« 94 % à Genève, c’est facile quand personne n’est contre. »

C’est vrai : un texte consensuel passe aisément, et la participation neuchâteloise n’a pas dépassé 29 %. Le nôtre est plus exigeant, puisqu’il interdit le commerce des données : il sera débattu, et c’est le peuple qui tranchera par référendum.

« Vous copiez les Suisses : où est votre originalité ? »

Nous copions ce qui marche, et nous le disons : l’historique de l’article cite Alexis Roussel, l’un des promoteurs de cette idée. Nous allons plus loin sur 2 points : l’interdiction du commerce des données, et le logiciel libre obligatoire pour les outils du vote.

« Un droit à l’oubli, c’est l’impunité pour les puissants. »

Pas chez nous : il ne s’étend ni aux actes accomplis dans l’exercice d’une fonction publique ou d’un mandat, ni à la liberté d’informer. On oublie le citoyen, pas le pouvoir.

Les pièges à éviter

  • Ne jamais dire que « la Suisse » a adopté l’intégrité numérique : 2 cantons l’ont fait ; le Conseil national et Zurich l’ont refusée.
  • Ne pas cacher le vote zurichois : l’adversaire le connaît ; le citer le premier désarme l’argument.
  • Ne pas prêter au texte genevois l’interdiction du commerce des données : c’est un ajout du #PIC.
  • Ne pas présenter Alexis Roussel comme membre du #PIC : il est l’un des promoteurs du concept, et nous le citons comme tel.
  • Ne pas dire que le RGPD est inutile : c’est un plancher.

Références utiles

Les citations, les ouvrages, les études et les chiffres sur lesquels repose cette réponse, avec leurs sources. Pour vérifier, approfondir, et répondre à qui vous demandera d’où vous tenez vos arguments.

Constitution de la République et canton de Genève, article 21A, adopté en votation le 18 juin 2023, en vigueur le 8 juillet 2023 : « Toute personne a le droit à la sauvegarde de son intégrité numérique. » ; « L’intégrité numérique inclut notamment le droit d’être protégé contre le traitement abusif des données liées à sa vie numérique, le droit à la sécurité dans l’espace numérique, le droit à une vie hors ligne ainsi que le droit à l’oubli. ». consulter la source

Canton de Neuchâtel, décret portant révision de la Constitution (intégrité numérique), soumis au vote populaire le 24 novembre 2024, article 10a : « L’intégrité numérique est garantie. ». consulter la source

Blick, « Les Neuchâtelois plébiscitent le droit à l’intégrité numérique », 24 novembre 2024 : 91,51 % de oui, participation de 28,74 %. consulter la source

Netzwoche, votation zurichoise du 30 novembre 2025 : initiative rejetée à 74,61 %, contre-projet à 55,63 %. consulter la source

Parlement suisse, Conseil national, vote du 11 décembre 2023 sur l’initiative parlementaire 22.479 (Bendahan), « Introduire dans la Constitution le droit à l’intégrité numérique » : 118 voix contre 65. consulter la source

Règlement (UE) 2016/679, articles 6 et 22. consulter la source

#PIC, Constitution d’urgence, Titre V, article 3-1, 6° : « le droit à l’oubli, qui ne s’étend ni aux actes accomplis dans l’exercice d’une fonction publique ou d’un mandat, ni aux traitements mis en œuvre pour l’exercice de la liberté d’informer. ». consulter la source

Version 1.2 du 5 octobre 2026 — encadré « Entre nous » et réponse courte réécrits (lot 3). Version 1.1 du 2 octobre 2026 — encadré « Entre nous », adressé au militant qui porte la réponse. Version 1.0 du 30 septembre 2026 — première publication.

Le procédé, dans le Lexique du Pouvoir : La société de contrôle · La surveillance de masse

Le mot juste, dans l’Abécédaire : L’intégrité numérique · L’intégrité psychique

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